Tillieux, Goscinny et Charlier en majesté…

Trois des meilleurs conteurs du 9e art franco-belge, Maurice Tillieux, René Goscinny et Jean-Michel Charlier, ont été formidablement mis en valeur ces derniers temps, pour le plus grand bonheur des amateurs. Que ce soit par des passionnés aux moyens limités (les éditions de l’Élan, Fordis…) ou par des structures mieux armées sur le plan de la diffusion (Dargaud, Dupuis, IMAV, Albert-René…). Espérons que les nouvelles générations seront, elles aussi, séduites par la qualité de ces scénarios qui traversent les âges sans ambages… Ou encore par leur travail de restauration souvent irréprochable et par la lecture des dossiers passionnants qui accompagnent ces exhumations nécessaires à la compréhension de la grande Histoire du petit monde de notre chère bande dessinée.

 Depuis le début du mois de juillet, un nouvel album de l’intégrale « Félix » de Maurice Tillieux prévue en onze volumes (soixante-sept aventures publiées de 1949 à 1956 dans les Héroïc-Albums) est disponible aux éditions de l’Élan. Il s’agit du tome 1 : le départ de la saga des aventures de Félix ! Si les opus 5, 6 et 7 sont parus auparavant, c’est tout simplement parce que cette petite maison spécialisée dans la réédition de l’œuvre patrimoniale de l’immense créateur de « Gil Jourdan » (1) a préféré, à bon escient, commencer par combler le creux existant actuellement entre les tentatives inachevées proposées par les précédents éditeurs : Michel Deligne (six albums édités, entre 1977 et 1979, dans un ordre non chronologique et sans les programmes non-stop), Dupuis (quatre tomes entre 1981 et 1987) et Frédéric Niffle (trois volumes en commençant par la fin, de 2002 à 2004).            Nous l’avons déjà proclamé maintes fois sur ce site (voir « Félix » a toujours autant d’Élan !, Du patrimoine érudit… et Enfin, une nouvelle intégrale pour « Félix » de Maurice Tillieux !), jamais cette série policière de l’immense Maurice Tillieux n’aura été aussi bien traitée et ce nouvel opus ne démérite pas ! Les éditions de l’Élan dirigées par Daniel Depessemier (secondé par Bruno Senny pour la réalisation graphique) témoignent, en effet, d’un très grand respect pour la mise en valeur patrimoniale.

Elles vont réussir, sans aucun problème, à nous proposer dans les meilleures conditions possibles, une véritable intégrale chronologique de fac-similés — qui s’approchent au plus près de l’original —, contenant également tous les très recherchés « Programmes non-stop » et annonces : chaque album proposant, également, deux dossiers de présentation historique et contextuelle.            Ici, Daniel Depessemier revient, avec son érudition habituelle, sur les débuts de Tillieux chez Guy Depière et dans Bimbo, puis sur ses premières productions dans les Héroïc-Albums (un chapitre est notamment consacré à Fernand Cheneval, le créateur de cet original périodique, et un autre à la naissance de « Félix »), tandis qu’Étienne Borgers s’attarde, quant à lui, sur les magazines de BD publiés à cette époque.            Sachez aussi que les éditions de l’Élan ont déjà proposé bien d’autres ouvrages indispensables signés du grand Maurice Tillieux et que nous les avons souvent mis en avant sur BDzoom.com : voir « Ange Signe » T2 par Maurice TillieuxQuoi ? Encore Maurice Tillieux !, « Une Aventure d’Ange Signe : La Grotte au démon vert »Un nouvel Élan pour Maurice Tillieux, De quelques nouveautés franco-belges venant tout droit du passé… ou Les couvertures de « Félix » en intégrale…. Malheureusement pour ceux qui ne réagissent pas assez rapidement, la plupart d’entre eux ont été très vite épuisés.

Alors, ne vous laissez pas avoir et commandez dès aujourd’hui votre exemplaire sur http://www.editionselan.be, même si, à la suite d’une forte demande, l’Élan va quand même rééditer bientôt les tomes 5 et 6 de l’intégrale « Félix » dont le premier tirage avait été de 2 500 exemplaires :

Maurice Tillieux vu par Jean Roba.

ce qui est (et sera) le cas pour tous les volumes cette collection.

            Quant aux autres projets éditoriaux parallèles à la poursuite de l’intégrale « Félix » ou qui viendront après l’achèvement de ce formidable travail patrimonial, il y en a beaucoup !

Il est encore prématuré de tous les annoncer dès aujourd’hui : mais, bien entendu, vous serez les premiers informés, en temps opportuns.

            Citons quand même une nouvelle réédition des croisières périlleuses du radiotélégraphiste Bob Bang et la compilation de l’intégralité des histoires réalistes dessinées par Maurice Tillieux publiées dans les Héroïc-Albums, entre 1947 et 1948.

Ces albums seront édités dans la même présentation que l’intégrale « Félix ».

Quelques unes des histoires réalistes dessinées par Maurice Tillieux pour les Héroïc-Albums.

Par ailleurs, après « M’sieur Maurice et la Dauphine jaune » de Bruno Bazile, Maurice Tillieux va, de nouveau, devenir le héros d’une bande dessinée !

Son périple en Bretagne en 1940, en pleine occupation allemande, va être mis en cases et en bulles par Gérard Guégan (ami de l’auteur et ancien reporter pour l’ORTF), Daniel Depessemier et Étienne Borgers, du moins en ce qui concerne le scénario.

En effet, il faut savoir que, comme les Allemands avaient déjà commis des exactions en Belgique sur la population civile en 1914, les parents de Maurice Tillieux lui ont conseillé de prendre son vélo et d’aller rejoindre une tante à Lisbonne au début de la Seconde Guerre mondiale.

Maurice Tillieux vu par François Walthery.

Le jeune Tillieux a pédalé jusqu’à La Rochelle, espérant pouvoir prendre un bateau. En vain.

Il remonte alors à Lorient, bombardé. Et, de là, se retrouve à Guémené avec d’autres réfugiés, dans les souterrains.

Le créateur de « Félix » ou de « Gil Jourdan » a d’ailleurs souvent situé en Bretagne les aventures de ses différents héros.

C’est le cas, par exemple, de deux des épisodes de treize pages chacun intitulés « Les Ressuscités » et « Le Gouffre de Kelgaf » contenus dans le tome 1 de l’intégrale « Félix » proposée aujourd’hui.

À noter que ces scénarios seront réutilisés et développés par Tillieux, lui-même, pour une seule enquête de Tif et Tondu publiée en 1972 dans Spirou : illustrée par Will, elle est également titrée « Les Ressuscités ».

Maurice Tillieux vu par Maurice Tillieux.

En 1978, pendant le festival d’Angoulême, Tillieux avait même déclaré à Gérard Guégan : « Je vais continuer “Gil Jourdan” : je vais faire une histoire qui se déroule à Guémené. On verra Gil Jourdan dans les souterrains du château… »

Hélas !, en quittant le festival angoumoisin, Maurice Tillieux se tue au volant de sa voiture.

Aujourd’hui, l’équipe des éditions de l’Élan a donc décidé de raconter en bande dessinée le périple de Tilleux dans la France de cette époque : reste à trouver un dessinateur !

Il faudra cependant être patient : la sortie de cet album n’est pas prévue avant 2019 ou 2020.

« Félix : intégrale » T1 par Maurice Tillieux

Éditions de l’Élan (29 €) – ISBN : 978-2-9601859-2-8            En revanche, la sortie du « Navire qui tue ses capitaines » (114 pages, pour 29 €) est beaucoup plus proche de nous, puisqu’elle est annoncée pour le mois prochain.

Ce livre légendaire de Tillieux (le premier, et probablement le seul, roman policier qu’il ait écrit) a été publié en 1943 chez l’éditeur A. Maréchal à Liège (en Belgique), dans la collection Le Sphinx. Réédité pour la première fois, il sera composé du texte intégral original et de deux dossiers riches en documents (manuscrits) et photos inédits : ils détailleront l’historique du roman, la vie de Tillieux pendant sa jeunesse jusque dans les années de guerre 1940-1945, et la production des éditions Maréchal.

Queue-de-Cerise sur le gâteau, l’ouvrage sera illustré d’une quinzaine de dessins en pleine page rehaussés à la gouache, réalisés par le talentueux René Follet (qui collabora avec Tillieux sur une aventure d’Alain Brisant, publiée dans Spirou en 1968), en plus de la couverture.

Imprimé entièrement en quadrichromie, ce livre cartonné sera de format 20,3 x 30,3 cm, comme les intégrales « Félix ».            Si Maurice Tillieux est relativement plus connu comme dessinateur que comme scénariste pour les autres, ce n’est pas le cas de ses confrères René Goscinny et Jean-Michel Charlier. Pourtant, ces deux créateurs n’étaient absolument pas manchot sur ce plan-là : les éditions de La Martinière ayant même consacré, en 2005, un livre entier et conséquent aux illustrations et bandes dessinées réalisées par Goscinny au début de sa prestigieuse carrière : « René Goscinny : la première vie d’un scénariste de génie » par Aymar du Chatenet et Christian Marmonnier.

À l’occasion du quarantième anniversaire de la disparition de ce fabuleux raconteur d’histoire, qui nous a quittés le 5 novembre 1977, deux grandes expositions lui rendront hommage en 2017, en collaboration avec l’Institut René Goscinny :

René Goscinny.

— « René Goscinny 1926-1977 : au-delà du rire » au musée d’art et d’histoire du Judaïsme (à Paris du 27 septembre 2017 au 4 mars 2018) rendra hommage à la personnalité haute en couleur de cet enfant issu d’une famille juive d’Europe centrale et à tout son parcours (de ses œuvres de jeunesse en Argentine, puis à New York, en passant par Pilote et la création d’« Astérix ») : plus de 200 œuvres originales seront exposées dont, pour la première fois, de très nombreux documents inédits issus des archives Goscinny (commissaire d’exposition Anne Hélène Hoog).

Un catalogue de cette exposition qui s’annonce formidable — plus de deux cents pages rédigées sous la direction d’Aymar du Chatenet — sortira le 20 septembre aux éditions Hazan (35 €).

— « Astérix, Lucky Luke & cie : le cinéma de Goscinny » à la Cinémathèque française de Paris (du 4 octobre 2017 au 7 mars 2018) et à La Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême (du 22 juin au 9 décembre 2018) sera consacrée aux influences du cinéma sur le travail de René Goscinny, ainsi qu’à sa propre œuvre cinématographique qui, sous différentes formes, représente une centaine de films (commissaire d’exposition Jean-Pierre Mercier).Outre l’édition tant attendue, le 12 octobre prochain, du « Petit Nicolas » en version bande dessinée illustrée par Jean-Jacques Sempé (vingt-huit pages en couleurs publiées en 1955 dans Le Moustique, accompagnées d’un dossier illustré, qui feront l’objet d’un album inédit chez IMAV : structure consacrée à la mise en valeur du grand scénariste) dont Henri Filippini nous a déjà parlé ici Enfin… La BD du « Petit Nicolas » en album !, les éditions Albert-René vont proposer, le 30 août 2017, l’intégrale de la série « Benjamin et Benjamine » : un trésor de jeunesse des deux géniaux créateurs d’« Astérix » (René Goscinny et Albert Uderzo).

Benjamin et Benjamine étaient le fer de lance du périodique Benjamin : un hebdomadaire fondé par Jean Nohain, en 1929, qui disparut en 1944, pour mieux réapparaître en 1952 chez un nouvel éditeur. Ce dernier souhaitant qu’un personnage de bande dessinée puisse symboliser son périodique, un dessinateur qui signait Ric va créer la série « Benjamin et Benjamine » qui sera reprise ensuite par un certain Sim. De 1955 à 1956, c’est Christian Godard (qui signait alors Ème) qui en propose deux épisodes avant de partir effectuer ses obligations militaires en Algérie. Il sera alors remplacé par Jen Trubert, en 1956 et 1957, pour une histoire scénarisée par Roger Lécureux.

La rédaction va ensuite solliciter le duo Goscinny et Uderzo pour prendre le relais, le temps de quelques épisodes : « Les Naufragés de l’air » et « Pigeon vole » (vingt-cinq et vingt-quatre planches numérotées de 1 à 49, publiées du n° 214 du 6 janvier 1957 au n° 238 du 23 juin 1957, puis du n° 240 du 7 juillet 1957 au n° 263 du 15 décembre 1957, et qui seront reprises dans un album en couleurs édité par Lefrancq, en 1991), ainsi que « Le Grand Boudchou » (une planche annonce numérotée 50 au n° 265 du 29 décembre 1957 et quarante-six pages, numérotées 51 à 96, publiées du n° 266 du 5 janvier 1958 au n° 311 du 6 novembre 1958 et rééditées, en noir et blanc, dans les n° 26 à 29 de Hop !, en 1981 et 1982). Au 23 novembre 1958, Benjamin change de nom et devient Top (sous-titré Réalités jeunesse), hebdomadaire, puis mensuel, publié jusqu’en juin 1970 ; mais les bandes dessinées disparaissent dès le n° 56 du 6 décembre 1959.

Cependant, Goscinny et Uderzo y publient une nouvelle aventure de leurs jeunes héros : « Benjamin et Benjamine chez les cow-boys » : cent deux planches publiées du n° 1 (du 23 novembre 1958) au n° 51 (du 8 novembre 1959)…

En plus de ces cent cinquante planches d’histoires très peu connues, restaurées et colorées sous la supervision du maestro Uderzo (à partir de scans des journaux originaux, le trait a été restauré, avant une coloration totalement inédite), l’album contiendra un dossier de trente pages inédites sur les années clés qui ont conduit René Goscinny et Albert Uderzo (2) à la création du journal Pilote.

« Benjamin et Benjamine : l’intégrale » par Albert Uderzo et René Goscinny

Éditions Albert-René (20,50 €) – ISBN : 9 782 864 973 263

Pilote, hebdomadaire créé en 1959 par Goscinny et Uderzo, mais aussi par Jean-Michel Charlier (voir Le rôle de Jean-Michel Charlier dans les premiers numéros de Pilote) : autre scénariste d’envergure qui fut, lui aussi, un temps dessinateur (on peut voir, par exemple, nombre de ses illustrations et courtes bandes dessinées dans « Jean-Michel Charlier vous raconte… », ouvrage de votre serviteur publié aux éditions Castor astral en 2013).

Dans sa fructueuse association avec son ami Victor Hubinon — « L’Agonie du Bismark », « Buck Danny » — voir « Buck Danny » et la World’s Presse — ou « Surcouf » publiés dans Spirou et où il s’occupe principalement du scénario —, Charlier dessine aussi tout ce qui est technique, comme les avions, les bateaux et certains décors, s’inspirant du dessin à la plume très soigné d’un dessinateur et peintre de marine français bien connu à cette époque : Léon Haffner.

Original d'une planche didactique dessinée par Jean-Michel Charlier, publiée dans Spirou n° 570 du 17 mars 1949.

Dès le n° 1 de Pilote, Charlier crée des personnages qui marqueront à jamais plusieurs générations : le pirate des Caraïbes Barbe-Rouge (justement mis en images par son complice Hubinon) et les chevaliers du ciel Michel Tanguy et Ernest Laverdure enluminés par Albert Uderzo. Aujourd’hui, ces deux séries sont proposées dans de belles intégrales chez Dargaud : le fondateur de ces éditions, Georges Dargaud, ayant racheté Pilote en décembre 1960.

Celle de « Tanguy et Laverdure » en est à son septième opus : deux cent seize pages qui regroupent le passionnant diptyque « Les Vampires attaquent la nuit » et « La Terreur vient du ciel » proposé à l’origine dans Pilote entre 1970 et 1971, la première partie du roman « L’Avion qui tuait ses pilotes », et un superbe calendrier 1970 réalisé pour le compte de l’armée de l’air ; le tout illustré avec maestria par un Jijé en pleine forme. Pour la petite histoire, il faut savoir que c’est ce dessinateur qui conseilla à Charlier d’abandonner le dessin pour ne se consacrer qu’au scénario, en 1950.

À ce matériel déjà exceptionnel, il faut rajouter cinquante pages d’un dossier de présentation réalisé par Patrick Gaumer et un certain Gilles Ratier qui racontent les conditions éditoriales et le contexte fort remuant de cette époque juste post-soixante-huitarde, alors que Georges Pompidou gouvernait une France sous tension (les deux aventures de Tanguy et Laverdure contenues dans cet ouvrage se déroulent d’ailleurs sur ce territoire et sous la présidence de ce successeur de Charles de Gaulle) et servait de cible aux caricatures plus pacifistes de l’équipe de Pilote.

Rajoutons à tout cela une interview inédite de Jean-Claude Mézières, le dessinateur de « Valérian » qui témoigne de son admiration pour Jijé, lequel fut son mentor, et une belle mise en valeur de documents peu connus : comme des couvertures et pages annonces ou didactiques publiées dans Pilote, des photos rares, des planches originales de la série fournie par le grand spécialiste de Jijé qu’est François Deneyer, etc.

« L’Intégrale Tanguy et Laverdure T7 : La Nuit du vampire » par Jijé et Jean-Michel Charlier 

Éditions Dargaud (19,99 €) – ISBN : 978-2205 — 07657-8

Quant à celle de « Barbe-Rouge », elle en est déjà arrivée au tome 9 (le volume 7, qui regroupe les histoires dessinées par Patrice Pellerin, constituant un exceptionnel décrochement chronologique).

Titré « L’Empereur au masque d’or », d’après des indications retrouvées sur un manuscrit du scénariste, il propose les premiers épisodes mis en images par Christian Gaty après le décès de Jijé : « Les Disparus du Faucon noir », « L’Or maudit de Huacapac » et « La Cité de la mort ».

Ce sont aussi les derniers de la série à être écrits intégralement par Charlier !

Le tout est présenté sous une couverture inédite de LorG, qui n’est autre que Laurent Gillain : le fils de Jijé qui coréalisait précédemment l’illustration de « Barbe-Rouge » avec son père et à qui Charlier a tout d’abord pensé pour la suite de cette série sur le plan graphique.

Brieg Haslé-Le-Gall, l’auteur du très intéressant dossier introductif, revient sur cette difficile passation et sur le changement de cap éditorial : Charlier naviguant désormais dans les eaux belges de la société Novedi dirigée par Jack De Kezel et Jacques De Meester (3). Le journaliste breton interroge aussi son compatriote Patrice Pellerin sur sa réalisation des couvertures de ces albums dessinés par Gaty (sur Patrice Pellerin, voir aussi Patrice Pellerin toutes voiles dehors… : première partie et Patrice Pellerin toutes voiles dehors : suite et fin).

Pour le plus grand bonheur des amateurs, leurs propos sont largement illustrés par les essais inédits de LorG, les manuscrits et tapuscrits de Charlier, les dessins préparatoires de Pellerin et de superbes dédicaces en couleurs de Gaty confiées par le collectionneur Guillaume Hardy.

« Barbe-Rouge : l’intégrale T9 : L’Empereur au masque d’or » par Christian Gaty et Jean-Michel Charlier 

Éditions Dargaud (19,99 €) – ISBN : 978-2205 — 07656-1

Les séries mythiques de cet Alexandre Dumas du 9e art sont donc, aujourd’hui, pratiquement toutes au catalogue des éditeurs d’origine : Dargaud pour celles qui paraissaient dans Pilote (le tome 6 de l’intégrale « Blueberry » est annoncé pour la fin août) et Dupuis pour celles qui étaient au sommaire de Spirou ; comme le prouvent les deux derniers tomes des intégrales « Valhardi » et « Buck Danny » aux brillants dossiers, dus respectivement au couple Pissavy-Yvernault et à Patrick Gaumer, que nous avons déjà chroniqués  ici et ici.

Logiquement, ce devrait être aussi ces deux mastodontes de l’édition qui publieront, un de ces jours (mais quand ?), les deux grandes séries de Charlier restant encore indisponibles aujourd’hui : « Marc Dacier » (dessins d’Eddy Paape), pilier de Spirou entre 1958 et 1967, et « Jacques Le Gall » (dessins de MiTacq) qui fit les beaux jours de la première période de Pilote, entre 1959 et 1967.

Il reste cependant à rééditer quantité d’autres séries ou histoires complètes moins célèbres dues à ce maître incontesté du scénario d’aventures : voir, par exemple, Des scénarios inconnus de Jean-Michel Charlier dans Bonnes Soirées !, Encore des scénarios inconnus de Jean-Michel Charlier… (première partie), Encore des scénarios inconnus de Jean-Michel Charlier… (deuxième partie) ou Les premières « Belles Histoires de l’Oncle Paul »….

C’est à cette tâche ardue que se sont attelées les éditions Fordis (voir La Collection Jean-Michel Charlier reprend son envol…), tout en essayant de conquérir les nouvelles générations, à la suite des éditions Sangam du regretté François Defaye.Après avoir proposé en album les quatre épisodes de « Thierry le chevalier » parus dans Spirou entre 1957 et 1961 — accompagnés d’un dossier de présentation dû à votre serviteur (voir Thierry le chevalier : clap de fin !) —, Salvatore Biddau et son équipe (4) se sont attaqués à la série « Allo ! D/M/A » parue dans Pilote entre 1961 et 1967 et mettant en scène le reporter de télévision Guy Lebleu, grâce aux dessins expressifs du grand Raymond Poïvet.

En commençant avec le tome 3 qui vient de paraître (voir Guy Lebleu : journaliste à Radio Luxembourg…), les éditions Fordis souhaitent d’abord publier les inédits en albums traditionnels.

C’est donc le cinquième et dernier volume, « 15 milliards de diamants », qui suivra en mai 2018.Si l’accueil est bon, nous aurons ensuite droit à la réédition des aventures parues autrefois chez Glénat, en alternance avec les deux épisodes de « Simba Lee » : courte série dessinée par Herbert (un assistant de Jijé) dont le héros est un chasseur de fauves en Afrique, publiée dans Spirou en 1960 et 1961.

Planches originales à l'encre de Chine des pages 13 et 14 de « Simba Lee T2 : La Réserve de Karapata », publiées dans Spirou n° 1198 du 30 mars 1961.

Dernière info concernant Fordis, un remplaçant à André Chéret a enfin été trouvé pour dessiner le tome 2 (et les suivants) de « Michel Brazier » : adaptation BD, par Christian Godard, de la série télévisée « Les Diamants du président » écrite par Jean-Michel Charlier (voir Michel Brazier, « petit » frère de Rahan ! et De quelques rééditions patrimoniales récentes…).

Son identité sera dévoilée en septembre, quand les contrats seront signés et toutes les formalités administratives réglées !

Gilles RATIER

(1) Pour en avoir plus sur « Gil Jourdan », voir « Gil Jourdan ».

(2) Sur Albert Uderzo et cette période, voir aussi : Albert Uderzo chez les Belges 1ère partie : « Oumpah-Pah », Albert Uderzo chez les Belges 2ème partie : Bonnes Soirées, Albert Uderzo chez les Belges 3ème partie : La Libre Junior, « Clairette » de Jean-Michel Charlier et Albert Uderzo, Un génie nommé Uderzo ! ou Uderzo, enfin prophète en son pays !.(3) Pour tout savoir sur ces éditions, lire Le Grand Magazine de bande dessinée européenne : à l’origine était Zack !, Le Grand Magazine de bande dessinée européenne : et Super As arriva ! et Le Grand Magazine de bande dessinée européenne : l’agonie de Super As !.

(4) Salvatore Biddau est aussi un grand amateur de western, ce qui explique qu’il vient de lancer une nouvelle collection dédiée à ce genre en BD : Colorado.

Il commence dès ce mois-ci, en reprenant le fumetti « Magico vento » (« Esprit du vent ») créé par le scénariste Gianfranco Manfredi pour les éditions transalpines Sergio Bonelli, en 1997 !

Il s’agit de ‘histoire d’un homme blanc adopté par les Sioux et devenu chaman grâce à sa faculté de lire le futur !

Les éditions Mosquito avaient commencé, entre 2007 et 2010, à traduire les superbes épisodes dessinés par Pasquale Frisenda en huit tomes incontournables pour les amateurs et Fordis redémarre la série avec les non moins magnifiques histoires que le grand Ivo Milazzo (voir Ivo Milazzo) a illustrées à partir de 1999.

L’autre série annoncée à partir de février 2018 (voir https://www.fordisbooksandpictures.fr) est le mythique « Rio » de Doug Wildey, créé pour Eclipse Comics en 1987 : l’histoire d’un ancien hors-la-loi qui a reçu le pardon présidentiel et qui devient agent spécial d’Ulysses S. Grant.

Ce volume rassemblerait l’ensemble de la saga publiée jusqu’en 1992, y compris l’histoire finale, inédite, qui était encore en cours de réalisation au moment du décès de l’auteur : rien que du bon !

Galerie

8 réponses à Tillieux, Goscinny et Charlier en majesté…

  1. Jean S dit :

    Merci pour toutes ces infos!

    C’est pourtant curieux de lire qu’Uderzo, qui est daltonien, estsupervisé le coloriage (qui n’a pas l’air mauvais du tout)!

    Et vivement Marc Dacier et Legalll!!!

  2. Mariano dit :

    Excellent article sur des non moins excellents auteurs et séries.
    :o )

  3. Franck dit :

    Et vive le scrolling !

  4. Marcel dit :

    En parlant de Charlier, et sans aller jusqu’à chercher des travaux rares et oubliés que vous évoquez, je suis surpris qu’il n’y ait pas eu d’intégrale des Gringos. Certes, il n’a écrit que les deux premiers, mais c’est un western (donc ça parle aux lecteurs de Blueberry), dessiné par l’excellent De La Fuente…
    Je ne l’ai malheureusement pas lu, alors je ne sais pas si c’est bon, mais je trouve étonnant qu’elle ne soit pas disponible, alors qu’elle aurait sûrement plus de lecteurs potentiels que, par exemple, Thierry le chevalier (que j’ai lu, et qui n’est pour le coup pas le meilleur truc de Charlier, loin de là).

    Après, côté Dupuis, il y a aussi Brice Bolt (qui était censé être le Marc Dacier moderne), mais c’est sûrement moins « vendeur ».

    • Gilles Ratier dit :

      Oui, Marcel, si ces séries n’ont pas été encore rééditées, c’est certainement parce qu’elles sont beaucoup moins vendeuses : que ce soit « Los Gringos » ou « Brice Bolt », aucune n’avaient, à l’époque, vraiment cartonné ! Alors aujourd’hui qu’est-ce que ça doit être. Si Dargaud et Dupuis (les éditeurs d’origine) ne veulent pas prendre le risque d’une réédition (alors que c’est à eux de le faire en priorité, normalement), il y a toujours un espoir auprès de Fordis : on ne sait jamais (mais ça ne sera pas pour tout de suite) !
      Merci encore pour vos commentaires éclairés !
      Bien cordialement
      Gilles Ratier

  5. Nicolas dit :

    Dommage que Cheret n’ait pas pris la suite de Michel Brazier. Il en était pourtant question. Rien d’alarmant j’espère.

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