Retour sur les dernières nouveautés du passé parues fin 2011 et annonce de quelques-unes prévues pour 2012 !

Nous l’avons vu avec notre rapport annuel réalisé pour l’ACBD, l’un des événements éditoriaux de 2011, pour la bande dessinée, est l’explosion du secteur patrimonial ; et il semble que la nouvelle année soit également bien partie pour continuer sur cette lancée qui met en avant les valeurs sûres !

     Après avoir réglé le compte, il y a quelques semaines, des récentes rééditions des séries pré-publiées dans l’hebdomadaire Spirou (voir Nouveautés du passé, du côté de chez Spirou, arrivant à point nommé pour les fêtes de fin d’année !), passons maintenant à celles issues du journal Tintin !

Évidemment, ce sont les éditions du Lombard (qui étaient propriétaires de ce magazine pour les « jeunes de 7 à 77 ans ») qui ont proposé, ces derniers temps, le plus d’exhumations de bandes dessinées ayant fait les beaux jours de ce périodique.
Ainsi, l’intégrale de la série sportive « Michel Vaillant », qui réédite, dans un stricte ordre chronologique, tous les épisodes dessinés par Jean Graton et son studio, en est déjà arrivé à son quatorzième volume ; lequel reprend les histoires parues directement en album entre 1983 et 1984 : il s’agit des tomes 42 à 45 et de l’album publicitaire « Le Défi ATC ».

     Jean Graton avait alors déjà créé sa propre maison d’édition et le charme des premières aventures commençait vraiment à s’évaporer… L’ouvrage ravira cependant les amateurs du héros et de courses automobiles, d’autant plus qu’il contient de nombreux documents graphiques peu connus (voir aussi notre « Coin du patrimoine » consacré à « Michel Vaillant »).

        Cette série a été créée en 1957 dans Tintin, la même année que « Spaghetti » -voir « Spaghetti »- dû au premier dessinateur de « Bob Morane » en BD (Dino Attanasio) et au futur scénariste d’« Astérix » (René Goscinny). Cette sympathique série met en scène les avatars d’un petit Italien assez malin, caricature du Latin volubile et débrouillard, cherchant continuellement à se faire une place au soleil, tout en tentant, vainement, d’échapper à son envahissant cousin souffre-douleur : Prosciutto.

         Le tome 4 de l’intégrale que les éditions du Lombard lui consacrent contient des épisodes rarement réédités (« Pas de mirabelles pour Spaghetti », « Spaghetti à la fête », « La Double vie de Prosciutto » et « Spaghetti et l’idole »). Ce sont, pratiquement, les derniers écrits par Goscinny qui en concoctera, toutefois, un dernier en 1965 (« Le Rallye–Spaghetti », certainement repris dans le prochain volume), juste avant de passer la main à Francel sur l’épisode « Spaghetti contrebandier ».

Puisqu’on parle de Dino Attanasio, signalons que ses « Belles histoires de l’Oncle Paul » scénarisées par Octave Joly pour Spirou sont reprises dans des albums au dos toilé aux éditions La Vache qui médite (voir : http://www.lavachequimedite.com) et que Gaëtan Laloy, le responsable des éditions Pan Pan, a publié une histoire peu connue de ce dessinateur d’origine italienne : « Huit chevaux en balade ». Cette aventure de Nic Perin, jeune étudiant dont la première voiture sert, à son insu, dans un trafic d’or et dans une histoire d’espionnage, est parue dans le magazine féminin Femmes d’Aujourd’hui, en 1964, entre deux « Bob Morane » qui étaient alors dessinés, depuis 1962, par Gérald Forton.
Comme nous l’avions mentionné dans William Vance dans Femmes d’Aujourd’hui (2ème partie), ce scénario classique d’André Walk, alias André Désiré Fernez (le rédacteur en chef de Tintin dans les années 50), courant sur soixante pages, bénéficie de dessins réalistes de très bon niveau : il faut dire que Dino Attanasio  y est anonymement aidé par son assistant de l’époque : un certain William Vance !Au sujet de ce célèbre dessinateur (« XIII », « Bruno Brazil », « Bob Morane »…), sachez que les éditions Dargaud ont enfin publié l’histoire  ultime et inédite en album de « Ramiro » (« La Louve d’Arnac », publiée en 1982 et 1983, dans Femmes d’Aujourd’hui) que les amateurs attendent depuis des années, dans le tome 13 de la collection Tout W. Vance. William Vance y fait preuve, une fois de plus, de toute sa maestria graphique ; voir : William Vance dans Femmes d’Aujourd’hui (1ère partie) !

Le Lombard continue également sa réédition intégrale des aventures de « Jugurtha » scénarisées par Jean-Luc Vernal, avec le tome 3 qui contient quatre épisodes illustrés par Franz et qui ont été publiés dans le journal Tintin, de 1981 à 1983 ; voir à ce sujet : Franz à Tintin (1ère partie) et Franz à Tintin (2ème partie).

Cet éditeur consacre aussi toute une collection, dite Blanche comme les fonds de ses couvertures, aux bandes dessinées du Suisse Derib, laquelle reprend l’essentiel de son œuvre.

Ainsi, les quarante pages de la bande publicitaire « Poulain mon ami » (réalisées en 1983 pour le chocolat Poulain par l’agence Castor et reprises dans Tintin, en 1985) viennent-elles rejoindre tous les « Buddy Longway » réunis en six volumes (dont un d’illustrations), « Red Road », « Jo », « No Limits » et « Les Ahlalâââs ». Pour en savoir plus sur Derib, voir Les débuts de Derib.

On regrettera toutefois, pour ce qui est de toutes ces éditions précédemment citées, que les textes de présentation soient si succins (quand ils ne sont pas carrément absents).

Ce sont pourtant ces dossiers documentés qui revalorisent aussi ces nouvelles éditions, en les replaçant, avec force de détails, dans leur contexte. Ils permettent aussi de mieux faire appréhender ces œuvres aux jeunes générations qui ne les connaissent pas, ou peu.

L’exemple que donnent les éditions Dupuis, sur ce plan-là, n’est malheureusement pas suivi par tout le monde, même au sein de leur groupe éditorial !Ce n’est, heureusement, pas le cas pour les intégrales d’« Olivier Rameau » de Dany et Greg, autre héros paru dans le journal Tintin, à partir de 1968. Les éditions Joker (qui ont récupéré l’exploitation de ce personnage attachant évoluant dans un monde onirique) ont confié aux compétents Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault les dossiers d’introduction à cette série.

Preuve en est le tome 3 qui réunit trois longs épisodes publiés dans le journal des éditions du Lombard (de 1976 à 1982), toutes les histoires courtes mettant en scène Olivier Rameau ou sa compagne Colombe Tiredaile réalisées pendant cette période et des textes aussi érudits que passionnants, illustrés par de nombreux dessins peu connus (sur Dany, voir aussi Les débuts de Dany) ; et mon petit doigt me dit que le quatrième tome, réunissant les derniers épisodes de la série, ne devrait pas tarder à paraître !Pour en finir avec les séries publiées autrefois dans Tintin, sachez que les éditions belges BD Must (à qui l’on doit l’intégrale récente des aventures de « Barelli » de Bob De Moor(1)) sont en train de préparer la reprise de celles des « Pom et Teddy » de François Craenhals : dix albums sont prévus avec, en sus, une belle plaquette illustrée sur l’œuvre de l’auteur et sur cette mythique série dont les premiers épisodes se déroulent dans le monde du cirque.

Cependant, les nouvelles rééditions de bandes dessinées ne se limitent pas à celles des hebdomadaires Tintin et Spirou ! Ainsi, le micro-éditeur Le Taupinambour s’est-il attelé aux reprises de certaines séries issues du journal Vaillant ou de son successeur Pif Gadget. Dans un catalogue qui s’agrandit chaque année d’au moins cinquante titres, nous retiendrons surtout un troisième recueil consacré à « Lynx Blanc » du grand Paul Gillon qui nous a quitté l’an passé (voir En hommage à Paul Gillon) et une quatrième compilation des enquêtes de « Jacques Flash », l’homme invisible dessiné ici par Gérald Forton (voir Gérald Forton) ; ses productions pouvant être commandées sur Internet sur http://www.coffre-a-bd.com.

Les récentes éditions De Varly, nées à la suite du site bdtresor.net (qui annonce aussi leurs futures productions), se consacre  plus spécifiquement aux « Pieds Nickelés » (voir aussi Les Pieds Nickelés ont 100 ans !) de Louis Forton ; ce dernier n’étant autre que le grand-père du Gérald susnommé. La troisième série d’aventures romancées (mais illustrées avec des vignettes reprises de la bande dessinée) qui avaient été publiées à partir de 1915 chez les Offenstadt, le premier volume des « Nouvelles aventures des Pieds Nickelés » du même Louis Forton (réédition fidèle à celle de l’album de 1929), ainsi qu’une monographie sur ce dessinateur un peu oublié (« Louis Forton : l’histoire par la bande » par François Membre) sont déjà disponibles !

Notons aussi la très belle réédition d’une des meilleures parodies des romans de la fin du XIXe siècle : « Blanche Épiphanie » de Georges Pichard et Jacques Lob, aux éditions La Musardine ! Le deuxième tome (qui contient les épisodes « Le Croisière infernale » et « Blanche à New York », ainsi qu’un solide dossier sur cette série publiée dans V Magazine à partir de 1967, puis dans le quotidien France Soir) vient de paraître et il est indispensable aux amateurs ; voir tout le bien qu’on en pense dans Les premières BD « osées » de Jacques Lob.

Sur la fin de sa vie, les éditeurs traditionnels de la bande dessinée lui ayant tourné le dos, Georges Pichard avait commis quelques bandes dessinées hédonistes en participant aux revues plus que coquines éditées par la C.A.P. (le Centre Audiovisuel de Production qui devint Création Art Presse) de Jean Carton, tels Bédé adult’ ou Bédé X.

C’est ainsi qu’il enchaîna nombre de récits sulfureux, jusqu’à ce qu’une attaque cérébrale, en 1998 (il avait donc près de 80 ans), le handicapât au point qu’il ne puisse plus, après cela, dessiner. Parmi cette production, assez peu connue, on peut citer les deux tomes de « Germinal » (vaguement inspiré par Émile Zola, en 1993) et « La Religieuse » d’après Diderot, en 1997, (voir Les pornos de Pichard). Or, les nouvelles éditions Rebecca Rils viennent de rééditer ces trois volumes ; et elles ne vont certainement pas en rester là…

Évidemment, sur le plan des rééditions, les éditeurs ne se limitent pas aux territoires francophones ! Côté USA, Glénat poursuit l’excellente intégrale Carl Barks qui en est déjà à son cinquième opus (voir ce que l’on en disait à propos du tome 1 : «La Dynastie Donald Duck» T1) et démarre une intéressante rétrospective des bandes dessinées disneyennes dues à l’immense Floyd Gottfredson, entre 1936 et 1937 : « L’Âge d’or de Mickey Mouse ».

Même si on aurait préféré une reproduction plus grande des cases (ne serait-ce que pour respecter l’édition originale américaine dans les quotidiens), l’ensemble est quand même superbe ; notamment grâce au fait que les histoires sont présentées dans leur intégralité et qu’elles sont accompagnées d’un rédactionnel pointu : historique, bibliographie et interview…Toujours sur le plan comics-strip d’un certain « âge d’or », les éditions BDartist(e) préparent le troisième volume de leur intégrale de « Terry et les pirates » de Milton Caniff, tout en espérant que le deuxième opus remporte le Prix du Patrimoine à Angoulême : ça ne serait que justice (voir « Terry et les pirates ») !

Côté transalpin, les éditions Clair de Lune, dans leurs collections Encre de Chine (brochée et petit format) et Édition Prestige (cartonnée et format album) poursuivent la publication des « Tex » ; notamment avec les inédits en France de Corrado Mastantuono (« Les Justiciers de Vegas » scénarisé par Mauro Boselli) et la réédition de celui signé par le dessinateur américain Joe Kubert : « Le Cavalier solitaire » sur un scénario de Claudio Nizzi (réédition en noir et blanc des quatre tomes publiés sous le titre « Quatre tueurs » aux éditions Erko, de 2002 à 2004). Sur ce western italien voir notre « Coin du patrimoine » sur « Tex », ainsi que celui que nous avions consacré à ce fabuleux dessinateur qu’est Corrado Mastantuono.

Toujours au niveau de la bande dessinée transalpine, il faut encore saluer les efforts des éditions Mosquito dirigées par Michel Jans : après une superbe réédition en noir et blanc du « Sibérie » d’Attilio Micheluzzi et en attendant celle de son « Titanic », paru à l’origine dans le magazine Corto, en 1988, et qui est prévue pour avril (sur Micheluzzi voir « Petra chérie » d’Attilio Micheluzzi), elles annoncent aussi, pour février, la publication en couleurs d’une version du « Chat botté » due à Dino Battaglia (voir « Le Coin du patrimoine » sur Dino Battaglia). Nous avons eu la chance de la voir en avant-première, et il n’y a qu’une seule chose à dire : elle est magnifique !

Enfin, entre-temps, cet éditeur méritant aura publié, dans leur collection pour les plus jeunes Lily Mosquito, le troisième recueil des aventures des derniers héros enfantins créés par Marc Wasterlain : « Les Pixels et les mini dinosaures », dont Catherine Gentile vous parlera plus en détail dans sa chronique de jeudi (voir aussi « Le Coin du patrimoine » sur Marc Wasterlain).

Voilà qui va nous permettre de saluer le périodique Quatrième de couv’ qui est entièrement consacré à ce dessinateur belge (voir à ce propos « L’univers de Marc Wasterlain »). Le n°9 vient de sortir et contient, outre un rédactionnel varié et de qualité, de nombreux incunables dus à ce grand auteur auquel le Centre Belge de la Bande Dessinée va consacrer une exposition, du 17 janvier au 4 mars 2012, particulièrement consacrée aux « Pixels ». Nous avons ainsi droit de découvrir (ou re-découvrir pour les plus initiés) deux pages d’« Au rendez-vous du ciel » publiées dans le mensuel (À Suivre) en mars 1979, cinq gags issus de la revue En Attendant (sur scénarios de l’ami Jean-Claude De la Royère) entre 1978 et 1979, de larges extraits de « Mission Caraïbes » (un album publicitaire cartonné de quarante-deux pages réalisé pour Fiat en 2004 et paru l’année suivante) ou une page avec « Jeannette Pointu » parue dans l’album « La BD du 3e » qui fut édité par La Loterie suisse romande en 2000…Gilles RATIER

(1) Dans le plus pur style Bob De Moor, le dessinateur Régric vient aussi de publier un sympathique album (pour la collection Calandre des éditions Paquet) qui est loin d’être une vieillerie : « Été indien pour la Mini » ; un one-shot de quarante-six pages « très ligne claire », denses et dynamiques, où la belle héroïne, à bord de sa Mini Cooper, part sur les traces d’une curieuse expédition qui a mené le professeur Tumulus en Inde, aux débuts des années 60. Voilà qui nous donne envie de relire du Bob De Moor (pour en savoir plus sur cet auteur voir Bob De Moor (1ère partie) et Bob De Moor (2ème partie)), en attendant la prochaine bande dessinée de Frédéric Legrain alias Régric (à qui l’on doit aussi « Noël noir », un excellent « Lefranc », bien rétro, publié chez Casterman, en 2009) : l’un des dignes successeurs des maîtres de l’école dite « de Bruxelles ».

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Une réponse à Retour sur les dernières nouveautés du passé parues fin 2011 et annonce de quelques-unes prévues pour 2012 !

  1. jacques guillerm dit :

    VA VITE CHEZ TON LIBRAIRE RETROUVER TES HEROS PREFERES

    Aprés les aventures du Lieutenant Burton, les édition Hibou viennent de rééditer un intégral des aventures de Jack Diamond.

    C’est un superbe album en couleur avec une belle couverture et une introduction de Felix Meynet, pleine d’humour rétro (bravo )
    Aprés les vikings, le moyen-age, les mousquetaires, les Funcken s’attaquaient au far- west avec le sérieux et le talent qui les caractérisaient.
    Est-il encore besoin de dire tout l’immense talent de ce couple !
    Un trés grand merci aux éditions Hibou qui semblent s’interresser de prés à ces artistes si prolifiques.

    Dans les années 50/60 on trouvait parfois des publicités de ce genre dans Tintin
     » Pour les fêtes de fin d’année demande à tes parents de t’acheter les magnifiques albums du lombard. Tu y retrouvera tes héros préférès »

    Aujourd’hui j’ai envie de dire aux internautes passionnés de BD anciennes
    « Va vite chez ton libraire acheter les albums presentés par Gilles Ratier tu y retrouvera tes héros préférés.
    Encore merci aux éditions Hibou et bon courage pour la suite.
    Les funcken sont quand même de « sacrès artistes »

    Jacqus Guillerm