LES TRÉSORS DE VAILLANT

Voici un « Coin du patrimoine » un peu exceptionnel (même s’il est, peut-être, un peu moins consistant que d’habitude) pour présenter une tentative que nous voulons soutenir avec notre enthousiasme habituel : le magazine semestriel Les Trésors de Vaillant !

Depuis l’arrêt de l’excellent Période rouge(1), mensuel numérique gratuit diffusé au format PDF et contenant des articles exclusifs, des interviews, des enquêtes, des études, des news ou des documents rares pour nous faire revivre la grande aventure des journaux Vaillant et Pif Gadget, lequel était animé par Richard Médioni et son équipe de passionnés (Hervé Cultru, Françoise Bosquet, Christian Potus, Bernard Ciccolini et Mariano Alda), nous n’espérions plus avoir, à notre disposition, un nouveau support pour nous remémorer l’histoire de ces revues injustement boudées par l’intelligentsia du 9ème art !

En effet, si la plupart des grandes séries des hebdomadaires Spirou, Tintin ou Pilote sont, aujourd’hui, disponibles au catalogue des éditeurs les plus importants de l’Hexagone, il n’en est pas vraiment de même pour Vaillant et pour son successeur Pif Gadget(2). Pourtant, les relatifs succès en librairie de « Pif Gadget : la véritable histoire » chez Vaillant Collector (remarquable ouvrage historique, bourré d’informations sur la période allant des origines à 1973, dû à Richard Médioni qui fut l’un des rédacteurs en chef du journal) et du non moins passionnant « Vaillant, le journal le plus captivant » d’Hervé Cultru (chez le même éditeur), ou même la résurrection éphémère de Pif Gadget, en 2004, avaient bien suscité et démontré l’engouement des nostalgiques, mais aussi d’un plus jeune lectorat toujours avide de découvertes pour ces magazines et ces bandes dessinées d’autrefois !

Toujours est-il que, désormais, cette nouvelle publication de quatre-vingt quatorze pages compilées par Hervé Drouet des éditions du Taupinambour (Le Topinambour, 40 avenue de Reims 02200 Soissons ; mail : rififilemoineau@yahoo.fr), secondé par Hervé Cultru pour le rédactionnel et Mircéa Arapu pour la maquette, nous propose, pour la somme dérisoire de vingt euros, un bain d’eau de Jouvence avec une belle sélection d’histoires déjà parues dans « le journal le plus captivant » ou dans les autres périodiques des éditions Vaillant !

Ainsi, outre un gadget rigolo (un chewing-gum parfumé au cochon), qui se révèle être un clin d’œil malicieux au successeur de Vaillant, et des textes sur le catch des années 50/70 ou sur certains auteurs présents dans le n°1, daté de janvier 2011, de ce magazine imprimé en numérique à une centaine d’exemplaires (mais qui peuvent être réédités à la demande), y retrouve-t-on certaines bandes peu connues signées par de grands auteurs hélas un peu oubliés aujourd’hui !

Malheureusement, toutes les références précises des numéros des journaux qui sont à la source de ces rééditions ne sont pas systématiquement mentionnées ! Nous allons donc profiter de ce « Coin du patrimoine » pour essayer d’y remédier, dans la mesure de nos capacités (nous n’avons, hélas, pas tout trouvé), en effeuillant cet alléchant sommaire !

Jean Cézard est certainement l’un des auteurs de Vaillant qui a le plus marqué l’histoire du 9ème art, ne serait-ce qu’avec son « Arthur le fantôme justicier » dont un récit de sept pages, paru à l’origine dans le n°1327 du 30 octobre 1970 de Vaillant, est repris dans ce n°1. Ce premier opus nous donne aussi l’occasion de découvrir d’autres facettes de son immense talent avec la couverture et le dos de couverture, trois pages humoristiques intitulées « L’Homme descend du singe », un récit complet réaliste (« Les Pilotes de l’enfer ») issu du petit format 34 et remonté en sept pages, puis une « Mirobolante aventure du professeur Pipe », en dix planches, provenant du mensuel Dakota des éditions Mon Journal (Aventures et voyages), entre 1955 et 1959.

Nikita Mandryka n’était pas, non plus, l’un des moindres collaborateurs du journal de « Pif » puisqu’il a, lui aussi, révolutionné la bande dessinée : on peut le constater avec les quatre gags des « Minuscules » (parus aux n°1143, 1146 et 1147 de Vaillant, en avril et mai 1967) où, sous le pseudonyme de Kalkus, il s’inspire de l’esprit de George Herriman (le créateur de « Krazy Kat »), comme il avait déjà commencé à le faire avec « Les Aventures potagères du Concombre masqué » qu’il avait créées, dans ce même support, au n°1037 du 28 mars 1965.

Évidemment, Gérard Dorville avec ses « Alfred, Auguste, Popaul… et Cie » qui sont de véritables épigones de « Gaston Lagaffe » (trois strips datant de 1957 sont proposés ici), Marc Moallic et ses « Énigmes de Ludovic » (avec, ici, sept pages de cette série de jeux illustrés créée en mars 1969) ou Cabrol et ses « Jean Richard enquête » (par l’intermédiaire de trois énigmes proposées dans ce numéro par Gil Das, et qui datent de 1973) sont beaucoup moins importants que les deux derniers auteurs cités, mais leurs œuvrettes méritent vraiment le détour !

Enfin, les esthètes du 9ème art ne devraient pas dédaigner les travaux de Jacques Kamb, Pierre Le Guen, Claude-Henri Juillard ou René Deynis, auteurs dont ce n°1 des Trésors de Vaillant nous offre également un aperçu de leurs énormes capacités à ravir le lectorat populaire de l’époque :
- pour ce qui est du fantaisiste Jacques Kamb, nous avons droit à une page de « Zou et le Père Noël » parue dans le n°1075 du 19 décembre 1965 ;

- en ce qui concerne le remarquable Pierre Le Guen, Les Trésors de Vaillant reprennent une exotique et réaliste aventure de « Nasdine Hodja » scénarisée par Roger Lécureux, qui fut proposée, en août 1967, dans le n°2 de l’éphémère série de poches trimestriels L’Insaisissable (remontée ici en douze pages)(3) ;

- pour Claude-Henri Juillard, qui n’a rien à voir avec André Juillard, c’est une enquête de six pages de son écrivain à la retraite et transfuge du petit format 34 « Charles-Oscar » (laquelle avait été proposée, pour la première fois, dans le n°859 du 29 octobre 1961 de Vaillant) qui a été retenue,

- enfin, le talent réaliste du trop méconnu René Deynis est aussi à l’honneur avec un épisode de douze pages de l’homme invisible « Jacques Flash », scénarisé par Pierre Castex et publié, à l’origine, dans le n°1046 du 30 mai 1965 de Vaillant !(4)

Bref, que du bon ; ceci grâce à du matériel puisé dans l’immensité d’un patrimoine pratiquement sans fond, sur lequel les grands éditeurs devraient donc aussi se pencher ! Heureusement, même s’ils ne le font pas, on peut toujours compter sur les passionnés pour revaloriser les auteurs et les séries qui ont participé aux grandes heures de ces différents périodiques : d’ailleurs, notre petit doigt nous dit que des projets sont déjà en cours…

Gilles RATIER

(1) Les vingt-cinq numéros de Période rouge ont été compilés en trois volumes reliés, avec des inédits, lesquels sont aujourd’hui totalement épuisés : on ne peut donc plus se les procurer ! À défaut, vous pouvez toujours consulter nos différents articles sur le sujet : http://bdzoom.com/spip.php?article4259, http://bdzoom.com/spip.php?article3997, http://bdzoom.com/spip.php?article3757, http://bdzoom.com/5321/actualites/periode-rouge-n°5-un-special-arnal-passionnant/ ou http://bdzoom.com/4734/patrimoine/le-coin-du-patrimoine-pif-gadget-periode-rouge/.


(2)
Cependant, aujourd’hui, les éditions du Taupinambour mettent, à la disposition des lecteurs curieux, des albums reliés, au dos toilé imprimé en numérique et au tirage souvent confidentiels puisque réalisés pratiquement à la demande, grâce aux progrès techniques de l’imprimerie Graphik ! Ainsi, depuis 2003, leur principal responsable (Hervé Drouet) propose-t-il des intégrales de séries mythiques comme « Arthur le fantôme justicier » de Jean Cézard (puis de Mircea Arapu et Raymond Maric), « Bob Mallard » d’Yves Roy et Jean Sanitas, « Fanfan la Tulipe » de Lucien Nortier, Christian Gaty et Jean Sanitas, « Grelé 7/13 » de Lucien Nortier, Christian Gaty et Roger Lécureux, « Jacques Flash » de Pierre Le Guen, Gérald Forton et Roger Lécureux, « Louk chien loup » de Claude Pascal et Roger Lécureux, « Loup Noir » de Kline et Jean Ollivier, « Les Énigmes de Ludo » de Marc Moallic et Henri Crespi, « Lynx Blanc » de Paul Gillon et Roger Lécureux, « Nasdine Hodja » de Roger Lécureux (dessiné par René Bastard, puis R. Violet, Pierre Le Guen et Angelo Di Marco), « La Pension Radicelle » d’Eugène Gire, « Les Pionniers de l’Espérance » de Raymond Poïvet et Roger Lécureux, « Les Robinsons de la Terre » d’Alfonso Font et Roger Lécureux, « Sam Billie Bill » de Lucien Nortier et Roger Lécureux, « Tarao » de Raphaël Carlo Marcello et Roger Lécureux, « Teddy Ted » de Yves Roy et Jacques Kamb… Tous ces albums sont disponibles via le site http://coffre-a-bd.com où l’on trouve aussi les albums de « Zor et Mlouf contre 333 » (scénarios de Jean Sanitas) et de « Dicemtim » autoédités par Jacques Kamb, ceux de « Surplouf » de Jean Cézard édités par Melmac, ceux de « P’tit Joc » d’André Joy et Jean Ollivier ou de « Teddy Ted » de Gérald Forton et Roger Lécureux par Hibou, ou encore ceux de « Placid et Muzo » de Jacques Nicolaou ou d’« Héroïko et les dog-boys » de Jean Chakir qui sont, quant à eux, publiés directement par Le Coffre à BD, avec la même technique (chez le même imprimeur) !

(3) D’après Henri Filippini, dans son « Histoire du journal et des éditions Vaillant » (précieux guide de lecture publié, en 1978, par les éditions Glénat ; mais hélas introuvable aujourd’hui), Pierre Le Guen serait, aussi, le responsable graphique de la courte histoire de trois pages intitulée « Justice sur le ring », publiée à l’origine dans le n°691 du 10 août 1958 de Vaillant et qui est aussi présentée, dans ce numéro, sans que les auteurs aient pu être identifiés. Seulement, dans le n°119 de l’érudite revue Hop ! (en septembre 2008), lequel est particulièrement consacré à ce fabuleux dessinateur réaliste, nulle trace de cette histoire dans la bibliographie détaillée qui y est proposée ! Par ailleurs, ayant consulté Richard Médioni sur ce point quelque peu mystérieux, l’ancien rédacteur en chef nous a multiplié les arguments contre le fait que ce soit du Le Guen, tout en reconnaissant, pourtant, que les traits ressemblent fort au style du dessinateur de « Nasdine Hodja » :
- il y a énormément de maladresses dans les dessins, notamment dans le positionnement des têtes des personnages, maladresses que l’on ne retrouve pas, habituellement, chez Le Guen,
- le trait est plus grossier que celui de Le Guen : il suffit de le comparer avec ce qu’il dessinait à cette époque ; à savoir « Jacques Flash » dans « Jeux de mains, jeux de vilains » et de nombreux autres récits complets,
- les lettrages sont très différents de ceux de Le Guen, or ce dessinateur réalisait, lui-même, ses propres lettrages,
- enfin, il est tout de même étonnant que ces pages, contrairement aux autres planches de Le Guen à cette même période, ne soient pas réalisées au bon format du journal Vaillant !
À son avis, soit ce travail a été préparé, encré et lettré par quelqu’un qui travaillait avec Pierre Le Guen, soit il s’agit d’un imitateur…

(4) Inutile de préciser que, dès que nous en aurons l’occasion, nous consacrerons l’un de nos « Coins du patrimoine » à ces auteurs incontournables que sont Jacques Kamb, Pierre Le Guen, Claude-Henri Juillard, René Deynis, Nikita Mandryka… ; et, bien entendu, Jean Cézard dont on peut aussi trouver les « Brik » et les « Yak » de sa période réaliste aux éditions Bleu et Noir, « Les Facéties du père Passe-Passe » chez Joker de Luxe et les trois volumes des « Mirobolantes aventures du Professeur Pipe » au Taupinambour (le tout étant disponible sur http://coffre-a-bd.com), mais aussi les premières longues aventures d’« Arthur le fantôme justicier » chez Toth (42 rue du Roi de Sicile, 75004 Paris ; Tél. : 01.42.80.50.67, Courriel : tothbd@aol.com).

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4 réponses à LES TRÉSORS DE VAILLANT

  1. Giff-Wiff dit :

    Un grand merci pour ce coup de chapeau à ces initiatives dus à l’acharnement de fans toujours désireux de partager leur passion pour cet âge d’or injustement boudé des « grands » éditeurs…
    Quel plaisir de replonger dans ces bandes toutes simples où le plaisir des auteurs s’exprime sans réserve (ah, les bandes de Cézard!), un vrai bain de jouvence…
    On en redemande !
    Vive Toth, Taupinambour (ou Topinambour) et tous ceux (dont les sites « www.forumpimpf.net », « www.francois-corteggiani.com », « http://vaillant-pif.over-blog.com » et autres « www.ziglotron.com/pif_gadget.html ») qui oeuvrent à la redécouverte de ces temps jubilatoires !
    Glop glop !

    • Bdzoom dit :

      Bonjour à tous
      Louis Cance (le rédacteur en chef de Hop !) vient de nous faire savoir que le récit complet  » Justice sur le ring  » réédité dans ce n°1 des Trésors de Vaillant est dû à la plume des frères Willy et Yves Groux : en principe, des deux à la fois, mais peut-être seulement de l’un ou de l’autre… Voir leur bibliographie dans le n°87 de Hop !.
      Merci à lui pour ces précieux renseignements !

      Gilles Ratier

  2. l'Apache dit :

    Bonjour,

    Etant fan de ce grand et beau journal qu’était Vaillant, je ne pouvais que me procurer ce premier numéro des « Trésors de Vaillant ».

    L’attente étant trop longue, j’ai écrit à l’éditeur qui m’a annoncé qu’il n’y aurait pas de numéro deux, la faute aux trop faibles ventes du premier numéro.

    Pour y remédier, il n’y a qu’un moyen : précipitez-vous, achetez « les Trésors de Vaillant », le journal le plus captivant.

    Amicalement.

  3. Marc H dit :

    C’est aussi pour une question de droit que c’est fini. Ne pas payer les auteurs c’est être voleurs !