Gérald Forton

Après la publication en noir et blanc dans un album broché, en 2006, du « Triangle 9 », la première longue histoire (65 pages plus une bande-annonce) due à la collaboration entre le scénariste Roger Lécureux et le dessinateur Gérald Forton sur l’original western « Teddy Ted », les éditions Hibou nous proposent aujourd’hui les trente demi-planches publiées à la suite, dans l’hebdomadaire Vaillant, au n°1022 (spécial Noël) du 13 décembre 1964 : « Il fait chaud à Wichita ».

Comme le rappelle Rémy Gallart, écrivain et scénariste occasionnel pour Gérald Forton lors de ses derniers travaux, dans sa post-face à ce petit ouvrage au format à l’italienne : « Cette aventure est une curiosité à plus d’un titre. D’abord par sa rareté… C’est un supplément, vendu comme tel, dans Vaillant..., supplément que les amateurs recherchaient depuis longtemps, en vain. ».
Pour encore mieux apprécier cette réédition, il faut savoir que « Teddy Ted » a d’abord été créé, pour le scénario et à la demande de la rédaction de Vaillant, par Jacques Kamb : dessinateur humoristique qui réalisait aussi énormément de choses à la rédaction (jeux, maquette, illustrations, scénarios…) ; ceci avec la complicité de l’illustrateur d’origine espagnole Francisco Hidalgo, lequel signait souvent Yves Roy ses travaux pour la France. Ils avaient mis alors en scène les tribulations d’un jeune cow-boy, le temps de trois courts épisodes de vingt-six planches chacun qui parurent du n° 934 (du 7 avril 1963) au n° 973 (du 5 janvier 1964). Le scénario passant dans les mains de Roger Lécureux, dès l’année suivante (à partir du n° 1005 du 16 août 1964), le jeune héros prend presque dix ans de plus, devenant désormais un justicier, propriétaire, avec son frère, du ranch « Le Triangle 9 », près de la célèbre ville de Tombstone.
À noter que la longueur des premiers épisodes (de soixante-trois à trente planches chacun, jusqu’au n° 1238 du 23 février 1969, numéro précédant d’ailleurs la nouvelle formule où Vaillant devient Pif gadget) était tout à fait adaptée au style du scénariste. En effet, Roger Lécureux ne se fit jamais tout à fait à ce passage aux histoires courtes et complètes qui ne pouvait dépasser qu’exceptionnellement les 10 pages(1) : « C’est certainement l’une des plus importantes questions qui se soient posées aux scénaristes de BD ces trente dernières années. Prenons un exemple : dans les années de l’âge d’or, Foster pouvait promener son « Prince Valiant » sur des épisodes de soixante, quatre-vingt pages ou plus. Quel bonheur pour un scénariste qui peut s’attarder sur des à-côtés intimistes ou donner toute son ampleur à l’aspect épique de sa série. Quelle joie de pouvoir fignoler des personnages secondaires, d’avoir le temps pour soi… Ce qui ne veut pas dire faire des histoires qui traînent en longueur, j’allais dire en langueur ! Ce passage aux histoires courtes a donc fait un grand tort aux scénaristes de BD.
Mais pourquoi s’est-il produit ? Il faut se rappeler qu’avec les années 60 s’était amorcé le déclin des illustrés, principaux et même seuls propagateurs de la BD à cette époque, où la télévision parachevait la conquête des foyers français. Dès lors, on compara ou plutôt on opposa héros de BD et héros télévisuels. Pas une semaine ne s’écoulait sans qu’une poignée de lecteurs ne se plaigne du manque de dynamisme de ses héros de papier ! Alors que la TV offrait des aventures complètes bouclées en une demi-heure, la presse BD proposait toujours des séries coupées en tranches qui s’étiraient sur des mois et des mois. Le choix, pour nos chères têtes blondes fut rapidement fait. Quant aux éditeurs, ils crurent trouver la parade avec des récits complets, mais obligatoirement courts compte tenu de la formule hebdo : ce fut l’aberration des récits de vingt pages, dix pages, voire moins ! Récits d’où ne pouvaient naître de grandes séries populaires : « Rahan » fut peut-être la seule exception, pour des raisons trop longues à rapporter ici.
»(2)
Lors de cette période plus favorable pour les vagabondages de son imagination, l’humaniste Roger Lécureux nous proposa donc des scénarios, certes classiques, mais toujours très efficaces, rempli de références cinématographiques et de seconds rôles forts ; comme cette jeune femme aux allures pour le moins sexy qui apparaît, armée et combative, dans « Il fait chaud à Wichita » : et à l’époque, une belle dame qui se révélait aussi dangereuse qu’attirante n’était pas du tout monnaie courante ! Coutumier du fait, Roger Lécureux plaça bien d’autres amazones dans ses nombreuses créations scénaristiques, de « Nasdine Hodja » à « Rahan » ; et comme les histoires de « Teddy Ted » sont souvent très pédagogiques, notre cow-boy enseignant aussi une culture et une morale à hauteur d’hommes, tout en désamorçant les conflits, tel un moderne instituteur républicain, et que les cheveux de ce protagoniste sont aussi blonds que les cheveux « d’or » du fils des âges farouches, Rémy Gallart se laisse aller à présenter « Teddy Ted » comme un ancêtre de « Rahan », dans son texte érudit et illustré par des dessins inédits et récents de Forton.

Profitons donc pleinement de cet épisode, pourtant court, puisqu’il fait partie de la meilleure période créative de la longue carrière de Roger Lécureux, et aussi parce qu’il est ici brillamment secondé par le graphisme « à l’américaine » de Gérald Forton, lequel livre, certainement, dans cette série, ses plus belles planches !
Souvent sous-estimé, cet excellent dessinateur avait pourtant déjà gagné ses lettres de noblesses avec le « Kim Devil » écrit par Jean-Michel Charlier, série exotique que vont rééditer, dès la fin du mois de mars prochain, les éditions Sangam : on vous en reparlera bientôt ! En attendant, cette petite exhumation de « Teddy Ted » nous donne l’occasion de se plonger dans la prolifique carrière du sympathique Gérald Forton qui fêtera, très bientôt, ses 79 ans !

Gérald Marcel Forton (3) est né de parents français, à Bruxelles, le 10 avril 1931. Il n’est autre que le petit-fils de Louis Forton, le créateur des célèbres « Pieds Nickelés » (en mai 1908) et « Bibi Fricotin » (en octobre 1924) ; mais Gérald n’a que trois ans lorsque son grand-père décède… Ce dernier n’a donc pas pu influencer sa carrière ! Cependant, la notoriété de son ancêtre lui permit sans doute de ne pas rencontrer d’opposition de la part de ses parents lorsqu’il leur annonce qu’il veut se lancer dans la bande dessinée. Rentrés en France depuis 1940, ces derniers insistent toutefois pour qu’il suive, d’abord, des études de dessin classique.
Tout en poursuivant son cursus estudiantin, celui qui allait devenir le dessinateur de « Bob Morane », de « Teddy Ted » ou de « Kim Devil » se divertit en allant au cinéma, voir surtout les serials américains ; mais aussi en lisant les aventures de « Buffalo Bill » en fascicules hebdomadaires et les westerns dessinés par Étienne Le Rallic (« Poncho Libertas », « Jojo cow-boy », « Teddy Bill »…). Il entre alors à l’école des Métiers d’Arts de Paris où il rencontre Jean-Claude Forest, le futur créateur de « Barbarella » et d’« Hypocrite », lequel suivait les mêmes études préparatoires aux Beaux-Arts. En sa compagnie, il découvre la bande dessinée américaine grâce aux revues qui sont alors distribuées aux GI’s, à la Libération : « Terry and the Pirats » de Milton Caniff, « Flash Gordon » d’Alex Raymond, « Secret Agent X-9 » de Mel Graff, « Dick Tracy » de Chester Gould, « Li’l Abner » d’Al Capp, « Johnny Hazard » de Frank Robbins…
Mais il est surtout influencé par le dessinateur américain Fred Harman dont il dévore les « Bronc Peeler » et « Red Ryder », cow-boy à la chevelure rousse que Gérald Forton tentera de reprendre, en vain, il y a quelques années, alors qu’il avait l’accord des héritiers d’Harman. Il se passionne alors pour le western sous toutes ses formes et abandonne ses études, au bout de quatre ans, pour travailler dans la bande dessinée. Il débute officiellement sa prolifique carrière, en septembre 1950, avec un récit complet réaliste publié dans Caméra 34. Il participera à ce petit format des éditions Vaillant jusqu’en mars 1953, en illustrant vingt-quatre courts récits (entre huit et dix-neuf pages chacun) dont il écrit lui-même les textes ou qui sont dus aux habituels scénaristes du journal Vaillant (Roger Lécureux, Jacques Kamb, Pierre Castex…).
Cependant, son véritable premier travail en ce domaine, qui ne sera publié que de janvier 1951 à juillet 1952, consiste à réaliser les crayonnés, l’encrage, puis la totalité des dessins de « Jim Cartouche » : un aventurier parcourant le monde, de la Chine à l’Amazonie (un décor qui sera familier à Gérald Forton lorsqu’il dessinera « Kim Devil ») , dans une série mensuelle de douze pages, au format à l’italienne, créée – tant sur le plan du dessin que du scénario – par Alex Risène, aux éditions Ray-Flo : après dix-neuf épisodes, c’est Pierre Frisano (dessinateur qui illustrera par la suite « Daktari », « Macchus » et « Gorak ») qui prendra sa suite sous le pseudonyme de F. Pierrault. Gérald Forton avait rencontré Alex Risène, de son vrai nom René Lexis, dans les bureaux des Éditions Mondiales : notre dessinateur venait régulièrement y présenter ses essais alors que ces dernières publiaient surtout des traductions de bandes italiennes. Alex Risène faisait alors partie du staff, même s’il était aussi l’un des rédacteurs de la Sagédition, une boîte concurrente.
À la même époque, prospectant les éditeurs avec son ami Jean-Claude Forest pour trouver du travail, Gérald Forton collabore à diverses revues : comme la 2ème série de Gong aux éditions Élan (avec « Chinoiserie », une histoire de douze planches publiée en 1951) ou de l’hebdomadaire Zorro magazine publié par la SNPI de Jean Chapelle (où il dessine trois épisodes de onze planches chacun de « Ted Jordan », son premier western, et deux de « William », une série d’aviation, de 1951 à 1952) et l’éphémère L’Express illustré (journal de très grand format qui ne connut que trois numéros, en 1952 et 1953, et où il signa les couvertures, quelques bandes verticales et le début de « Jeff Bary » avec Jean Joly).
Entre-temps, Gérald Forton s’est marié : et comme il est logé trop à l’étroit à Paris, il ne trouve pas d’appartement pour vivre convenablement avec son épouse. Sachant qu’en Belgique les loyers sont beaucoup plus abordables, il retourne alors vivre à Bruxelles, en 1952 : « En effet, c’est bien le manque d’appartements dans la région parisienne qui m’a expatrié vers la Belgique et plus précisément à Bruxelles. Je m’étais donné un mois pour y trouver un éditeur et, au bout de deux jours, je me suis retrouvé à la World’s Press, ne sachant pas que son directeur, Georges Troisfontaines, avait essayé de me joindre à Paris. » (4)
Gérald Forton se rend d’abord à Bruxelles en moto pour contacter le magazine Spirou dans l’espoir de s’y faire embaucher ; mais ce n’est qu’une fois sur place qu’il se rend compte que la rédaction se trouve, en fait, à Marcinelle. Le quotidien La Libre Belgique lui indique toutefois l’existence de la World’s Press qui livre du matériel rédactionnel et dessiné à Spirou ; ce journal travaillant, quant à lui, avec une agence amie : l’International Presse dirigée par Yvan Cheron, le beau-frère de Troisfontaines, où l’on retrouvait les mêmes dessinateurs et scénaristes. Or, la World’s Press avait déjà essayé de le contacter car le dynamique Georges Troisfontaines, par ailleurs agent publicitaire pour les éditions Dupuis, était à la recherche d’un dessinateur réaliste au style proche des comics américains ; et les travaux de Gérald Forton, qu’il avait pu voir jusque-là, semblaient correspondre à ce qu’il cherchait.
C’est donc ainsi que notre dessinateur rejoint la joyeuse équipe déjà composée par les omniprésents Jean-Michel Charlier, Victor Hubinon, Albert Weinberg, Eddy Paape, MiTacq, Dino Attanasio… Il réalise d’abord des histoires courtes pour Bonnes soirées, l’hebdomadaire féminin des éditions Dupuis (également propriétaires de Spirou), tout en suivant des cours dans une école d’Art de la capitale belge. « Avec les autres dessinateurs et scénaristes de la World’s Presse, les relations en dehors du travail étaient très amicales et très agréables. Et avoir Jean-Michel Charlier comme scénariste était un régal, mis à part peut-être, son retard constant dans la livraison des textes… Je me souviens qu’un jour il m’a téléphoné de Paris où il passait le week-end et qu’il m’a dicté son scénario au téléphone pour gagner du temps… Mais c’était un charmeur, et on ne pouvait pas lui en vouloir… »(4)
Pour Bonnes Soirées, Gérald Forton dessine pas moins de vingt-deux histoires de la série « L’Histoire vivante », biographies de trois ou quatre pages avec le texte sous des images dessinées au lavis, du moins pour les premiers (dont « Les Amours tragiques de Draga » scénarisé par Jean-Michel Charlier dans le n° 1748 du 7 août 1955), et ceci jusqu’en août 1962. Il illustre aussi neuf plus longs récits (entre vingt-et-un et soixante-seize planches chacun) comme « Passion en plein ciel » réalisé également au lavis de 1953 à 1954 (une histoire sentimentale située dans le monde de l’aviation dont Jean-Michel Charlier était l’auteur anonyme du scénario), « Bérengère de mon cœur » (en 1957 et 1958) et « Les Fiancés ennemis » (1958-1959) écrits par Jean-Jacques Marine, lequel fut l’un de ses fidèles collaborateurs scénaristiques, « Antonia et son brigand » (1960-1961) ou encore « Patira » d’après le roman de Raoul de Navery, en 1961.

Bien entendu, par la suite, il travaille pour l’hebdomadaire de Marcinelle en illustrant, dès 1952 (et jusqu’en 1964), quatre-vingt-sept « Belles histoires de l’Oncle Paul » (de quatre à six pages chacune) scénarisées pour la plupart par Octave Joly ou quelques rubriques didactiques comme « Le Coin des petits curieux », avant de créer, en1953, « Kim Devil » avec Jean-Michel Charlier !
« Les Belles histoires de l’Oncle Paul » était une série didactique pour les enfants créée par Jean-Michel Charlier pour Spirou, en février 1951. Notre prolifique scénariste en écrivit vingt-six récits de quatre pages chacun jusqu’en 1955 (surchargé de travail, il passe rapidement la main au journaliste Octave Joly), lesquels sont dessinés principalement par Eddy Paape, mais aussi par Hope (alias Charlie Delhauteur), Jean Graton, MiTacq, Francisco Hidalgo ou Dino Attanasio ; d’ailleurs, ce dernier en scénarisa aussi quelques-uns, dont « Jean Lafitte, corsaire patriote » dessiné par Gérald Forton, en septembre 1953 : « Je ne sais pas si Jean Michel Charlier m’avait écrit des « Oncle Paul », mais c’est fort possible. À l’époque, on me proposait un script et j’ignorais bien souvent par qui il avait été écrit. » (4)

Gérald Forton va travailler pour la World’s et les éditions Dupuis jusqu’en 1964. Que ce soit dans l’éphémère Risque Tout avec le polar « Le Garage bleu » (en 1955), deux courtes histoires de « Kim Devil » (1955 et 1956), « Alain Cardan » (5) (de l’anticipation scénarisée par Yvan Delporte en 1956 et replacée dans Spirou, de 1957 à 1960) ou les énigmes avec textes sous vignettes de l’« Inspecteur Genin » (1956) et, bien sûr, dans Spirou avec diverses séries scénarisées par Jean-Jacques Marine : comme le feuilleton radiophonique de Jean Portelle (« Capitaine Morgan » (5) en 1962) ou « Cyril Sinclair » (en 1964), sans oublier « Roch Rafal » où il seconde son épouse de l’époque (la dessinatrice Yo Canale), de 1963 à 1964.

Tandis que pour l’agence amie International Presse, Gérald Forton reprendra aussi le « Tiger Joe » créé par Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon (sept aventures scénarisées par Michel Greg, de 1958 à 1961) (6) dans La Libre Junior, supplément de La Libre Belgique où il créera également « Criss Golden » (scénarios d’Octave Joly, de 1965 à 1966)…

On le retrouve aussi à Vaillant (qui se transformera donc en Pif gadget, en 1969) où il dessine « Dynamite rousse » (1958), reprend « Jacques Flash » (scénarios Jean Ollivier ou Jean Sanitas, de 1959 à 1961) et surtout le western « Teddy Ted », de 1964 à 1975. Pour Pif gadget, il met également en cases « Les Mystères de l’ouest » (scénarios Jean Sanitas d’après le feuilleton télévisé, en 1975), série qu’il reprendra dans Télé junior, de 1978 à 1980.

En même temps (vers 1960), il est présent dans la presse quotidienne régionale avec des bandes verticales publiées dans L’Union, Le Courrier de l’Ouest, L’Yonne républicaine… puis La Dépêche du Midi (« Rodric et les Cathares » avec Yo Canale, en 1975) ; mais aussi dans l’hebdomadaire Tintin avec « Ben Barry » (1961-1962), « Grégory le marin » (1962) et, de façon anonyme, sur une aventure de « Blake et Mortimer » (« L’Affaire du collier » où il seconde Edgar P. Jacobs pour les décors et les personnages secondaires, en 1965) ; puis, bien plus tard, avec de courts westerns et « Des chevaux et des hommes » (en 1978 et 1979), à l’époque où Jean-Michel Charlier était l’éphémère responsable éditorial de la version française. À noter que certaines histoires prévues pour ce Nouveau Tintin, comme « Slim Jacket », sont restées inédites et que Gérald Forton les a replacées dans Tac, en 1979 et 1980.
En 1962, il reprend (à Dino Attanasio) le dessin de « Bob Morane » (7), le célèbre aventurier créé par le romancier Henri Vernes dans Femmes d’aujourd’hui (puis dans Pilote et dans le journal flamand Het Laaste Nieuws), avant de laisser la place à William Vance, en 1967. À noter qu’en 1964, il s’installe dans un ranch du sud ouest de la France (à Montaigu de Quercy, près de Cahors) : de la documentation vivante pour son « Teddy Ted » !

De 1972 à 1973, il collabore au « Pemberton » de son copain belge Sirius (dans Pilote), puis, de 1976 à 1978, il réalise « Yvain de Kanheric » dans Trio (scénarios de Raymond Maric qui lui écrira, en 1996, « Le Cougar », un western qui ne sortira en album qu’en 2005, chez Regards). En 1977, il participe aux fascicules de l’Histoire de France en bandes dessinées (scénarios de Roger Lécureux et Jacques Bastian) puis, l’année suivante, il crée « Aymeric » pour les éditions Loubatières (scénarios de Michel Roquebert) et reprend « Les Mystères de l’ouest » dans Télé Junior, revue où il met aussi en images des histoires courtes de « Spider-Man », « Thierry la Fronde », « Hulk », « Captain America », « Submariner », « Thor », « Zora la rousse », « Galactica »…, jusqu’en 1982 : des commandes dont les scénarios sont dus aux scénaristes américains de la Marvel (comme Bill Mantlo) qu’il adapte souvent lui-même ou à Sacha Broussine, lequel signait de son seul prénom, et dont Gérald Forton ignorait même carrément jusqu’à l’existence.
En effet, depuis 1980, notre dessinateur s’est installé aux États-Unis pour travailler directement chez Marvel et chez DC Comics où il réalise des planches de « Jonah Hex », « Black Lightning », « Arak » (1980), « G.I. Combat » (1982), « All-Star Squadron », « D.N. Agents » (1983), « Thor », « Nexus », « Jon Sable », « Mr. Monster » (1987), « Hand of Fate » (1988), « Team Yankee », « Sensei » (1989), « Becky Sunshine » (1995), « Frank Stone » (1998)…, ou encore les daily strips et sunday pages de « He-Man and The Masters of the Universe » (alias la série « Musclor » chez Filmation), durant quatre années (8).

Parallèlement à son activité de bédéaste, Gérald Forton a aussi entamé une carrière à Hollywood comme storyboardeur pour le cinéma (« Inspector Gadget », « Starship Troopers », « Waterworld »…), les dessins animés (« Mulan », « Conan the Barbarian », « Ghostbusters », « X-Men »…), la télévision (« Prince Valiant ») et la publicité (« Tarzan », « Toy Story »…) ; travaillant ainsi pour Universal, Steven Spielberg (Dreamworks), Hanna-Barbera, la Warner Bros, la D.A.C., la M.G.M., et même pour Disney !

Ayant désormais la double nationalité, Gérald Forton vit donc aujourd’hui en Californie. Il s’y adonne à la peinture en composant des tableaux où il exprime toujours sa passion pour le genre western, mais il n’a pourtant jamais rompu les liens avec le marché franco-belge ; notamment en reprenant les aventures de « Bob Morane », dans le style des années 1960, pour les albums des éditions Claude Lefrancq (en 1993 et 1996) puis pour ceux des éditions Loup devenues depuis Hibou (en 2003). Ces dernières lui éditent d’ailleurs certaines de ces récentes créations scénarisées par Rémy Gallart comme « Tom Drake » (2004) et « Dan Géronimo » (2006).
Après avoir participé, en 2003, aux derniers petits formats des éditions Semic, en livrant quelques couvertures et histoires courtes de western, de science-fiction ou de polars (« Cassandra Troy » avec Jean-Marc Lofficier, « Galton & Trumbo » avec Jean-Marc Lainé…), Gérald Forton a toujours de nombreux projets dans sa besace, dont celui de pouvoir reprendre, un jour, « Kim Devil » ou « Teddy Ted »…

GILLES RATIER

(1) « Teddy Ted » dura quand même jusqu’au n°312 de Pif gadget (soit le n° 1550 de Vaillant) daté du 18 février 1975 et connut, en tout, cen-dix-huit aventures différentes en bande dessinée (plus une nouvelle de deux pages) dont certaines se retrouveront compilées, en 1973, dans les huit albums de la collection Sélection Pif gadget, dans un éphémère bimestriel à son nom (six n° de Teddy Ted ont été édités par Jeunesse et Vacances en 1977) et dans l’album broché « La Diligence de la haine » publié aux éditions du Fromage en 1979 ! Enfin, pour tout connaître sur les bandes dessinées publiées par Vaillant et Pif gadget, n’oubliez pas de vous abonner à Période rouge (c’est gratuit, il vous suffit d’envoyer un courriel à perioderouge@orange.fr) : le n° 22 de février 2010 est déjà disponible et, comme d’habitude, il est passionnant ! !!

(2) Extrait d’une interview réalisée par Gilles Ratier en 1995 et reprise dans l’ouvrage « Avant la case », toujours disponible aux éditions Sangam.

(3) Pour en savoir plus sur Gérald Forton, on peut se reporter aux ouvrages suivants :
- Gérald Forton. Jean-Paul Tibéri. Éditions CBEBD 2005
- Dossier Gérald Forton. Pol et Daniel Tesmoingt, Frédéric Maye. Éditions Fanzine Kirby 2007
- Les Héros d’aventure de Gérald Forton. Éditions Jakari Productions 2008
- Gérald Forton. Louis Cance et Jean-Paul Tibéri. Éditions du Taupinambour-Regards 2009 (avec la réédition de « Chinoiserie », d’un épisode de « Dynamite Rousse », de gags de « Slim Jacket » et autres récits complets)
et aux revues Haga n°42, Hop ! n°86, Pimpf Mag n°6 et 13, Reflets n°42, BullDozer n°2…

(4) Extrait d’une correspondance inédite entre Gilles Ratier et Gérald Forton, en 2009.

(5) Le Coffre à BD a réédité l’intégralité des aventures d’« Alain Cardan » en quatre albums (de 2008 à 2009). Vous pourrez également commander, sur leur site, l’album « Capitaine Morgan » publié, quant à lui, par les éditions du Taupinambour, en 2009.

(6) Deux de ces histoires viennent d’être rééditées par l’éditeur belge Pan Pan (voir : http://www.panpan.be) dans de beaux albums toilés réservés aux collectionneurs.

(7) Une intégrale des « Bob Morane » de Gérald Forton est en cours chez Ananké (alias les éditions Claude Lefranc).

(8) En revanche, contrairement à ce que l’on voit écrit dans de nombreuses biographies de Gérald Forton, ce dernier n’a jamais travaillé avec Stan Lee pour les scénarios de « Musclor » ; même s’il a eu, maintes fois, l’occasion de rencontrer le célèbre créateur de « Spider-Man », des « X-Men » et autres « Fantastic Four » !

Photo, datant de la fin 2011, où l’on voit Gérald Forton en tenue de cow-boy, dans son ranch aux USA !

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3 réponses à Gérald Forton

  1. jaguar dit :

    bonjour , très intéressant , je crois ( ça m’a peut être echappé sur l’article ) , il me semble qu’il a également réalisé plusieurs couvertures des albums de petit riquet

    • Jean-Luc Muller dit :

      Très complet, bravo ! Gerald Forton a rarement droit à des bios ou notules aussi détaillées. :-) Ca nous change. J-Lu Muller

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