« Le Monde du dessous » par Didier Tronchet et Anne Sibran

Potosi, en Bolivie : le site est célèbre depuis qu’on exploite dans ses mines l’argent dont bénéficiaient avant tout les Européens, de l’argent qui s’appuyait sur une main d’œuvre indienne forcée, avec à la clé des millions de morts, dit-on ! En 2013, Anne Sibran en tire un roman, « Dans la montagne d’argent », roman que Didier Tronchet adapte aujourd’hui en bande dessinée…

Au-delà du récit historique et ethnographique, Anne Sibran prenait le parti d’un récit quasi mythologique s’appuyant sur l’idée du Diable enterré avec les Indiens dans cet Enfer qui les extermine de jour en jour, la Montagne se vengeant sans cesse de ceux qui la pillent. On retrouve ici, son héros, Agustin, 35 ans, fils de Sara Quiroga et d’Eusebio Osorio, lorsqu’il revient au village, se remémorant sa vie misérable d’enfant et le travail des siens : son père, puis son frère, tués par la mine. Lui qui croit avoir un don (celui de faire tomber la pluie) n’avait pas celui de sauver des vies, hélas, de les protéger de « la montagne qui mange les hommes », cette montagne ou sévit ce Diable apporté par les Espagnols et qui dicte sa loi.  À la mort du père, alors que ses frères partent pour la mine, c’est Pako, un homme étrange qui fut chargé de son éducation, lui apprenant la vie, les plantes, le ciel, les animaux, les légendes, et à s’endurcir. Quand il revient au village, donc,  en 1969, il en apprend un peu plus sur la mort du père, celle de son frère Pablo qui a voulu le venger, et revoit « toutes les figures de son enfance » s’agglutiner autour de lui.  En cette nuit de Toussaint où la mine s’est vidée de ses travailleurs, il décide de descendre dans « La montagne de sang » pour affronter le diable…

Ce n’est pas la première fois que le compagnon d’Anne Sibran relaie en BD, ses récits (on songe à « Là-bas », sur l’Algérie ), ni la première fois qu’Anne Sibran tâte de la bande dessinée puisqu’elle scénarisa « La Terre sans mal » pour Emmanuel Lepage.  Une fois encore, ils forcent l’admiration : le récit est fort et le dessin de Tronchet pourtant si peu réaliste n’enlève rien à cette évocation souvent onirique, bien au contraire. Enfin tous deux connaissent bien ces pays et Tronchet en a raconté la vie quotidienne dans « Vertiges de Quito », commenté ici-même.

Alors, bon voyage !

Didier QUELLA-GUYOT : L@BD->http://9990045v.esidoc.fr/ et sur Facebook.

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« Le Monde du dessous » par Didier Tronchet et Anne Sibran

Éditions  Casterman (17 €) – ISBN : 978-2-2030-9440-6

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