Noël Gloesner : modestie et discrétion… (seconde partie)

Suite et fin de ce « Coin du patrimoine » consacré à Noël Gloesner qui est, sans nul doute, le plus grand de tous les auteurs présentés dans cette rubrique : un don inné pour le dessin, une réussite immédiate et pourtant, mis à part pour quelques initiés, il demeure un inconnu. Son tort, ne pas avoir travaillé pour l’un des quatre grands hebdomadaires qui ont régné après-guerre sur la presse BD : Spirou, Tintin, Vaillant et Pilote. Après avoir découvert son œuvre immense, comment ne pas crier à l’injustice ? Que ce modeste retour sur une carrière exemplaire lui permette d’être, un court instant, exposé à la lumière. Pour lire la première partie de ce dossier, voir Noël Gloesner : modestie et discrétion… (première partie).

Autoportrait de Noël Gloesner Fripounet n° 1 (01/1955)

Marijac : patron et ami

C’est par un heureux hasard que Noël Gloesner, le Champenois, rencontre en 1951 Marijac, l’Auvergnat, à la rédaction parisienne de l’hebdomadaire Pierrot des éditions de Montsouris.

Il y dessine, du n° 27 (08/07/1951) au n° 46, le premier épisode des « Compagnons de Fo-Hi ».

Max et Jean, deux adolescents parisiens à la recherche d’un vieux manuscrit sont aux prises avec une société secrète chinoise. « C’est alors que Marijac fait irruption dans ma carrière, comme il fit irruption dans le bureau du rédacteur en chef de Pierrot, un jour que je m’y trouvais pour remettre des planches. Le roi est mort, vive le roi ! Pierrot rendait l’âme, Marijac me recueillit, en même temps qu’il emportait tout ce qui pouvait être sauvé du naufrage. Et sous sa bannière, je commençais une nouvelle carrière qui devait se prolonger sans faille… C’est ainsi que j’ai versé dans tous les genres, au diapason d’un scénariste maestro et extraordinairement fécond » confie-t-il à Louis Cance dans Hop !.

« Marijac n’a jamais été un “patron” ni un “client”, mais un ami », précise-t-il à Jean-Paul Tibéri dans Haga : une amitié sincère et partagée, puisque toutes les histoires publiées par Noël Gloesner dans les publications de Marijac seront écrites par lui.

« Le Cobra à 7 têtes » Coq hardi n° 58 (03/07/1952).

« Le Cobra à 7 têtes », la seconde partie de la série, passe du pâle Pierrot au prestigieux Coq hardi (1) que dirige l’infatigable Marijac, du n° 58 (03/07/1952) au n° 67.

Planche originale du « Cobra à 7 têtes .

L’ensemble de ce récit est réuni dans un album au tirage réduit édité par Regards en 2009.

Dans le n° 71 (03/03/1952), il reprend les aventures du Colonel X à la suite de Raymond Poïvet et de Christian Mathelot.

Le premier épisode (« Colonel X en Extrême-Orient ») conduit l’ancien résistant en Indochine, jusqu’au n° 111.

Il est envoyé ensuite en Malaisie, dans un récit proposé du n° 114 (29/01/1953) au n° 145 : il sera repris dans Hop ! n° 127, 129, 131 et 133 (2010-2012).

Ces deux histoires ont été publiées en Belgique dans Samedi jeunesse.

La collection BDécouvertes des éditions Glénat en 1979, puis les éditions Taupinambour en 2011, présentent « Colonel X en Extrême-Orient » en album.

« Colonel X en Malaisie » Coq hardi (1953).

« Colonel X en Malaisie » Coq hardi n° 119 (04/03/1953) : version Hop ! en noir et blanc n° 127 (09/2010).

On lui doit aussi deux récits sportifs pour Coq hardi : « L’Équipe » du n° 148 (24/09/1953) au n° 164 et « Schuss » du n° 166 au n° 185 (10/06/1954).

Ils ont eux aussi été repris dans Samedi jeunesse et figurent dans l’album « Les Compagnons de Fo-Hi » publié chez Regards.

Marijac ayant cédé son journal aux éditions de Montsouris (qui vont le massacrer !), il propose au dessinateur de le suivre dans les pages de Mireille (2) : l’hebdomadaire pour filles qu’il vient de lancer.

De 1954 à 1958, il y dessine cinq histoires sublimes écrites par Marijac : des histoires romantiques pour jeunes filles, certes remplies de bons sentiments et de saines émotions, mais qui ne se moquent pas des lectrices.

— « Mademoiselle ci-devant » évoque un thème cher au scénariste, la Révolution française et plus particulièrement la Vendée et les chouans.

« Mademoiselle ci-devant » Mireille n° 43 (25/11/1954).

La noble Annette de la Rochejaqueloin devient l’amie de Petit-Jean, le jeune tambour républicain : une histoire palpitante en 129 pages proposée du n° 26 (24/06/1954) au n° 110, remontée pour le poche Frimousse.

« Mademoiselle ci-devant » Mireille n° 81 (18/08/1955).

— « Boule de neige » a pour cadre une station de sports d’hiver où une jeune blonde surnommée Boule de neige a pour tête de turc un jeune moniteur… jusqu’au jour où survient un drame : 55 pages publiées du n° 113 (29/03/1956) au n° 149, rééditées dans Frimousse magazine, remontées pour Frimousse.

« Boule de neige » Mireille n° 119 (10/05/1956).

— « Dolores de Villafranca » a pour cadre l’Espagne où la riche Dolorès, fille d’un éleveur de taureaux, s’éprend d’un jeune gitan : une histoire en 64 pages proposée du n° 150 (13/12/1956) au n° 183, rééditée dans collection Frimousse et remontée pour le poche Frimousse. Un album est édité par Artège en 2012.

« Dolores de Villafranca » Mireille n° 182 (03/07/1957).

— Retour à la grande Histoire avec « Mademoiselle Demi-solde ». Solange Durand, fille d’un demi-solde injustement tué au cours d’un duel, est prête à tout pour laver l’honneur de son père : une histoire en 37 pages publiée du n° 183 (01/08/1957) au n° 207, rééditée dans Frimousse magazine, puis remontée dans Frimousse.

« Mademoiselle Demi solde » Mireille n° 196 (24/10/1957).

— Enfin, publication de « La Fée des solitudes », du n° 211 (13/02/1958) au n° 221, qui conte l’amour impossible entre Anna la fille du châtelain et Teddy le jeune berger : réédition dans Frimousse magazine, puis dans le poche Princesse.

« La Fée des solitudes » Mireille n° 218 (03/04/1958).

Noël Gloesner a également réalisé pour Mireille quelques couvertures et illustré le roman « Le Tragique Destin de Charlotte de Belgique » de Louis Saurel (n° 95 à 109).

L’hebdomadaire est revendu à Cino del Duca en 1958, et Marijac invite Noël Gloesner à rejoindre Nano et Nanette : charmant hebdomadaire destiné aux jeunes enfants.

Il lui écrit sept longues histoires aux personnages aussi adorables qu’émouvants qu’il met en images avec un réel plaisir :

— « Laideron » : Petit-Pierre, surnommé Laideron, est employé par le redoutable monsieur Bélard, le patron d’un cirque minable.

Il finit par s’enfuir en compagnie de son amie Marinette et du vieux lion Brutus.

« Laideron » Nano et Nanette n° 99 (07/01/1959).

Ce mélo de 164 pages, aux multiples rebondissements, débute dans le n° 97 (24/12/1958) de Nano et Nanette et se termine dans le n° 175 (21/06/1960). Deux albums des éditions de Châteaudun de la collection Les Belles Histoires de tonton Jacques reprennent une partie de l’histoire. Une réédition remontée est proposée dans le format poche Princesse, en 1975.

« Laideron » Nano et Nanette n° 122 (17/06/1959).

- « Cri-Cri reporter » : Cri-Cri est un jeune journaliste photographe ambitieux qui se lance dans des enquêtes policières dangereuses, en compagnie de la blonde Polo et de son chien. L’inspecteur Maigrichon pimente d’une note humoristique ce récit de 112 pages proposé du n° 177 (05/07/1960) au n° 225. Réédition en 1971 dans le format de poche Frimousse sous le titre « Frimoussette reporter ». Publication en albums au faible tirage aux éditions Le Topinambour en deux volumes, en 2014.

« Cri-Cri reporter » Nano et Nanette n° 191 (11/10/1960).

— « Mitzou la gitane aux cheveux d’or » débute dans le n° 228 (27/06/1961) et se termine dans le n° 275. Cette histoire en 98 pages évoque le destin d’une petite bohémienne aux cheveux blonds aux origines mystérieuses, adoptée par une riche comtesse. Deux reprises sont proposées dans le format de poche Princesse en 1974, puis en 1977, sous les titres « Graine de gitane » et « Princesse tsigane ».

« Mitzou la gitane aux cheveux d’or » Nano et Nanette n° 262 (25/02/1962).

— « L’Orpheline du Far-West » : L’histoire de l’Ouest, thème cher à Marijac, est au centre de ce long récit de 134 pages paru du n° 279 (19/06/1962) au n° 344 (17/09/1963). Après avoir quitté la caravane dont elle faisait partie, Cathy est recueillie par un riche planteur mexicain recherché par la police. Ringo, le métis solitaire, et ses amis apaches lui viennent en aide

« L’Orpheline du Far West » Nano et Nanette n° 311 (29/01/1963).

. Ce western riche en péripéties a fait l’objet de deux albums aux éditions du Centre : « L’Orpheline du Far West » et « La Fille du désert » en 1969. Réédition dans le format de poche Princesse en 1976.

« L’Orpheline du Far West » Nano et Nanette n° 340 (20/08/1963).

— « Fleur d’Andalousie » démarre dans le n° 357 (17/12/1963), pour se terminer dans le n° 400. Dans la région de Grenade, Angélica la petite gitane est l’amie de Juan qui souhaite devenir toréador. Jusqu’au jour où le jeune garçon découvre qu’il est le petit-fils d’un riche propriétaire : une histoire superbement dessinée en 90 pages.

« Fleur d’Andalousie » Nano et Nanette n° 382 (09/06/1964).

— « Petit Rat » : depuis la mort de sa mère, Sidonie qui rêve de danse est la bonne à tout faire de sa tante. Son seul rayon de soleil, Ernest le fils du jardinier, lequel va l’aider à réaliser son souhait : une histoire charmante en 48 pages, publiée du n° 410 (22/12/1964) au n° 432 et remontée au format poche pour Princesse, en 1976.

« Petit Rat » Nano et Nanette n° 410 (21/12/1964).

— « La Fille de Robin des Bois » : une version insolite des exploits du célèbre justicier parue du n° 435 (15/06/65) au n° 468 (01/02/1966). Sous la protection de Robin des bois, Maggie (la fille de dame Yolande la châtelaine de Littlegham) est traquée par le redoutable sir Morley.

« La Fille de Robin des Bois » Nano et Nanette n° 442 (03/08/1965).

Ce récit en 74 pages (repris en album chez le micro-éditeur Le Topinambour en 2014) est le dernier réalisé par Noël Gloesner pour cet hebdomadaire contraint de cesser sa parution au n° 468, victime d’une lente érosion de ses lecteurs.

C’est dans les pages du format de poche Frimousse qu’il poursuit sa collaboration avec Marijac.

Hélas, en ces temps difficiles pour la presse des jeunes après une période faste, il est lui aussi en danger.

Noël Gloesner réalise seulement deux courtes histoires.

Avec tout d’abord « Marika » du n° 207 (13/09/1966) au n° 210 : soit 60 pages qui nous conte l’idylle entre Marika la petite serveuse et Philippe le jeune étudiant en vacances.

« Marika » Frimousse n° 207 (13/09/1966).

Même pagination pour « Hello Jim », du n° 232 (septembre 1967) au n° 233. Au Vietnam en guerre, fille d’un petit planteur d’hévéas, Paule Névrac recueille un jeune soldat américain. Frimousse, vendu à la S.F.P.I. de Jean Chapelle, abandonne peu à peu la création au profit du matériel étranger et de rééditions, avant de disparaître.

« Hello Jim ! » Frimousse n° 232 (09/1967).

Lancé en décembre 1967 par l’Auvergnat Marijac, Paris-Centre Auvergne ouvre ses pages à quelques dessinateurs. C’est le cas pour Noël Gloesner qui propose des illustrations du premier numéro au n° 28 (juin 1972). On lui doit aussi des dessins pour deux romans : « Baïlero » du n° 1 au n° 6 et « Je t’aimerai toujours » du n° 8 au n° 13 signé E. Civeyrac : l’un des pseudonymes de Marijac.

« Je l’aimerai toujours » Paris centre Auvergne n° 10 (janvier 1969).

Il est enfin présent dans Allez !…France (3)mensuel lancé en mars 1969 qui, hélas, ne tiendra que cinq numéros. Il y dessine « Allez Ramuntcho », dont le héros est un jeune joueur de rugby prometteur impliqué dans une affaire de contrebande. Cette ultime collaboration avec Marijac, demeurée inachevée, cesse après la publication de seulement 28 pages.

« Allez Ramuntcho ! » Allez !... France n° 4 (mars 1969).

Marijac, scénariste brillant dont l’œuvre est, hélas !, aujourd’hui injustement ignorée, formait avec Noël Gloesner un duo de choc, capable d’aborder tous les genres, avec la même efficacité. Alors que l’on réédite la moindre page de scénaristes d’après-guerre considérés comme incontournables, il serait peut-être temps d’exhumer ses histoires les plus marquantes.

Petits boulots

Tout en collaborant, avec une belle régularité, avec ces deux principaux employeurs, Noël Gloesner, prudent, a de temps à autre tenté de travailler, plus brièvement, pour d’autres supports : histoire d’assurer ses arrières…

En 1949, il est sollicité par Francs Regards, bimensuel destiné aux enfants suisses de la région du Valais, qui reprend déjà des histoires de la presse Fleurus. Il réalise deux séries inédites de 1949 à 1951. Il s’agit des « As du système à cran » avec un mélange de textes et de ballons signés Christiane Enjoie (peut-être un pseudonyme de Rose Dardennes ?) du n° 6 (26/02/1949) au n° 14 (07/04/1951) et du « Secret des grands monts » : une véritable bande dessinée évoquant les aventures d’une bande d’enfants qui se retrouvent, seuls, sur une île du Pacifique, après un accident d’avion. Une histoire en deux parties parues du n° 5 (11/03/1950) au n° 17 (28/04/1951).

« Le Secret des grands monts » Francs regards n° 5 (11/03/1950).

En 1950, il prend contact avec les éditions Mondiales de Cino Del Duca où, dans un premier temps, il illustre deux romans dans L’Intrépide (4) : « Les Exploits prodigieux de Vencelor et Jandrix » d’O. Michelau du n° 58 (14/12/1950) au n° 81 et « Les 3 Bolides » d’Alex Plunian du n° 76 au n° 104 (01/11/1951). Cinq ans plus tard, on lui propose de succéder à Roger Burty, qui anime « Guy l’intrépide » : série qu’il a créée en 1946 dans Tarzan. Noël Gloesner en dessine les deux derniers épisodes : « La Course aux documents » du n° 314 (03/11/1955) au n° 343 et « Le Trésor du Pérou » du n° 344 au n° 376 (10/01/1957).

« Guy l’intrépide » L’Intrépide n° 329 (16/02/1956).

Devenu résistant après la déportation de ses parents, Guy le Hardy prend le nom de Guy l’intrépide. Le conflit terminé, on le retrouve agent secret, parcourant le monde et traquant les espions. Plusieurs scénaristes se succèdent (Lucien Bornert, P. Lacôme, A.M. Capella…), mais les deux histoires dessinées par Gloesner ne sont pas créditées.

« Guy l’intrépide » L’Intrépide n° 372 (13/12/1956).

On lui doit aussi le premier épisode des enquêtes de Jim Dynamic paru dans Paris journal junior : le supplément jeunesse du jeudi du quotidien Paris journal, ex-Franc Tireur que vient de racheter Del Duca.

« Jim Dynamic » Paris journal junior supplément (19/02/1958).

Il est présent du n° 1 (1957) au n° 24 (26/02/1958).

L’aventure suivante de ce détective américain est dessinée par Jean Sidobre.

Gloesner est l’auteur d’une seule couverture de l’hebdomadaire Hurrah ! (n° 169 du 12/01/1957) et de « Marianne toute seule », dans la série « Filles de France » proposée dans Mireille n° 273 à 275 en 1959.

Aussitôt sa collaboration avec Del Duca terminée, sans qu’il ait le temps de souffler, voici que commence celle avec La Semaine de Suzette.

Ce vénérable hebdomadaire des éditions Gautier-Languereau, ayant été créé en 1905.

Avec Georges Pichard, René Follet, Alain d’Orange…, il est chargé de donner un coup de jeune à un sommaire aux histoires désuètes.

Il y dessine trois récits à suivre :

« Catherine et Roseau fleuri » La Semaine de Suzette n° 14 (28/02/1957).

-       « Catherine et Roseau fleuri » écrit par Henriette Robitaillie, qui se déroule au Canada en 1757 au fort de Bel espoir, alors que Montcalm combat les troupes anglaises. 39 pages superbes du n° 46 (11/10/1956) au n° 17 de l’année suivante.

« Le Nabab de Kanaor » Semaine de Suzette n° 39 (21/08/1958).

-       « Le Nabab de Kanaor » : un scénario mouvementé d’Yves Duval, situé aux Indes au temps des rajahs, publié du n° 16 (13/03/1958) au n° 41.

« Alyette » Semaine de Suzette n° 103 (12/11/1959).

-       Enfin « Alyette » un récit aux dessins particulièrement soignés écrit par Dièlette, présenté avec les textes placés sous les images du n° 86 (06/07/1959) au n° 111 de 1960.

« Hé Katty ! » Semaine de Suzette n° 7 (1958).

Avec Alinka au scénario il crée aussi le personnage de Cathy : une jeune fille débrouillarde toujours prête à aider les autres.

Sept récits complets de trois pages sont parus en 1957 et 1958.

On lui doit également des récits complets, des illustrations de nouvelles et de romans : «  Minouk l’amie du mammouth » de Clara, « La Captive du val des Genêts » de Champdenier et « Le Cygne de Chantepie » de Geneviève de Corbie en 1956, « Le Manoir des cinq preux » en 1957 et « Claire ou Clara » de Claude Voilier en 1959.

Certains de ces romans ont été repris dans la Collection Suzette.

Il est aussi l’auteur de nombreuses couvertures.

Sa dernière apparition est un récit complet (« Les Joies du camping ») publié dans le n° 142. Hélas, La Semaine de Suzette cesse de paraître avec son n° 144, le 25 août 1960.

« Captif du roc perdu » Lisette n° 24 (13/06/1956).

« La Piste dangereuse » Lisette n° 17 (27/04/1958).

C’est lorsqu’il travaille pour Pierrot qu’il est sollicité par la rédaction voisine de Lisette. 

Il y illustre quelques nouvelles et surtout des romans, de 1954 à 1962 :

« Drame dans le village oublié » Lisette n° 26 (20/06/1963).

« Captifs du roc perdu », « La Piste dangereuse », « Aventure de l’Amazone » de Claude Voilier, « La Fleur rouge de Waratah » d’Henriette Robitaillie, « Les Joyaux d’Afghanistan » de L.N. Lavolle (pseudonyme d’Hélène Chaulet)…

De 1958 à 1970, il collabore irrégulièrement, avec d’autres dessinateurs de Fleurus, à l’hebdomadaire familial Clair Foyer, où il illustre des romans (« Le Chemin de la nuit » de J. S. Mac Leod, « Au bout de la nuit » de Jean Gil…) et des nouvelles.

En 1964, le succès de Salut les copains incite Daniel Filipacchi à lancer un journal de bande dessinée en association avec Pierre Lazareff (le patron de France soir) et des éditions Dargaud.

« Sylvie » Chouchou n° 3 (26/11 64).

Deux nostalgiques des illustrés de grand format d’avant-guerre, et plus particulièrement de Junior (Rémo Forlani et Jean-Claude Forest) occupent le poste de rédacteurs en chef.

Cet hebdomadaire du format d’un quotidien de l’époque est baptisé Chouchou (5) et la mascotte de Salut les copains est dessinée par Philippe Fix.

Noël Gloesner occupe la première page avec « Sylvie », série imaginée par Scarlatti : un pseudonyme de Remo Forlani.

Sylvie, inspirée par Sylvie Vartan, et son amie Tini Yong sont deux jeunes filles de l’époque yéyé mêlées à des affaires policières.

Le dessinateur nous régale avec des pages prometteuses, mais malheureusement, Chouchou abandonne son grand format dès son n° 9 (07/02/1965).

La série n’est pas présente dans une peu séduisante tentative de sauvetage au format réduit qui ne durera que quelques semaines.

Chouchou : une belle aventure éditoriale avec de gros moyens, morte par excès de nostalgie.

Planche originale de « Sylvie ».

À la fin des années 1970, la presse Fleurus donnant des signes de faiblesse, Gloesner rejoint le père Pierre Thivollier qui se lance dans la réalisation d’une série de fascicules consacrés à la Bible.

Avec quelques confrères, dont Pierre Brochard (6) et Pierdec (7), il participe de 1979 à 1983 à la collection Histoire du peuple de Dieu qui compte 48 numéros publiés par les éditions du Bosquet et dont les scénarios sont signés Pierre Thivollier.

Il en réalise quatre : « Les Juges » (n° 8), « Samson » (n° 9), « Jonas et Ruth » (n° 19) et « Esther et Judith » (n° 21).

L’ensemble de ces fascicules est réuni dans 16 albums cartonnés édités par Hachette-Le Bosquet-DHC.

Il participe ensuite aux quatre volumes de « Et il a vécu parmi nous », en 1984 et 1986.

En 1985, il met en images « Noël en suivant l’évangile », également écrit par Pierre Thivollier pour les éditions Bégédis.

« La Bible, histoire du peuple de Dieu » n° 19 (septembre 1982).

Almanach Achille Talon (1981).

Enfin, en 1981, il réalise des illustrations historiques pour l’unique édition de L’Almanach Achille Talon aux éditions Dargaud.

Pour l’anecdote, notons une série de petits dessins publicitaires réalisés pour la firme Malat, spécialisée dans le matériel scolaire, dont la parution est plus ou moins régulière dans Tintin : du n° 303 (12/08/1954) au n° 344 (25/05/1955).

Noël Gloesner se retire en 1988 à Nègrepelisse : un petit village du Tarn-et-Garonne où il décède d’un cancer le 1er août 1995, à l’âge de 78 ans.

Dessins publicitaires pour la firme Malat Tintin n° 303 (12/08/1954).

Nous avons souvent regretté le peu d’intérêt de la part des nouvelles générations pour les auteurs de l’après-guerre. Ces regrets deviennent un véritable crève-cœur lorsqu’on se penche sur le travail remarquable de Noël Gloesner.

Ses dessins réalisés avec une apparente facilité exigeaient beaucoup de travail, comme il le confiait dans Haga : « Je travaille avec une certaine économie de moyens. Pourtant, aucune plume, aucun pinceau, aucun papier ne trouve grâce à mes yeux. Je n’ai jamais trouvé l’outil idéal. Entendez celui qui travaillerait pour moi et qui me donnerait la fallacieuse impression que j’ai du génie ! Alors que je peine beaucoup. Mais il faut faire contre fortune bon cœur… ». Du génie, il en avait, mais aussi une incroyable puissance de travail !

Hop ! a publié un entretien dans son n° 8 (juin 1976) et consacré de copieux dossiers à Noël Gloesner dans ses n° 127, 129, 131 et 133 (2011 et 2012)…

Jean Pierre Tibéri a proposé un entretien dans le n° 33 de Haga (hiver 1977) et publié une monographie richement illustrée en 2010 aux éditions Regards/Taupinambour.

Henri FILIPPINI

Relecture, corrections, rajouts, compléments d’information et mise en pages : Gilles RATIER (qui avait déjà consacré un « Coin du patrimoine » à Noël Gloesner, mais beaucoup moins détaillé, il y a maintenant déjà plus de 13 ans : Noël Gloesner)

Merci à Gwenaël Jacquet pour son travail d’amélioration des scans de base.

Planche inédite de très grand format (46 x 60 cm) pour la planche 11 de Sylvie qui aurait dû paraître dans Chouchou.

L’Intrépide n° 72 (22/03/1951).

1) Voir : Coq hardi : vie et mort d’un journal (première partie) et Coq hardi : vie et mort d’un journal (deuxième partie).

(2)  Sur Mireille, voir  : Mireille, un hebdomadaire pour le lectorat juvénile féminin… (première partie)Mireille, un hebdomadaire pour le lectorat juvénile féminin… (deuxième partie)Mireille, un hebdomadaire pour le lectorat juvénile féminin… (troisième partie) et Mireille, un hebdomadaire pour le lectorat juvénile féminin… (quatrième et dernière partie).

(3)  Sur Allez !…France, voir : Le Allez!.. France de Marijac !.

(4)  Sur L’Intrépide et Cino Del Duca, voir L’Intrépide, un hebdomadaire classique [première partie]L’Intrépide, un hebdomadaire classique [deuxième partie] et Cino Del Duca : de la presse du cœur à la BD…..

(5)  Sur Chouchou, voir Chouchou : un hebdo XXL !.

(6)  Sur Pierre Brochard, voir « Alex, Eurêka et l’inspecteur Lestaque » et « Zéphyr » de Pierre Brochard.

(7)  Sur Pierdec, voir Pierdec : classique et réaliste… (première partie)Pierdec : classique et réaliste… (seconde et dernière partie).

Galerie

8 réponses à Noël Gloesner : modestie et discrétion… (seconde partie)

  1. Drouard dit :

    Superbe cette suite sur cet auteur. Une belle biographie compléter.

  2. Nicolas dit :

    Nègrepelisse est dans le Tarn-et-Garonne, et non dans le Lot-et-Garonne.
    Et il n’était pas Lorrain, comme écrit au début de cette seconde partie ?

    Merci pour ce riche article qui m’a fait découvrir cet auteur.

    • Gilles Ratier dit :

      Merci pour cette précision Nicolas, nous avons rectifié !
      En revanche, Noël Gloesner était bien Lorrain, puisqu’il était né à Chaumont : une petite ville de Haute-Marne. Ce n’est que dans les dernières années de sa vie qu’il s’est retiré à Nègrepelisse.
      Bien cordialement
      Gilles Ratier

      • Nicolas dit :

        Justement vous allez dire que j’exagère mais la Haute-Marne n’a jamais été située en Lorraine. ;-)
        C’était la région Champagne-Ardenne, aujourd’hui le Grand-Est.

        Cordialement.

  3. Clotaire dit :

    En effet, Chaumont est en Champagne, et la Champagne ne s’est jamais confondue avec la Lorraine.
    Il faut simplement écrire :
    « C’est par un heureux hasard que Noël Gloesner, le Champenois, rencontre en 1951 Marijac, l’Auvergnat, à la rédaction parisienne de l’hebdomadaire Pierrot des éditions de Montsouris. »
    (À la place de : « Noël Gloesner, le Lorrain ». Le parallélisme avec « Marijac, l’Auvergnat, » doit être préservé.)
    Amitiés.

  4. Piere dit :

    Très intéressante biographie d’un auteur que je ne connaissais que de nom.
    Ce qui est sûr, c’est qu’il appréciait beaucoup ses collègues (Jijé, Trubert,Poïvet, Follet….) et ça se voit !