« Inspecteur Kurokôchi » T1 & 2 par Takashi Nagasaki et Kôji Kôno

L’inspecteur Kurokôchi est un flic ripou. Il habite dans une belle villa et conduit une voiture de sport. Pour maintenir ce train de vie, il a un stock de dossiers noirs sur tous les hommes influents du coin. Il n’hésite pas à trafiquer la réalité pour servir ses intérêts ou ceux de politiciens qu’il protège, en échange d’autres services ou pots de vin. Tous les policiers ne sont pas comme lui. Du moins, c’est ce que pense l’intègre Shingo Seike qui vient de devenir son binôme. La réalité est tout autre.

« Inspecteur Kurokôchi » s’inspire d’un fait réel qui a bouleversé le japon de 1968. Un vol spectaculaire de 300 millions de yens par un homme à moto se faisant passer pour un policier. En France, cet incident est méconnu, sauf pour les lecteurs du manga « Montage » qui se base sur le même fait divers. Cette incartade dans la réalité sert surtout de prétexte à évoquer l’organisation, fictive, du Cerisier : une mafia de policiers que l’inspecteur aimerait bien déjouer, car elle commence à lui mettre des bâtons dans les roues. C’est à la fin du second tome que l’on découvre, petit à petit, ce qui motive Kurokôchi. Son assistant, incorruptible, va-t-il passer du côté sombre et le suivre dans sa quête ? En tout cas, il est maintenant prêt à tout pour découvrir qui se cache derrière cette coalition, surtout lorsqu’il découvre qu’elle serait liée à la mort de son père, lui aussi policier.

Avec ses couvertures unies et son graphisme un peu abrupt, ce manga n’est, à première vue, pas très engageant. Destinée à un public adulte, c’est une seinen. Ce qui change des shônens habituellement distribués en France avec leurs images tout en rondeur. Ici, ce sont avant tout les amateurs de polars qui sont visés. L’histoire est prenante et pleine de rebondissements. Cet inspecteur corrompu est loin d’être sympathique, mais ses justifications se tiennent. On lui trouverait même des excuses. Tout comme en a trouvé le jeune Shingo Seike, inspecteur modèle affecté à la surveillance de Kurokôchi. Ses supérieurs aimeraient bien le faire tomber pour corruption, car il devient gênant. Mais Shingo Seike va vite découvrir que ce n’est peut-être pas Kurokôchi le problème, mais sa hiérarchie.

Meurtre, corruption, politique, assassinat mélangé à des faits historiques, voilà les ingrédients de ce qui est le polar le plus intéressant du moment en mangas. Si Kôji Kôno, l’auteur de « Gewalt » n’est pas le japonais le plus connu en France, son scénariste, Takashi Nagasaki, a un beau palmarès derrière lui. Avec Naoki Urasawa, il est coauteur, de « Master Keaton » ou « Billy Bat » (1). Des œuvres multirécompensées : Prix Asie de la Critique ACBD, Prix de la meilleure série et Prix Intergénération (Angoulême) pour le manga « Pluto ».

Comme dans tout bon polar, c’est avant tout la construction de l’intrigue qui compte. Le suspens est intelligemment développé et l’enchevêtrement des éléments rondement amenés. Une fois rentré dans l’histoire, le dessin s’estompe et devient même un atout avec le caractère expressif des personnages. Kurokôchi a clairement la tête de l’emploi. Mais sous ses airs de filou, il a aussi un sens de la justice et du partage. Une chose est sûre, il vaut mieux l’avoir à ses côtés, même s’il a l’art de se faire des ennemis.

Gwenaël JACQUET

« Inspecteur Kurokôchi » T1 & 2 par Takashi Nagasaki et Kôji Kôno
Éditions Komikku (8,50€) – ISBN T1 : 9782372870115

(1) : si vous souhaitez en savoir plus sur lui, et son rôle d’éditeur auprès de Naoki Urasawa, je vous conseille de lire ou relire l’excellent livre d’Alexis Orsini paru aux Moutons électriques

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