Janine Lay : profession dessinatrice…

Certains considèrent Claire Bretécher comme la première femme autrice de BD. Lourde erreur, bien d’autres avant elle ont pratiqué cette profession longtemps décrétée exclusivement masculine… (1) et parfois même dans le domaine du réalisme. Manon Iessel, Solange Voisin alias Solveg, Janine Janvier… et Janine Lay en sont les meilleurs exemples. Abonnée aux magazines publiés par la presse catholique, Janine Lay a, pendant près de deux décennies, réalisé des milliers de pages et créé des personnages adulés par les jeunes lectrices.

On sait peu de choses sur Janine Lay, dont la signature est apparue simultanément, en 1956, dans trois journaux de la presse catholique auxquels elle est demeurée fidèle : Bernadette, Âmes vaillantes et Fripounet et Marisette.

Je me souviens l’avoir rencontrée une seule fois, en avril 1969, à l’occasion de la première Convention de la BD de Paris. Brune, sympathique, la cinquantaine, elle dédicaçait ses rares albums avec un réel plaisir.

Nous avons bavardé de choses et d’autres et je regrette de ne pas avoir tenté d’en savoir plus sur son parcours d’autrice de BD.

Malgré nos recherches, pas la moindre trace bibliographique sur cette dessinatrice à l’activité débordante, dont la signature a brutalement disparu en 1974.

Depuis la première mise en ligne de cet article, Jessica Kohn, qui prépare un article sur les premières femmes dessinatrices, nous fait parvenir quelques précieux renseignements sur Janine Lay.

« Nos histoires vraies » dans Line n° 43 (05/07/1955).

« Encore une gaffe » dans Bernadette n° 484 (11/03/1956).

Née à Paris en 1927, fille d’un garde républicain, Janine Lay suit les cours de l’école Duperré à partir de 1945, se spécialisant dans le modélisme.

Ne trouvant pas de travail dans les maisons de haute couture, elle devient dessinatrice sur tissus à partir de 1946.

Tout en travaillant, elle étudie le dessin et l’illustration et place ses premiers travaux en 1954 dans Clair Foyer et Line. Pour cet hebdomadaire des éditions du Lombard (Dargaud en France), elle dessine des récits pour la rubrique « Nos histoires vraies » présentée en page centrale.

Pour l’anecdote, notons que la carte de presse lui a été refusée à deux reprises en 1959 et en 1970. Comme nous, Jessica Kohn perd sa trace au milieu des années 1970. Merci mille fois à Jessica pour cette précieuse contribution.

Il nous reste donc sa courte, mais riche, carrière que nous vous invitons à découvrir au fil de ces lignes.

Commençons par Bernadette : l’hebdomadaire pour filles de la très chrétienne Maison de la Bonne Presse. La signature de Janine Lay apparaît pour la première fois dans le n° 479 du 5 février 1956.

Elle réalise deux illustrations pour un texte de Simone Cantineau : « Par un matin de février ». Dans le n° 484, pour la rubrique « C’est une histoire vraie », elle dessine en une page une aventure tragique : « La Rescapée du “Martinet” ».

« La Rescapée du “Martinet” » dans Bernadette n° 484 (11/03/1956).

Ce seront ensuite deux pages consacrées au sacre d’un évêque à Moscou (n° 488 et n° 489) et « Deux mamans et leurs filles » au n° 495…

Bien que massacrés par des textes trop copieux, les dessins réalistes sont ceux d’une artiste qui maîtrise déjà parfaitement son trait.

Tout en réalisant ces travaux, elle illustre régulièrement, d’un trait plus léger, la rubrique « Encore une gaffe ! ».

Aurait-elle pratiqué des activités graphiques avant d’aborder la bande dessinée ? On peut le supposer au regard de ces premiers pas digne d’une professionnelle.

C’est à elle que revient l’honneur de signer la couverture du premier numéro de la nouvelle série de Bernadette, lancée le 1er juillet 1956.

Après quelques pages diverses, dont « L’Enfance de Mozart »,

« L’Enfance de Mozart » dans Bernadette n° 9 (26/08/1956).

elle publie sa première histoire à suivre : « La Chevrette fantôme », à partir du n° 15 (07/09/1956). Ce récit raconte l’aventure dramatique d’une jeune monitrice de colonie de vacances affrontant une épidémie.

« La Chevrette fantôme » dans Bernadette n° 15 (07/10/1956).

Une étape importante pour cette débutante qui illustre son premier scénario écrit par Henriette Robitaillie (1909-1992).

Encore une femme talentueuse à qui l’on doit de nombreux récits au moins aussi passionnants que ceux de ses confrères masculins.

Les deux dames se retrouvent peu après dans un long récit de 60 pages mettant en scène deux futures grandes vedettes du journal : Priscille et Olivier.

Démarré dans le n° 67 (08/10/1957), « Le Secret du lagon » est centré sur la famille Guillain.

Malade, Gilles (le père) débarque avec les siens sur une île des Nouvelles-Hébrides, dont il est le propriétaire.

Il est accompagné par sa femme Simone, leurs fils Gilles, séminariste, leur adorable fille Priscille, et les deux jumelles rousses : les turbulentes Colette et Nicole.

« Priscille et Olivier » dans Bernadette n° 90 (16/03/1958).

La jolie Priscille croise la route d’Olivier, fils adoptif d’un pirate qui, à la suite d’un naufrage, est adopté par les Guillain. Le blond Olivier, tombé amoureux, épouse Priscille.

De retour en France, le couple élève les jumelles, après la disparition des parents.

Au fil des années, la famille s’agrandit avec la naissance de deux enfants : Olivier junior et Marie-Neige-Hélène, alias Nell.

Les jumelles grandissent, passent du collège au lycée, et deviennent, peu à peu, les véritables vedettes de la série qui prend pour titre « Les Jumelles », en 1966, avec l’épisode « Le Roi de trèfle ».

« Priscille et Olivier » dans Bernadette n° 93 (20/01/1963).

Les premiers scénarios sont passionnants, riches en rebondissements, avant de céder peu à peu la place à des aventures plus banales, consacrées à la vie au quotidien des deux facétieuses jumelles.

« Priscille et Olivier » dans Bernadette n° 128 (22/09/1963).

La responsabilité de cette dégradation n’est pas à imputer aux autrices, mais aux rédactions successives de l’hebdomadaire qui leur ont imposé de suivre la mode yéyé, tant au niveau du trait que des intrigues.

« Priscille et Olivier » dans Bernadette n° 186 (01/11/1964).

Les épisodes se succèdent, jusqu’en 1974, pratiquement sans interruption, pendant 17 ans, à raison de deux à quatre pages hebdomadaires : « Le Puma aux yeux d’escarbouste », « Le Roi des éléphants », « Les Perles de Sakowa », « La Piste des gazelles », « L’Alouette et le grizzli »…

« Priscille et Olivier » : présentation de la série dans Lisette n° 37 (12/09/1965).

Au cours de sa collaboration avec Bernadette, Janine Lay trouve encore le temps de dessiner deux récits indépendants. Le premier est écrit par Marie Andrée (« Un Drame dans la forêt », à partir du n° 145), et le second est titré « Bon Courage, monsieur l’ingénieur » (du n° 210 au n° 225).

« Bon Courage monsieur l’ingénieur » dans Bernadette n° 220 (11/09/1960).

Elle illustre des romans et des nouvelles, le plus souvent écrits par Henriette Robitaillie, avec la participation de leurs personnages fétiches.

À partir du n° 180 (01/11/1964) de sa troisième série de l’après-guerre, Bernadette, dont les ventes diminuent, se couple avec Lisette (l’hebdomadaire pour filles des éditions de Montsouris) et devient Nade.

La série est publiée simultanément dans les deux journaux jusqu’à ce que Nade soit totalement absorbé par Lisette.

Une soixantaine d’épisodes sont publiés dans les pages de Lisette jusqu’au n° 17 de 1973 (« Voyage en Angleterre »).

« Priscille et Olivier » dans Lisette n° 41 (10/10/1971).

La série se poursuit dans Lisette-Caroline après le rachat de Lisette par les éditions de l’Occident, filiale de la SFPI (Société française de presse illustrée) de Jean Chapelle.

« Priscille et Olivier » dans Lisette/Caroline n° 39 (10/1974).

Il faudra quelques mois seulement à ce spécialiste de la mise à mort (Frimousse, Princesse) de revues en difficulté pour achever Lisette déjà bien malade après la soif de modernisme imposée depuis quelques années.

Quatre aventures sont publiées écrites par Gilles Capel, jusqu’au n° 39 d’octobre 1974 (et dernier) qui propose « Des clics et des claps ».

En moins de 20 ans, Henriette Robitaillie et Janine Lay ont animé quelque 75 épisodes totalisant plus de 2 300 planches.

Les deux premiers épisodes ont été réunis en albums dans la collection Ciné-Color de la Bonne Presse en 1959, trois autres par MCL de 1974 à 1976.

C’est plutôt maigre pour une série aussi populaire auprès de ses jeunes lectrices.

Toutefois, le second album de la Bonne Presse a aussi été proposé sous la forme d’un livre-double 33 tours (« Le Puma aux yeux d’escarboucles »), en 1967.

« Le Puma aux yeux d’escarboucles », planche 44.

En parallèle à cette production déjà conséquente, Janine Lay a amorcé en 1956, avec la même régularité, une longue collaboration avec l’autre grande maison d’édition catholique : Fleurus. Une présence régulière, jusqu’en 1974, dans les pages d’Âmes vaillantes et de Fripounet et Marisette.

« Saint Pierre Pascal » dans Âmes vaillantes n° 49 (02/12/1956).

Dans le n° 49 d’Âmes vaillantes du 2 décembre 1956, elle propose un court récit en deux bandes, réalisé au lavis avec les textes placés sous les images, dédié à Saint Pierre Pascal. Le trait est réaliste, précis, et ne laisse pas deviner qu’il s’agit d’une débutante. D’autres vies de saints seront évoquées sous sa signature : Sainte Adélaïde » (n° 50 de 1956), St Patrice (n° 10 de 1957), Notre-Dame de Guadalupe (n° 18 de 1958), St Antoine (n° 50 de 1956), Ste Yvette (n° 2 de 1957), Ste Gudule (n° 23 de 1958), Guigone de Salins (n° 33 de 1961)…

« Sainte Adélaïde » dans Âmes vaillantes n° 50 (09/12/1956).

« Notre-Dame de Guadeloupe » dans Âmes vaillantes n° 18 (04/05/1958).

Au cours des premières années, elle illustre des nouvelles, des animations, de courtes histoires…

« Une journée aux Herbiers » dans Âmes vaillantes n° 13 (29/03/1959).

De 1958 à 1974, avec plus ou moins de régularité, elle livre une centaine de récits complets, le plus souvent historiques, écrits par les scénaristes maison que sont Henriette Robitaillie, Rose Dardennes, Louis Saurel, Monique Amiel, Guy Hempay, Isabelle Gendron, Claire Godet, Hélène Leconte Vigié, Floriane… : « Amelia Earhart », « Geneviève de Galard », Pearl White », « Galla Placidia », « Jacqueline Kennedy », « Seule au Tibet », « Claude Kogan », « Nellie Bly », « Farah d’Iran »…

« Amelia Earhart » dans Âmes vaillantes n° 18 (04/05/1958).

« Nelly Bly » dans J2 magazine n° 18 (26/04/1970).

Sa première histoire à suivre est consacrée à la vie d’Eugénie Oudinot, écrite par Louis Saurel.

« Amelia Earhart » - Âmes vaillantes n° 18 (04/05/1958).

Elle commence dans le n° 23 de 1960, suivie par « Chez les Oogons » de Geneviève de Corbie, « Fanny dans son île » et « Dick et Servane » : histoire réalisée avec sa vieille complice Henriette Robitaillie (n° 20 à 32 de 1962).

« Dick et Servane » dans Âmes vaillantes n° 24 (14/06/1962).

Ce duo sympathique revient en 1967, le temps de vivre trois récits complets.

« Dick et Servane » dans J2 magazine n° 5 (02/02/1967).

Suivront « Besty Balcombe » avec Guy Hempay et « La Fontaine du chevalier » écrit par Jean-Paul Benoît.

« La Fontaine du chevalier » dans Âmes vaillantes n° 13 (25/06/1963).

C’est avec ce scénariste qu’elle crée les aventures de Brigitte, Jean-Pierre et Panchito en 1963, dans une première histoire : « Les Douves de Santarem ». La blonde Brigitte, dont le père recherche des monstres préhistoriques, son frère Jean-Pierre et leur ami l’indien Panchito vivent des aventures exotiques aux quatre coins de la planète.

« Brigitte, Jean-Pierre et Panchito » dans Âmes vaillantes n° 40 (30/10/1963).

Ils sont les héros de neuf longues histoires à suivre aux scénarios passionnants, publiées jusqu’au n° 28 de 1968 d’Âmes vaillantes, puis de son successeur J2 magazine.

« Brigitte, Jean-Pierre et Panchito » dans J2 magazine n° 21 (21/05/1964).

Le trio étant mis au repos, Janine Lay illustre, en 1970, un récit indépendant écrit par Corlay et Caro : « Que le meilleur gagne ! ». Dans le n° 12 de 1971, arrivée d’un nouveau personnage récurrent : la jolie Magué, créée avec la complicité du scénariste Jean-Marie Pélaprat, alias Guy Hempay. À la fin du XIXe siècle, en Camargue, Marguerite (Magué), une jeune provinciale, se bat pour sauver le mas de maître Baroule : son défunt père. Une série en trois épisodes, où se mêlent aventure et romantisme, qui sont publiés jusqu’au n° 28 de 1973.

« Magué » dans J2 magazine n° 20 (31/03/1971).

Janine Lay réalise quelques histoires complètes en 1973 et 1974, dont la dernière parait dans le n° 3 de Djin, successeur de J2 magazine : « La Leçon d’honneur », scénario de Jacques Josselin.

« La Guerre de Troie » dans Djin n° 6 (11/02/1975).

« La Guerre de Troie » dans Djin n° 11 (18/03/1975).

Dans cet hebdomadaire paraît une adaptation en 48 pages de « La Guerre de Troie » d’Homère par Jacques Josselin et Janine Lay, du n° 6 au n° 11 de 1975.

Ce récit est présenté sous forme d’un cahier de huit pages encarté au centre du magazine.

Il précède l’ultime présence dans le monde de la bande dessinée de Janine Lay, publiée dans le n° 48 du 26 novembre 1975.

Il s’agit d’un récit complet, en cinq pages, évoquant la vie de Birgit Nilsson, écrit par Isabelle Gendron.

Dans l’hebdomadaire Fripounet et Marisette, journal dans un premier temps destiné aux jeunes ruraux, Janine Lay publie ses premiers dessins au n° 46 du 11 novembre 1956.

Elle y illustre diverses rubriques d’animation, jusqu’en 1961.

Page d’animation dans Fripounet et Marisette n° 46 (11/01/1956).

Sa première bande dessinée, « Les Souliers de Giuseppina », un récit complet en deux pages écrit par Stann, paraît dans le n° 18 de 1957.

« Les Souliers de Giuseppina » dans Fripounet et Marisette n° 18 (05/05/1957).

Elle propose plus ou moins régulièrement des histoires complètes en deux ou trois pages, jusqu’en 1967, écrites par B. Christmann, Monique Amiel, Rose Dardennes, Claire Godet, Louis Saurel… : « Suzanne Lenglen », « Grand-mère Courage », « La Valise surprise », « Mozart »…

« Un contrat génial » dans Fripounet et Marisette n° 28 (13/07/1958).

Une première courte histoire à suivre, « La Petite Sainte-Thérèse », écrite par Alain Vallet, est proposée en 1962.

Elle est suivie par deux séries différentes, avec des personnages récurrents, écrites par Rose Dardennes (de son vrai nom Hélène Millet, cette scénariste française signait aussi du pseudonyme de Marie-Hélène).

Mirella, qui débarque dans le n° 25 de 1963, est une jeune Brésilienne issue d’une famille aisée, vendant ses biens, avant de consacrer son temps aux pauvres qui vivent dans les favellados.

Elle sera l’héroïne de trois épisodes de 20 pages publiés jusqu’au n° 32 de 1965.

« Mirella » dans Fripounet et Marisette n° 31 (18/08/1965).

Elle cède la place, dans le n° 41 de 1967, à une autre jeune femme qui pratique elle aussi la charité chrétienne : Nik. « Un cœur grand comme le monde », Dominique, que tout le monde appelle Nik, est une jolie blonde qui vient en aide aux enfants du monde. Auxiliaire laïque missionnaire, elle part en mission dans les Andes. Cinq histoires de 20 pages, certes moralisatrices, mais non dénuées d’intérêt, sont publiées jusqu’au n° 15 de 1971.

« Nik » dans Fripounet et Marisette n° 41 (12/10/1967).

C’est avec l’ultime page du cinquième récit, intitulé « Quand sifflent les serpents », que prend fin la collaboration de Janine Lay avec l’hebdomadaire devenu tout simplement Fripounet.

« Nik » dans Fripounet et Marisette n° 15 (15/04/1971).

Dans Cœurs vaillants, le troisième hebdomadaire des éditions de Fleurus, elle ne propose qu’un seul récit complet paru dans le n° 3 de 1959 : « Le Fantôme de l’Amazonie » (scénario de Lucien Bornert).

En moins de 20 ans, Janine Lay a réalisé des milliers de pages soit une production plus importante que bien des dessinateurs aux longues carrières. Sans être génial, son travail est remarquable de lisibilité.

Et, ne l’oublions pas, surtout destiné à de jeunes lectrices de journaux censés répandre la bonne parole et la morale chrétienne.

Souvent associée à d’excellents scénaristes, surtout son amie Henriette Robitaillie, mais aussi Jean-Paul Benoît et Guy Hempay, elle propose des pages aux décors et personnages tracés d’un trait élégant et dynamique.

On ne peut que regretter les directives déroutantes données au nom du « modernisme » post 1968 par des rédactrices qui n’entendaient rien à la bande dessinée. Directives qui l’ont déstabilisée, contrainte de modifier son trait. On ne sait rien des raisons de son brutal départ en 1974 : retraite, maladie, décès ?

Pour terminer, nous vous invitons à découvrir un document rare, les photos réalisées à l’occasion du rassemblement, en 1961, des rédacteurs et des dessinateurs des trois rédactions des journaux Cœurs vaillants, Âmes vaillantes et Fripounet et Marisette. On peut y découvrir les visages d’auteurs qui ont rarement eu le privilège d’être mis en avant. Dont celui de la brune Janine Lay. Cette page émouvante a été publiée dans les n° 44 du 2 novembre 1961 des trois hebdomadaires des éditions de Fleurus.

Page publiée dans Fripounet et Marisette n° 44 (02/11/1961).

Couverture d’un roman d’Yves Gohanne publié par Fleurus/Mame, en 1957.

Alors qu’Henri Filippini concluait la première version de cet article en demandant si quelqu’un pouvait nous en dire plus sur le mystère qui entoure cette dessinatrice, un internaute a pu nous apprendre que Janine Lay était bien encore vivante, comme vous avez pu le lire. À la suite de cette révélation, la chercheuse Jessica Kohn vient de recevoir ce message où nous pouvons vous dévoiler, enfin, le visage de Janine Lay.

« Chère madame,

Les photos de Janine Lay sont très rares. Celle-ci date du début novembre 2018, quelques jours après son anniversaire. Elle vient d’avoir 91 ans. Son visage aujourd’hui n’a pas changé, toujours aussi accueillant. C’est un extrait d’une photo avec plusieurs personnes : cette photo est de mauvaise qualité, sauf ce visage.

Janine Lay en novembre 2018.

Maintenant que notre amie commune de Saint-Malo, à la suite du remarquable reportage d’Henri Filippini « Janine Lay : profession dessinatrice », a envoyé à BDzoom.com deux mails, le sien et le mien, pour signaler que Janine Lay était bien vivante, dans les différents sens de l’expression, cette photo peut être publiée. Janine Lay m’a donné son accord. Je vous serai reconnaissant de publier tout ou partie de ce mail, car je ne suis pas outillé pour laisser un commentaire sur un blog. À 90 ans, je ne chercherai même pas à participer à cette activité.

Mais Janine Lay n’entend absolument pas être directement contactée, de quelque manière que ce soit. Elle défendra farouchement son droit, sa liberté, et nous l’aiderons dans ce sens. Si elle accepte, après 45 ans, de lever un voile sur son existence, ce n’est pas du tout pour obtenir enfin une reconnaissance pour son travail, mais par solidarité avec toutes ces dessinatrices méconnues ou dont l’œuvre a été sous-estimée. Elle a bien conscience d’avoir participé à cette lutte pour la promotion des meilleures d’entre elles dans les médias spécialisés, à égalité avec les artistes masculins, ni plus ni moins. En somme une féministe, non pas guerrière, mais à sa manière. Cordialement,

Fernand Bonnefoy »

Henri FILIPPINI

Relecture, corrections et mise en pages : Gilles RATIER

(1) Voir notre article Les femmes dans la bande dessinée européenne francophone….

« Birgit Nilsson » dans Djin n° 48 (26/11/1975).

N’hésitez pas à consulter nos autres « Coins du patrimoine » consacrés aux auteurs oubliées de la bande dessinée française des années cinquante-soixante : Jacques Devaux : le dessinateur masqué !, Marc-René Novi : une carrière contrariée… (première partie)Loÿs Pétillot : Bayard fut son royaume…Jan-Loup : un dessinateur aussi mystérieux que talentueux…Jacques Blondeau (première partie) : dessinateur au quotidien…Jacques Blondeau (deuxième partie) : de la presse quotidienne aux revues pour la jeunesse…D’Arabelle à Pat’Apouf : Jean Ache (première partie)D’Arabelle à Pat’Apouf : Jean Ache (deuxième partie)Érik le prolifique ! (première partie)Érik le prolifique ! (deuxième partie), etc.

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12 réponses à Janine Lay : profession dessinatrice…

  1. Evariste Blanchet dit :

    Merci beaucoup pour cette contribution. Il me semble que ce doit être quasiment le 1er article conséquent qui soit consacré à cette dessinatrice qui pourrait très bien être encore en vie aujourd’hui (92 ans ?). En préparant le n°10 de Bananas, j’avais retrouvé son adresse dans les archives de Pierre Le Goff , il y a 3 ans, sur un document datant probablement de 1970. Je m’y suis rendu, moins dans l’espoir de l’y trouver que de rencontrer un de ses anciens voisins âgés qui aurait pu me fournir sa nouvelle adresse. Evidemment, j’ai fait choux blanc. Mais qui ne risque rien n’a rien. Jean-Yves Guerre – louée soit sa ténacité – n’avait-il pas retrouvé il y a une vingtaine d’années Devi, le dessinateur de l’inoubliable Petit Duc, publié dans les années 50 ? C’est à un semblable improbable miracle que j’avais voulu croire…

    • Fernand BONNEFOY dit :

      Bonjour,
      J’ai rendu visite à Janine Lay, chez elle, à plusieurs reprises et récemment. A 92 ans, elle vit seule et se porte bien, l’esprit vif, un regard accueillant, , toujours prête à échanger sur des questions de fonds: spiritualité, philosophie , société.
      Mais en 1975, elle a volontairement et définitivement arrêté sa profession de dessinatrice. Pour des raisons qui l’honorent. Depuis 45 ans, elle a réussi à échapper aux radars des medias et elle n’entend pas revenir en arrière aujourd’hui. Cependant elle accueille avec reconnaissance les infos que je lui apporte. Merci pour ce superbe reportage sur Janine Lay, merci de sa part.

      • Gilles Ratier dit :

        Bonjour Fernand et merci pour cette étonnante révélation !
        Nous sommes ravis de savoir que Janine Lay est toujours de ce monde.
        Remerciez-là de notre part pour toutes ces années passées à enchanter des générations de lectrices et de lecteurs, car beaucoup de garçons lisaient aussi les aventures de Priscille et Olivier et des jumelles.
        Avec tous nos vœux de bonne santé et notre reconnaissance…
        La rédaction

        • Gilles Ratier dit :

          Nous venons de recevoir, par l’intermédiaire de Jessica Kohn, un nouveau message de Fernand Bonnefoy qui nous transmet une photo de Janine Lay, avec l’autorisation de cette dernière pour la mettre en ligne : rendez-vous donc à la fin de cet article pour la découvrir, ainsi que l’intégralité du message qui se termine toutefois en nous précisant que : « Janine Lay n’entend absolument pas être directement contactée, de quelque manière que ce soit. Elle défendra farouchement son droit, sa liberté, et nous l’aiderons dans ce sens. Si elle accepte, après 45 ans, de lever un voile sur son existence, ce n’est pas du tout pour obtenir enfin une reconnaissance pour son travail, mais par solidarité avec toutes ces dessinatrices méconnues ou dont l’œuvre a été sous-estimée. Elle a bien conscience d’avoir participé à cette lutte pour la promotion des meilleures d’entre elles dans les médias spécialisés, à égalité avec les artistes masculins, ni plus ni moins. En somme une féministe, non pas guerrière, mais à sa manière. »
          La rédaction

      • Genevieve Lord dit :

        Bonjour Mr. Bonnefoy,
        J’aimerais publier toutes les aventures des jumelles sur un site avant qu’elles ne se perdent. Cela fait deux ans que je fais les étapes nécessaires afin de s’assurer que je puisse faire cela légalement et nous sommes au point où nous avons besoin de l’accord de madame Lay. Il y a quelques sites en ligne, mais ils ne sont pas complets et je ne sais pas s’ils ont été approuvés.
        Ce qui me motive? J’ai grandi avec cette série et je considère que ce serait une grande perte si elles disparaissaient vu qu’elle est un témoignage unique de l’apport des femmes à la bd française et un aperçu très détaillé de l’évolution des mœurs et de l’esthétique de l’époque. Il est clairement indiqué dans ma démarche que je ne chercherais aucune compensation et ne ferais aucune commercialisation par rapport à ce projet. Je serais encore plus heureuse si quelqu’un publiait toutes ces bds, mais si ce n’est pas le cas j’espère obtenir l’autorisation de créer un site à ce sujet qui contiendrait tous les scans des épisodes des jumelles.
        Pouvez-vous m’aider à contacter madame Lay je vous prie?
        Merci d’advance,
        Genevieve Lord – Van den Eynde (Montréal)

  2. Dominique PETITFAUX dit :

    Les deux albums de Janine Lay et Henriette Robitaillie pour la Bonne Presse, « Le Secret du lagon » (1958) et « Le Puma aux yeux d’escarboucles » (1959) mêlent habilement aventures exotiques (au Vanuatu, alors Nouvelles-Hébrides, pour le premier, puis au Pérou pour le second) et intrigue sentimentale, puisque les jeunes lectrices y assistent à la formation du couple de Priscille et Olivier.
    On n’imagine pas aujourd’hui le succès incroyable de cette série de « Bernadette » (à laquelle faisait pendant à la Bonne Presse, pour les garçons, « Thierry de Royaumont » dans « Bayard »). Priscille et Olivier seront malheureusement progressivement éclipsés par « les jumelles » (les petites soeurs de Priscille), la série devenant alors plus puérile.
    Merci donc, cher Henri, d’avoir rappelé une fois encore qu’il a bien existé dans les années 1950 une bande dessinée française, et pas uniquement une bande dessinée franco-belge dérivée des journaux « Spirou » et « Tintin »…

    • Gilles Ratier dit :

      Jessica Kohn, qui prépare un article sur les premières femmes dessinatrices, nous fait parvenir quelques précieux renseignements sur Janine Lay.
      Née à Paris en 1927, fille d’un garde républicain, Janine Lay suit les cours de l’école Duperré à partir de 1945, se spécialisant dans le modélisme. Ne trouvant pas de travail dans les maisons de haute couture, elle devient dessinatrice sur tissus à partir de 1946. Tout en travaillant, elle étudie le dessin et l’illustration et place ses premiers travaux en 1954 dans Clair Foyer et Line. Pour cet hebdomadaire des éditions du Lombard (Dargaud en France), elle dessine des récits pour la rubrique « Nos histoires vraies » présentée en page centrale. Pour l’anecdote, notons que la carte de presse lui a été refusée à deux reprises en 1959 et en 1970. Comme nous, Jessica Kohn perd sa trace au milieu des années 1970.
      Merci mille fois à Jessica pour cette précieuse contribution.
      La rédaction

  3. Olivier Tanguy dit :

    Bonjour,
    la Lambiek comiclopedia avait déjà une brève notice sur Janine Lay et on y lit qu’après 1974  »Priscille et Olivier » connaissent une série dérivée consacrée pendant un an aux jumelles. Est-ce une erreur ? Quoi qu’il en soit il est mis en illustration une couverture d’un album des Jumelles  »Auto vole ». Peut-être une édition en album en 1975 d’épisodes publiés en revue en 1974 ?

    • Gilles Ratier dit :

      Bonjour Olivier !
      Relis le texte d’Henri : « Les jumelles grandissent, passent du collège au lycée, et deviennent, peu à peu, les véritables vedettes de la série qui prend pour titre « Les Jumelles », en 1966, avec l’épisode « Le Roi de trèfle ». »
      « Les Jumelles » n’est donc pas une série dérivée de « Priscille et Olivier », mais son nouveau titre quand ces fameuses jumelles prennent le dessus sur le couple d’origine, devenant les principaux personnages de la série.
      Les couvertures d’albums montrés dans l’article (datant de 1974, 1975 et 1976), sont les seuls existant – outre les deux premiers épisodes de « Priscille et Olivier » également signalés dans l’article – et sont des reprises d’histoires publiées auparavant dans Lisette et Caroline : au début des années soixante-dix.
      Comme tout le monde, la Lambiek comiclopedia (ou plutôt sa traduction française) n’est pas infaillible !
      Bien cordialement
      Gilles Ratier

      • Dominique PETITFAUX dit :

        Je confirme tout ce qui a été écrit par Henri Filiippini et Gilles Ratier. Les épisodes « Auto vole »,  » La Guerre des fringues » et « Des clics et des claps » ont été publiés dans cet ordre dans l’hebdomadaire « Lisette et Caroline » en 1973 et 1974, puis repris en albums. Les jumelles sont alors devenues des jeunes filles délurées. Pour ces trois ultimes épisodes, Henriette Robitaillie avait abandonné le scénario, et vers 1980 je lui avais téléphoné pour lui en demander la raison. Elle m’avait répondu qu’elle ne s’entendait pas bien avec Jean Chapelle, qui la convoquait souvent à Paris pour pas grand-chose, alors qu’elle en habitait assez loin, à Saint-Arnoult il me semble.
        « Lisette et Caroline  » est important historiquement, car c’est la fin de « Lisette », hebdomadaire fondé en 1909.

  4. marie-jean lapasse dit :

    Bonjour,

    Merci de cet article si richement documenté et illustré, aux commentaires intéressants et compétents.

    Les éditions du Triomphe ne peuvent-elles pas nous offrir une réédition des premiers Albums de Priscille et Olivier? Quels tirages et succès rencontrent les ouvrages de type réédition, notamment Thierry de Royaumont : confidentiel, estime, nouveau public?

    Merci.

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