Régis Loisel s’associe à Olivier Pont pour « Un putain de salopard »…

C’est bien connu dans le monde du 9e art : Régis Loisel n’est pas seulement un dessinateur extraordinaire, c’est aussi un « putain de scénariste »… et ce nouvel opus publié par les éditions Rue de Sèvres est là pour nous le démontrer une fois de plus. Après Jean-Louis Tripp, Vincent Mallié, David Etien, Mohamed Aouamri, Lidwine, Pierre Guilmard, Christine Oudot ou Philippe Sternis, c’est au tour du non moins talentueux Olivier Pont de faire partie du cercle très fermé des dessinateurs qui ont pu bénéficier des largesses narratives de cet auteur mythique.

Si on en croit le dossier de presse accompagnant l’ouvrage (mais réservé uniquement aux journalistes et aux libraires), c’est Olivier Pont qui a contacté le cocréateur de « La Quête de l’oiseau du temps » : « J’avais en tête un début de projet né d’une balade qu’on avait fait en Guyane, Régis et moi, il y a pile 20 ans. Quand je suis revenu à la bande dessinée, après être passé par la case réalisation, j’ai pensé que c’était le bon moment pour le ressortir des tiroirs. Entre-temps, Régis avait envie d’autre chose… » D’un road movie en Amazonie prétexté par une enquête sur les origines du héros et peut-être, inconsciemment, de faire allusion à son père militaire en Indochine qu’il ne voyait, quand il était enfant, que lorsqu’il revenait en permissions…

Max, le personnage principal d’« Un putain de salopard », a lui aussi peu connu son paternel : il ne s’en souvient même pas du tout, sa mère refusant d’aborder le sujet. Au décès de cette dernière, Max trouve deux photos presque identiques dans une vieille boîte, chacune le montrant enfant avec sa mère et un homme différent : deux candidats potentiels pour être son géniteur ? Espérant retrouver des gens qui ont connu sa famille, il décide, en cette année 1972, de retourner dans le petit village du fin fond de la forêt brésilienne où il est né. Il débarque donc dans la jungle amazonienne, en même temps que deux jeunes infirmières lesbiennes venues accomplir un remplacement dans un dispensaire et retrouver une amie hétéro qui va refiler une chaude-pisse au jeune routard. Elle lui permet quand même de rencontrer une autochtone qui reconnaît l’un des deux hommes sur les photos et d’après cette dernière, si c’est son père, « C’est un salopard… Un putain de salopard ! »

Commence alors une équipée rocambolesque jubilatoire où, comme à son habitude, Loisel peaufine le parcours et l’évolution de ses différents protagonistes et excelle dans les jeux de dialogues ; tandis que Pont enlumine, de son trait spontané, vif et puissant — brillamment mis en lumière par les couleurs chaleureuses de François Lapierre (celui qui officiait déjà sur « Magasin général ») —, ce jeu de piste aux décors d’opérette mi-western mi-colonial ! Et même si l’on a vraiment son content de plaisir de lecture avec les 88 pages que contient son premier tome alléchant, cela va être dur d’attendre la suite…

Gilles RATIER 

(1)            En ce qui concerne Régis Loisel, voir nos chroniques, parmi les plus récentes, sur BDzoom.com : La rencontre entre Loisel et Kris : c’est dans « Trait pour trait » !« La Quête de l’oiseau du temps (cycle Avant la quête) T5 : L’Emprise » par David Étien, Serge Le Tendre et Régis Loisel« Mickey Mouse : Café « Zombo » » par Régis Loisel« Peter Pan T6 : Destins » par Régis Loisel« Magasin général » T8 (« Les Femmes ») par Régis Loisel et Jean-Louis Tripp et « Magasin général » T6 par J.-L. Tripp et R. Loisel.

(2)            En ce qui concerne Olivier Pont, voir nos chroniques sur BDzoom.com :« Bouts d’ficelles » par Olivier Pont et Où le regard ne porte pas T1.

« Un putain de salopard T1 : Isabel » par Olivier Pont et Régis Loisel

Éditions Rue de Sèvres (18 €) — ISBN : 978-2-36981-672-0

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