« Le Captivé » par Christian Durieux et Christophe Dabitch

Que voilà un étonnant roman graphique, basé sur une histoire incroyable, mais vraie : à la fin du XIXe siècle, un jeune psychiatre décide de soigner, à l’aide de l’hypnose (méthode allant à l’encontre des récents écrits scientifiques alors en vogue), un patient atteint d’un mal mystérieux (la dromomanie) qui le pousse à marcher. Des voix lui disent qu’il faut partir, lui donnent mal à la tête et il faut qu’il s’en aille absolument. Et des fois très loin, jusqu’en Algérie… Après, il ne se souvient de rien…

       En 1886, le docteur Tissié, interne à l’hôpital Saint André de Bordeaux est donc intrigué par l’histoire de cet Albert Dadas qui est atteint d’une folie du fugueur. Au point de faire, de cet homme, le sujet de sa thèse. Il va aussi l’aider à essayer de vaincre cette étonnante maladie qu’il aurait contractée à la suite d’une chute d’un arbre, à l’âge de huit ans. C’est quatre années plus tard que survient sa première crise d’amnésie, où il va être retrouvé, par son frère, en train de vendre des parapluies sur un marché.

            Dans cette véritable ode à la liberté, à l’aventure et au voyage, Christophe Dabitch [voir Un scénariste qui monte], le scénariste d’« Abdallahi » [voir Plus de lectures 2006], de « La Ligne de fuite » [voir Plus de lectures 2007], de « Jeronimus » [voir « Jeronimus  » T3], de « Mauvais Garçons » [voir Plus de lectures 2009] ou d’« Immigrants » [voir témoignages mis en récits par Christophe Dabitch], nous décrit, avec passion et force de documentation, la maladie mentale dont souffre Albert ; ceci, sans jamais tomber dans le didactisme à outrance, alternant l’évocation de ces périples pédestres involontaires et l’exposition de différents points de vue exprimés par les politiques, les médecins ou les militaires qui ont rencontré le patient.

            Et, cerise sur le gâteau, l’efficacité de la narration est confortée par le trait aussi délicat qu’expressif de Christian Durieux [voir Christian Durieux, le conteur, et pour ses plus récentes œuvres Appelle-moi Ferdinand, « Les Gens honnêtes » T2 par Durieux et Gibrat ou « Les Gens honnêtes » T3 par Christian Durieux et Jean-Pierre Gibrat], lequel use habilement du noir ou du gris et se révèle, finalement, plein d’empathie pour ce personnage doux et effaré.

Gilles RATIER

« Le Captivé » par Christian Durieux et Christophe Dabitch

Éditions Futuropolis (19 €) – ISBN : 978-2-7548-0980-1

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