2009, ANNEE BEDEROTIQUE

La Bd érotique fait un retour remarqué ces derniers mois. Que ce soit à travers la réédition de classiques, le lancement de nouvelles collections ou la parution d’ouvrages qui en retracent l’histoire,. Pour autant, au vu du nombre d’auteurs étrangers qui font l’objet de traductions, il semble que la production française s’efface devant celle de pays plus dynamiques. Petit état des lieux.

Le tome 2 de l’ouvrage remarqué de Tim Pilcher, « La B.D. érotique Histoire en images« , vient de paraître aux éditions Tabous, avec une introduction très circonstanciée d’Alan Moore. Ce volume, qui, comme le premier tome, fait l’objet d’une présentation soignée (à l’image de la première de couverture illustrée par un beau dessin de Giovanna Casotto), aborde la période contemporaine depuis les années 1970.

Cet ouvrage vaut d’abord par les rappels aux contextes historiques et aux différents échecs de la législation gouvernementale pour censurer la B.D. érotique, que ce soit aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Japon. Il s’intègre ainsi dans une histoire de la culture occidentale de la seconde moitié du XXe siècle.

Car le but de Tim Pilcher, dépassant la présentation d’auteurs ou le commentaire d’albums, demeure bien de fournir une taxonomie des grandes tendances à l’œuvre dans le domaine, en le posant en reflet d’une évolution sociale et morale large (le militantisme des mouvements gays et lesbiens, la libération des mœurs, l’échec des tentatives de réglementations, la mise en place d’une société de loisirs). Il y réussit fort bien en cinq grands chapitres :

1) Les comics érotiques aux Etats-Unis
2) Les comics gays et lesbiens
3) L’érotisme européen
4) Tétons et tentacules : l’expérience nippone
5) La B.D. érotique en ligne

L’auteur, s’appuyant sur des travaux de sexologues et de sociologues, présente une thèse intéressante, selon laquelle (contrairement à ce que laisserait penser les explosions épidermiques de nombreux médias à l’occasion de certaines affaires), que la libération de l’érotisme est allée de pair avec un recul très notable des crimes à caractère sexuel : la pornographie agissant « comme une soupape de sécurité sur une cocotte-minute ».

La réflexion classificatoire et la volonté de replacer le sujet dans son contexte culturel se révèlent au final central : les vignettes et planches présentées viennent de fait appuyer la démonstration, et ne font jamais l’objet d’un traitement explicitement voyeuriste. Ces extraits d’albums, qui bénéficient d’une mise en page irréprochable, traduisent en outre une volonté de privilégier le dessin dans sa variété graphique, reflet des écoles nationales ou des genres, plutôt que les textes (absence de traductions, et parfois du texte lui-même à l’intérieur des bulles).

Signalons enfin que la part de la France, encore plus que dans le premier opus, apparaît relativement réduite au sein de cette histoire de la B.D. érotique : si l’on excepte le caractère précurseur du magazine Métal Hurlant, dont le succès ouvrit la voie à Heavy metal, sa version américaine, la part nationale fait pale figure face aux productions italiennes, espagnoles ou à l’underground britannique.

Dans ce cas, faut-il y voir, suivant en cela l’auteur dans ses démonstrations, une tendance sociale et culturelle profonde propre à l’hexagone, d’une société n’ayant pas besoin de soupape de sécurité dans le domaine sexuel, à la différence de pays davantage marqués par le puritanisme protestant ou la morale catholique ? Ou simplement le reflet d’une production mondialisée qui fait la part belle à d’autres pôles de production ?

Tim Pilcher, « La B.D. érotique Histoire en images, volume 2 : Des années 1970 à nos jours« , Editions Tabous, introduction d’Alan Moore, 192 pages couleurs, 35 euros

Pour compléter le propos de ce volume, notamment les pages sur le Japon, on pourra consulter un ouvrage surprenant d’Agnès Giard, distribué par les éditions Glénat, et consacré aux objets japonais du désir. Dans la droite ligne de ses travaux sur les contre-cultures, l’auteure présente, avec ce livre érudit et bourré d’anecdotes, une incroyable galerie d’objets fantasmatiques, à la fois familiers et connotés. Un guide parfait pour une autre approche de la civilisation matérielle et morale japonaise.

Agnès Giard, Les objets du désir au Japon, Drugstore/Glenat, 35 euros.

J D
A suivre …

Voir aussi l’article « La BD érotique, Histoires en images », critique du tome 1 : http://bdzoom.com/spip.php?article3804

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