Noël Gloesner

Les éditions du Triomphe proposent, depuis 1999, la réédition des albums de « Yann Le Vaillant », la série culte de Noël Gloesner et Jacques Conoan (pseudonyme collectif qui dissimulait des collaborateurs des éditions Fleurus, tels l’abbé Jacques Romont, Colette, André et Noël Gloesner lui-même) ; et la huitième et ultime aventure aux quatre coins du monde de cet ancien scout, qui deviendra pilote d’essai sans perdre ces valeurs morales et chrétiennes, est enfin disponible depuis la fin de 2008.

Publiés d’octobre 1948 à janvier 1956 dans l’hebdomadaire Cœurs Vaillant (édité par Fleurus), ces huit récits ont été repris en albums au cours des années cinquante par Edipat (éditeur catholique belge)

Pourtant très prolifique, le modeste Noël Gloesner (1917-1995)

Outre son très intéressant « Yann Le Vaillant », c’est certainement le western « Pat Caldwell » qui reste son personnage le plus emblématique. S’appuyant sur des scénarios plus ou moins longs de Guy Hempay (alias Jean-Marie Pélaprat), il reprendra graphiquement ce cow-boy chargé de nous faire connaître l’histoire de l’Ouest à la suite de Francis (le dessinateur de « Marc Lebut et La Ford T » qui s’essayait alors au dessin réaliste), de 1965 à 1980, dans J2 Jeunes puis dans Formule 1.

La longue vie de ce désinvolte défenseur de la veuve et de l’orphelin n’empêcha pas Noël Gloesner de dessiner de nombreuses histoires mettant en scène des enfants dans Fripounet et Marisette rebaptisé simplement Fripounet en 1969 (tels « Les Mille et une aventures de Chiffonnette » dès 1945, « Les Indégonflables de Chantovent » sur des scénarios de Rose Dardenne de 1947 à 1961, puis de G. Pivot de 1975 à 1976, ou « Les Lionceaux » scénarisés par François Drall de 1969 à 1975), ainsi que de belles jeunes filles modèles dans Âmes Vaillantes (« Roselyne » d’Henriette Robitaillie en 1958 ou « S.O.S. Pikkolo » et « Enquête à Hambourg » écrits par Georges Travellier en 1958 et en 1960).

On retrouve aussi sa signature sur bon nombre de récits didactiques et religieux entre 1978 et 1989 pour les collections « Vivants témoins », « Croyants de tous pays » et « Les Grandes heures des églises » (chez Fleurus, chez Hachette/Le Livre de Paris, aux éditions du Bosquet ou chez Bégédis)L’un d’eux (« Saint Benoît l’âme de l’Europe », scénario de Monique Amiel) a également été repris en album au Triomphe en 2008.] ou encore sur des adaptations de classiques comme celles réalisées par Monique Amiel dans Djin pour « Sissi » (de 1977 à 1978), pour le « Jane Eyre » de Charlotte Brontë en 1980 (après une autre version due à Alain d’Orange en 1974), ou pour le « Mauprat » de George Sand en 1981 : trois belles biographies pour faire rêver les petites filles en fleur que le Triomphe a également réédité récemment en albums.

Noël Gloesner se risqua même à faire une incursion dans l’humoristique débridé avec « Jean Renault » (scénarios de Jean-Marie Nadaud de 1970 à 1974) et « Mik et Mak » (scénarios de Michel Claude de 1975 à 1980) : deux séries historico-rigolotes publiées dans l’hebdomadaire Formule 1. Cette polyvalence et cette faculté d’adaptation l’amèneront à changer plusieurs fois de séries, d’autant plus qu’il n’aimait guère s’enfermer dans un genre précis, tout en réussissant à se créer une véritable image de marque grâce à son trait aisément reconnaissable.

Cependant, les milliers de planches qu’il réalisa pour la presse confessionnelle, jusqu’à sa retraite qu’il prendra en 1984, ne sont pas les seules contributions de Noël Gloesner au 9e art. Á partir de 1951, il participe au Pierrot (puis à Lisette, en 1954) des éditions Montsouris. C’est là qu’il rencontre Marijac avec lequel il entreprendra une longue et fructueuse collaboration : il le suivra dans toutes ses aventures éditoriales en illustrant plusieurs de ses scénarios sportifs pour Coq HardiL’Équipe » en 1953 et « Schuss » en 1954) ou quelques-uns de ses meilleurs récits historiques comme la reprise de « Colonel X » (en 1952 et 1953, toujours dans Coq Hardi)Colonel X en Malaisie ») n’ayant jamais été intégrée à cette collection, certainement pour cause de vente insatisfaisante du premier épisode.’>Marijac y transporte son héros de la résistance en Extrême-Orient et les deux épisodes de cette aventure exotique seront regroupés dans un album publié par Samedi Jeunesse en 1960, avant que les 42 premières pages constituent l’une des premières « BDécouvertes » des éditions Glénat en 1979 : la suite (« Colonel X en Malaisie ») n’ayant jamais été intégrée à cette collection, certainement pour cause de vente insatisfaisante du premier épisode.], « Mademoiselle Ci-Devant » (1954-1956), « Boule de neige » (1956), « Dolorès de Villafranca » (de 1956 à 1957), « Mademoiselle Demi-Solde » (de 1957 à 1958) ou « La Fée des solitudes » (1958), des séries captivantes qui seront publiées dans le bimensuel Mireille et qu’un éditeur serait bien inspiré de rééditer aujourd’hui…

Toujours pour Marijac et les éditions de Châteaudun, il met en images « Laideron » (de 1958 à 1960), « Cricri reporter » (de 1960 à 1961), « Mitzou la gitane aux cheveux d’or » (1961-1962), « L’Orpheline du Far-West » (de 1962 à 1963) « Fleur d’Andalousie » (1963-1964), « Petit rat » (de 1964 à 1965), « La Fille de Robin des Bois » (1965-1966)…, bandes pour les plus jeunes créées dans Nano et Nanette. Puis ce sera « Marika » (1966) et « Hello Jim » (1967) pour les grandes filles de Frimousse (1966), ou encore « Allez Ramuntcho » pour les grands garçons dans Allez !… France (entre 1968 et 1969)… Des scénarios inusables et bien charpentés, tous signés de l’infatigable Marijac, lequel n’hésitait pas à déclarer (dans le n°4 de Hop !, en 1975) : « Ce fut mon meilleur dessinateur, celui qui interpréta le mieux mes scénarios… »

Par ailleurs, Noël Gloesner fit aussi les beaux jours de revues comme Francs Regards (de 1950 à 1951), L’Intrépide (1955-1957), La Semaine de Suzette (de 1956 à 1960), Paris Journal Junior (1957), L’Almanach du Pèlerin (1959), Paris-Centre Auvergne (1968), Historique (1980), Clair Foyer, L’Almanach d’Achille Talon et même Chouchou (de 1964 à 1965) où Jean-Claude Forest, qui s’y connaissait en matière de dessin, lui avait confié le dessin de « Sylvie » : une bande dessinée, scénarisée par Remo Forlani (sous le pseudonyme de Scarlatti), qui s’inspirait de la vie tumultueuse de la chanteuse yéyé Sylvie Vartan, laquelle avait les honneurs de la première page de son journal. Quand on vous disait que ce diable d’homme savait tout faire !!!

Gilles RATIER, avec Laurent TURPIN aux manettes

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11 réponses à Noël Gloesner

  1. Fabrice lebeault dit :

    Noel gloesner est pour moi l’un des plus talentueux dessinateurs réalistes de la bd francobelge, de la même race qu’un Alex raymond. Merci pour ce bel article qui met en lumière cet artiste injustement négligé. Injustice qui fût le lot de beaucoup d’auteurs des publications catholiques( Pierre brochard, rené Bonnet et tant d’autres).

    • Ducoin Pierrick dit :

      Votre message exprime parfaitement mon sentiment sur ce grand artiste injustement méconnu, un peu comme l’est René Follet, encore que ce dernier bénéficie de la reconnaissance de la profession. J’ajouterai à votre liste , Alain d’Orange dont le graphisme rappelle parfois celui de Noël Gloesner.

      • Anonyme dit :

        Boujour. Les années 50/60 m’ont profondemment marquées. J’avais une copine que me « refilait » tous ses magazines. J’ai des collections de lili, aggie, sylvia; fillette, fillette-jiune fille, mireille, frimousse, ames vaillantes où sévissait beaucoup Alain D’Orange et Noël Gloesner « boule de neige » dans le mamazine mireille avril 1956, Nano et Nanette,et bien d’autres. Fan du club des cinqs et des Alices détective bibliothèque verte et rose, que j’ai dû racheter, mais quand on aime on ne compte pas. J’ai 62 ans et ce sont ces magazines qui m’aident à « vivre » le présent. Merci.

  2. sidonie dit :

    Anonyme dit :
    23 mars 2012

    Boujour.

    Ma grand-mère m’achetait des frimousses quand j’allais chez elle en vacances. Ne les ayant pas gardé, je les ai retrouvés chez des vendeurs de BD petit format. J’ai acheté également des frimousses magazine et les frimousses poches 2ème série
    J’adore, boule de neige, j’attend avec impatience la fin de Melle CI DEVANT, je vais la trouver j’ai cherché pendant un an le frimousse magazine avec Melle DEMI SOLDE, je l’ai enfin trouvé. Je vais chercher DOLORES DE VILLAFRANCA. J’ai eu aussi beaucoup de mal à trouver des frimousses avec MARIKA et HELLO JIM, c’est la preuve que même après tant d’années, la passion est restée. HELLO JIM m’a fait beaucoup pleuré tellement l’histoire est belle mais ma préférence est vraiment pour Melle DEMI SOLDE, un bijou avec action et passion, je rêve de le voir en f ilm ou en dessin animé.
    Je dois à Noel Gloesner de beaux souvenirs d’enfance et encore et toujours des bons moments car je ne me lasse pas de lire et de relire ses histoires Comme la personne qui a écrit le commentaire précédent, cela m’aide parfois à supporter le quotidien.
    Merci à lui.

  3. Ping : Noël Gloesner-Sissi | blog de projeto 1 – esap gmr 2014/15

  4. de Runz chloe dit :

    Bonsoir a tous, pour commencer un grand merci pour cet article formidable que je découvre par hasard en tapant le nom de Noël Gloesner, les commentaires me fond également chaud au cœur, merci pour votre fidélité a son œuvre et a l admiration que vous lui portez…

    …..sa petite fille…..

  5. Michaël PALARD dit :

    Salut Gilles et merci de continuer à faire vivre ce patrimoine, tu es un des rares ! Honte à moi qui ne découvre cet article qu’aujourd’hui !
    Je me permets d’ajouter les Frères Barrysson, western paru dans Fripounet à partir de 1980, qui est une sorte de suite à Pat Cadwell, également scénarisé par Guy Hempay.

    • Gilles Ratier dit :

      Merci Michaël pour ta lecture attentive et ton rajout. Cet article commence à dater et fait partie de ceux qu’il faudrait que je remanie intégralement. Mais c’est toujours une affaire de temps ! Le temps, c’est ce qui me manque le plus…
      Merci encore !
      Gilles

  6. Péna Emile dit :

    Bonjour, *
    C’est avec plaisir que je découvre ce site et ces hommages à Noël Gloesner que j’adore. Je suivait pas mal de ses publications dans les années 50 et c’est pour moi un des grands dessinateurs francophones, comme Mathelot, Pellos, Poïvet, Marin, etc. sans parler des « vedettes » de Spirou, Tintin ou Pilote.
    Merci de faire en sorte que cette mémoire ne se perde pas.
    Bien cordialement,
    Emile

    • Gilles Ratier dit :

      Et merci à vous de nous lire ! En vous servant du moteur de recherche du site, vous allez trouver d’autres articles sur vos auteurs français préférés : Mathelot, Pellos, Poïvet, Marin… Et bien d’autres encore ! Vous pouvez aussi cliquer sur l’icône « Patrimoine ».
      Bien cordialement
      La rédaction

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