Encore des rééditions qui méritent votre attention… chez BD Must, Dupuis, Hibou ou au Long Bec !

La production des ouvrages valorisant les petits joyaux du patrimoine de la bande dessinée dite franco-belge ne faiblit pas : les derniers mois ont d’ailleurs apporté leur lot de nouveautés en ce domaine, prisé par les lecteurs nostalgiques (1), mais pas que… En place pour la revue de détail !

Après la très belle intégrale du western « Manos Kelly » dû à l’Espagnol Antonio Hernández Palacios (voir Antonio Hernández Palacios), les éditions strasbourgeoises du Long Bec, proposent aujourd’hui la totalité des planches d’une autre série contemporaine de cette dernière, toujours réalisée par ce fabuleux graphiste : « Le Cid ».

Il s’agit de quatre aventures moyenâgeuses qui relatent les hauts faits du jeune Rodrigo Diaz de Bivar pendant la Reconquista espagnole, lesquelles ont été réalisées par Palacios entre 1974 et 1980. « El Cid » est la deuxième série de cet artiste flamboyant aux planches d’une force remarquable à être publiée dans la revue espagnole Trinca.

Les deux premiers épisodes, publiés à l’origine à partir d’avril 1971 jusqu’au dernier n° de 1973, ont été traduits en français dans un album des éditions Aventures et Voyages proposé en 1974, dans la collection Mon Journal, et repris six ans plus tard dans une intégrale de la Collection noire des Humanoïdes associés, en 1980.

Les deux derniers sont donc totalement inédits en langue française : Palacios ayant continué cette saga avec « La Cruzada de Barbastro » (édité en album en Espagne, en 1982, chez Ikusager), puis avec une quatrième aventure également publiée en album chez ce même éditeur ibérique, en 1984 : il y confirme sa virtuosité picturale et la maîtrise de sa narration.

Notons que Palacios avait prévu bien d’autres péripéties avec ce héros qu’il n’a pu, hélas !, achever.

Roger Seiter, par ailleurs scénariste souvent inspiré (2), nous rappelle, dans un très intéressant dossier de présentation de dix pages, que : « Dans une interview, au milieu des années 1970, Antonio estimait son projet autour de vingt à vingt-cinq albums (mille pages environ). » On peut d’ailleurs consulter l’ensemble des notes pour les travaux préparatoires de cette suite inachevée sur le site de l’éditeur : http://www.editions-du-long-bec.com.

Comme pour « Manos Kelly », les quatre histoires forment un seul et même récit dont les éditions du Long Bec ont concocté une nouvelle traduction des textes espagnols : une adaptation de la narration au lectorat actuel qui rend cet ouvrage encore plus attrayant…

Dans notre précédent recensement des nouveautés patrimoniales (voir : De quelques rééditions patrimoniales récentes…), nous avions mis l’accent sur les dernières parutions de l’éditeur belge Hibou, mais nous avions oublié de présenter un ouvrage de quarante-quatre pages inédites en album, mais publiées dans Le Soir illustré : « Huile de freins de morue », une aventure de Johnny Goodbye écrite par Eddy Ryssack pour Dino Attanasio. C’est ce dernier, dessinateur mythique de la série « Spaghetti » (voir « Spaghetti ») ou de la première version de « Bob Morane » en bandes dessinées (voir Le retour de Bob Morane… en intégrale !), qui crée, en 1969, ce détective privé évoluant dans le Chicago des années vingt et combattant principalement la mafia italienne.

« Johnny Goodbye » a d’abord été prépublié dans l’hebdomadaire hollandais Pep (entre 1969 et 1975), puis dans son successeur Eppo, de 1975 à 1992. Les scénarios sont dus au Néerlandais Martin Lodewijk, lequel a été remplacé, par intermittence, par Yves Duval (voir Yves Duval), Patty Klein, Ruud Straatman ou Eddy Ryssack pour cette seizième histoire qui n’est pas sans nous rappeler l’ambiance de la série « Sammy » de Berck et Raoul Cauvin.

En France, cette sympathique bande, un brin loufoque, a d’abord été traduite et adaptée par Guy Hempay en quatre albums chez Dargaud, entre 1979 et 1981. Puis, en 1984 et 1986, les éditions des Archers ont publié deux albums écrits par Yves Duval et les éditions Hibou (qui s’appelaient alors Loup) en ont proposé un autre en 2004 (scénario de Martin Lodewijk).

Dessin original de Dino Attanasio pour la couverture d'un album de « Johnny Goodbye ».

Dans un autre article référentiel sur le patrimoine (Encore de belles intégrales avant la fin de l’année… et quelques prévisions pour 2017 !), nous vous avions annoncé, aux éditions Dupuis, le premier volume (sur quatre de prévus) de l’intégrale « Jojo » par André Geerts : cet adorable petit bonhomme à l’incroyable casquette verte, vivant chez sa mamie qui le comble d’affection, alors que dans la maison d’à côté habite son meilleur copain (Gros-Louis), dont le papa est pâtissier.

Ce premier gros recueil est enfin paru et reprend les quatre premiers albums de cette émouvante série créée dans l’hebdomadaire Spirou en octobre 1983, ainsi qu’une quarantaine de pages inédites en albums préfigurant les débuts du personnage : deux cent quatre-vingts pages de fraîcheur et de rondeur introduites par un plaisant dossier bien documenté dû à Morgan Di Salvia. Comme d’habitude, chez Dupuis, la maquette est impeccable (encore bravo à Philippe Ghielmetti et à Roman Gigou) et de nombreux documents rares ou carrément inédits sont formidablement mis en exergue : et là, c’est Alain Maury qu’il faut féliciter pour ses habiles restaurations, ainsi que le couple Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault pour la direction éditoriale de l’ensemble. Pour en savoir plus sur cet attachant auteur qu’était André Geerts (talentueux narrateur et dessinateur disparu bien trop tôt) et sa formidable série enfantine, voir L’envers des planches : André Geerts, Le petit monde de « Jojo » est en deuil ou « Jojo » T18 par A. Geerts et S. Salma.

Terminons ce petit tour éditorial des nouveautés du passé, en faisant le point sur l’alléchant et ambitieux programme éditorial des éditions belges BD Must.

Sur le plan strictement patrimonial, cette structure bruxelloise continue de réhabiliter le grand Bob De Moor, auteur emblématique de la ligne claire, qui fut pendant trente ans le bras droit d’Hergé (voir Bob De Moor [1ère partie] et Bob De Moor [2ème partie]) : trois albums totalement inédits de sa série « Oncle Zigomar » sont en souscription sur Sandawe.com.

Le créateur de « Barelli », « Monsieur Tric » et « Cori le moussaillon » (toutes ses séries ont été rééditées chez BD Must) a dessiné les quinze aventures fantaisistes d’Oncle Zigomar et de ses neveux (« Nonkel Zigomar, Snoe et Snolleke ») dans les journaux Vrije Volksblad et Nieuws Van de dag, entre 1951 et 1956.

« Le Maw-Maw blanc ».

Ces histoires sont parfaitement en adéquation avec l’esprit et l’humour souvent absurde des Flamands et de l’auteur, lequel déclarait souvent que : « Plus jeune je n‘étais pas très sérieux, au sens où je n‘étais pas un triste sire et cet état d‘esprit se retrouve dans “Oncle Zigomar”. Ce sont des récits bourrés de gags, de non-sens et de rebondissements. La rédaction me laissait entièrement libre et je ne mettais aucun frein à mon imagination. »

Quant au personnage de l’Oncle Zigomar – il ressemble un peu au Séraphin Lampion de la série « Tintin » —, c’est le stéréotype de l’oncle farfelu, encombrant, pittoresque et un peu aventurier.

La série sera relancée, en avril 1989, dans la Gazet van Antwerpen : Bob De Moor rebaptisant les protagonistes des prénoms de deux de ses fils (Johan et Stephan).

« Le Doigt bleu ».

Quelques épisodes ont été édités, dans un curieux ordre chronologique, en langue française : en commençant par le deuxième (« Le Renard qui louche ») qui fut proposé dans Tintin, dès 1952 ; le nom d’Oncle Zigomar étant alors devenu Coco Vilain ! Bien plus tard, ce seront les éditions Bédéscope qui publieront, entre 1979 et 1980, six albums brochés en noir et blanc : rééditant d’abord « Le Renard qui louche » et finissant par « L’Empire des taupes » (le douzième épisode paru, à l’origine, en 1955). Ce sont les titres qui n’avaient encore jamais été publiés en français qui sont aujourd’hui proposés sous forme d’un pack collector augmenté d’ex-libris et tiré à seulement 666 exemplaires !

En souscrivant à ce projet sur Sandawe.com (http://www.sandawe.com/fr/projets-auto-finances/oncle-zigomar-de-bob-de-moor), vous recevrez vos albums en priorité, avec votre nom sur le certificat accompagnant le tirage et avec la possibilité de recevoir un 4ème album inédit de la série « Oncle Zigomar » : un collector exclusif et très limité intitulé « La Cane parlante » !

Même si ce ne sont pas à proprement parler des rééditions patrimoniales, les autres projets des éditions BD Must (édité à seulement trois cent trente-trois exemplaires numérotés et signés chacun) devraient intéresser les amateurs de bandes dessinées classiques. Pour en savoir plus sur BD Must, voir BD Must : le must de la BD classique belge ! ou Le meilleur de la BD néerlandaise classique, c’est chez BD Must !. En effet, les nouveautés annoncées et déjà en souscription sur Sandawe.com méritent vraiment le détour.

Commençons par « Quaco » : un album d’aventures historiques écrit par Ineke Moi et dessiné par Eric Heuvel, maître de la ligne claire néerlandaise et également auteur de la série « January Jones » (voir Vous connaissez January Jones ?), dont l’auteur est en train de travailler sur un neuvième épisode qui devrait être terminé à la fin de l’été 2017. Seuls les souscripteurs au palier à soixante euros de « Quaco » recevront gratuitement l’album « Rotterdam, ville en feu ! » du même auteur, traitant de la prise de Rotterdam par les Allemands en mai 1940.

Helena est une nouvelle héroïne d’Henk Kuijpers (le créateur de la série « Franka » — voir « Franka » d’Henk Kuijpers — ici seulement scénariste), dessinée par Danker Jan Oreel : encore un excellent héritier de la ligne claire !

Monte-en-l’air de haut vol et aventurière de charme, cette femme fatale est au cœur d’un fascinant mystère archéologique semé de dangers et de rebondissements.

« Les Malles de Raz Fadraz » a d’abord été prépublié dans le magazine hollandais Eppo en 2010, la série étant simplement dénommée « Hel ».

Là encore, seuls les souscripteurs au palier à soixante euros de cet ouvrage recevront gratuitement un album inédit : « Les Casseurs de Noël ».

Toujours dans un style rétro, sachez aussi que le tome 3 de « Rhonda » (série policière, créée par Vano, mettant en scène une superbe fille de la BD made in Nederland qui évolue dans l’Amérique des années soixante) pointe à l’horizon !

Également très alléchant, « Apache Junction » (créé aux Pays-Bas en 2011) s’annonce comme un grand western en trois albums et n’est pas sans rappeler la série « Blueberry » ! En effet, outre l’histoire où un soldat paumé affronte des Apaches, ainsi que des trafiquants et des rebelles sudistes à la recherche d’un trésor perdu, le dessinateur Peter Nuyten (né en 1962) semble très inspiré par le trait de Jean Giraud. BD Must vous propose ces trois albums sous forme d’un pack collector limité à mille exemplaires sur Sandawe.com : les souscripteurs bénéficiant de plusieurs avantages en fonction du palier de souscription (certificat à leurs noms, frais d’envoi offerts ou fac-similé d’une planche originale et dédicaces de l’auteur).

Enfin, « 349 Squadron » est un one-shot d’aviation dû au dessinateur de « Betty & Dodge » et de « Little England » : voir À la rencontre des auteurs de la série « Betty & Dodge » du dessinateur Thomas Du Caju et des scénaristes Jean-Claude Van Rijckeghem et Pat Van Beirs.

En quarante-huit pages, Thomas Du Caju raconte l’histoire du 349ème squadron de la Force aérienne belge : de nombreux combats aériens avec des avions de chasse de légende (Spitfire, Meteor, Hawker Hunter, Avro CF-100, Starfighter et F16) étant, évidemment, au rendez-vous.

Un tirage de luxe limité à mille exemplaires numérotés et signés est en création avec l’auteur et est également proposé en souscription sur le site Sandawe.com avec les cadeaux habituels pour les souscripteurs !

Gilles RATIER 

(1) Voir aussi notre rubrique « Actualités » où nous annonçons aussi, régulièrement, certaines de ces rééditions immanquables : Johnny Red vole sur Stalingrad…, Le « Kamasutra » version Jacovitti…, Du Triomphe… Encore !, Et Pat’apouf adopta Jacky ! ou « La Patrouille des Castors : intégrale » T8 par MiTacq, Marc Wasterlain et Jacques Stoquart.

(2) Voir, par exemple, nos chroniques sur « L’Or de Morrison » T1 par Daniel Brecht et Roger Seiter, « Fog : intégrale » T1 par Cyril Bonin et Roger Seiter, « Lefranc T27 : L’Homme-oiseau » par Régric et Roger Seiter, « Trou de mémoire T1 : Gila Monster » par Pascal Regnauld et Roger Seiter, « Special Branch » T1 à T4 par Hamo et Roger Seiter, « Les Colombes du Roi-Soleil » T1 ou Plus de lectures.

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