Johnny Red vole sur Stalingrad…

Le label Delirium continue son travail d’exhumation de classiques de la bande dessinée anglo-saxonne en publiant le troisième et dernier tome d’un récit de guerre publié à l’origine dans la revue anglaise Battle Action, en 1977. (1) L’occasion de conclure la partie sûrement la plus attrayante d’une série forte, précédemment présentée sur ce site, et se déroulant à cette occasion sur le front russe de Stalingrad. En effet, seuls les premiers épisodes dessinés par Joe Colquhoun sont ici rassemblés.

Johnny Redburn n’est pas un inconnu des lecteurs français, puisqu’il a eu les honneurs de la revue Atemi, dès 1981, aux éditions Mon journal. (2) Il était alors titré « Hurricane Boy », du nom de l’avion anglais que ce (ex) pilote de la RAF conduit, lorsqu’il échappe à un avenir compromis auprès de ces camarades. L’histoire débute en effet en septembre 1941, dans la mer de Barents (océan Arctique), et notre héros est banni, car accusé de la mort d’un officier : Frank Coppel, avec lequel il s’est battu.

À l’occasion d’une attaque ennemie sur le bateau qui les transportent, Johnny s’empare néanmoins d’un avion contre toute attente, et après avoir sauvé quelques marins, préfère prendre la fuite vers la Russie plutôt que de risquer des sanctions. Là, il s’écrase sur la base aérienne de l’escadrille des Faucons où, grâce à ses prouesses, il ne va pas tarder à devenir un leader, surnommé Le Diable rouge.

On retrouve Johnny en pleine action dans les premières pages de ce tome, alors qu’il essaye d’échapper aux tirs d’un de ses acolytes, rattaché lui aussi aux Faucons, mais à bord d’un Spitfire. Ce Coppel est le frère de l’officier décédé qui a démasqué Redburn, et il s’est juré de faire payer celui qu’il considère comme un meurtrier.

Après quelques actions en mer, le scénario se déplace vers le front Russe de Stalingrad, où Johnny va faire la connaissance de la patrouille féminine des Anges de la mort, menée par la belle Nina Petrova à bord de vieux biplans Tchaïka I 15. Cette patrouille de femmes courageuses a réellement existé et mené des actions sur ce front fin 1942, opérant des sorties presque suicides, afin de mettre à mal la progression allemande. (3) Une amitié va naître entre eux deux, et leurs qualités jointes permettront à leur escadrille de casser l’avancée de l’ennemi.

 Nous ne dévoilerons pas les divers rebondissements de cet épisode, haut en couleur (même s’il est dessiné en noir et blanc), mais il est compréhensible et appréciable que ce genre de classique puisse être proposé, tant il donne à lire des aventures dignes des meilleurs récits du genre. Le trait fin et très réaliste de Colquhoun, déjà chroniqué ici pour sa série « La Grande Guerre de Charlie », rappellera peut-être à certains celui d’un autre dessinateur européen : Jorge Zaffino (voir son superbe « Winterworld », réalisé avec Chuck Dixon, édité par Delcourt en 2013).

Le seul bémol que je placerai, néanmoins, sur le plan graphique, concernera les rappels de l’épisode précédent, que l’éditeur (anglais) a apparemment délibérément laissé toutes les trois pages, et qui nuisent un tant soit peu à la fluidité de la lecture. Mais ce léger détail n’entame en rien la qualité d’un scénario par ailleurs très bien construit et bourré d’action.

Si ce troisième tome se conclut par un « Fin », il est important de noter que la série a néanmoins continué à l’époque, mais avec deux autres dessinateurs : John Cooper, puis Carlos Pino, jusqu’en 1989. Avant que Garth Ennis lui-même, accompagné de Keith Burns, relance le titre entre 2015 et 2016 chez Titan Books, l’éditeur chez qui ces recueils originaux bienvenus ont été précédemment publiés.

 Franck GUIGUE

 

(1) Dès son n° 100, le 29 janvier 1977.
Voir : https://britishcomics.wordpress.com/2015/03/25/battle-action/

(2) http://dominique.chiaretto.free.fr/hurricane_boy.htm, et aussi :
http://bdmonjournal.free.fr/atemi/

(3) L’avant-propos de Garth Ennis nous permet de replacer le contexte historique et d’éclairer divers détails, dont le fait que, si une patrouille féminine a bel et bien existé sur ce front, elle était constituée de pilotes, nommées les Sorcières de la nuit par les Allemands, qui pilotaient plutôt des PO-2. Le scénariste de talent, fan de la série, explique aussi avec ferveur les qualités de ce comics.

 

« Johnny Red volume 3 : des anges sur Stalingrad » par Joe Colquhoun et Tom Tully

Éditions Delirium (23 €) — ISBN 979-10-90916-30-2

Galerie

Les commentaires sont fermés.