Willy Lambil : l’artisan dessinateur

Le dessinateur des « Tuniques Bleues » est un des derniers géants de l’école dite de Marcinelle, ville emblématique des éditions Dupuis, et dans les environs de laquelle il réside depuis longtemps. Pilier du magazine Spirou et des éditions Dupuis, Lambil poursuit inlassablement, sur des scénarios de son vieux complice Raoul Cauvin, la destinée graphique des Chesterfield, Blutch et autres soldats de la guerre de sécession américaine, depuis bientôt quarante ans : « La retraite, quelle retraite ? »

 

Il faut dire qu’avec « Indien, mon frère », le 55ème épisode des «Tuniques bleues », Willy Lambil a matière a laisser exprimer sa virtuosité graphique, l’épisode conduisant le sergent Blutch et le caporal Chesterfield, déguisés en colons, à la recherche de chevaux chez les tribus Comanches du Texas : « Certains albums sont plus statiques que d’autres, nous explique le dessinateur. Ici une grande partie de l’histoire se situe en décors naturels qui me permettent de me défouler graphiquement. Il y a également de nombreux indiens ainsi que leur environnement, ce qui est rarement le cas. Le prochain album sera de nature plus classique, et il est vrai qu’il y a les mêmes ingrédients dans nombre d’entre eux. Mais si l’environnement reste le même, je réalise toujours des nouveaux dessins. » Toujours ? « Une fois, pour  « Requiem pour un bleu », j’ai utilisé une photocopieuse pour la répétition de certains décors. J’ai reçu de nombreux courriers disant que j’étais de plus en plus paresseux. Si je recopiais, je n’irais pas loin et en plus,  je m’ennuierais. »

Du récit de ce nouvel album, Willy Lambil ne veut pas vraiment parler : « C’est l’affaire de Raoul Cauvin », nous explique-t-il, tout en précisant qu’il ne découvre de son coté l’histoire qu’à réception du scénario, dans lequel il n’interfère jamais. Et donc, que Chesterfield et Blutch suivent leur périple via leur ancienne garnison de Fort Bow : « Cela ne me fait rien du tout ! » ou même que Blutch se découvre un frère jumeau indien : «il  peut avoir dix frères et sœurs, c’est pareil pour moi, mais si il a une sœur et qu’elle a la même gueule que lui, la pauvre sera vraiment laide ! »

Lambil est un pur dessinateur de bandes dessinées. Raoul Cauvin lui livre les scénarios avec découpage des cases et dialogues, dont il fait ensuite ce qu’il veut graphiquement « à l’intérieur des cases, nous précise-t-il. Mais je ne touche pas aux cases en elles-mêmes. » Chacun sa tâche : « Raoul écrit, moi je souffre pendant un an sur le dessin, et toi tu les lis. Je dis que je souffre, et heureusement qu’on souffre, car il faut que je trouve les angles de vue, les endroits où je situe mes personnages, si je les représente en plans larges ou gros plans, il faut aussi aérer le dessin dans la continuité des cases. Le tout pour permettre la compréhension de l’épisode, comme au cinéma. » Et de conclure : « C’est un travail ! Je ne suis pas un artiste, mais un artisan qui revendique son savoir-faire au même titre que tout artisan, plombier, boucher ou je ne sais quoi encore ! »

Avec beaucoup d’humilité et de modestie, Willy Lambil ne se considère donc que comme un maillon dans la chaîne du succès des «Tuniques bleues », sa série fétiche : « Les Tuniques bleues » est une série intemporelle », nous explique-t-il alors qu’on évoque la parution récente de  l’édition intégrale regroupant les sept albums de « Pauvre Lampil ! » « qui sont, au contraire, très marqués par leur époque, même dans les dialogues. » Et de poursuivre : « On ne m’a pas consulté, je ne tenais pas tellement à voir reparaître cette série que je n’aimais pas, la considérant comme « Trop belge ! ». C’est vieux et démodé. Ca n’intéresse pas les jeunes d’aujourd’hui.  Mais on peut quand même dire que ça fait de nous des précurseurs de la vague des dessinateurs autobiographiques qui sont arrivés plus tard. »

Laurent TURPIN

PS : Pour en savoir plus sur Willy Lambil, lire « Le Coin du patrimoine » que Gilles Ratier lui a consacré : http://bdzoom.com/6299/patrimoine/le-coin-du-patrimoine-bd-willy-lambil/.

« Les Tuniques Bleues T.55 : Indien, mon frère », de Willy Lambil et Raoul Cauvin

Éditions Dupuis (10,45 euros) – ISBN : 978-2-8001-5098-7

« Pauvre Lampil, l’Intégrale », de Willy Lambil et Raoul Cauvin

Éditions Dupuis (39 euros) – ISBN 978-2-8001-4779-6

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