Le scénariste de « Dylan Dog » : Tiziano Sclavi

Les éditions Panini ont donc pris l’heureuse initiative de proposer, à nouveau, les fumetti à succès de « Dylan Dog », dans l’ordre chronologique : une remise en avant plutôt réussie qui nous donne l’occasion de vous parler, plus en détail, de la …

Les éditions Panini ont donc pris l’heureuse initiative de proposer, à nouveau, les fumetti à succès de « Dylan Dog », dans l’ordre chronologique : une remise en avant plutôt réussie qui nous donne l’occasion de vous parler, plus en détail, de la carrière de l’imaginatif et énigmatique scénariste de cette bande dessinée populaire italienne devenue culte de l’autre côté des Alpes : Tiziano Sclavi.

D’autant plus que ce dernier a écrit (au moins jusqu’au n°250 de juillet 2007), puis a supervisé, la plupart des enquêtes horrifiques de Dylan Dog, privé londonien spécialisé dans les mystères étranges et inexpliqués ; voir http://www.sergiobonellieditore.it/auto/componi_collaboratori?id_pers=16.

« Dylan Dog » par Tiziano Sclavi et Angelo Stano dans la version des éditions Panini.

Né le 3 avril 1953 à Broni, dans la province de Pavie, à environ soixante kilomètres de Milan en Italie, Tiziano Sclavi a touché, d’une façon ou d’une autre, à pratiquement toutes les facettes de l’écrit : il a été journaliste, scénariste pour la télévision, le cinéma et la bande dessinée, parolier de chansons, rédacteur publicitaire, écrivain de romans populaires et surtout policiers (Dellamorte dellamore adapté au cinéma en 1994 par Michele Soavi, Nero, Apocalisse, Tre, Non è successo niente, etc.) ou de fables philosophiques, dont certaines sont spécifiquement destinées aux enfants… De ce fait, il a collaboré à une multitude de revues, telles Messagero dei Ragazzi, Corriere dei Ragazzi, Il Giornalino, Il Mago, Amica, Salve, Corriere dei Piccoli, Corrier Boy, Millebri, Il Giornalino, etc.

Pendant ses études secondaires, en 1971, il commence à écrire des nouvelles pour les plus jeunes dans le Messaggero dei Ragazzi ; certaines d’entre elles sont signées du pseudonyme Francesco Argento : un hommage à l’auteur-compositeur Francesco Guccini et au réalisateur Dario Argento. Il s’inscrit ensuite à l’université, en littérature moderne, mais ayant déjà travaillé en étant rémunéré, il n’a guère envie de poursuivre ses études sans être rémunéré ; surtout que son ami Mino Milani lui suggère alors de s’installer à Milan, pour collaborer au Corriere dei Ragazzi, l’hebdomadaire jeunesse du quotidien Corriere della Serra, ainsi qu’à la revue de bande dessinée d’obédience catholique Il Giornalino et au magazine Il Mago.

Au Corriere dei Ragazzi, il va se lier d’amitié avec le scénariste Alfredo Castelli. Ensemble, en 1974, ils vont d’abord écrire quelques enquêtes de « Gli Aristocratici », la bande de voleurs experts que Ferdinando Tacconi met en images depuis l’année précédente. Quelques épisodes ont été proposés en langue française dans le petit format Rodéo, dans Pif Gadget (sous le titre « Les Gentlemen »), dans Super Aset en albums chez Hachette ; mais il ne semble pas qu’il s’agisse des histoires coécrites avec Sclavi.

« Gli Aristocratici », dans le Corriere dei Ragazzi, en 1974.

« Archivio Zero » par Paolo Morisi.

Au sein de ce même journal, on va aussi lui confier quelques scénarios de bandes dessinées aussi diverses que le thriller surréaliste humoristique « Altai & Jonson » mis en images par Giorgio Cavazzano entre 1975 et 1976, puis de 1978 à 1979, et une dernière fois en 1985 (cinq épisodes de dix pages chacun seront traduits en langue française dans l’ultime version de Pif Gadget, en 2007 et 2008) ou la série d’anticipation « Archivio Zero » illustrée par Paolo Morisi, entre 1975 et 1977.

À partir de 1977, tout en poursuivant sa carrière de romancier qu’il entrecoupe avec diverses tentatives d’écriture pour la télévision ou pour certains chanteurs en vogue en Italie, Tiziano Sclavi travaille pour l’autre hebdomadaire de bandes dessinées du groupe della Serra : Corriere dei Piccoli, suite à la disparition du Corriere dei Ragazzi.

« Altai & Jonson » par Giorgio Cavazzano.

Il y multiplie alors les créations éphémères destinées, la plupart du temps, aux très jeunes lecteurs : « Allister e Miki » mis en images par son complice Giorgio Cavazzano, « Johnny Bassotto » ou « Il Cavallino Michele » par Umberto Manfrin, «La Guerra nell’aria » ou « Fantòm » (une parodie de « Fantomas ») par Peg, « John John va nel west » par Carlo Alberto Michelini, « Sam Peck esploratore solitario » par Colombi, « Le Pagine della Befana », « Le Avventure del Professor Strano » et « Ufo Robot Raggi Cosmic » par Federico Maggioni, », « Bizarro » par Rizzo(1), etc.

L’hebdomadaire étant alors racheté par le groupe Rizzoli, Tiziano Sclavi tente sa chance ailleurs, en proposant, dès l’année suivante, ses écrits dans la prestigieuse revue Alter (avec « Devoluzione ») ou dans le moins connu Supergulp ! (avec « Steve Vandam »)…(1)

En 1979, c’est encore avec Giorgio Cavazzano, qu’il crée, en signant du pseudonyme de Quasimodo, l’un de ses personnages les plus connus de cette période : le western humoristique « Silas Finn », publié dans Zack en Allemagne et dans Super As en France (jusqu’en 1980, voir http://bdoubliees.com/superas/auteurs/quasimodo.htm), le scénario étant repris, ensuite, par le Français François Corteggiani. Cette série sera également proposée en Italie dans le Messaggero dei Ragazzi.

« Silas Finn » dans le Messaggero dei Ragazzi.

Un an plus tard, il commence à travailler comme relecteur pour Sergio Bonelli Editore, groupe alors divisé en trois labels : Araldo, Cepim et Daim Press. C’est ainsi qu’il va contribuer, très vite, à l’écriture proprement dite de certains épisodes de séries phares de cet éditeur de bandes dessinées populaires :

-          En ce qui concerne « Zagor », on lui confie la délicate tâche de remplacer le créateur du personnage, Guido Nollita, pour des textes souvent écrits en collaboration avec Giorgio Pezzin, Alfredo Castelli ou Marcello Toninelli, aux n° 184 à 186 (parus de novembre 1980 à janvier 1981) dessinés par Francesco Gamba, Franco Donatelli et Gallieno Ferri, n° 191 à 203 (parus de juin 1981 à juin 1982) surtout dessinés par Franco Donatelli, mais aussi par Francesco Gamba, Gallieno Ferri et Franco Bignotti, aux n° 221 et 222 (parus en décembre 1983 et janvier 1984) dessinés par Franco Donatelli et Pini Segna, aux n° 275 à 280 (parus de juin à novembre 1988) dessinés par Gallieno Ferri et pour le Speciale Cicon° 6 de mai 1990 dessiné par Francesco Gamba.

« Zagor » par Franco Donatelli.

-          Pour « Ken Parker », il part de sujets proposés par Giancarlo Berardi et mis en images par Ivo Milazzo (voir Ivo Milazzo, pour les n°35 (de novembre 1980) et 41 (d’août 1981).

-          Sur « Mister No », il prend en charge l’écriture de cet autre personnage de Guido Nollita, avec des scripts qui flirtent souvent avec l’horreur, quelques fois en collaboration avec Alfredo Castelli, Ennio Missaglia, Guido Nolitta ou Marco Bianchini.

Ceci aux n° 90 à 92 (parus de novembre 1982 à janvier 1983) dessinés par Fabio Civitelli, n° 97, 98 et 100 (de juin à septembre 1983) dessinés par Roberto Diso, n° 104 à 108 (de janvier à mai 1984) dessinés par Bruno Marraffa, Franco Bignotti, Roberto Diso ou Fabio Civitelli, n° 138 et 139 (novembre et décembre 1986) dessinés par Roberto Taito, Franco Bignotti ou Domenico et Stefano Di Vitto et n° 159 à 161 (d’août à octobre 1988) dessinés par Domenico et Stefano Di Vitto ou Marco Bianchini.

« Mister No » par Marco Bianchini.

-          Pour « Martin Mystère » (voir « Martin Mystère »), il collabore à nouveau avec le créateur de ces fumetti, Alfredo Castelli – celui qui lui a permis de faire son apprentissage sur « Gli Aristocratici » -, aux n° 51 juin 1986 (dessins Giampiero Casertano et Angelo Maria Ricci) et n° 52 (juillet 1986) dessins Angelo Maria Ricci et Enrico Bagnoli.

Certains épisodes bonelliens ont été traduits en France, dans les pocket des éditions LUG, notamment ceux de « Mister No » dans le pocket éponyme (du n° 128 de septembre 1986 au n° 134 de février 1987), ainsi que ceux de « Zagor » dessinés par Gallieno Ferri dans Yuma (du n° 364 de février 1993 au n° 370 d’août 1993) ou dans Mustang (du n° 300 d’octobre 2001 au n° 305 de juillet-août 2002).

Toujours pour Bonelli, il crée « Kerry il trapper » avec Marco Bianchini (relayé parfois par Domenico et Stefano Di Vitto), en 1983

« Kerry il trapper » par Marco Bianchini.

 ; série qui parait en seconde partie de « Comandante Mark » (« Cap’tain Swing » en France), pendant vingt-cinq numéros de la collection « Collana Araldo », du n° 197 de janvier 1983 au n° 221 de janvier 1985.

Ce western, où il fut secondé, sur quelques épisodes, par Marcello Toninelli ou Giorgio Pelizzari, dénote déjà son goût pour le fantastique. L’intégralité a été publiée chez nous dans le pocket Long Rifle des éditions Aventures et voyages, du n° 81 d’octobre 1984 au n° 105 d’octobre 1986.

Cependant, ce personnage sera loin de rencontrer le succès dans son pays d’origine ; à l’inverse de « Dylan Dog », sa création bandedessinesque suivante, en 1986, avec Angelo Stano ; voir Dessinateurs de « Dylan Dog » : Stano, Trigo et tutti quanti….

Parallèlement à ses travaux pour Bonelli, Tiziano Sclavi élargi ses activités déjà très étendues, entre 1982 et 1984, en collaborant à Il Giornalino avec « Agent Allen » dessiné par Mario Rossi (en 1982) et une série comique, ironique et désabusée, « Vita da cani » illustrée par Gino Gavioli (en 1984) : le même genre d’humour absurde que l’on retrouve, un peu, avec le personnage de Groucho dans « Dylan Dog ».

Notre scénariste devient aussi, en 1984, le rédacteur en chef de l’édition italienne de Pilote coéditée par Bonelli-Dargaud (Pilot). Toutefois, malgré les efforts déployés par Sclavi et la qualité de ce mensuel, la tentative se terminera en 1985, après seulement quinze numéros : le monde de la bande dessinée italienne connaissant, alors, une crise profonde.

En 1987, il donne ensuite naissance à la série « Roy Mann » où un auteur de bandes dessinées est transporté dans un univers parallèle, à la suite de l’explosion d’une machine à café. Ce récit est publié, en Italie, dans le mensuel Comic Art, jusqu’au décès de son dessinateur, Attilio Miccheluzzi (voir : « Petra chérie » d’Attilio Micheluzzi), en 1991. Les huit premières pages seront traduites en français dans L’Écho des Savanes Spécial USA, au n°37 de 1988, avant que l’intégralité soit proposée dans un album édité par Comics USA, en 1990.

« Roy Mann » par Attilio Miccheluzzi.

Tout en développant l’univers de « Dylan Dog » (avec Dylan Dog Speciale en 1987 et 1993, des histoires courtes tout en couleurs dans Comic Art en 1990, Dylan Dog & Martin Mystère de 1990 à 1992, Dylan Dog Speciale de 1987 à 1993, Dylan Dog & Martin Mystère de 1990 à 1992, Dylan Dog: Almanacco della paura de 1991 à 1995 Dylan Dog Gigante de 1993 à 1999, Maxi Dylan Dog en 1999, Dylan Dog Color Fest depuis 2007(2)…), il signe également le scénario de Horror Cico, album consacré à Chico, le compagnon de Zagor, dans le n° 6 de Cico Speciale, et l’adaptation d’un conte de Mark Twain dans Il Giornalino, (« La Banconota da un milione di sterline »)(1), en 1990.

Hélas, depuis plusieurs années, ce talentueux et prolifique écrivain traverse de nombreuses crises personnelles et créatrices qu’il essaie pourtant de surmonter, en se réfugiant dans sa villa de Venegono Superiore où il ne fait que quelques rares et extravagantes apparitions. Alors qu’il se consacre surtout, désormais, à l’écriture romanesque (en Italie, c’est un auteur à succès), la dernière histoire en bandes dessinées qu’il a écrite a été publiée en juillet 2007, dans le n° 250 du mensuel Dylan Dog : Ascensore per l’Inferno qui a été dessinée par Bruno Brindisi. Depuis, cet adepte des mots croisés, homme très solitaire qui vit seulement avec ses deux chats, refuse toutes interviews et photos.

Gilles RATIER

(1)   Ces bandes dessinées sont citées dans toutes les biographies de Tiziano Sclavi disponibles sur Internet, que ce soit en langue italienne ou française ; mais malgré nos recherches, nous n’en n’avons trouvé, soit aucune trace visuelle, soit aucune mention des dessinateurs qui les auraient illustrées, voire même les deux.

(2)   Les éditions Panini vont publier très prochainement le n° 2 de l’annuel Dylan Dog Color Fest sous couverture de Tanino Liberatore. Au sommaire, quatre enquêtes tout en couleurs de Dylan Dog dues aux talents conjugués d’Alessandro Bilotta et Carmine Di Giandomenico, Paola Barbato et Angelo Stano, Pasquale Ruju et Nicola Mari ou Giovanni Gualdoni et Roberto De Angelis : un ouvrage à ne pas manquer, même si Tiziano Sclavi ne sera pas de la fête, ou plutôt de la Color Fest !

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