PLUS DE LECTURES DU 24 SEPTEMBRE 2007

Notre sélection de la semaine : “ Les garde-fous ” par Frédéric Bézian, “ Ligne de fuite” par Benjamin Flao et Christophe Dabitch, et “ Dantès T.1 : La chute d’un trader ” par Erik Juszezak, Pierre Boisserie et Philippe Guillaume.

Et toujours les couvertures des albums en cliquant sur l’appareil photo.


Les garde-fous ” par Frédéric Bézian


Editions Delcourt (16,50 Euros)


Toujours entre avant-gardisme et accessibilité au grand public, l’œuvre de Frédéric Bézian («Adam Sarlech», «Chien rouge, chien noir» ou «Ne touchez à rien») se dote d’un nouvel opus à l’atmosphère mystérieuse et fantastique, où l’univers de l’édition littéraire est confronté à un drame psychologique : un huis clos vraiment très inquiétant, aux multiples entrées ! Un éditeur vit, avec sa belle épouse et son beau-père (critique musical à la retraite), dans une étonnante résidence isolée, à l’architecture ultra-épurée, construite au bord d’un lac artificiel, et uniquement accessible par un tunnel soigneusement gardé. Alors qu’ils reçoivent à domicile pour fêter la parution du nouveau best-seller d’une écrivaine en vue, un inspecteur de police, enquêtant sur un tueur en série qui s’en prend aux brunes trentenaires, fait irruption dans leur vaste et ultramoderne propriété. Après avoir écumé diverses cités européennes, le serial killer serait dans la région… Multipliant les tensions psychologiques dans ce lieu coupé du monde (pour l’anecdote, sachez que cette villa a été conçue par le frère de Frédéric Bézian), l’auteur s’intéresse plus à la traque du meurtrier qu’à la résolution de l’enquête. Soignant ses cadrages et son style de plus en plus sec et crayonné (proche de celui d’un Frank Godwin, l’auteur de la BD américaine «Connie» dans les années 1930, ou d’un André Joy sur «P’tit Joc» dans Vaillant), il utilise une palette réduite de couleurs afin de mieux nous oppresser, en étant en totale adéquation avec la maîtrise du scénario.


 


Ligne de fuite” par Benjamin Flao et Christophe Dabitch


Editions Futuropolis (19 Euros)


On avait remarqué le talent narratif de Christophe Dabitch sur son splendide «Abdallahi», somptueusement illustré par Jean-Denis Pendanx chez le même éditeur (lequel a été justement récompensé par le Prix Château de Cheverny de la bande dessinée historique, qui sera décerné au 10ème Rendez-vous de l’Histoire à Blois, du 18 au 21 octobre) ; et voilà que ce journaliste iconoclaste récidive avec un ouvrage qui nous offre une nouvelle voie pour appréhender le poète mythique qu’est Arthur Rimbaud. Avec l’aide de l’étonnant graphiste qu’est Benjamin Flao (c’est son premier livre pour le 9ème art et il nous assène déjà un très agréable trait aquarellé, jeté et maîtrisé à la fois, s’approchant du style d’un Alexis ou d’un Davodeau), il restitue toute la poésie nécessaire à cette fausse biographie. Nous sommes en 1888 et le fulgurant poète n’écrit plus que quelques lettres ou mots pour ses livres de compte, car il tiendrait, depuis 8 ans, une agence commerciale du côté d’Aden ou d’Harar, en Ethiopie. Imaginant une nouvelle expédition sur les traces de Rimbaud, les deux auteurs, aussi passionnés l’un que l’autre par le sujet, mettent en scène un de ses collègues, faussaire torturé, publiant dans Le Décadent, revue qui imprimera vraiment des faux de l’écrivain ardennais. Cette sorte de double de Rimbaud, rongé par le remords et par le sentiment d’avoir gâché sa carrière, se lance dans une quête qui va le mener de Charleville-Mézières à la corne d’Afrique, voyageant autant dans sa tête qu’autour du globe, au rythme de ses poèmes… Une véritable bande dessinée onirique et surréaliste !


 


Dantès T.1 : La chute d’un trader ” par Erik Juszezak, Pierre Boisserie et Philippe Guillaume


Editions Dargaud (9,80 Euros)


Un jeune et brillant coutier de la Bourse devient la victime d’un diabolique complot qui aboutira à un crack boursier et à un scandale sans précédent. Tout l’accuse de l’assassinat de l’un de ses supérieurs, et il est condamné à passer quelque temps en prison. Douze ans plus tard, lors du gala du millénaire de la finance, on annonce l’arrivée d’un nouveau magnat de l’économie qui aurait accumulé gloire et fortune en très peu de temps : Christopher Dantès. Ce dernier se réjouit de croiser tous les protagonistes de cette machination qui lui a fait subir l’opprobre des siens : la vengeance est un plat qui se mange froid… Evidemment librement inspiré par le «Comte de Monte-Cristo» d’Alexandre Dumas, ce thriller financier, prévu en deux cycles distinct de cinq volumes en tout, se révèle totalement passionnant ! La crédibilité et la fluidité de ce palpitant scénario, du à l’auteur de «La croix de Cazenac» ou de «Flor de Luna» et au chef du service Marchés Financiers des Echos (également vice-président de l’ACBD, l’association des critiques et journalistes de bandes dessinées), sont mises efficacement en images par le trait réaliste d’un Erik Juszezak, en grand progrès, lorgnant désormais sur le style d’Eric Stalner (l’un des compagnons de route habituel de Pierre Boisserie).


Gilles RATIER


 

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