Bob De Moor (2ème partie)

C’est donc, fin 1949, que Bob De Moor commence vraiment à être publié dans Tintin, en Belgique francophone. Il y propose d’abord les gags de « Bouboule et Noiraud » (recyclage de ses « Mieleke en Dolf » parus précédemment dans Ons Volkse et re-titrés « De Avonturen van Fee en Fonske » dans Kuifje)

; puis, l’année suivante, les facéties de l’inénarrable « Professeur Tric ».

Ce personnage moustachu au chapeau rond est appelé aussi « Monsieur Tric », à partir de 1953, ainsi que dans les trois albums brochés en noir et blanc publiés par Bédescope, en 1980, et dans la compilation cartonnée et en couleurs parue chez Rombaldi, en 1984 : certains scénarios de cette série de gags fantaisistes publiés entre 1957 et 1958 (dont ceux inclus dans ce qui était pompeusement appelé, à l’époque, des « dessins animés en Tintinocolor », et ceux où, dans l’intitulé, « Tric » devient « Troc ») seront dus au jeune René Goscinny, juste embauché comme humoriste et scénariste par le rédacteur en chef André Désiré Fernez ! Ces neuf épisodes de deux ou trois pages chacun ont été repris, intégralement, dans « Les Archives Goscinny : le journal Tintin 1956-1961 », aux éditions Vents d’Ouest, en 1998 ! À noter qu’une intégrale « Monsieur Tric » est bientôt prévue, en albums cartonnés et en couleurs, chez BD Must !

Ceci dit, la principale création de Bob De Moor pour Tintin n’est autre que le comédien et détective « Barelli », dont les aventures débuteront en juillet 1950. Rappelons que l’édition « intégrale » des « Barelli » est aujourd’hui proposée par les éditions BDMust (http://www.bdmust.be/djp_barelli.htm)

; puisque « De la planche aux planches » où Barelli rencontre Hergé

est reprise dans la plaquette « Barelli : au cœur de la ligne claire », laquelle accompagne cette réédition, et que nous avons éludé le cas « Bruxelles bouillonne » – voir à ce sujet la première partie de ce « Coin du patrimoine » : http://bdzoom.com/spip.php?article5185 -, il n’y manque, en fait, que la planche incluse dans « Les Aventures mystérieuses et rocambolesques de l’agent spatial » : une histoire collective réalisée par les dessinateurs du journal Tintin. La page qui met en scène Barelli, et qui a bien été réalisée par Bob De Moor, a été publiée au n°36 du 03/09/1985 de la version belge du journal Tintin (ou au n°521 du 03/09/1985 de la version française), puis dans l’album « L’Aventure du journal Tintin : 40 ans de bandes dessinées » aux éditions du Lombard, en 1986(1).

Évidemment, les versions remaniées de « L’Énigmatique Monsieur Barelli » et « Barelli à Nusa Penida », réalisées pour les albums, à la demande des éditeurs, n’ont pas été reprises, même si Bob De Moor y a rajouté quelques planches inédites.

Pour « L’Énigmatique Monsieur Barelli », l’album de la collection brochée « Vedette » au dos carré rouge (en 1976), contient une page en moins et un strip en plus, et l’édition de 1981 (au dos carré blanc) est augmentée de quatorze planches parues, à l’origine, dans le n°40 du 06/10/1981 de la version belge de Tintin (ou n°317 du 02/10/1981 de la version française).

Pour « Barelli à Nusa Penida », la publication en deux albums a nécessité une recomposition graphique et narrative en deux pages des planches n°30 à 33 correspondant à la césure des deux épisodes. En revanche, le deuxième album de cette histoire publié aux éditions du Lombard, en 1983, a été redessiné et augmenté de dix-huit planches inédites ; cette version du tome 2, qui fait finalement vingt-neuf pages, a été pré-publiée du n°41 de 1978 au n°46 de 1978 de la version belge de Tintin (ou n°370 à 375 de la version française).



Après « Barelli »(2),
Bob De Moor publie, dans Tintin, les historiques « Conrad le Hardi »

et le premier « Cori le moussaillon », en 1951 ; lesquels seront proposés, plus de deux décennies plus tard, en albums brochés en noir et blanc, chez Bédescope, respectivement en 1977 et en 1979 ; le premier ayant bénéficié d’une autre réédition, en couleur, en 1985, alors que le second avait déjà connu l’honneur de l’album noir et blanc chez Distri-BD, en 1976 : autant de récits qui entérinent les fascinations de l’auteur pour la mer, le monde médiéval, l’humour et l’aventure fantaisiste.

Or, dès le 6 mars1951(3), grâce à l’appui d’Evany (de son vrai nom Eugène Van Nyverseel – il était le chef du studio au journal et il fut le premier collaborateur du dessinateur de « Tintin ») – et à la demande de l’éditeur Raymond Leblanc, il entre aux studios Hergé et devient très rapidement le premier assistant. Non seulement Hergé était alors en pleine déprime mais la place avait été laissée vacante par Edgar P. Jacobs ; or, contrairement à ce dernier, Bob ne demandera jamais à devenir cosignataire des aventures de « Tintin ».

Il est alors chargé de superviser tous les dessins secondaires ou parallèles mettant en scène Tintin et ses amis (publicités, produits dérivés, illustrations professionnelles…), créant aussi les décors des albums à partir de l’épisode « Objectif Lune » (de l’image n°27, exactement) et coloriant ceux qui avaient été publiés en noir et blanc.

Preuve de la complicité entre les deux hommes, Hergé et Bob De Moor font, en 1956, une traversée de la mer du Nord à bord du cargo « Reine Astrid », ceci afin d’effectuer des croquis préparatoires pour l’album « Coke en stock ».

Il n’est pas rare, non plus, que Bob De Moor serve, lui-même, de modèle : mimant les attitudes des personnages croqués par Hergé. Il participera également à l’animation et à la supervision du personnage lors des dessins animés de longs métrages «  Tintin et le temple du soleil » et « Tintin et le lac aux requins » réalisés pour Belvision (il est même le principal responsable de la version bande dessinée scénarisée par Greg, mais non commercialisée, de ce dernier qui parût quand même dans le quotidien Le Soir, en décembre 1972),

modernisera l’album « L’Île noire » à la demande de l’éditeur anglais, marque de sa patte la réalisation graphique de « Tintin et les Picaros »,

et réalisera même, en duo avec Jacques Martin, une planche bidon de « Tintin » en guise de farce jouée à Hergé, où il prouvait qu’il était, effectivement, capable de faire aussi bien que ce dernier : cette page fut finalement publiée, en décembre 1965, dans un magazine suisse intitulé L’Illustré.

Après la mort d’Hergé, en 1983, il rêvera de terminer « Tintin et l’Alph-Art » que le maître avait laissé à l’état d’ébauche ; mais la veuve de Georges Remi décidera, après de longues hésitations, de laisser l’œuvre inachevée et de dissoudre, la même année, les Studios Hergé ! Cependant, notre dessinateur va encore continuer à travailler sur « Tintin » en supervisant la réalisation de la fresque Tintin, dans le métro bruxellois, laquelle fût dévoilée en 1988.

Mais bien avant tout cela, à partir de 1956, en plus de son travail aux studios Hergé, De Moor va aussi se consacrer aux productions du journal belge francophone Tintin, délassant celles qu’il réalisait, auparavant, pour les pays flamands. Ainsi, en 1959, outre l’illustration de quelques courts récits complets historiques (dont « Le Dernier voyage du Pamir » en 1957 et « Le Sous-marin perdu » en 1959, puis « Le Meunier de la «  Grande Françoise  » » en 1989),
on doit alors à Bob De Moor une histoire, un peu plus longue, raillant l’inconscience adulte : « Pirates d’eau douce » (bluette fantaisiste publiée en un album cartonné en bichromie chez Magic-Strip, en 1983).

Puis, à partir de 1965, il met en images, toujours pour l’hebdomadaire du Lombard, quelques gags d’humour « so british » (une facette récurrente dans l’œuvre de Bob De Moor) de « Balthazar » : une compilation, en album cartonné, sera réalisée par Magic-Strip, en 1984.

Ensuite, il reprend graphiquement, en 1970, la série « Lefranc » créée par Jacques Martin qui en assume toujours le scénario, le temps de l’épisode « Le Repaire du loup » publié dans Tintin (album cartonné en couleurs chez Casterman, en 1974).

Toujours pour les éditions Casterman, en 1978 et 1981, il reprend il reprend le personnage de « Cori le moussaillon » pour lui faire vivre l’épopée de « L’Invincible Armada » dans deux albums cartonnés en couleurs. Pour le troisième (« Cap sur l’or », paru en 1982), Bob De Moor remodèle la première histoire qu’il avait créée et dessinée, en 1951, pour Tintin. Elle sera suivie, en 1987, d’une autre épopée maritime et historique avec le même protagoniste : « L’Expédition maudite ». Président de l’association pour la création du Centre Belge de la Bande Dessinée à Bruxelles, dès 1984, Bob De Moor va également en présider le conseil d’administration, de l’ouverture au public (en 1989) jusqu’à son décès (en 1992).

En 1986, les éditions du Lombard, dont il va être nommé directeur artistique (en 1989), publient un livre sur sa vie et son œuvre (« Bob De Moor : 40 ans de bande dessinée, 35 ans aux côtés d’Hergé ») et, trois ans plus tard, il termine « Mortimer contre Mortimer » : la seconde partie des « Trois formules du professeur Sato ». Cette aventure de « Blake et Mortimer », restée inachevée à la mort de son ami Edgar-P. Jacobs, a été publiée dans l’hebdomadaire Hello Bédé et en un album couleurs cartonné, l’année suivante, par les éditions Blake et Mortimer.

Signalons aussi « Rendez-vous en 2009 », petite plaquette publicitaire, contenant treize pages de bandes dessinées, éditée par la Fédération des Industries Chimiques de Belgique, en 1988. Mais ce court récit (scénario non signé de Thierry Smolderen) est principalement réalisé par les assistants du maître !

En janvier 1993, son ultime album « Dali Capitan » (le cinquième utilisant le personnage de « Cori le moussaillon ») est publié par Casterman : il a été terminé, en ce qui concerne les six dernières planches, par son fils Johan – aidé par Stephen Desberg au scénario. De l’humoristique au réaliste ou au caricatural, Bob De Moor s’inscrit donc totalement dans cette « ligne claire » d’Hergé qu’il a été l’un des premiers à incarner, respectant tout à fait l’esprit du « Maître de Bruxelles » qui disait de lui : « Je n’ai jamais rencontré une telle conscience professionnelle et une telle puissance de travail. »(4).

Gilles RATIER

(1) Pour ces mêmes « Aventures mystérieuses et rocambolesques de l’agent spatial », Bob De Moor réalisera aussi une autre planche entière mettant en scène le personnage de Tintin et son univers, d’après Hergé ; page publiée dans le n°23 du 03/06/1986 de la version belge du journal Tintin (ou au n°560 de la version française), puis dans l’album « L’Aventure du journal Tintin : 40 ans de bandes dessinées » aux éditions du Lombard, en 1986.

Dans le même registre, il dessinera deux planches intitulée « Les Gorilles de la vedette » dans le Super Tintin n°28 du premier trimestre 1985

et une page pour le collectif « Les Magiciens d’eau » aux édition Bandes Originales, en 1987.

(2) Toujours à propos de « Barelli », il faudrait signaler les trois parodies que ce personnage a suscité, dont l’une est due à Bob De Moor, lui-même :
- « Barelli » par Jean-Claude Servais, une planche publiée dans Tintin, au n°39 du 29/09/1981 (spécial 35 ans) de 1981 (ou n°316 du 25/09/1981 de la version française : Nouveau Tintin).

- « Barillé » par Roger Brunel, une planche publiée dans le tome 3 de l’album « Pastiches » aux éditions Glénat, en 1984.

- « Bary Lelli à Nuda Penisa » par Bob de Moor sous le pseudonyme de Mob Ed Boor , deux planches publiées dans le n°114 de Circus, au troisième trimestre 1987 ; reprises dans le tome 1 de l’album « Parodies » aux éditions MC Productions, en 1987.

Sans oublier un essai pour l’histoire « C’est dans le lac », en 1968, où Bob De Moor avait proposé une version réaliste de son Barelli : une page jamais publiée (sauf dans l’ouvrage « Bob De Moor : 40 ans de bande dessinée, 35 ans aux côtés d’Hergé ») où son héros favori préfigure sa future version de « Lefranc» !

(3) C’est grâce à nos amis Jean-Claude De la Royère et Michel Vandenbergh du Centre Belge de la Bande Dessinée (où une incontournable exposition intitulée « Bob De Moor et la mer » est présenté jusqu’au 15 janvier 2012) que nous avons pu avancer cette date précise, puisqu’ils nous ont communiqué deux lettres tapuscrites d’Hergé concernant sa première rencontre avec Bob De Moor.

(4) Extraits d’une lettre d’Hergé au sujet de Bob De Moor publiée dans le n°1 du fanzine Le Fouineur réalisé par Thierry Joor, en 1978.

Galerie

2 réponses à Bob De Moor (2ème partie)

  1. jpa dit :

    les deux premiers albums de « Cori » parus chez Casterman, et fondés sur l’histoire de l’invincible armada, ne sont pas un remaniement de la première histoire de Cori le moussaillon. C’est le troisième album, « Cap sur l’or » qui adapte et reprend les planches de la première histoire parue dans Tintin.

    amicalement (et bravo pour l’ensemble de vos articles)

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