DÉPART DISCRET D’UN GRAND OUBLIÉ DE LA BD : ALBERT WEINBERG

C’est seulement quinze jours après son décès, qui a eu lieu le 29 septembre 2011 dans sa maison proche de Lausanne, que nous avons eu confirmation de la disparition d’Albert Weinberg : l’un des derniers auteurs de la grande époque du journal Tintin et l’un des derniers témoins de l’âge d’or de la bande dessinée en Belgique.

Né à Liège le 9 avril 1922, c’est comme scénariste qu’il entre, en 1950, à l’hebdomadaire du Lombard où il dessine aussi de nombreuses histoires complètes. Elles serviront de tremplin au « Triangle Bleu », un jet piloté par un jeune aviateur canadien.

C’était en 1954 et Albert Weinberg venait de donner vie à son principal héros : le major « Dan Cooper », personnage auquel il s’est identifié pendant la réalisation de plus de deux mille planches rassemblées en quarante-sept albums aux éditions du Lombard et Hibou !

Pour en savoir plus sur cet auteur attachant, voir le « Coin du patrimoine » que nous lui avons consacré en janvier dernier : http://bdzoom.com/spip.php?article4737.

Gilles RATIER pour bdzoom.com

Caricature d’Albert Weinberg par Alexandre Coutelis : ce dessin lui avait été offert lors de l’hommage qui lui fut rendu à Tramelan, en 2010. À cette occasion, une médaille commémorative représentant Albert Weinberg avait été frappée et offerte aux quelques auteurs présents…

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9 réponses à DÉPART DISCRET D’UN GRAND OUBLIÉ DE LA BD : ALBERT WEINBERG

  1. Alain Goutal dit :

    Gilles Ratier a bien raison, Albert était d’une extrême discrétion, mais aussi d’une extrême gentillesse. Et d’une curiosité aiguisée de la vie. Un grand auteur avec une belle humanité.
    Alain Goutal

    • Anonyme dit :

      Merci à toi Albert, pour ta grande gentillesse, ton professionnalisme et ton humour exceptionnel
      Merci à toi, Albert le diablotin comme tu aimais signer le courrier que tu m’envoyais
      et Merci pour cet enrichissement que fut notre rencontre.
      François Dengis

  2. j.etienne dit :

    quel travailleur infatigable! en dédicaces il dessinait comme s’il s’agissait d’une course contre la mort.

  3. Al Coutelis dit :

    « On va le laisser dédicacer et nous on va aller manger parce qu’il en a pour des heures avec ses aquarelles et moi, j’ai faim! » ces fortes paroles sont de Jean-Michel Charlier à propos d’Albert Weinberg lors d’un festival où débordé, Weinberg faisait des heures sup’. Quelques retardataires avaient confié à Weinberg des albums qu’il n’avait pas eu le temps de signer sur place. Il les avait emportés à l’hôtel et les terminait consciencieusement avec crayon, aquarelle, couleur et toutitout! Charlier ne rigolait pas avec la bouffe, Weinberg ne se foutait pas de ses lecteurs.
    Weinberg était charmant, talentueux et ne pleurait ni son temps ni sa peine, au taf comme en dédicace.
    Je l’ai connu que tardivement, à l’occasion de je ne sais plus quel festival où pavoisaient quelques nouveaux talents triomphant honorés et célébrés avec éclat, celui des strass, du toc donc forcément clinquant. Ces opportunistes de surface ignoraient Weinberg. Ils ne jetaient pas davantage un regard vers les autres archontes démodés, forcément démodés lesquels comme d’hab’ tapaient leurs taf sans barguigner ni se plaindre.
    Weinberg m’avait épaté par son énergie, sa jeunesse d’esprit et le ton blagueur qu’il mettait en tout et qui déstabilisait son interlocuteur. Certes il se teignait un peu les cheveux, mais ça ne jurait pas trop. Il blaguait avec tout le monde, charriait les gens et ses confrères forcément plus jeunes que lui, il paraissait encore plus jeune qu’eux!
    Il était l’un des derniers dinosaures d’un temps ou la BD (on ne disait pas comme ça mais j’adapte) n’était ni considérée, ni enseignée et encore moins recommandée. Quant à la trouver chroniquée dans des journaux sérieux ça tenait encore de la divagation vicieuse, du délire pathologique. Alors lui et les autres dinosaures faisaient leur métier, avec talent dans le périmètre qui leur était concédé, qu’ils avaient accepté et parce qu’on leur foutait avec arrogance une paix royale, celle du mépris, de l’indifférence. Et pourtant, ils ont crée dans ces conditions de quasi clandestinité quand ce n’était pas d’opprobre, des chef-d’oeuvre.
    Et ils nous ont créé nous et nous leur devons beaucoup.
    Un poète a écrit ou dit: « la jeunesse c’est le temps qui nous reste ». Weinberg aura été jeune et pimpant toute sa vie.
    Le temps des enterrements commence et je ne m’y ferai jamais.

    Alexandre Coutelis

    • Anonyme dit :

      Merci monsieur Coutelis,bel hommage .

    • J’ai connu Albert lors d’un salon à Charleroi il y a une vingtaine d’années. Nous avons longuement parlé jusqu’à 2H du matin et là il m’a quitté en me disant devoir finir des dédicaces dans sa chambre d’hôtel…
      Je l’ai revu souvent par la suite et il ne mangeait jamais à midi pour se consacrer à ses lecteurs et le soir nous étions souvent les deux derniers à finir nos dédicaces…C’était Albert, les lecteurs d’abord!
      Les auteurs d’aujourd’hui avec leur attitude de « diva » devrait en prendre de la graine car il ne faut jamais oublier qu’un auteur, si talentueux qu’il soit, n’est rien sans lecteurs.Il faut savoir aussi rendre ce que le public vous donne. Les dédicaces ne servent à rien commercialement mais elles donnent du plaisir aux lecteurs et ça on l’oublie bien trop souvent…
      Et Albert était aussi un grand gamin, capable de sauter à cloche-pieds sur un muret comme un enfant de 10 ans… Il ne se prenait jamais au sérieux avec toujours un trait d’humour et un sourire aux lèvres…
      Adieu Albert je suis content de t’avoir connu..;
      Pierre Tranchand -Pica

  4. Renaud SOYER dit :

    N’ayons pas peur des mots Albert Weinberg était un géant.
    Enfant j’ai découvert Dan Cooper par les disques laissés par mon grand frère (Le triangle bleu, le maître du soleil) qui m’avaient vachement impressionné- surtout le « Maître du soleil » .
    En CE2 vers 1974, avec des copains on échangeait sur une BD qui faisait le tour de la classe  » SOS dans l’espace » qui était super sympa branché science fiction avec le sixième doigt qui pousse lorsque dan Cooper est atteint du mal de l’espace.. Ca m’avait bien impressionné aussi.
    Je l’ai ensuite retrouvé dans Super As en 1979 où je trouvais les histoires moins intéressantes.
    Plus vieux, vers 20 piges je me suis acheté l’intégrale des EO Lombard.
    Son dessin était « bizarre »: les personnages semblaient bâclés dans des attitudes figées, mais j’étais fasciné par ses décors parfois hyper réalistes ( Panique à Cap Kennedy, par exemple). Du reste j’apprécie sa période « historique » (les 5 premiers volumes) mais sutout sa période Lombard 1965/68….
    En dédicaces, l’auteur était hallucinant ! Il était réputé pour faire des dédicaces haut de gamme !
    Il était un des derniers grands de l’époque Tintin… Il ne reste plus que Eddy Paape je crois ( si l’on considère qu’il faisait partie de l’équipe historique de Tintin, mais Luc Orient c’était quand même pas n’importe quoi !)
    Très triste que ce grand monsieur soit parti si discrètement. Heureusement ce super site est toujours là pour parler des maîtres de notre enfance.
    Merci, Monsieur Albert ! Saluez les grands Victor et Jean Michel pour nous !!

  5. ROGER BRUNEL dit :

    Bon (dernier ?) vol, mon ami élégant et professionnel dans tous les bons sens du terme. Je garde le souvenir de tes dédicaces à rallonge, de ton humour fin et de ta gentillesse. Merci de m’avoir offert ton amitié éternelle comme ton œuvre…
    roger brunel (petit pasticheur de Dan Cooper heureux de t’avoir fait ce plaisir !)

  6. jacques guillerm dit :

    ALBERT WEINBERG UN ARTISTE BIEN DANS SON TEMPS

    A.Weinberg fait parti des dessinateurs bien présent dans ma bibliothéque.
    Bien que je n’ai jamais eu le plaisir de le renconter, sa disparition m’a touché.
    Les spécialistes diront que sa série « dan cooper  » est moins bonne que « Buck Danny ».
    C’est affaire de point de vue, et Weinberg restera un grand au panthéon des artistes de BD.

    Comment lui rendre hommage autrement qu’en relisant ses albums.
    J’en ai sectionn2 deux qui symbolisent pour moi tout son talent « Le fantome 3 ne repond plus  » et « les 3 cosmonautes »
    Lorsque ses deux histoires paraissent dans le journal Tintin, nous sommes dans les années 60, et pour les étudiants de cette époque les deux grands sujets de conversations pour l’avenir sont la guerre froide et la conquéte de l’espace.

    Ce sont les 8éme et 9éme de la série qui a déjà dix ans, Weinberg est alors au sommet de son art, il n’y a aucune lassitude dans son oeuvre, le dessin est leger et dynamique, quand aux scénarios il sont bien fait et on ne s’ennuie jamais.

    Dans  » fantome 3  » que je considaire à titre persunnel comme le meilleur album de la série, Dan Cooper et deux compagnons se retrouvent par erreur dans l’espace aérien soviétique. (derrière ce que l’on appelait alors « le rideau de fer »
    Dans un paysage de toundra ils vont servir de gibier aux forces soviétques, une passionante course poursuite qui se terminera bien heureusement.

    Dans « les 3 cosmonautes  » on est plongé au coeur de la course à l’espace. Russes et Américains
    se livrent une lutte sans merci pour être les premier sur la lune avant la fin de la décennie et sur mars avant la fin du siécle.
    Mais cette lutte n’est pas absente de respect entre ses héros de lespace, et dans cet album l’amitié est la plus forte.
    Encore un bel album ou l’on ne s’ennuie jamais jusqu’au mot FIN.

    Lire ou relire ses albums c’est replonger dans les années 60 et rendre le plus bel hommage à ce grand artiste Alert Weiberg

    Jacques Guillerm