« Princesse Caraboo » par Julia Bax et Antoine Ozanam

Il y a les voyages qu’on fait, ceux qu’on imagine et ceux dont on veut croire aux autres qu’on les a faits. Et là, deux solutions : veut-on faire croire qu’on a réalisé tel ou tel voyage sans y croire soi-même par intérêt ou goût de la manipulation ? Ou laisse-t-on croire en y croyant dur comme fer, par mythomanie pure et dure ? Deux albums abordent précisément la notion de manipulation…

Avec « Princesse Caraboo », il y a du voyage dans l’air puisque l’action se passe dans l’Angleterre de la fin du XIXème siècle, dans le Comté de Gloucestershire. On vient de trouver une jeune fille ne parlant pas un mot de langue anglaise, une étrangère à l’évidence. La jeune fille est souriante, avenante, mais ne fait rien comme les autres. Elle a ses rituels, ses postures, ses pratiques, ses états d’âme inhabituels… et une langue que malgré toutes les tentatives, nul n’a pu saisir ! Habillée de façon étonnante, portant des tatouages incompréhensibles, montant dans les arbres, semblant prier à tout propos, la jeune fille (ou la gamine, difficile de lui donner un âge !) étonne, fascine ou suscite le doute.

Toujours est-il que le couple de notables qui l’accueille se prend d’affection pour cette sauvageonne exotique et tente d’entrer en connivence avec elle, de  partager des connaissances, de percer ses secrets, notamment de savoir si on a affaire à une mystificatrice ou pas. Antoine Ozanam s’est inspiré pour écrire cette histoire d’un personnage bien réel, une certaine Mary Willcoks qui, dans l’Angleterre napoléonienne mentait pour assurer sa subsistance. Ozanam en a tiré les principales ficelles pour retricoter une fable plus personnelle et colorée, ce qu’assurent joliment d’ailleurs le trait et les couleurs chaudes de Julia Bax (même si le dessin de couverture, le titre avec le mot « princesse » et le lettrage alambiqué du titre lui-même renvoient inutilement l’album du côté des ados).

Avec « Manipulator », l’album animalier de Makyo, la cause est pédagogique : il s’agit pour lui d’évoquer toutes les formes de manipulation que nous subissons, pouvons subir… ou faisons subir aux autres ! En ce sens, c’est un ouvrage d’apprentissage non pas pour devenir manipulateur mais pour repérer et affronter les manipulateurs de tous poils (familiaux, professionnels, sociaux, politiques…) qui nous cernent et tentent de prendre le pouvoir sur nous. Le choix de Makyo d’évoquer ce sujet intemporel à travers un petit monde de musaraignes est astucieux car il en souligne précisément l’universalité sans le dater ! Qui plus est, c’est plaisant à regarder et très éclairant, d’autant qu’il s’agit de cours magistraux assurée par l’une d’elles. Enseigner, c’est aussi manipuler, mais pour la bonne cause ! Voir sur cet album la chronique de BDzoom.

Alors, bons voyages !

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Princesse Caraboo » par Julia Bax et Antoine Ozanam

Éditions Le Lombard (14, 99 €) – ISBN : 978-2-8306-3526-9

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