Marcel Navarro alias J.-K. Melwyn-Nash

Même si ces histoires, destinées à une jeunesse qui n’a plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui, peuvent vous sembler bien vieillottes, voire ringardes, il faut saluer comme il se doit la volonté et la passion des éditions du Bleu et noir (dirigées par Jean-Antoine Santiago) qui viennent de rééditer, en fac-similés, les premiers numéros de « Brik » et de « Yak »(1).

Ces incroyables scénarios étaient dus à Marcel Navarro, lequel signait alors J.-K. Melwyn-Nash (pseudonyme où l’on retrouve ses deux initiales), et étaient dessinés, avec brio, par Jean Cézard (23 mars 1924-8 avril 1977), dans un style réaliste foisonnant et assez étonnant : il s’adaptait ainsi aux exigences éditoriales de l’époque en expérimentant ce genre graphique qui était plutôt difficile pour lui, et que peu d’amateurs de ce dessinateur d’« Arthur le fantôme justicier » (2), de « Kiwi » ou des « Rigolus et des Tristus » connaissent vraiment !

C’est grâce à des actions comme celle des éditions du Bleu et noir que notre patrimoine culturel ne tombera pas dans l’oubli et, rien que pour cela, il faut les soutenir ! D’autant plus que la réédition est très bien faite du point de vue technique : elle respecte parfaitement les caractéristiques de la version d’origine avec ses couvertures aux couleurs voyantes, avec titre sur fond noir, et son contenu de douze pages au format 24 x 33 cm imprimées alternativement en noir et en bleu (d’où le nom choisi par l’éditeur). On croirait vraiment que les documents sont d’époque, c’est-à-dire de mars et d’octobre 1949 !

Car, en effet, cela fait aujourd’hui soixante ans que le journaliste lyonnais Marcel Navarro (29 mars 1923-2 novembre 2004), qui officiait donc comme scénariste sous le pseudonyme américanisé de J.-K. Melwyn-Nash, a proposé ces deux séries aux éditions Aventures et Voyages, lesquelles vont permettre à Jean Cézard (qui tentait pourtant d’imposer, depuis 1946, son style humoristique dans le bimensuel Francs-Jeux, aux éditions SAETL, et surtout dans l’hebdomadaire Mon Journal avec « Les Mirobolantes aventures du Professeur Pipe » (3) à partir de 1948) de s’exprimer brillamment dans le registre réaliste (4) : alors qu’il ne s’y sent guère à l’aise, son style va pourtant marquer des générations de lecteurs !

Et que ceux qui s’intéressent à cette période n’hésitent pas à se procurer la revue Hop! – auprès de Louis Cance (56 boulevard Lintilhac, 15000 Aurillac) car rien que les n°5-6, 12/13, 53, 65, 75, 80 et n°97 se penchent plus précisément sur la carrière de Jean Cézard (un grand du 9e art bien oublié aujourd’hui par les jeunes générations)-, mais aussi les quatre tomes de « L’Encyclopédie des bandes dessinées de petit format » de Gérard Thomassian à la librairie Fantasmak (17 rue de Belzunce, 75010 Paris ou sur le net : http://www.fantasmak.com).

Venu à la bande dessinée par pure nécessité, ce journaliste, apprenti libraire, correspondant ou « nègre » du chef des informations au Lyon Républicain, améliore aussi ses fins de mois en retouchant les textes des bandes américaines et italiennes publiées par la S A G. É. : la Société Anonyme Générale d’Éditions dirigée par l’Italien Ettore Carozzo, lequel avait fui le régime mussolinien ; à noter que cet impressionnant manchot et borgne (suite à la guerre) avait principalement embauché Navarro comme traducteur italien (en 1941), alors qu’à l’époque, le futur scénariste n’avait aucune notion de cette langue. Après ce coup de bluff, il réussira pourtant à se spécialiser dans les travaux de traducteur (réalisant aussi la mise en pages du magazine Jumbo pour ce même éditeur), croisant épisodiquement la route d’autres futurs pionniers de la bande dessinée populaire comme Chott (alias Pierre Mouchot), Bob Roc (pseudonyme de Robert Rocca) ou Robba (de son vrai nom Robert Bagage), lequel n’avait rien à voir avec le créateur de « Boule et Bill » ! Á noter que si la bande dessinée lyonnaise a pris un tel essor par la suite, ces quatre hommes y ayant particulièrement contribué (comme vous allez pouvoir le constater…), c’est sans doute parce que la S.A.G. É. fut obligée de se replier à Lyon (en zone libre), pendant les années d’occupation allemande.

Refusant la place de directeur des publications de la S.A.G. É. qui remontait s’installer à Paris en 1944, Marcel Navarro a alors l’idée de proposer des bandes dessinées aux dirigeants de l’hebdomadaire sportif Sprint édité à Lyon. C’est ainsi que, au lendemain de la guerre (entre 1945 et 1946), alors qu’il est encore quelque peu meurtri et désabusé, il débute réellement comme scénariste dans les récits complets de la collection « Les Aventures Fantastiques », collaborant anonymement avec ses amis dessinateurs Robba (« Z. 302 », en 1945), Rob Roc (« Captain Yank », en 1946) et surtout Chott (« Billy Strong », en 1945).

C’est d’ailleurs pour ce dernier, devenu entre-temps éditeur (avec les éditions Pierre Mouchot qui seront rebaptisées, en 1951, S. É.R. : Société d’Éditions Rhodaniennes), qu’il signe J. K. Melwyn-Nash (orthographié, à l’origine, Melwyne) et invente les péripéties de la célèbre série « Fantax », en 1945 : un athlète masqué au vêtement moulant, possédant une double personnalité, qui fut l’un des premiers héros costumés francophone, et dont un premier épisode finira par paraître dans l’éphémère hebdomadaire lyonnais Paris-Monde Illustré (en février 1946), avant d’être le premier titre des éditions Pierre Mouchot, au troisième trimestre de la même année (5). Pour rivaliser avec l’impitoyable concurrence qui sévissait dans la presse à la Libération, et pour émerger du lot, cette bande se singularise très vite par ses récits assez cruels et sadiques, ses titres chocs et ses couleurs crues, préfigurant en cela les « fumetti negri » (voir : http://bdzoom.com/spip.php?article3992), et eu souvent maille à partir avec la justice et les censeurs de l’époque, jusqu’à la fin de sa carrière en octobre 1959.

Vint ensuite, entre 1947 et1955, « Big Bill le casseur » (un curieux western, qui subira lui aussi les foudres de la censure) et, de 1947 à 1950, « Robin des bois » (qui s’inspire de l’inoubliable film de Michael Curtiz avec Errol Flynn)… Même s’ils sont signés Chott, ces histoires de la presse enfantine seront dessinées, en réalité, par les Lyonnais Bertrand Charlas, Claude Bordet, Rob Roc, André Rey, Maurice Besseyrias et Rémy Bordelet.

Mais comme il n’est « que » scénariste et qu’il n’a pas les moyens financiers pour se mettre à son compte, Marcel Navarro ne peut, hélas pour lui, partager à égalité le succès de Chott. Il va finalement quitter les éditions Mouchot de son plein gré (et du même coup se fâcher avec son ancien ami), en 1948, ayant trouvé un premier associé en la personne d’Auguste Vistel, une grande figure de la Résistance lyonnaise qui souhaite lancer un hebdomadaire féminin. Ce projet prendra forme sous le titre de Rien que Toi (6), de 1948 à 1951, aux éditions Les Quatre Points Cardinaux que viennent de monter ces deux énormes personnalités. Sous divers pseudonymes, Navarro en conçoit entièrement la maquette et le contenu : du courrier du cœur à la rubrique astrologie, en passant par les contes et les scénarios de romans illustrés au lavis par les Italiens Naro Barbato ou Tabet.

À la même époque, il maquette aussi le magazine La Vie des métiers, écrit des romans à l’eau de rose pour les éditions des Remparts et des scénarios mis en images par Robert Rocca pour Le Conquérant et Les Héros de l’Aventure, éphémères récits complets lancés par le Paris-Monde Illustré. Or, il se trouve qu’au même moment, une certaine Bernadette Ratier (7), que connaît bien Auguste Vistel, est en train d’arrêter la parution de l’hebdomadaire de bandes dessinées Mon Journal (8) qu’elle dirigeait à Paris. Toujours en partenariat avec Auguste Vistel (et son épouse), Marcel Navarro lui propose très vite de constituer la société tripartite Aventures et Voyages que madame Ratier dirigerait et dont elle posséderait 50% des parts du capital social : ainsi, dès le 1er mai 1948, naît la S.A.R.L. Aventures et Voyages.

Le marché étant assez encombré, Navarro réagit encore rapidement en lançant, pratiquement coup sur coup, pas moins de quatre titres forts qu’il scénarise entièrement (utilisant son désormais célèbre pseudonyme J. K. Melwyn-Nash) : en commençant par Marco Polo (série principalement dessinée par le Lyonnais Guy Lebrun, l’un des autres actionnaires de la S.A.R.L. Aventures et Voyages) qu’il devait scénariser pour Chott et qui entre directement en concurrence avec le titre éponyme que ce dernier lance parallèlement, et le western Diavolo (dessins de Maurice Besseyrias) en 1948.

Puis, l’année suivante, ce sera le flibustier Brik et le chasseur de fauves précipité dans un monde inconnu Yak. Et c’est sur les conseils de madame Ratier, qui était une femme de caractère, que le jeune et prometteur artiste qu’est alors Jean Cézard hérite de ces deux derniers titres, alors que ce dessinateur n’affectionne guère le genre réaliste. S’appliquant sur les décors et les détails, en bon professionnel perfectionniste qu’il était, Cézard assume graphiquement seul sept épisodes de « Brik » ; mais il est très vite débordé (il se fera ensuite aider ou remplacer par Robert Rocca, André Rey et Maurice Besseyrias en 1949, ou Roger Médina et Guy Lebrun en 1950) et délaisse le beau corsaire au profit de « Yak », dont il dessinera l’intégralité des aventures qui se poursuivront, en format légèrement réduit (18 x 24 cm), dans Brik Yak d’avril 1950 à septembre 1952.

Il faut aussi savoir que si Jean Cézard est largement dépassé par la somme de travail à effectuer, c’est que l’imaginatif et pétillant Marcel Navarro, qui faisait toujours feu de tout bois, se contentait très souvent de donner les grandes lignes des séries qu’il confiait ensuite entièrement aux dessinateurs : une façon de faire qui était également pratiquée par son ami Robert Bagage, lorsque ce dernier s’occupait des éditions du Siècle (Targa, Garry…) qui devinrent les éditions Impéria quand elles se concentrèrent sur les petits formats.

Ce diable d’homme qu’était Marcel Navarro poursuivra sa collaboration aux éditions Aventures et Voyages jusqu’à la restructuration de cette société, en octobre-novembre 1954. Il ne sera vraiment remplacé en tant que scénariste, qu’en 1958, par certains rédacteurs chevronnés de l’hebdomadaire Vaillant comme Jean Ollivier, Roger Lécureux ou Pierre Castex, lesquels vont par contre y œuvrer sans signer leurs textes ! Quant à Brik, après dix-huit numéros mythiques et un unique supplément (que les éditions du Bleu et noir espèrent bien tous rééditer, si elles arrivent à vendre au moins cinq cents exemplaires de leur premier et splendide fac-similé), il est relégué en bande complémentaire dans Brik Yak, avant de disparaître au n°28 de janvier 1951.

Cependant, avec le boum des petits formats à la fin des années 1950, les éditions Aventures et voyages vont rééditer le matériel existant (recouvrant pudiquement le torse et les jambes souvent dénudés du héros, tout en traficotant les cases pour les adapter au format) dans un mensuel également intitulé Brik, en avril 1958. Devant le succès de cette nouvelle publication, le célèbre corsaire, toujours au service du roi, connaîtra de nouvelles aventures racontées par des écrivains populaires comme Paul Bérato (alias Yves Dermèze) et Maurice Limat (en 1959), par Jean Ollivier (à partir de 1960) ou par Bernadette Ratier elle-même. Ces épisodes inédits seront principalement dessinés par l’Espagnol Pedro Alférez (à partir de 1959), relayé quelques fois par Onofrio Bramante (1959), Jacques Arbeau ou Jean-Pierre Boivent (1960), Juan Giralt (1963), le studio Barbato (1965), Vincenzo Chiomenti (1967)… Ceci jusqu’en mars 1969 où, si le pocket continue de paraître (pour ne disparaître définitivement qu’en avril 1987), il ne propose plus que des reprises. Á noter que l’on peut aussi trouver quelques inédits dans les numéros spéciaux Pirates, entre 1960 et 1966.

C’est aussi Marcel Navarro, jamais à court d’idées, qui va créer les éditions L.U.G., toujours avec Auguste Vistel, en 1950, poursuivant ainsi sa carrière de scénariste-directeur de publication. C’est grâce à un voyage en Italie où il a l’opportunité d’être mis en contact avec les éditions Alpe et Audace dirigées par Gian Luigi Bonelli (voir : http://bdzoom.com/spip.php?article3869), qu’il remporte un contrat d’exclusivité pour la traduction du western « Tex » : et, rapidement, le succès des éditions L.U.G. va s’affirmer.

Alors, Marcel Navarro va abandonner ses autres sociétés et ne quittera cette nouvelle maison qu’en 1989, lors de son rachat par le puissant holding suédois Semic. Cependant, il n’écrira plus que quelques rares scénarios pour les pockets : sa technique consistant de plus en plus, comme nous l’avons déjà dit, à lancer des séries dont il n’écrivait que le premier épisode, confiant la suite à d’autres auteurs. C’est ce qui se passe, par exemple, pour la mythique saga du « Petit duc » (présente dès le n°1 du mensuel Kiwi, en 1955).
Pour le canevas lapidaire qu’il confie alors au dessinateur italien Devi (Antonio De Vita), il s’était même inspiré de la trame du « Petit roi », série italienne (dessinée par Lina Buffolente) dont il fût le traducteur en France dans Brik Yak, de 1950 à 1952.

On pourrait aussi citer bien d’autres séries éphémères (souvent réalisées par des dessinateurs d’origine italienne) qu’il imagina ou adapta pour L.U.G. : tel « Trapper John » pour Manuel Barbato en 1958, « Flambo »pour Biffignandi en 1959, « Jimmy Logan » pour Sergio Montipo en 1960, « Johnny Bourask » pour Vincenzo Chiomenti également en 1960, « Le Roman d’un footballeur » pour Sergio Montipo en 1961, « Fury » pour Giorgio Trevisan ou « Mac » pour Vincenzo Chiomenti en 1963, « Benny des marais » pour Raffaele Paparella en 1965, « Le Prince de la nuit » pour un dessinateur italien anonyme en 1967, « Gun Gallon » pour Lina Buffolente, « Rakar » pour Ivo Pavone ou « Les Anges de l’enfer » pour Sergio Tuis en 1968, « Wampus » pour Luciano Bernasconi en 1969, « Mister Song » pour Giorgio Trevisan en 1969, « Dick Démon » pour Ivo Pavone en 1972, « Oum le dauphin blanc » pour Franco Oneta puis Jean-Yves Mitton en 1972, « Waki » pour Luciano Bernasconi en 1974, « Lucifer » pour Raffaele Paparella en 1979… Mais aussi certaines qui sont bien plus célèbres comme le fameux « Zembla » pour Augusto Pedrazza en 1963, copie plus décontractée du « Akim » réalisé par le même dessinateur et publié chez les éditions Aventures et voyages devenues, désormais, son principal concurrent (alors qu’il avait cédé gracieusement les 35% de ses parts d’Aventures et Voyages à madame Bernadette Ratier, lors de son départ en 1954). Pour l’anecdote, sachez aussi que Marcel Navarro donna les bases de certains épisodes inédits de la série italienne « Blek », lors de sa reprise par le talentueux dessinateur Jean-Yves Mitton, en 1975.

Vous avez pu le constater, en tant que scénariste, Marcel Navarro aimait exploiter le mythe du surhomme, qu’il soit masqué ou pas. Aussi, rien d’étonnant à ce qu’il soit aussi l’un des premiers à inventer des super-héros à la française, en février 1980. Dans Nova, en signant J. K. Melwyn Nash, il imagine des histoires inédites du « Surfer d’argent » dessinées par Jean-Yves Mitton, lequel américanise lui-aussi son prénom pour l’occasion.

Puis, sous le nouveau pseudonyme de Malcom Naughton (dans le premier n° – le n° 54 du 5 juin 1980 – il sera crédité de façon erronée Malcolm Naughton, avec deux « l »), il va créer d’autres super-héros « bien de chez nous » dans la nouvelle formule du mensuel Mustang, que ce soit encore avec Jean-Yves Mitton (« Mikros » en 1980 et « Cosmo » en 1981) , « Mustang » avec Franco Oneta ou avec Ciro Tota (« Photonik » en 1980). Si cette tentative est un échec commercial, « Mikros » et « Photonik » survivront dans les magazines Titans et Spidey.

D’ailleurs, toutes les dernières créations que Marcel Navarro concocte ensuite avec son complice Jean-Yves Mitton seront aussi du même tonneau : ainsi paraîtrons « Epsilon » (1986) et « Kronos » (1988) dans Titans, l’une de ses revues qui publiaient à foison, comme Strange et consorts, les comics de la Marvel (« X-Men », « Spider-Man », « Fantastic Four »…) ; ce sont d’ailleurs ces derniers qui, en France, faisaient alors la réputation et la fortune des éditions L.U.G. : et avec le recul, on ne peut que déplorer le gâchis général organisé ensuite par les Suédois de la Semic, après le départ de Marcel Navarro, malgré la bonne volonté de certains responsables français.

Pourtant, Marcel Navarro avait abattu, avant cela, un travail considérable (et le plus souvent anonyme) en lançant à tour de bras les nouvelles séries, triant le grain de l’ivraie dans la multitude des fumettis italiens qu’on lui proposait et qu’il lui arrivait très souvent de traduire et de rebaptiser d’un titre plus vendeur, participant même à l’élaboration des maquettes… : bref, il effectuait un vrai travail d’éditeur et de rédacteur en chef, comme cela était exigé à l’époque ! Et c’est certainement pour cela qu’il restera, malgré le peu de curiosité des nouvelles générations pour son œuvre, l’une des grandes figures de l’histoire de la presse pour la jeunesse (9) !

Gilles RATIER, avec Laurent TURPIN aux manettes

(1) Les éditions du Bleu et noir sont sises 3 impasse de la Palmeraie, villa 35-La Palmeraie 13011 Marseille et l’on peut aussi trouver leurs productions à la boutique du Coffre à BD : http://www.coffre-a-bd.com/cgi-bin/boutique.bin?s=0.

(2) Si les œuvres de Jean Cézard, disponibles dans le commerce, sont plutôt rares, on peut quand même trouver cinq beaux et copieux albums, parus entre 2002 et 2006, qui rassemblent chronologiquement certaines aventures d’« Arthur le fantôme justicier », aux éditions Toth.

(3) C’est aussi sur le site du Coffre à BD que l’on peut se procurer le premier recueil des « Mirobolantes aventures du Professeur Pipe » de Jean Cézard, concocté par les éditions du Taupinambour : sachant qu’il s’agit ici, comme pour le petit album des éditions Glénat qui avait été publié en 1977 et qui est complètement introuvable aujourd’hui, d’une deuxième mouture spécialement réalisée pour le pocket Dakota, en 1955.

(4) Jean Cézard pratiquera assez longtemps le réalisme, ne serait-ce que dans l’hebdomadaire Vaillant avec « Les Compagnons de la section noire » en 1951, « La Quête de l’Aruda », « Le Chevalier de Lagardère » en 1952, « Terre de héros » en 1954 et divers récits didactiques d’une ou trois planches entre 1952 et 1953, sans oublier de nombreuses histoires complètes pour Caméra 34 (un supplément en format de poche de ce magazine qui deviendra, plus tard, Pif Gadget) ; d’ailleurs, il s’y était entraîné très tôt, adaptant les aventures de « Zorro » dès 1940 avec une trentaine de pages restées inédites et réalisant, en 1948, des récits romancés dessinés au lavis pour l’hebdomadaire féminin Modes de Paris ou dans des fascicules au format 18 x 27 cm lancés par les éditions Marivaux. Nous vous conseillons, pour en savoir plus, de consulter aussi, outre les indispensables Hop ! et « Encyclopédie Thomassian », les fanzines Submarine n°6 et 12/13 ou Pimpf Mag n°7, ainsi que le magazine électronique Période rouge consacré à l’histoire des périodiques Vaillant et Pif Gadget dont la deuxième très belle reliure vient de paraître (vous aurez tous les renseignements en envoyant un mail à perioderouge@orange.fr).

(5) Le premier numéro de « Fantax » a, lui aussi, été réédité récemment en fac-similé : voir http://bdzoom.com/spip.php?article3686

(6) En juillet 1951, Rien que toi sera racheté par Georges Dargaud (au n°174), éditeur qui sabordera cet hebdomadaire aussitôt après : au n°181.

(7) Alors qu’elle n’a rien à voir avec un certain journaliste spécialiste de bandes dessinées connu dans notre petit milieu pour ses rapports annuels (si ce n’est qu’un très très lointain lien de parenté : arrière-grand-tante ou un truc comme ça) Bernadette Ratier (née en 1899 et décédée le 17 juillet 1992), elle, a bien marqué l’histoire de l’édition du 9e art en France ; et, si l’on en croit tous ceux qui l’ont connue, c’était une femme assez étonnante. Elle joua, par exemple, dans la première équipe de rugby féminine en 1915, épousa le résident de France à Phnom Penh (de 1920 à 1928) et enseigna le français aux petits cambodgiens, revint en France pour être directrice d’un institut de pédagogie musicale, fit partie du mouvement « Combat » pendant la Résistance en diffusant, entre autres, le journal Femmes Patriotes qu’elle avait créé dans la clandestinité (ce qui lui valut de nombreuses décorations) et fut donc la cheville ouvrière de l’hebdomadaire Mon Journal (8 août 1946-22 avril 1948), profitant de l’attribution de papier fournie aux anciens résistants.

(8) Édité par le quotidien Combat (puis par Le Parisien), Mon Journal, malgré son contenu fort honorable (avec des bandes dessinées signées Rémy Bourles, Pierre Billon, Jean Cézard, Jean Ache, René Pellos…, et quelques strips américains comme « Charlie Chan » ou « Captain Marvel junior » : excusez du peu !) fut un échec éditorial : une preuve historique de l’extrême saturation du marché à l’époque et de la méconnaissance de la grande presse en ce domaine. Heureusement, avec son association avec Navarro et Vistel (et profitant toujours de son attribution de papier), Bernadette Ratier va remarquablement rebondir en créant les éditions Aventures et Voyages, malgré des débuts assez difficiles : en effet, des titres phares comme Brik et Yak seront encore soumis à une forte concurrence et leurs aventures seront sérieusement bridées, car sans cesse dans le collimateur de la censure officielle représentée alors par la Commission de Surveillance.

(9) Seuls quelques témoignages directs de Marcel Navarro ont été publiés dans les introuvables n°34 et n°38-39 de Bédésup. Mais le grand homme avait aussi fait quelques confidences à Louis Cance, peu avant son décès ; alors, il n’est pas impossible, qu’un de ces jours, paraisse un n° de Hop ! entièrement consacré à l’immense J. K. Melwyn-Nash !

Galerie

7 réponses à Marcel Navarro alias J.-K. Melwyn-Nash

  1. Mario dit :

    Bravo, bel article.

  2. Anonyme dit :

    Mr Marcel Navarro est né le 29 mars 1923 et décédé le 2 novembre 2004.

    Les Enfants de Mr Navarro.

  3. Chrin dit le raifort dit :

    Superbe article documenté sur Marcel Navarro dont j’ignorais le nom et le pseudo mais qui a créé des héros de petits formats qui ont bercé mon enfance et mon adolescence. Ma reconnaissance va à lui mais aussi aux dessinateurs qui ont donné corps à ces personnages attachants. Hormis les héros très populaires tels Akim ou Zembla, j’ai une affection toute particulière pour l’élégant mais « éphémère » (sic) Trapper John et Targa dont le graphisme rivalisait avec celui du maître Hogart. En effet, les trappeurs et les rois de la jungle m’ont toujours fasciné bien que les uns fussent des avatars de Davy Crockett et de Daniel Boone bien réels eux et que les autres se trouvassent affublés du sobriquet de Tarzanides ou de sous-Tarzan.
    Merci enfin à l’auteur de cet article.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>