« Râ & Cie T1 : 3ème Pyramide à droite » par Matthieu Roda

L’Égypte antique fait toujours rêver ! Les dieux étranges à têtes d’animaux de sa mythologie sont les héros de « Râ & cie », une nouvelle série jeunesse dont l’humour décalé ne peut faire oublier le sérieux de la documentation. Dans le même temps, Papyrus vit une ultime aventure : classique, mais étonnante jusqu’à la pirouette finale.

L’Égypte du premier siècle avant notre ère, celle des derniers pharaons, sert de décor à « Cléo, la petite pharaonne ». Nous vous avons déjà parlé de cette bande dessinée qui mêle habilement humour et pédagogie.

Dans une veine proche par son humour iconoclaste et le sérieux d’un récit nourri aux meilleures sources, le premier volume de « Râ & cie » s’attache, lui, à la genèse de la très riche mythologie égyptienne. Jugez-en un peu par le résumé des premières pages. Au début était le néant : le Noun, une étendue d’eau cosmique immobile et sans vie. Puis un jour, une île apparut, puis une fleur de lotus et de cette fleur sortit le premier dieu, Râ (ou Rê), dieu à tête de faucon sur laquelle est posée le disque solaire.

 

Impatient et irascible, Râ donne naissance d’un crachat à Shou, un fils anthropomorphe et d’un filet de bave à Tefnout, une fille à tête de lionne. De leurs amours naîtront d’autres dieux, Geb, dieu de la terre et Nout, la déesse du ciel. La petite famille devra affronter Apopis, le dieu de la destruction à forme de serpent avant de créer Héliopolis, « la cité du soleil » et des premiers hommes.

 

 

Cette riche et imagée cosmogonie est rendue accessible à un public de jeunes lecteurs, dès 8 ans, par un humour omniprésent et un dessin simple qui rappelle celui que l’on retrouve dans les temples égyptiens.

À force de calembours et autres jeux de mots — « Il est trop chou, je vais l’appeler Shou » ou « Un garçon et une fille ? Le choix du R(o) â ! » de clins d’œil anachroniques et de blagues potaches, l’auteur nous rend sympathique l’ensemble des premiers dieux égyptiens. Son dessin aux couleurs éclatantes, sans perspective, avec des personnages représentés de face avec la tête de profil, copie sans le caricaturer celui que l’on connaît de l’Égypte des premières dynasties.

Le prix jeune talent d’Angoulême 2014 réussit son entrée dans le monde de la bande dessinée. D’une histoire de quatre pages, Matthieu Roda est passé à un album, entièrement maîtrisé, jamais pesant, sur la mythologie égyptienne. Devant la qualité de l’ouvrage, les éditions Sarbacane ont commandé une suite : un tome 2 dans lequel sera narrée l’odyssée d’Isis et d’Osiris.

Pendant qu’un jeune bédéiste entre sous les meilleurs auspices, dans une carrière prometteuse un grand ancien fait ses adieux, avec élégance et discrétion. Le trente-troisième épisode de Papyrus, « Papyrus pharaon » est en effet le dernier.

 

À 83 ans, Lucien De Gieter va prendre une retraite bien méritée, après cet ultime épisode des aventures du jeune pêcheur de Thèbes. La reconstitution historique de l’Égypte de la XIXe dynastie est toujours aussi soignée, décor réaliste pour les aventures extraordinaires de Papyrus et de la princesse Théti-Chéri.

Un terrible complot vise à mettre fin au règne de Méremptah. D’abord écarté du palais, Papyrus y fera un retour victorieux, pharaon à son tour ou plus simplement éternel rêveur ?

 

Lucien De Gieter a tenu à clore lui-même la dernière aventure de son héros le plus célèbre. Sa fin inattendue, ouverte et amusante, laisse vivants tous les personnages.

L’avenir nous dira si un talentueux auteur, et pourquoi pas Matthieu Roda, reprendra un jour cette série attachante. D’ici là, nous souhaitons une heureuse retraite au sympathique Lucien De Gieter.

 

Laurent LESSOUS (l@bd)

« Râ & cie T1 : 3ème Pyramide à droite » par Matthieu Roda

Éditions Sarbacane (12,50 €) – ISBN : 978-2-84865-773-8

« Papyrus T33 : Papyrus pharaon » par Lucien De Gieter

Éditions Dupuis (10,60 €) – ISBN : 978-2-8001-6200-3

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