« Marc Lebut et son voisin » par Francis et Maurice Tillieux

L’édition intégrale des dix albums des mésaventures de Marc Lebut, de son voisin et de la Ford T, est désormais diffusée plus largement, avec des dossiers de présentation inédits dus à votre serviteur, par Le Coffre à BD : le troisième tome vient de paraître et il en existe même un lot avec ex-libris, spécialement réalisé en partenariat avec le réseau CanalBD…

Caricature de Maurice Tillieux par Jean Roba.

Au milieu des années soixante, devant la pénurie de scénarios valables qui commence à se faire durement sentir dans le monde de la bande dessinée franco-belge, certains dessinateurs, n’ayant pas encore obtenu la reconnaissance graphique qu’ils espéraient, se reconvertissent en scénaristes : c’est le cas de Mittéï, Hubuc, Bob de Groot, Paul Deliège, Jacques Devos, Jean-Marie Brouyère… D’un autre côté, d’autres graphistes talentueux, pourtant bien reconnu par leurs pairs (ou par leurs éditeurs), à l’instar de Greg, de Christian Godard ou de Maurice Tillieux, n’hésitent pas à ralentir leurs productions graphiques pour se consacrer à cet art de l’écriture qui commençait juste à être un tout petit peu mieux considéré : « Maurice Tillieux est venu au scénario de bandes dessinées quelque peu par improvisation et sous la pression déléments extérieurs. Il était surtout passionné par la vie et tout ce quelle pouvait lui offrir : amitiés, découvertes, voyages, gagsUn type fabuleux sur le plan humain, mais qui attachait finalement assez peu dimportance à sa carrière professionnelle, du moment quil gagnait de quoi être libre de goûter aux joies de lexistence. Sa (véritable) vocation maritime mise en hibernation par lOccupation, il sest tourné vers le roman policier qui payait mal et, à la Libération, il sest engagé dans le secteur des illustrés pour la jeunesse en pleine effervescence. Pour placer ses idées, il a se mettre à dessiner dans Bimbo, Jeep, Héroïc-Albums, puis, lorsquil a été plus mûr graphiquement, à Spirou, dès le milieu des années cinquante. Il ne faut pas oublier que le scénario a longtemps été une chasse gardée, réservée aux éditeurs et responsables de publications, voire à la rigueur à lun ou lautre polygraphe copain, que ceux-ci mettaient à toutes les sauces et réservaient aux dessinateurs ne désirant pas raconter eux-mêmes leurs petites histoires. Avec léloignement, chez Dupuis, de Jean-Michel Charlier, Maurice Rosy, Yvan Delporte et Charles Jadoul, une ouverture sest créée : Charles Dupuis voulait renouveler son staff de scénaristes et lui a demandé de dépanner des vieux collaborateurs (Will ou Arthur Piroton, par exemple). Des amis, tels que Jean Roba ou François Walthéry, lui ont demandé des récits car sa propre série fonctionnait bien. Le succès crée la demande : Tillieux a suivi. »(1).

            C’est ainsi que le dessinateur de « Félix » ou de « Gil Jourdan »(2) va être amené à écrire les scénarios d’une nouvelle série humoristique que le dessinateur Francis Bertrand (qui signe de son seul prénom : Francis) aimerait créer pour le journal Spirou : ça sera « Marc Lebut et son voisin » qui fut connu, également, sous le nom de « La Ford T » et qui fut publiée à partir du no1452 du 10 février 1966…            Cette suite de mésaventures drolatiques, sous forme de récits complets ou de gags (puis de plusieurs grandes histoires en quarante-quatre planches) met en scène Marc Lebut, propriétaire hyperactif et fantasque d’une vieille mais très belle Ford T ; lequel entraîne son malchanceux voisin, le brave et naïf Monsieur Goular, qui ne sait pas dire non, dans des aventures plus folles les unes que les autres.            Dans le premier récit (une histoire de six planches intitulée « Allegro Ford T : 1er mouvement »), Marc Lebut essaye de récupérer une vieille Ford T dans le petit village où, enfant, il passait ses vacances, pour l’échanger contre une voiture neuve ; à la suite d’un concours organisé par une chaîne de stations d’essence.

Pour cela, il profite de la gentillesse de son voisin qui, lui, possède déjà une voiture !

Les cinq autres premières histoires en six planches de la série vont tourner autour de ce même thème et l’intégralité des six récits sera compilée dans un premier album, cartonné et au dos rond, aux éditions Dupuis (propriétaires de l’hebdomadaire Spirou), en 1968.            Finalement, chez cet éditeur, la série comptera quatorze albums à la sortie du dernier tome, en 1980.

Après un titre publié par Récréabull en 1986, Le Coffre à BD s’est donc attelé à une édition intégrale qui fut, d’abord, proposée en albums en tirage numérique et au dos toilé, entre 2006 et 2011(3).

Cette réédition fort justifiée est aussi l’occasion, pour nous, de s’attarder un peu plus sur la carrière de cet auteur qui signait Francis, lequel ne fut que, très rarement, mis à l’honneur par le monde du 9e art !(4)

Caricature de Francis par Tibet.

Né le 24 avril 1937 à Uccle (une commune de Bruxelles-Capitale), Francis Bertrand débute sa carrière de dessinateur de bandes dessinées en publiant, en 1957, les gags de « Many Vail » dans le quotidien belge La Cité.

Cet amateur de jeux de mots travaille, ensuite, pour l’International Press, l’agence belge d’Yvan Cheron, où il reprend les tribulations de « Junior » et de « Toutsy » (sur scénarios de Greg) dans les quotidiens belges La Dernière Heure (en 1960) et La Libre Belgique (en 1961).

            Il collabore aussi au journal de Spirou, dès 1962, en participant, tout d’abord, à cette pépinière de talents qu’étaient les mini-récits inventés par Yvan Delporte, le rédacteur en chef de l’époque (lequel était en place depuis 1956) : « Alerte au plombier volant » (au n°1239 du 11 janvier)et « La Bosse des maths » (au n°1266 du 19 juillet et repris en album chez Dessis, en 1983),puis « Les Malheurs de Jules Verny » (au n°1291 du 10 janvier 1963) et « La Guerre du Teddy–Bear » écrit par Lucien De Gieter (au n°1350 du 27 février 1964).Après un récit complet de quatre pages avec « Tante Mathilde » dans « Jules Bougie » (au n°1415 du 27 mai 1965), Francis dessine deux autres mini-récits scénarisés par son ami Lucien De Gieter. Il s’agit de « Rapataban et le grain de sable » au n°1409 du 15 avril 1965 et de « Pony et le docteur Protoxyde » au n°1424 du 29 juillet 1965 : une aventure de « Pony », western humoristique que le futur dessinateur de « Papyrus » avait créé, seul aux manettes, en 1962.

Francis.

Entre-temps, en 1963, Francis réalise une première bande dessinée mettant en scène un vieux tacot.

Il s’agit de « Dans les griffes de Lunkov », publié dans La Semaine (d’Averbode) à partir du n°25.

C’est un récit où le jeune héros de l’histoire, Billy Well, se fait prendre en stop par deux personnages rigolos (le petit milliardaire Jules Petit et son copain le grand moustachu Pierre Legrand) roulant dans une automobile d’autrefois.

Tout comme dans « Marc Lebut », la vieille guimbarde joue un rôle important dans le déroulement de cette folle aventure.            La même année, le dessinateur crée aussi les tribulations de « Monsieur Bulle », un petit automobiliste roulant dans un vieux tacot et dont la physionomie préfigure celle de Goular, le voisin de Marc Lebut. Il s’agit de trois courtes histoires (les six pages des « Agents de Croqueville », les cinq de « L’Invention de monsieur Bulle » et les quatre du « Mur du son ») qui paraissent dans le mensuel Record de la confessionnelle Maison de la Bonne Presse (future éditions Bayard), respectivement aux n°27 et 35 de 1964 et au n°49 de 1966 ; sans oublier un dessin intitulé « Carnaval à City City », qui ornera, également, le n°62 de 1967. Notons que, depuis 1962, la Bonne Presse s’était associée aux éditions Dargaud ; d’où la présence, dans le magazine Record, de bandes signées René Goscinny et Jean-Michel Charlier, lesquels étaient chargés de relancer ses journaux et seront nommés co-rédacteurs en chef de l’hebdomadaire Pilote (en 1963).            C’est donc deux ans plus tard, en 1965, que Francis propose à Maurice Tillieux, dont il adore l’humour un peu fou, de reprendre le concept de ces personnages motorisés pour l’hebdomadaire Spirou. Cela tombe plutôt bien puisque, comme nous l’avons vu, ce dernier commence justement à écrire des scénarios pour ses collègues et va délaisser, petit à petit, ses activités de graphiste.

S’inspirant notamment de l’humour burlesque du cinéma muet, les deux compères vont s’entendre à merveille et vont, très vite, avoir l’idée de donner les premiers rôles de leur nouvelle série commune à deux voisins dotés d’un vieux tacot. Il est vrai, aussi, que la naissance de la série est également due à la nostalgie qu’avaient Francis et Maurice Tillieux pour les années 1920-1930 et pour les voitures de cette époque ; particulièrement pour la Ford T qu’ils trouvaient formidable !            Par ailleurs, à la même période, notons que Francis va accumuler les séries éphémères pour divers journaux.

Mais, suite au succès non négligeable obtenu par « Marc Lebut et son voisin » dans le journal de Spirou, il va mettre un terme définitif à sa collaboration à la deuxième série du Journal des Pieds Nickelés (« Petitbois », vers 1964) et à Pilote où il avait réalisé les dessins et scénarios de « Jett Parther » (quatre récits complets de cinq ou six pages publiés entre 1964 et 1967),ainsi que ceux du « Voisin de Mr Doubillet » (six planches scénarisées par un certain J. Bidon, en 1964)

« Le Voisin de Mr Doubillet ».

             et de « L’Extra terrestre » (six autres pages parues en 1966).

« L’Extra terrestre ».

Le même sort est réservé aux gags de « Lahuri » dans le journal de Tintin (sept double-pages, publiées entre 1966 et 1967, dont certaines sur scénario de Vicq qui lui écrivit, aussi, une histoire en quatre pages publiée dans le n°931 de 1966 : « Tournicotour ») ; même si ce personnage réapparaît le temps de deux récits complets de douze pagettes dans le pocket Tintin Sélection (en 1970 et 1971), trimestriel où il livrera également une autre courte histoire : « Cosmos Robinson », dans le n°10 de 1970…            Pareil pour ses séries réalisées à destination des journaux du groupe Fleurus, que ça soit J2 Jeunes ou J2 Magazine !

Il s’empresse donc d’arrêter les rarissimes apparitions de « Katty » dans J2 Magazine.

Et, surtout, il met un terme à l’éprouvante illustration des romans et nouvelles du « Journal de François », écrits par Hélène Lecomte–Vigié dans J2 Jeunes, qu’il avait quand même assuré, pratiquement toutes les semaines, entre le n°1 de 1965 et le premier numéro de 1968.      

Pour ce qui est du western « Pat Cadwell » scénarisé par Jean-Marie Pélaprat alias Guy Hempay, il met en images, en adoptant un style plus réaliste, les deux premiers épisodes comportant cinq planches chacun.

C’est-à-dire « Sur la piste de Santa–Fé » au n°7 de 1965 et « Le Dernier racket d’Anton Lewis » au n°12 de la même année.

Puis, il laisse sa place  au talentueux Noël Gloesner dont le trait était, peut-être, plus approprié au genre ; et ceci toujours dans J2 Jeunes, dès le n°16 de 1965 (voir : Noël Gloesner).

            Sa production pour J2 Jeunes ne se limitait pas là puisqu’on lui devait, aussi, d’amusants courts récits de cinq planches publiés en 1965 (« Ah ! La vache ! », sur scénario de Guy Hempay, « Dominique Laguigne le pauvre riche », « Auguste Ballon, inventeur ignoré » et  « Comment faire rire »), les douze gags de la drolatique série didactique « Tout savoir » publiée en 1968…

Mais on se souviendra, surtout, des mésaventures de « Monsieur Bouchu »…

            Proposé dans cet hebdomadaire catholique pour les garçons édité par Fleurus (d’abord sous la forme de récits complets de cinq pages aux n°42 et 49 de 1965, puis aux n°4, 19, 27 et 36 de 1966), ce paisible habitant de Boulotville ressemble étonnamment à Goular, mais en plus chanceux et téméraire ! Les lecteurs l’ayant plébiscité, il va ensuite devenir le héros de sept plus longues aventures, publiées de 1966 à 1968, dans J2 Jeunes : « La Couronne de Marguerite » (40 planches publiées du n°40 au n°47 de 1966), « Le Dernier Assyrien » (40 planches publiées du n°4 au n°11 de 1967), « Le Magicien de Boulotville » (45 planches publiées du n°19 au n°27 de 1967), « Bouchu plombier » (50 planches publiées du n°39 au n°48 de 1967, avec des décors réalisés par Jean-Luc), « La Malédiction des Duchelieux » (40 planches publiées du n°4 au n°11 de 1968, avec des décors réalisés par Jean-Luc) et « Bouchu et Bouchu » (40 planches publiées du n°21 au n°28 de 1968).            Pour mener à bien cette entreprise, Francis embauche d’abord le jeune Roger Leloup, lequel travaillait pourtant au même moment au studio Hergé, afin de l’aider à réaliser les décors de ces trois premiers récits au long cours et d’une histoire complète pour Spirou (« Les Penseurs de Rodain », au n°1521 de 1967) ; ceci par l’entremise de leur ami commun Charles Degotte (le dessinateur du « Flagada»). Ensuite, Francis, en tant qu’assistant intérimaire de Peyo (il l’avait déjà aidé brièvement sur « Le Pays maudit », un épisode de « Johan et Pirlouit » publié en 1961), reprendra la série « Jacky et Célestin » où Leloup le secondera à nouveau, de décembre 1967 à octobre 1968 en réalisant les décors et, finalement, le scénario d’« Un Barbu a disparu », dans Le Soir Illustré.

            Il est amusant de constater que l’épisode de « Monsieur Bouchu » intitulé « Le Dernier Assyrien » est crédité, à la dernière page : d’après une idée de M. Tillieux ! Et une lecture attentive de l’histoire, avec entre autres le gag final des deux fez, ressemble étonnamment à un scénario du même Tillieux pour l’aventure de « Natacha », « Le 13ème apôtre » ! Mais l’auteur de « Félix » et de « Gil Jourdan » était un habitué de ces recyclages, reprenant souvent des scénarios qu’il exploitait sous une autre forme : « Tillieux avait déjà commencé cette réécriture dans certains « Gil Jourdan ». Il y avait des idées quil aimait beaucoup et son ancienne production semblait perdue à jamais (les rééditions nostalgiques nont commencé que par la suite, et à faible tirage). Il a puisé dans ce fonds pour reprendre certaines des meilleures trames et les a améliorées, car il était conscient davoir souvent un peu travaillé à la hâte pour les Héroïc-Albums (pour les aventures de « Bob Bang », et même de « Félix »), sans en tirer tout le suc possible ; dautant plus que le module imposé de douze à treize planches limitait les possibilités de découpage. Vu laccroissement de la demande, cela laidait beaucoup pour ravitailler à temps les solliciteurs. »(1)

            Cependant, si aux débuts de « Marc Lebut et son voisin », les histoires ne sont basées que sur de courts scénarios de six planches, pour les n°1560 du 7 mars 1968 (où, pour l’occasion, La Ford T fait, pour la première fois, la couverture du journal) à 1581 du 1er août 1968 de Spirou, Maurice Tilleux va concocter l’écriture d’un long récit de quarante-quatre planches à suivre : « L’Homme des vieux », lequel est repris dans le deuxième tome de l’intégrale du Coffre à BD. Les dialogues et scénarios du dessinateur de « Gil Jourdan » y font merveille et c’est surtout à ce moment-là que la série commence à connaître un véritable succès d’estime. Cette aventure sera d’ailleurs très vite reprise en album cartonné au dos rond par les éditions Dupuis, dès l’année suivante !

            Par ailleurs, c’est aussi à partir de cette histoire que Maurice Tillieux va laisser de plus en plus de liberté à Francis, ne faisant qu’améliorer ses découpages en les agrémentant de calembours ou de gags additionnels et en lui déléguant les scénarios de gags en une planche.            Cependant, notre dessinateur au trait rond, digne représentant de la traditionnelle école de Marcinelle, est également, à la même époque, le seul auteur responsable de diverses histoires courtes publiées dans Spirou : « Les Œufs de Clocheville » (quatre pages au n°1459 du 31 mars 1966), « L’Échelle invention pratique » (quatre pages au n°1508 du 9 mars 1967), « Les Penseurs de Rodaim » (cinq pages au n°1521 du 8 juin 1967) et « Le Téléphone invention pratique » (quatre pages au n°1580 du 25 juillet 1968).            Puis, toujours pour l’hebdomadaire des éditions Dupuis, Francis est aussi le responsable graphique et narratif des mini-récits de « L’Homme du château » et des gags de « Clap ». Si cette dernière série (mettant en scène un surprenant animateur de télévision dans deux gags parus aux n°1609 et 1648 de 1969 et dans un autre publié au n°1724 de 1971) est éphémère, « L’Homme du château » a quand même existé le temps de dix mini-récits et d’une histoire de quatre planches, proposés entre 1969 et 1973 ; lesquels mettent en scène Monsieur Picotin, le malheureux propriétaire d’un château inaccessible car situé sur une colline. Comme ce domaine coûte très cher en entretien, il cherche à s’en débarrasser et tente de le vendre, depuis plus de vingt ans. Pour le rentabiliser, il essaie quand même de le transformer en auberge ou en école, de monter un son et lumière…, mais rien ne marche et ses dettes ne font qu’empirer.

Le récit de quatre planches « Vacances à Peyoland » a été publié au n°1732 du 24 juin 1971 et voici le détail de parution des mini-récits : «  Château à vendre » au n°1606 du 23 janvier 1969, « Château hanté à vendre » au n°1617 du 10 avril 1969, «  Château à revendre » au n°1620 du 1 mai 1969, «  Château invendable » au n°1644 du 16 octobre 1969, « Château incassable à vendre » au n°1661 du 12 février 1970, « L’Homme du château » au n°1664 du 5 mars 1970, « Son et lumière pour un château à vendre » au n°1705 du 17 décembre 1970, « Rentrée des classes au château » au n°1743 du 9 septembre 1971, « L’Auberge du château » au n°1780 du 25 mai 1972 et « Picotin pêche à la ligne » au n°1814 du 18 janvier 1973.            Toujours pour Spirou, Francis est également l’auteur d’un autre mini-récit intitulé « La Foire du livre » et dont le héros se nomme Pouchnou, au n°1665 du 12 mars 1970, l’illustrateur de divers rédactionnels et le décorateur de « Francis et son voisin » (au n°1713 du 11 février 1971)…

Francis et Maurice Tillieux ont joué leur propre rôle dans ce roman-photo humoristique de quatre pages réalisé par Borguet et Gérald  Frydman.

À noter que ce dernier, par ailleurs réalisateur de cinéma d’animation, est aussi le scénariste de la bande dessinée avant-gardiste « Le Sergent Laterreur » dessinée par Touïs et proposée dans Pilote entre 1971 et 1972.            On peut aussi remarquer, dans l’hebdomadaire des éditions Dupuis, quelques récits complets comme « Mimile et l’étoile filante » (huit pages au n° 1799 de 1972), « Le Robinson du cosmos » (mini-récit au n°1841 de 1973), « La Rose spatiale » (quatre planches au n° 1860 de 1973)…

Ou encore « La Ménagerie fantastique » (deux pages scénarisées par Raoul Cauvin au n° 1913 de 1974) où l’on retrouve son trait toujours aussi sympathique et rassurant : jugez-en vous-même !            En ce début des années 1970, tout en continuant sa production personnelle, Francis va aussi assister Greg sur quelques épisodes de la série « Les As » publiée dans Pif Gadget et produire quelques bandes dessinées pour des publications étrangères. Ainsi, en 1972, il aide Berck sur la reprise de la série humoristique de science-fiction « Mischa » destinée aux publications de Rolf Kauka (Primo, Fix und Foxi, FF Extra…), en Allemagne. Ensuite, en 1976, aidé par son assistant Jean-Richard Geurts (le futur Janry, dessinateur de « Spirou » et du « Petit Spirou »), il réalise également une histoire de « Die Pichelsteiner », une famille à l’âge de pierre, pour la revue Zack du même éditeur. Francis a aussi collaboré aux magazines italiens Corriere dei Piccoli (traductions de « Marc Lebut et son voisin » sous le titre (« Pippo Scrocca e il Ragioner Candel »)  et Il Giornalino (avec une série de gag mettant en scène un cascadeur, « Bill Fracassa », créée avec son ami le scénariste Vicq, ceci d’après le toujours très bien renseigné site hollandais http://www.lambiek.net).            Mais, auparavant, tout en poursuivant les tribulations de la « Ford T », il impose, dans Spirou, une nouvelle création humoristique : « Capitaine Lahuche » qui apparaît, d’abord, dans des récits complets de huit pages, à partir du n°1713 du 1971, où il se fait assister par Jean-Marie Brouyère.

Ce n’est qu’au n°1895 de 1974, que cet amusant navigateur se lance dans un voyage au long cours avec « Croisière mouvementée » (trente pages reprises dans un album broché en noir et blanc chez Bédésup, en 1984), lequel sera suivi de quelques autres épisodes plus ou moins courts (dont un écrit par Lemasque, pseudonyme dissimulant Jacques Stoquart, au n° 1952 de 1975, et deux autres par Mittéï : « Les Sept naufragés solitaires », du n° 1991 au n°1999 de 1976, et « La Caravelle d’occasion », du n°2070 au n°2083 de 1977). Même si le style efficacement bon enfant de Francis semble simple à reproduire (ce qui n’est évidemment pas le cas), il faut cependant reconnaître que sa performance est très impressionnante sur le plan quantitatif !

Notons, toutefois, que pour sa dernière création destinée à Spirou (« Les Soldats de plomb », en 1979), notre dessinateur adopte un trait encore plus minimaliste qui ne rencontrera guère de succès auprès du public de l’hebdomadaire des éditions Dupuis.            Hélas, Maurice Tillieux va disparaître le 2 février 1978, suite à un accident de voiture, et Francis va décider de continuer, seul, leur série commune ; même s’il se fait, quelquefois, aider par Raymond Maric pour les scénarios (à partir de 1979). Mais la série périclite et il arrête définitivement les aventures de « Marc Lebut et son voisin », dans Spirou, à la fin de 1983 : un ultime album, réalisé avec le scénariste Lucien Froidebise, sera quand même publié aux éditions Récréabull, en 1986.

Planche originale à l'encre de Chine de l'épisode « Le Buste à Bedon ».

            Son dernier travail en bande dessinée consiste en une contribution à l’album « Tchantchès » publié chez Khani, en 1988, en tant que décorateur de François Walthéry.

En effet, depuis plusieurs années, Francis avait sombré, lentement, dans une certaine déchéance mentale et physique.

Il décède à Rixensart, le 26 octobre 1994 (à l’âge de cinquante-sept ans), sans avoir pu vraiment trouver la place qu’il méritait dans la bande dessinée dite « de divertissement ».                                                                                                 

 Gilles RATIER

(1)   Ainsi parlait Thierry Martens, à propos de Maurice Tillieux, dans l’ouvrage « Avant la case » de Gilles Ratier, en 1996, ouvrage dont la deuxième édition (revue, largement complétée et corrigée) est toujours disponible aux éditions Sangam.

(2)   Pour en savoir plus sur Maurice Tillieux, voir l’un des nombreux « Coins du patrimoine » que nous lui avons consacré : Nouveautés du côté de la Belgique !, « Ange Signe » T2 par Maurice Tillieux, Quoi ? Encore Maurice Tillieux !, « Gil Jourdan », « Une Aventure d’Ange Signe : La Grotte au démon vert », Un nouvel Élan pour Maurice Tillieux et L’envers des planches de Maurice Tillieux.

(3)   En fait, il y eu un premier tirage, en co-édition avec Le Taupinambour, d’« Allegro Ford T », en 2005, tiré seulement à soixante-neuf exemplaires. Il sera suivi de l’album « La Trouvaille » qui constitue, avec cinq autres courts récits, la deuxième partie du premier tome de l’intégrale qui suivra au Coffre à BD, et dont la version destinée au réseau librairie est la reprise intégrale avec, en sus, quatre pages de présentation.

(4)   Au mieux, trouve-t-on des notices bibliographiques, souvent incomplètes, dans le n°76 du Collectionneur de Bandes Dessinées, le n°64 de Hop ! et  le « Dictionnaire mondial de la BD » de Patrick Gaumer, chez Larousse.

PS : Pour une bibliographie complètes des œuvres de Francis dans le journal de Spirou, voir http://bdoubliees.com/journalspirou/auteurs2/francis.htm. Profitons en pour remercier Bernard Coulanges, responsable de ce site et des éditions Le Coffre à BD pour nous avoir fourni quelques scans, dont ceux de l’épisode de « Jett Parther » paru dans Pilote. Du coup, cela a même donné l’idée à ce passionné de bandes dessinées populaires de publier prochainement un album consacré à Francis, réunissant ses planches éparses avec ce texte biographique revu, corrigé et complété.  Donc, affaire à suivre…

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20 réponses à « Marc Lebut et son voisin » par Francis et Maurice Tillieux

  1. Godard Christian dit :

    Superbe boulot. Absolument remarquable. Enorme. Quelle bonne idée.
    J’ai assez peu connu Francis, qui fait partie, avec beaucoup d’autres, des grands oubliés du « métier », très injustement.
    Par contre, j’avais beaucoup d’amitiés pour Tillieux, et d’atomes crochus pour tout un tas de raisons, et je crois que c’était réciproque. Nous nous ressemblions sur tout un tas de points, y compris physiquement d’ailleurs. Nous avions je crois une dizaine d’années de différence, à son détriment. Quand j’ai découvert son premier album, (la voiture immergée, je crois) moi qui balbutiais laborieusement, j’ai trouvé ça tellement efficace, réussi avec une grande économie de moyens, que je me suis dit qu’il n’y avait aucune chance pour que je parvienne à faire aussi bien, et j’ai failli abandonner, par découragement. Je pensais avoir affaire à un débutant, et j’ignorais tout ce qu’il avait accompli en amont…
    J’avais acheté longtemps avant de le connaître une de ses planches, modestement accrochée avec des pinces à linge à une ficelle dans une librairie de vieux papiers, pendouillant de traviole, soldée pour la modique somme de 40 francs français. C’était il y a longtemps. Déjà, à cette époque là, je considérais que c’était un scandale absolu.
    Bravo à vous,
    Christian Godard

    • Gilles Ratier dit :

      Merci monsieur Godard pour votre témoignage et vos félicitations qui me font monter le rouge au front ! Il faudra bien, un jour, que je m’attelle à un « Coin du patrimoine » sur votre auguste personne ! Une vraie et belle intégrale de « Martin Milan » (mais avec un vrai dossier de présentation et de remise dans le contexte éditorial de l’époque, comme pour les intégrales de chez Dupuis), par exemple, serait une belle occasion…
      Bien cordialement et respectueusement
      Gilles Ratier

  2. bertrand dit :

    génial cette page et encore merci je suis sa fille

  3. Bertrand Pissavy-Yvernault dit :

    Je suis un fan de la Ford T ! D’accord avec tous mes illustres prédécesseurs: quel bonheur de lire un papier sur cette série et sur son dessinateur, injustement oublié . Sais-tu, Gilles s’il existe des interviews de Francis Bertrand ? Je n’en ai jamais trouvé quant à moi…

    • Gilles Ratier dit :

      Merci mon cher Bertrand ! Pour répondre à ta question, hélas, je n’en ai pas trouvé non plus ! C’est d’ailleurs ce que je dis dans l’article (au niveau de la note n°4) : « Au mieux, trouve-t-on des notices bibliographiques, souvent incomplètes, dans le n°76 du Collectionneur de Bandes Dessinées, le n°64 de Hop ! et le « Dictionnaire mondial de la BD » de Patrick Gaumer, chez Larousse. »
      La bise et l’amitié
      Gilles

  4. Georges dit :

    Petite info : Les albums de la Ford T vont être disponible à la table des éditions De Varly lors du salon de la bd de collection de Paris les 1er et 2 décembre 2012 à la mairie du XIII Paris.
    Partenariat bdtresor/coffre à bd

  5. joel dit :

    superbe article de mémoire Francis n’avait il pas aussi participé au collectif hommage de Gil jourdan paru chez soleil fin des années 80?

    ! l’idée est lancée! une belle intégrale de Martin Milan sur un dossier de Mr Ratier! nous sommes nombreux à attendre cet évènement!

    • Gilles Ratier dit :

      Merci Joël pour votre contribution et vos félicitations ! Cependant, votre mémoire vous joue des tours (ça arrive à tout le monde, rassurez-vous), Francis n’a pas collaboré à ce collectif hommage à Gil Jourdan paru chez Soleil. Quand à une belle intégrale de Martin Milan, certes l’idée est lancée mais sa réalisation ne dépend absolument pas de nous : il y a-t-il un éditeur intéressé dans la salle ? Et l’auteur est-il d’accord, surtout ?
      Bien cordialement
      Gilles Ratier

  6. Bertrand Pissavy-Yvernault dit :

    Oui, c’est une tristesse absolue de voir que des personnages aussi magnifiques que Norbert & Kari ou Martin Milan sont totalement absents des librairies… Il y a encore tant d’inédits à publier…

  7. Frenchoïd dit :

    Superbe page !… S’agissant des Soldats de plomb, vous n’indiquez pas que ce changement de style aurait été consécutif à un accident empêchant Francis de dessiner comme avant — à moins qu’il ne s’agisse là d’une légende ?

    • Gilles Ratier dit :

      Merci pour votre intervention et vos félicitations !
      Je vous avoue ne pas savoir si ce changement de style est bien consécutif à un accident ! Peut-être que sa fille qui, elle-aussi, est intervenue sur ce forum, pourrait nous en dire plus ?
      Bien cordialement
      Gilles Ratier

  8. Bernard dit :

    Je m’associe très volontiers aux personnes demandant humblement à M. Christian Godard une réédition en intégrale de Martin Milan, Norbert & Kari et Tim & Anthime. Tout cela accompagné par un bon dossier comme M. Gilles Ratier se donne régulièrement la peine de faire.
    Cordialement
    Bernard

  9. Jyache dit :

    J’aimerais savoir si l’histoire « Le dernier Assyrien » a été publié en album ?

    • Gilles Ratier dit :

      Hélas non ! Ce petit bijou signé Francis, Leloup et Tillieux n’a jamais eu l’honneur d’une parution en album ! Ni les autres aventures de Monsieur Bouchu, d’ailleurs !
      Bien cordialement
      Gilles Ratier

  10. cedric dit :

    Bonjour , Pour la Fille de Francis ,

    Peux tu me contacter Isabelle,, its me cedric ,
    xxx

  11. Fabio Fiorello dit :

    Bonjour, Monsieur Ratier..J’apprecie bcp votre site et votres articles qui meriteraient d’etre imprimes..En ettendant la monographie sur Charlier (j’ai deja acheté…) est-ce qui vous savez s’il des travaux monographiques sur Francis?
    Merci
    Fabio

    • Gilles Ratier dit :

      Bonjour Fabio et merci pour vos félicitations qui nous font chaud au cœur.
      Hélas, il n’existe aucune monographie sur Francis, comme je l’indique dans cet article. Ceci dit, Bernard Coulanges du Coffre à BD m’a proposé de reprendre et étoffer ce « Coin du patrimoine » en l’agrémentant par la reprise de quelques unes des histoires complètes réalisées par Francis pour en faire un bel album : il sera cependant tiré à un nombre réduit d’exemplaires. Pourquoi pas ? Il faudra aussi l’autorisation de sa fille et des ayants-droit. Affaire à suivre, donc…
      Pour la biographie de Charlier, nous sommes toujours confiants pour une sortie en septembre, mais tout n’est pas encore réglé et nous ne sommes pas à l’abri de nouveaux contretemps.
      Bien amicalement
      Gilles

  12. Richard Sauvé dit :

    Excellent travail, monsieur Ratier.

    Quand on parle de Francis, on pense surtout à la Ford T, mais il a fait bien d’autres trucs que je ne connaissais pas. Merci de nous les faire découvrir.

    Le gag en deux pages «Tournicotour», publié dans Tintin en 1966 m’avait curieusement assez marqué pour que je m’en souvienne encore aujourd’hui. Je n’avais pas noté, il y a cinquante ans, que Francis en était le dessinateur.

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