« Natacha »

Non, non, cette rubrique n’est pas subventionnée par les éditions Dupuis ! Seulement voilà, l’actualité fait le larron et le travail effectué sur les intégrales Dupuis mérite vraiment qu’on les mette en avant, régulièrement.

Surtout qu’en ce qui concerne « Natacha », célèbre et affriolante hôtesse de l’air (du moins pour cette époque où la presse juvénile accueillait rarement de si belles jeunes femmes, surtout pour tenir le premier rôle d’une série), toutes les planches ont été numérisées, restaurées, nettoyées et même retouchées quand c’était nécessaire.
Outre la réédition de la totalité des aventures contenues dans les albums numérotés 4, 5 et 6 où apparaît cette héroïne créée par François Walthéry (le 26 février 1970, dans les pages de Spirou) le deuxième opus de cette formidable entreprise propose également de nombreux bonus : toutes les couvertures « Natachaiennes » de l’hebdomadaire, des témoignages, des anecdotes, des interviews, des dessins, des planches et récits inédits ou peu connus parus dans l’hebdomadaire de Marcinelle, entre 1970 et 1977.

Voilà qui permettra de compléter nos connaissances sur le studio Peyo que fréquenta longtemps le sympathique Walthéry (voir « Le coin du patrimoine : Johan et Pirlouit » : http://bdzoom.com/spip.php?article3545) et sur Maurice Tillieux, son scénariste pour « Un trône pour Natacha » et « Le treizième apôtre », deux histoires rééditées dans cet « Envol vers l’aventure » (voir aussi « Le coin du patrimoine : Tif et Tondu » : http://bdzoom.com/spip.php?article3479 et « Le coin du patrimoine : Maurice Tillieux » : http://bdzoom.com/spip.php?article3191).

D’ailleurs, François Walthéry caricatura souvent le créateur de « Gil Jourdan » et de « Félix », ainsi que bon nombre de ses confrères comme nous le rappelle l’auteur des textes de présentation (il s’agit bien, ici, de Patrick Pinchart qui en assume aussi l’éditorial). Ainsi peut-on découvrir le dessinateur Sirius sous les traits du colonel Von Tripp, le rédacteur en chef de l’époque (Thierry Martens) dans le rôle du major Martenne, chef de la sécurité nationale, le scénariste Jean-Marie Brouyère dans la peau d’un petit voyou rouquin, Greg et André Franquin en malfrats, Mittéï en dentiste ou encore Victor Hubinon, appelé Hubiniou en clin d’œil à l’instrument favori de Jean-Claude Fournier, son collègue caricaturé comme lui en camionneur, et dont le nom est inscrit sur la remorque du véhicule rennais que les deux dessinateurs conduisent plutôt dangereusement.

Mais dans « Natacha et les petits miquets » (repris dans l’album n°7, lequel sera compilé dans le troisième tome de cette intégrale), l’ancien assistant Peyo fait encore plus fort ! Il croque l’ensemble des auteurs mythiques du journal Spirou de la grande époque, en partance pour un quelconque festival de bandes dessinées, dans une ambiance fort chaleureuse et bon enfant. François Walthéry s’en donne alors à cœur joie, représentant tous ses dessinateurs amis (de Jijé à Peyo, en passant par Franquin, Tillieux, Macherot, Will, Morris, Tacq, Roba, Berck, Hausman, Devos, Lambil, Leloup, Piroton, Francis et bien d’autres déjà cités dans cet article) avec leurs propres caractéristiques : enfonçant ainsi le clou des légendes que chacun s’était forgé. Ainsi, le papa de « Natacha » s’est bien évidemment représenté arrivant à la dernière minute mais, cette fois-ci, sans son carton à dessin (sa « farde » comme disent les Belges !) sous le bras !

Notre facétieux retardataire n’en restera pas là puisqu’il récidivera, en mettant en scène régulièrement ses collègues dans presque tous les albums qu’il signera par la suite. Signalons, entres autres, Yvan Delporte dans « Natacha et le maharadjah », Raoul Cauvin dans « Les nomades du ciel », Will dans « La mer des rochers », Paul Deliège et même Sergio Aragonès, célèbre cartooniste à Mad et créateur de « Groo the Wanderer », sous les traits d’un agent du F.B.I. dans « Instantanés pour Caltech » ! Ce dernier, sensible à l’hommage qui lui a été fait, lui renvoya l’ascenseur en faisant figurer notre hôtesse de l’air dans l’un de ses strips !

Nombreux furent également ceux qui lui rendirent aussi la monnaie de sa pièce dans l’album « Natacha Nostalgia » réalisé pour le 20ème anniversaire de la série par Marsu (l’éditeur actuel des derniers albums de la belle des airs, et ce depuis 1989) : ainsi, Derib, Batem, Dupa, Yann et Conrad, André Geerts, François Craenhals, Tibet, Dany, Yves Swolfs, Jean-Claude Servais, Francis Carin, Frank Margerin, Ptiluc, Edouard Aidans F’Murrr, Jean-Claude Fournier, Vink, Crisse, Marc Hardy, Philippe Bercovici…, sans oublier le chanteur Renaud* qui s’y fendra même de deux planches de BD, se sont disputé l’honneur de fêter, comme il se doit, cet évènement.

Une autre des spécialités de Walthéry est que, à l’instar de son maître Peyo, il fait souvent appel à ses copains dessinateurs (Pierre Seron, Jidéhem, Will, Mittéï…) ou scénaristes (Gos, Maurice Tillieux, Marc Wasterlain, Jacques Stoquart qui signe Lemasque l’épisode « Un tour de passe-passe » réédité dans ce deuxième volume, Raoul Cauvin, Mythic, Peyo, Michel Dusart…) et qu’il a mis également le pied à l’étrier à quelques vedettes du crayon humoristique d’aujourd’hui (Eric Maltaite, Paul Glaudel, Laudec, Georges Van Linthout ou Bruno Di Sano l’ayant secondé pour les encrages et les décors de certains albums ou histoires plus courtes).

Enfin, l’une des autres particularités de François Walthéry, c’est qu’il est certainement l’un des auteurs de bandes dessinées les plus interviewés du territoire francophone européen. Le nombre d’albums, tous plus intéressants les uns que les autres, qui lui sont consacrés, sont là pour le prouver : « F. Walthéry, une monographie de la bande dessinée » par Jean Jour (aux éditions Libro-science, en 1981), « Walthéry, Natacha & Co » par Jean-Pierre Tibéri (aux éditions Dupuis, en 1987), « Sur les hauteurs du hasard » par Pascal Roman (aux éditions Horizon BD, en 2002), « A propos de Natacha » par Stephan Caluwaerts (aux éditions A Propos, en 2004)…, sans parler des fanzines Hop! n°32 et 55, Sapristi n°21, Auracan n°16, Bo Doï n°7 et 21, De Belles en bulles n°15, Blam ! n°13, On a marché sur la bulle n°2, etc.

D’ailleurs, il y a quelques années, un chroniqueur spécialisé, bien connu dans l’hémisphère BD pour sa moustache et ses mauvaises humeurs, se demandait pourquoi François Walthéry avait tant de succès auprès des journalistes et des passionnés du 9ème art ? La réponse est assez simple : l’homme a du talent, est intarissable en anecdotes sur les grands de la bande dessinée belge qu’il a eu la chance de côtoyer et, en plus, il est convivial ! Sans oublier qu’à l’instar de son héroïne « Natacha », il n’hésite pas à déclarer que, lui aussi, il aime la bande dessinée : et le monde de la bande dessinée le lui rend bien !

Gilles RATIER, avec Laurent TURPIN, aux manettes

* Renaud qui chanta « Natacha » dans « Mambo à Buenos Aires », un album accompagné d’un CD ou d’une K7 et contenant une aventure inédite de 17 planches muettes de François Walthéry (aidé par Georges Van Linthout) illustrant un conte musical écrit par Patrick Dewez, qui a été réalisé par Notes en Bulles, en 1990. Le chanteur énervant y interprétait « Zénobe » (musique Robert Grahame et paroles de Patrick Dewez), le temps de trois minutes inédites de bonheur !

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Une réponse à « Natacha »

  1. DUTREY dit :

    trés bien l’article : il met bien en valeur les qualités exceptionnelles de contact humain de Walthéry et son goût pour la bande dessinée. Je me souviens d’une trés longue soirée de bavardage à la buvette sur la place du premier (et meilleur) Festival de BD à Montréal du Gers où vers 3-4h du matin le serveur nous demandait si on voulait pas aller se coucher…de ses compliments à la maman du jeune bédéaste sur les couleurs de la bd de son fils débutant, alors que beaucoup savent qu’il est Daltonien, etc
    Les anecdotes sur Walthéry rempliraient un gros livre!
    A souligner la qualité de ses dédicaces qui prouvent que c »est aussi un graphiste hors pair.