Pierdec : classique et réaliste… (seconde et dernière partie)

Suite et fin du dossier consacré à Pierre Decomble, alias Pierdec : un dessinateur qui a réalisé des milliers de pages pour ce que l’on appelait, alors avec une certaine condescendance, les illustrés… ou encore la presse des jeunes. Il a pourtant parcouru l’Histoire, foulé toutes les routes de la planète, croqué les grands de ce monde d’hier à aujourd’hui de son trait réaliste et classique reconnaissable au premier regard. Ce portrait en deux parties entend rendre justice à ce créateur talentueux, boudé comme bien d’autres par certains historiens de la bande dessinée…

« Les Surprises de Marylou » dans Âmes vaillantes n° 22 (1956).

Pour lire la première partie du dossier, cliquez ici Pierdec : classique et réaliste… (première partie).

« Édouard Branly » dans Âmes vaillantes n° 3 (1962).

Pierdec fait son entrée dans Âmes vaillantes en 1952, illustrant des nouvelles et quelques pages de BD (« Les Surprises de Marylou », « L’Oiseau de Noël »…).

Après le changement de formule de l’hebdomadaire, à partir de 1958, il se spécialise dans les récits complets majoritairement historiques, à l’instar d’« Édouard Branly » dans le n° 3 de 1962.

Pour Âmes vaillantes, puis ses successeurs J2 magazine et Djin, il propose une centaine d’histoires de trois à huit pages écrites par Monique Amiel, Rose Dardennes, Guy Hempay, Louis Saurel, Noël Carré, François Alès, Isabelle Gendron, Henri Cado, Claude Laselle…

« L’Oiseau de Noël » dans Âmes vaillantes n° 52 (1956).

Notons « Jules Verne », « Overlord », « Magellan », « Serge Prokofiev », « Les Taxis de la Marne », « Enrico Caruso », « Charcot », « Éric de Bisschop », « Helen Keller », « Walter Scott », « Fenimore Cooper », « Anne Frank », « Hector Berlioz », « Charles Dickens », « Le Titanic », « Champollion », « Flora Tristan »… et le dernier « Une femme était du voyage », paru dans le n° 2 de Djin en 1979.

« La Chevauchée du dernier espoir » dans Âmes vaillantes n° 23 (1962).

De 1961 à 1972 il met en images, avec une belle régularité, une douzaine de récits à suivre sans héros récurrents eux aussi, le plus souvent situés dans la grande Histoire : « Le Cavalier au manteau partagé » avec Monique Amiel en 1961, « La Chevauchée du dernier espoir » en 1962 et « Sur les pas d’Anne de Bretagne » en 1963 avec Jorda Renault, « Sarajewa » avec Georges Fronval en 1964,

« Sacajeva » dans Âmes vaillantes n° 35 (1964).

un excellent « Robin des bois » avec Guy Hempay en 1965,

« Robin des Bois » dans J2 magazine n° 26 (1965).

« La Fée des grèves » d’après Paul Féval avec Henry Caouissin en 1968 (édité en album par les éditions du Triomphe en 2005),

« La Fée des grèves » dans J2 Magazine n° 42 (1968).

« La Druidesse du Mont Belen » avec Cado et Corley en 1969,

« La Druidesse du mont Belém » dans Âmes vaillantes n° 45 (1969).

« Les Diamants de la 2 CV » avec Francis Alès en 1970, « Myrna et les pigeons » avec Guy Hempay en 1971, enfin une excellente adaptation de « Ben Hur » avec Isabelle Gendron en 1972.

« Ben Hur » dans Âmes vaillantes n° 42 (1972).

« Un Amour de Thermidor » dans Âmes vaillantes n° 33 (1971).

À ces nombreuses bandes dessinées s’ajoutent des illustrations de romans (« Des vacances mouvementées » de Claude Arnold en 1960 et « Un amour de thermidor » de Dominique Chancelade en 1971) ou de textes divers, de 1952 à 1963.

Si la contribution de Pierdec à Âmes vaillantes est remarquable, elle l’est aussi à Cœurs vaillants où il propose ses premières illustrations en 1954.

Jusqu’à la rentrée 1957, période où l’hebdomadaire est publié en grand format, il dessine quelques récits courts

« Contre-Rezzou dans le désert » dans Cœurs vaillants n° 32 (1954).

(« Contre-Rezzou dans le désert », « Kaoumah », « Gratitude indienne »…), des histoires à suivre (« Le Tour du monde en 4 jours »), et illustre le roman « Rifle détective » d’André Mac Cormick.

Lorsque le journal passe au format classique, Pierdec se spécialise dans les récits complets, toujours le plus souvent historiques, écrits par Rose Dardennes, Guy Hempay, Geneviève de Corbie, Noël Carré, Hervé Serre, Georges Fronval, Monique Amiel, Jacques Josselin…

« Kaoumah » dans Cœurs vaillants n° 7 (1957).

« Gratitude indienne » dans Cœurs vaillants n° 42 (1957).

Parmi une centaine d’histoires citons « La Preuve » (tentative avortée dans le n° 5 de 1958 de créer un polar récurrent avec Guy Hempay),

« Gringoire » : Formule 1 n° 3 (1973).

« L’Oiseau des montagnes », « Pelé », « Toubouctou », « Hermann Geiger », « Gambetta », « Toulouse Lautrec », « Lionel Terray », « Gringoire », « Louis Blériot », « Les Fratellini », « Le Masque de fer », « Le Vol du Lutécia »…

Après quelques courtes histoires religieuses à suivre (« Le Saint à la croix rouge », « Le Contrebandier du Christ »), il propose, en 1967, une belle adaptation de « L’Étoile pourpre ».

La version BD de ce  fameux roman de la collection Signe de piste écrit par Serge Dalens a été réédité en 1980 dans Formule 1 et proposé en album aux éditions du Triomphe en 1994.

« L’Étoile de pourpre » dans J2 jeunes n° 39 (1967).

C’est aussi dans Formule 1, successeur de Cœurs vaillant, qu’il crée, avec le scénariste Guy Hempay, l’unique personnage récurrent de sa longue carrière : Gilbert de Pontans.

Au cours de la guerre de Cent Ans, le village de Bons lès Bure est occupé par les Anglais qui mènent la vie dure aux villageois.

Véritable Robin des Bois français, le vaillant Gilbert de Pontans et ses valeureux compagnons, réfugiés dans la forêt, luttent contre messire Harry Longdeavon et le bailli Dorelle.

Commencée dans le n° 39 de 1974, la série se poursuit jusqu’au n° 9 de 1980.

Elle compte trois épisodes à suivre et 45 récits complets.

« Gilbert de Pontans » dans Formule 1 n° 39 (1974).

Notons une tentative de réédition, en 1997, par les éditions du Triomphe, laquelle est abandonnée après la parution du premier album.

« Gilbert de Pontans » dans Formule 1 n° 21 (1978).

Avec d’autres auteurs, Pierdec est licencié par les éditions de Fleurus en 1981, pour raisons économiques, alors que la presse confessionnelle traverse une période difficile.

Il collabore aussi à divers journaux plus confidentiels de l’éditeur catholique : Monique ou Jean-François où il anime « Le Chariot fait le point »…

Et surtout Kisito-Ibalita : magazine destiné à l’Afrique où, à partir de 1955 et jusqu’aux années 1970, il illustre des contes africains, crée les aventures de « Banzouzi et Matingnou », signe des couvertures…

Kisito n° 2 (25/12/1954).

Kisito/Ibalita n° 3 (03/1968).

Toujours pour Fleurus, aux côtés de Robert Rigot, Alain d’Orange, Frédéric-Antonin Breysse, ou Raoul Auger, il participe à la mythique collection Belles Histoires, belles vies lancée en 1947 par l’abbé Courtois.

Parmi les 98 volumes publiés jusqu’en 1972, il illustre « Saint Martin » en 1957, « Ste Émilie de Vialar » en 1961, « Le Père Noailles » en 1963, « Ste Germaine de Pibrac » en 1967, « Frantz Stock » en 1969, et participe aux trois volumes de « L’Histoire des missions » en 1964 et 1965.

À l’origine réalisés au lavis, ces ouvrages seront mis en couleurs par les frères Chagnaud à partir de 1994.

Inusables, certains titres sont encore disponibles aux éditions Mame.

                  Restons dans la presse catholique, le temps de signaler une longue collaboration, de 1978 à 1985, avec le mensuel Terres lointaines, puis à Jeunes Témoins jusqu’en 1992. Il y propose des illustrations et une relecture des évangiles en bandes dessinées.

« Saint Vladimir » dans Terres lointaines n° 324 (11/1980).

Ces collaborations avec les deux mastodontes de la presse confessionnelle lui laissent peu de temps pour envisager d’autres travaux. De 1955 à 1957, il livre quelques histoires à L’Intrépide de Cino Del Duca : des adaptations d’œuvres célèbres avec les textes placés sous les images (« Le Dernier des Mohicans », « Les Chasseurs de scalps », « Les Chasseurs de loups »,

« Les Chasseurs de loups » dans L’Intrépide n° 352 (26/07/1956).

« Le Piège d’or » et « Le Cargo du mystère »)

« La Fièvre jaune à bord » dans L’Intrépide n° 416 (17/10/1957).

et quelques courts récits de la série « Aventures vraies » (« La Fièvre jaune régnait à bord », « La Ruse d’Annibal »…).

« Victoire au Pôle Sud » dans L’Intrépide n° 352 (26/07/1956).

Sans travail pour la presse au début des années 1980, il démarre une fructueuse collaboration avec les éditions Pierre Bordas et fils, pour lesquelles il anime 14 albums de la collection Les Voyageurs de l’histoire, jusqu’en 1989 : « Pharaons et pyramides », « Les Grecs », « Henri IV », « Louis XIV », « La Guerre de 1914-1918 », « Napoléon », « 14 juillet 1789 »…

Un travail sur mesure pour un créateur qui, tout au long de sa carrière, a signé des centaines de récits historiques.

Bien que licencié de Fleurus presse, il dessine deux albums pour la collection Les Grandes Heures des chrétiens pour Fleurus/Univers médias : « Les Chrétiens du Tarn » en 1988 et « Les Chrétiens de Bigorre et Armagnac » en 1989. En 1986, il propose « Castres à travers l’histoire » : un album édité à la demande de la ville de Castres.

« Les Voyageurs de l’histoire : 14 juillet 1789 » (1989).

Il collabore, en 1982 et 1983, aux côtés de Noël Gloesner, Xavier Musquera… et surtout Pierre Brochard, à la monumentale « Histoire du peuple de Dieu » de Pierre Thivollier, publiée en fascicules par les éditions du Bosquet et réunie en albums par Le Livre de Paris/Hachette.

On lui doit les épisodes « Salomon », « Joseph vendu à ses frères » et « Tobie et Sara ».

Homme curieux et passionné, il collabore aux recherches d’André Borell et Jean-Luc Nespoulous : linguistes à l’université de Toulouse travaillant sur la rééducation des aphasiques.

Il a aussi enseigné la bande dessinée aux Beaux-Arts de Toulouse et dans les écoles de la région. Il prend une retraite bien méritée à la fin des années 1990. Il décède le 3 juillet 2006 à 86 ans.

« Histoire du peuple de Dieu : Salomon » n° 13 (03/1982).

Ah ! Si seulement Pierdec avait eu l’audace de quitter le confort rassurant, tout relatif d’ailleurs, des journaux confessionnels ! Au regard de ses pages, on peut en effet se demander quelle aurait été sa carrière s’il avait osé pousser les portes des grands hebdomadaires belges : de Vaillant ou de Pilote.

Son trait réaliste et dynamique, ses personnages aux « gueules » sympathiques, son soin apporté aux petits détails et sa passion pour la recherche historique lui auraient certainement permis de se hisser au rang des meilleurs.

D’autant plus que, pour vivre correctement de son art, il devait produire une page quotidienne, là où ses confrères de la presse classique en livraient deux par semaine.

« Les Chrétiens du Tarn » en 1988.

« La BD et moi » dans Formule 1 n° 40 (1977).

Comme ceux qui l’ont croisé dans les salons BD, je me souviens d’un homme sympathique, toujours prêt à parler de son métier. Nous sommes heureux d’ouvrir ces pages à cet artisan modeste et passionné par son art qu’était Pierre Decomble.

Henri FILIPPINI

Relecture, corrections, rajouts et mise en pages : Gilles RATIER

Vous pourrez admirer d’autres pages de Pierdec ici http://lectraymond.forumactif.com/t1962-un-dessinateur-nomme-pierdec ou ici https://coeursvaillants-amesvaillantes.org/image/pierdec .

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« Fantôme au ranch Marbella » dans Djin n° 49 (1975).

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