« L’Esprit de Will Eisner » passe l’été à Cherbourg…

Wiil Eisner clôture la trilogie américaine de la « Biennale du 9e art à Cherbourg ». Commencé en 2017 au sein du musée Thomas-Henry fraîchement rénové, ce focus sur trois des plus grands auteurs majeurs de la bande dessinée américaine a permis, à un public très large, d’apprécier des planches originales de comics dans un cadre exceptionnel. Petit tour d’horizon de cette exposition qui prend ses quartiers d’été, chaque année impaire, dans cette ville du bout de la France.

Impossible de louper l'exposition. Will Eisner s'affiche en grand, sur 12 mètres carrés, un peu partout dans la ville de Cherbourg-en-Cotentin et aux alentours.

Après avoir exposé Winsor McCay, génie créatif du début du siècle dernier et Jack Kirby le créateur des super héros modernes, c’est maintenant au tour de Will Eisner, qui se situe chronologiquement entre les deux géants sus-cités, de s’exposer dans le prestigieux musée Thomas-Henry de Cherbourg.

L'entrée, majestueuse, de l'exposition, reprend, comme il est de coutume, la signature emblématique de l’auteur présenté, accompagnée de son portrait et de son héros jetant un œil interrogatif ; peut être sur le texte d'introduction que vous lirez en pénétrant dans cette salle !

Will Eisner, c’est bien évidemment le dessinateur qui a popularisé le graphic novel et a donc ouvert la bande dessinée à un public plus adulte, mais c’est aussi le créateur du Spirit : son héros, justicier masqué emblématique, et qui est largement mis à l’honneur dans cette exposition. Tout d’abord, l’affiche du festival reprend l’une des splash pages représentative du travail d’Eisner où le nom du Spirit  se dessine avec des lettres de papier rouge vif, prêtes à disparaître dans les égouts new-yorkais. Ensuite, dans la première salle, ce sont 22 planches originales du « Spirit » en noir et blanc, dont des histoires complètes de sept pages et deux fascicules de l’époque qui éblouissent l’amateur d’art.

Will Eisner, la force du noir et blanc…

…comme de la couleur !

« Mission… The Moon », l'une des splash pages du « Spirit » parmi les plus emblématiques dessinée cette fois-ci par Wallace Wood. On peut noter l'excellente conservation des originaux de Will Eisner et surtout la qualité des encres que ses assistants utilisaient dans son studio et qui restent d'un noir profond, malgré les années qui passent.

La seconde salle est plus hétéroclite en exposant des dessins originaux en couleurs de Will Eisner, des comics anglophones, des sérigraphies et des originaux de Denis Kitchen : le dessinateur underground ami et surtout éditeur d’Eisner depuis plus de 50 ans.

« Ghosts of Cartoonist Past » (les trois fantômes en questions au dessus du jeune dessinateur sont : Gil Kane, Jack Kirby et Harvey Kurtzman) : l'une des nombreuses illustrations originales en couleur exposées.

Puis, le public traverse une série d’agrandissements de cases mémorables du « Spirit ». De quoi souffler un peu avant de pénétrer dans la rotonde où, sur la thématique de l’esthétisme du noir et blanc, sont, entre autres, exposés des originaux de « Sin City » : le chef-d’œuvre de Frank Miller. Les fans de comics ont clairement une raison supplémentaire de ne pas manquer cette exposition.

En très très grand format, les dessins de Will Eisner en deviennent encore plus poignants.

Le travail de Frank Miller sur « Sin City » fait le parallèle avec le dessin de Will Eisner.

Ce parcours se conclut par l’avènement du graphic novel. Les premières éditions de cette période du renouveau et de la reconnaissance par un public adulte d’Eisner sont présentées dans trois belles vitrines. Au mur, de nombreux originaux, dont la mythique page d’introduction de « A Contract With God », ainsi que des pages en noir et blanc comme en couleurs sont ici mises en valeur.

Cette exposition exceptionnelle est ouverte au public jusqu’au 29 août 2021. À noter que la mairie, afin d’aider à relancer l’activité des musées de la ville de Cherbourg-en-Cotentin, a voté la gratuité de ceux-ci durant tout le mois de juin. L’exposition Will Eisner en faisant partie, vous auriez tort de vous priver de la visiter.

Voilà ce qu'il en coûte à ceux qui n'ont pas voulu se rendre à Cherbourg-en-Cotentin pour admirer l'exposition « L’Esprit de Will Eisner ».

À noter, pour ceux qui veulent emporter un peu du magnifique travail d’Eisner chez eux, un catalogue d’expo très grand format (30 x 45 cm), reprenant plus d’une quarantaine de planches et illustrations est disponible à l’entrée du musée Thomas-Henry pour la modique somme de 29  €. Prévoyez une grande étagère pour lui faire une place de choix.

« A Contract With God » semble bien petit comparé à ce catalogue de 60 pages reprenant de nombreuses planches imprimées en taille réelle pour la plupart, dont quatre histoires complètes de sept pages.

Gwenaël JACQUET

Exposition « L’Esprit de Will Eisner » du 28 mai au 29 août 2021
Musée Thomas-Henry, Esplanade de la Laïcité à Cherbourg-en-Cotentin.

Ouvert du mardi au vendredi de 10 h à 12 h 30 et de 14 h à 18 h.
Le samedi et le dimanche de 13 h à 18 h.

Plein tarif : 5  €.
Tarif réduit : 3  €.
Gratuit jusqu’au 30 juin 2021.

Galerie

2 réponses à « L’Esprit de Will Eisner » passe l’été à Cherbourg…

  1. Sam dit :

    Je vous écris simplement pour vous signaler l’orthographe correcte de Frank Miller. De même, la planche de Mission the Moon a été dessiné dans ce cas par Wally Wood. L’histoire de cette aventure est assez fascinante et signale la fin du Spirit.

    • Gwenaël Jacquet dit :

      Merci pour votre sagacité. L’article a clairement été mis en ligne un peu trop rapidement. La saga « Outer Space » marque en effet le début de la fin des aventures du Spirit. Épopée en dix chapitres, cette splash page illustrant le second. À partir du quatrième chapitre, il fut demandé à Will Eisner de reprendre la série en main. Au chapitre 5, confiant à Wood les scènes dans l’espace, il se concentre sur les scènes terrestres. Puis, ce fut le début de fin avec une pagination réduite à 4 feuillets et non plus 7. Pour finalement disparaître quelques semaines plus tard de tous les journaux dans lesquels le « Spirit » était syndiqué.