Les coups de main d’Albert Weinberg

Après l’évocation des débuts de « Buck Danny » la semaine dernière (1), voici un coup de phare sur la carrière d’un autre grand spécialiste de la bande dessinée d’aviation : Albert Weinberg. En effet, les éditions Hibou poursuivent l’édition en albums des récits complets inédits (ou parus dans Tintin sélection et Super As) de « Dan Cooper », lesquels n’avaient pas été repris dans l’intégrale que les éditions Le Lombard ont consacré à cet aviateur canadien.

Le cinquième opus, intitulé « L’Île aux géants » contient quatre courts épisodes :
- « Les Justiciers de l’espace » : sept planches pré-publiées dans le n° 56 de Super As, en 1980
- « Le Baron rouge » : seize planches, remontées en huit, parues à l’origine dans le n° 13 de Tintin sélection, en 1971
- « Terreur à Red Cliff » : seize planches, remontées en huit, publiées pour la première fois dans le n° 12 de Tintin sélection, en 1971
- « L’Île aux géants » : huit planches inédites, spécialement réalisées pour cette édition.

Influencé au départ par des dessinateurs comme Edgar P. Jacobs, Hergé ou Alex Raymond, Albert Weinberg s’affranchira rapidement de leur style en imposant, petit à petit, un trait rapide et efficace : ce qui lui permettra de devenir l’un des piliers de l’hebdomadaire Tintin édité par le Lombard. S’il n’est pas toujours considéré comme un maître du 9e art, sa contribution à l’histoire de ce média est pourtant loin d’être anecdotique et ne se limite pas à son principal morceau de bravoure : les nombreuses aventures du major « Dan Cooper », pilote d’essai de la Royal Canadian Air Force (RCAF), une série qui deviendra, avec « Buck Danny » ou « Tanguy et Laverdure », l’une des références en matière de bande dessinée aéronautique.

Né à Liège, le 9 avril 1922, Albert Weinberg fait ses premières armes dans la bande dessinée en tant que donneur d’idées ! Suite à la rencontre d’un responsable des éditions Dupuis alors à la recherche de jeunes scénaristes pour des dessinateurs en manque d’histoires, il donne un coup de main à Willy Maltaite (alias Will) pour l’écriture de son premier album : « Le Mystère du Bambochal », trente planches que cet élève de Jijé avait commencé juste avant que son maître parte pour les États-Unis et qui seront éditées à compte d’auteur (sous le label des éditions du Ménestrel), en 1950, Dupuis n’en ayant finalement pas voulu !

Puis, après avoir terminé ses études de droit civil et commercial et avoir accompli son service militaire, il se met laborieusement au dessin en multipliant les petits boulots pour Le Moustique ou Spirou et en assistant Victor Hubinon : « Charles Dupuis m’avait recommandé de m’intégrer dans l’équipe créatrice de « Buck Danny » ; à savoir Troisfontaines directeur, Charlier scénariste et Victor Hubinon pour les personnages. Charlier, de surplus, dessinait bateaux et avions… » (2). C’est ainsi qu’âgé de vingt-six ans, Albert Weinberg se retrouve engagé à la World’s P. Presse pour réaliser quelques petits travaux d’essai et, surtout, pour exécuter la mise en couleur des planches de « Buck Danny », dès la fin du deuxième épisode proposé dans Spirou, du 25 décembre 1947 au 14 octobre 1948 : « Le début de ma collaboration à « Buck Danny » remonte à la planche 65 des « Mystères de Midway »… » (2).

Même s’il y était très mal rétribué, Albert Weinberg conserve une certaine nostalgie de son apprentissage au sein des locaux exigus de la World’s : il se souvient de batailles de polochons, de tapages nocturnes réveillant ses collègues (puisqu’ils dormaient et mangeaient tous sur place) et d’échanges de ses parts de viande contre les desserts de Charlier, etc. (3) Ces années, où ils travaillaient tous comme des fous pour gagner leur pitance, lui ont surtout permis de se former en mettant à l’encre certains dessins d’Hubinon sur « Les Mystères de Midway », mais aussi sur le long épisode de « Blondin et Cirage » publié dans Spirou (de novembre 1947 à février 1949) où ce dernier avait succédé à Jijé (voir l’un des « Coin du patrimoine » consacré à ce dernier : http://bdzoom.com/spip.php?article4650).

Weinberg aurait même, soi-disant, contribué à l’écriture au scénario rocambolesque de ce « Blondin et Cirage », du moins en ce qui concerne les dernières pages. Tout comme, dans cette ambiance travailleuse (où chacun se donnait nombre de coups de mains sans problème), il aurait aussi élaboré quelques idées, au fil des conversations, pour alimenter le début de « La Revanche des fils du ciel », le troisième épisode de « Buck Danny »… C’est du moins ce que, du haut de ses quatre-vingt sept ans, Albert Weinberg avait tenté de nous expliquer, lors d’une brève entrevue, il y a deux ans, pendant le festival de la bande dessinée de Chambéry.

Par ailleurs, c’est Georges Troisfontaines qui s’est attribué l’écriture de ce prologue (la première page de « La Revanche des fils du ciel » marque, en effet, une certaine rupture narrative) lors d’un témoignage recueilli par Thierry Martens dans son controversé « La Genèse de Buck Danny » : anecdote reprise par Jean-Pierre Quénez dans le tome 1 de l’intégrale « Buck Danny » aux éditions Rombaldi, en 1986, ainsi que par le spécialiste de l’œuvre de Jean-Michel Charlier qu’est Jean-Yves Brouard, sur son site très documenté http://www.jmcharlier.com.

D’après le patron de la World’s, c’est suite à une brouille momentanée entre eux que Jean-Michel Charlier se serait autorisé à partir en vacances sans laisser d’adresse (il y aura eu, en effet, plusieurs disputes entre ces deux hommes aux caractères bien affirmés mais, manifestement, pendant des années, ils réussirent toujours à se réconcilier…) et qu’il aurait fallu pallier l’absence du scénariste en titre. Troisfontaines aurait alors inventé une mère et un jeune frère à notre héros, le temps de cinq images : Jean-Michel Charlier de retour –on reconnaît aisément son style d’écriture dès la planche suivante-, on ne les reverra jamais plus !

De toute façon, c’est plutôt avec « Tarawa, atoll sanglant », adaptation du récit rigoureusement authentique d’un correspondant de guerre américain par Jean-Michel Charlier (lequel assumait, en plus du scénario et des dialogues, la mise en scène et les dessins des ensembles techniques), qu’Albert Weinberg fait vraiment ses classes : en tant qu’assistant de Victor Hubinon qui, lui, anime les personnages, il est principalement chargé de réaliser les décors de cette bande dessinée de soixante planches parue, en noir et blanc, dans Le Moustique, du n° 1186 du 17 octobre 1948 au n° 1241 du 6 novembre 1949, car jugée trop violente pour Spirou. Weinberg est d’ailleurs représenté sous les traits du journaliste Tim Barkley (les autres protagonistes, Sid Callahan et Rock J. Lange, ayant, quant à eux, les traits de Charlier et d’Hubinon).

Supervisée par Troisfontaines qui insistait sur le fait que cela devienne un véritable reportage dessiné, cette superproduction axée sur un épisode dramatique de la guerre du Pacifique, fut reprise, en 1951 et en 1952, dans un album autrefois plus que mythique aux éditions Dupuis. Rééditée, remaniée et mise toute en couleurs dans Spirou du n° 1872 du 28 février 1974 au n° 1899 du 5 septembre 1974, cette nouvelle version a été compilée en deux albums (en 1975 et en 1984) puis en un seul (en 1993), toujours chez Dupuis ; pour plus de détails, voir le site de Jean-Yves Brouard : http://www.jmcharlier.com/tarawa.php.

À cette époque, pour survivre, Victor Hubinon et Jean-Michel Charlier multiplient les travaux les plus divers. En marge de « Buck Danny » et indépendamment de la World’s, ils créent aussi un éphémère personnage de détective bagarreur : « Joë la Tornade : terreur des gangsters ! » : cinquante-neuf planches de trois bandes réalisées pour l’hebdomadaire belge Bimbo des éditions Guy Depierre (du n° 152 de 1948 au n° 210 de 1949) ; elles furent rééditées dans Héroïc-Albums, en 1952 et 1953, sous le nom de « Jean Tornade », avec des raccords dessinés par Fernand Cheneval, le responsable de cette publication.

Comme les frères Dupuis voient d’un mauvais œil cette incursion de deux de leurs auteurs vedettes dans un journal concurrent, ces derniers vont signer Charvick (Char pour Charlier et Vick pour Victor) et c’est Albert Weinberg qui terminera l’histoire seul, mais en respectant le synopsis écrit par Jean-Michel Charlier. D’ailleurs, jusqu’à la dernière page, l’histoire sera créditée Charvick !!! Pour plus de détails sur cette histoire, voir : http://www.jmcharlier.com/joe_la_tornade.php

En fait, les véritables débuts d’Albert Weinberg, en tant que dessinateur et scénariste indépendant, remontent à 1949 : l’année où il quitte Troisfontaines pour entrer aux Héroïc-Albums en proposant, tout d’abord, « Richard Deville », puis en animant, sans qu’il y ait la moindre mention de signature, cinquante-six aventures archéologiques et exotiques de la série « Luc Condor » (série rebaptisée « Le Condor »), entre 1949 et 1954.

Ensuite, toujours pour les Héroïc-Albums, il crée « Roc Meteor » (six épisodes publiés entre 1955 et 1956), série de science-fiction et d’aventures spatiales également non créditée, à l’exception d’un récit signé I. Karr.

Parallèlement, il illustre également quelques contes dans le quotidien belge Le Soir où il créera une vingtaine d’épisodes humoristiques : « Le Vicomte », entre 1955 et 1969 (4).

Pour ce même support bruxellois, il proposera aussi « Les Aquanautes » : six aventures d’espionnage, liées à la plongée sous-marine, publiées sous forme de strips quotidiens (plus de quatre cents cinquante en tout), entre 1970 et 1971.

Ces dernières ont été reprises dans les quotidiens L’Humanité ou La Nouvelle République et ont été remontées dans la revue de poche Atoll des éditions Jeunesse et Vacances (du n° 112 d’août 1979 au n° 121 de novembre 1981), avant que les quatre premières histoires soient regroupées dans un album broché aux éditions Bédésup, en 1985.

Paraissant sous les strips des « Aquanautes », dans Le Soir, la série de science-fiction « Sirrah » est pratiquement inconnue des spécialistes (et ceux qui la mentionnent l’intitulent souvent, par erreur, « Seraph »), surtout parce que Weinberg y utilisait le pseudonyme d’Aries : il y eut pourtant plus de sept cents bandes, publiées de 1971 à 1974 !

Tout en illustrant quelques romans ou rédactionnels dus à Xavier Snoeckx ou une nouvelle d’Yves Duval dans Spirou (entre 1950 et 1952) (5), Weinberg collabore également, et toujours anonymement, au scénario de l’épisode « Corentin chez les peaux-rouges » publié en 1949 dans Tintin, ceci à la demande de l’auteur lui-même : Paul Cuvelier !

Albert Weinberg est alors remarqué par Hergé qui le charge de lui suggérer quelques gags et situations pour « Objectif Lune » et « On a marché sur la Lune » (titre unique pendant toute la prépublication de ce long épisode en deux parties dans l’hebdomadaire Tintin, du 30 mars 1950 au 30 décembre 1953), car il n’était pas très satisfait par les premières ébauches de son scénario. Parmi les recommandations et documentations, que Weinberg prodiguera à Hergé, figure « Trip to the moon » : le récit d’une expédition lunaire illustré par Chesley Bonestell. On lui attribue aussi, dans cette mythique aventure lunaire, la création du personnage de Wolf, sans qu’il soit, bien entendu, pour le moins crédité !
D’après Jacques Pessis, dans le n° 67 de La Lettre (de Dargaud), en septembre 2002, Edgar P. Jacobs aurait également fait aussi appel à ses services, au moment de la réalisation de l’album « Le Mystère de la grande pyramide » (publication dans le journal Tintin, à partir du 23 mars 1950) : « Dans les pages présentant le décor du récit, la vue d’ensemble et le plan de la nécropole des pyramides de Giza, le Grand Sphynx Re-Harmakhis et une coupe de la grande pyramide de Kheops sont dus au crayon d’Albert Weinberg. » Là encore, sa participation est complètement anonyme !

C’est quand même grâce à ces nombreux dépannages que le rédacteur en chef de l’époque, André Fernez, lui permet de publier sa première illustration dans Tintin (en février 1950) : hebdomadaire auquel il réservera, jusqu’en 1972, l’essentiel de sa production. Il y dessine d’abord une première histoire en une page (« Le Lac de la mort lente », au n°7 de l’édition belge seulement) sous le pseudonyme de Montvin ;
puis une autre à suivre (« Le Secret de Mahukitah », une aventure de dix-sept planches situées en Amérique du Sud, dans la lignée des films d’aventures hollywoodiens, publiée du n°11 au n°22 et du n°24 au n°29 de 1950), ainsi que de nombreuses couvertures ou illustrations de romans (comme « Les Aventures de Dzidziri », en 1951) et plusieurs récits complets didactiques.

Outre cinq d’entre eux qui ont été repris dans les tomes 7 à 11 de l’intégrale « Dan Cooper » au Lombard, certaines de ses histoires en quatre planches (les vingt-cinq qui ont été scénarisées par Yves Duval) sont compilées, en noir et blanc, dans trois albums brochés aux éditions Hibou, sous le titre générique « Les Meilleurs récits de… Weinberg Duval », en 2002, 2003 et 2005.

Par ailleurs, comme le précise Patrick Gaumer dans son indispensable ouvrage « Tibet, la fureur de rire » publié aux éditions du lombard, en septembre 2000, il se trouve qu’Albert Weinberg et le créateur de « Chic Bill » ou de « Ric Hochet » ont débuté ensemble dans Tintin et que les deux hommes étaient très liés. Ne gagnant pas beaucoup d’argent avec leurs bandes qui paraissaient dans l’hebdomadaire de Raymond Leblanc, ils se devaient d’améliorer l’ordinaire par tous les moyens.

Ils ont ainsi multiplié les travaux alimentaires pour Publiart, la régie publicitaire du Lombard, notamment avec des strips mettant en scène le « Grenadier Victoria » (vers 1956)

ou avec des publicités pour Governor parues dans Tintin, en 1958 :

« Albert Weinberg ? Lui et moi avons eu d’énormes crises de fou rire. Pour dessiner, il mettait des lustrines autour de ses manches, cela lui donnait un côté rond-de-cuir, un peu comme dans les pièces de Courteline. Il fut un temps où nous nous téléphonions trois ou quatre fois par jour. Il avait d’ailleurs inventé un appareil qui lui permettait de coincer son combiné téléphonique, tout en continuant de travailler. Pendant que je rongeais mon frein, j’entendais sa plume gratter sur le papier. Il était terriblement moqueur, sarcastique. Rien, ni personne, n’échappait à son ironie. Il donnait des surnoms à tout le monde. Un jour, il me téléphone et me demande sérieusement ce que je pense de lui. Je lui dis qu’il me paraît être un type très inquiet.  » Ah ? Tu trouves ? « … Deux heures après, il me rappelle :  » Dis-moi, qu’est-ce qui te fait dire que je suis un inquiet ? «  »… Profitons-en pour remercier Jean-Claude de la Royère qui nous a déniché ces publicités réalisées pour Publiart !

Dans le même ordre d’idée, signalons aussi qu’Albert Weinberg a également collaboré avec René Goscinny, en dessinant l’histoire « Le Professeur est distrait » : deux pages publiées dans Tintin, au n° 52 de 1956, et reprise dans l’album « Les Archives Goscinny : le journal Tintin 1956-1961 » aux éditions Vents d’Ouest, en 1998.

Finalement, comme Weinberg se montre performant avec les courts récits se déroulant dans le monde de l’aéronautique, sujet qui le passionne depuis toujours, la rédaction du Journal des jeunes de 7 à 77 ans lui commande une plus longue histoire qui devait faire seize pages. C’est alors que Weinberg livre, très rapidement, les trois premières planches d’une nouvelle histoire qui s’intitule « Le Triangle bleu », référence aux ailes delta de l’avion révolutionnaire qu’il met en scène. Séduits par l’ensemble, André Fernez (le rédacteur en chef) et Raymond Leblanc (l’éditeur) lui demandent alors de développer son sujet. C’est ainsi que le pilote canadien Dan Cooper va naître dans les pages de Tintin, en novembre 1954 : et les éditions du Lombard éditeront, de 2000 à 2004, une intégrale en douze volumes des quarante et un albums de cette célèbre série d’aviation (publiés successivement au Lombard, chez Fleurus, chez Edi-3D, chez Novedi et chez Dargaud, entre 1957 et 1992), alors qu’Hibou proposera des recueils d’histoires courtes restées inédites.

Cependant, trois épisodes de cette saga sont vraiment à mettre à part. Il s’agit des tomes 6 à 8 qui sont parmi les meilleurs de la série et où la narration est complètement différente des précédents qui affichaient une ambiance plus science-fictionnesque ; entre autres grâce à la création d’une « team acrobatique » aux personnalités diverses et attachantes : « Duel dans le ciel » (publié du n° 586 du 14 janvier 1960) au n° 616 (du 11 août 1960), « Coup d’audace » (du n° 623 du 29 septembre 1960 au n° 654 du 4 mai 1961) et « L’Escadrille des jaguars » (du n° 669 du 17 août 1961 au n° 698 du 8 mars 1962).

Ceci s’explique par le fait que ce soit Jean-Michel Charlier, lequel était resté en très bons termes avec Weinberg (6), qui ait écrit, à la demande de ce dernier, ces trois scénarios. Bien que débordé de travail le scénariste de « Buck Danny » a donc accepté ce supplément de travail par amitié mais, en accord avec le dessinateur, il ne sera pas crédité…
En effet, Charlier était un auteur de Spirou et « Dan Cooper » était publié dans Tintin ; or, à cette époque-là, pour de sombres histoires de contrats, quand on travaillait pour l’un, on ne pouvait pas le faire pour l’autre, et vice-versa, ou alors de manière anonyme ! Ce n’est qu’en décembre 1987, à l’occasion du tournage de la vidéo-portrait « Un Réacteur sous la plume » que Jean-Michel Charlier s’est finalement dévoilé à ses intervieweurs (en l’occurrence François Defaye et Gilles Ratier) : l’immense scénariste ayant lui-même été chercher, dans ses archives, les trois albums qu’il avait scénarisé anonymement pour nous les montrer.

Parallèlement aux aventures aéronautiques de « Dan Cooper », Albert Weinberg va créer bien d’autres héros dans Tintin : à commencer par « Alain Landier » qui connu, entre 1962 et 1971, vingt-deux histoires courtes de quatre à huit pages mêlant archéologie et mystère de science fiction (7). Sans oublier « Vicky », une guide grecque apparue dans l’une des aventures de « Dan Cooper » (« L’Affaire Minos », en 1969), un personnage réel transformé en héroïne de papier qui mènera cinq enquêtes de huit planches chacune, en 1970.

Tintin traduira aussi, du n° 51 de 1969 au n° 13 de 1970, sa série avortée « Giovanni di Celli », aventures à la « James Bond » dont le seul épisode est intitulé « Projet 47 », qui paru préalablement dans Il Corriere dei Ragazzi. En revanche, « Aquila », son autre série proposée dans ce magazine italien à la même période (de 1972 à 1975) et qui mettait en scène un jeune pilote élevé par un moine tibétain, est toujours inédite en français !

Albert Weinberg réalisera aussi d’autres travaux pour le marché européen, notamment « Knut Andersen », un sportif automobile créé pour le magazine néerlandais Pep, à partir de 1971.

Sans oublier la série « Barracuda » réalisée pour le magazine allemand Zack, entre 1973 et 1975 : des aventures archéologiques sous-marines qui rappellent celles des « Aquanautes » et qui furent traduites dans la version française de Tintin (en 1977) et dans l’éphémère hebdomadaire Super As (en 1979). Deux albums (sur les quatre histoires parues) ont été édités, en 1979, chez Fleurus.

Quant à « Dan Cooper », il quitte les pages de la version belge de Tintin en 1972 car les rapports entre Weinberg et Greg, le rédacteur en chef en poste depuis 1965, se révèlent de plus en plus difficiles. Aussi, quand Jack De Kezel propose un transfuge dans Zack, notre auteur réalisera quelques histoires courtes qui seront au sommaire de cette émanation du groupe allemand Springer, entre 1976 et 1978, mais qui seront aussi éditées dans Tintin France (en 1977) et dans Super As (entre 1979 et 1981). Albert Weinberg signera encore « Bib » dans l’hebdomadaire agonisant des éditions du Lombard : une série publicitaire, réalisée pour les pneus Michelin, comportant cinq récits publiés de 1974 à 1975 (merci à Alain Lerman pour nous avoir fourni une illustration de cette bande), dont un de quarante-quatre pages (« Le Rallye de l’enfer »).

Notre dessinateur réalisera encore trois autres ouvrages publicitaires : « Aviation militaire suisse : 75e anniversaire avec nos pilotes » album de vingt-quatre pages couleurs commandé par la Société de Banque Suisse, en 1989, « Où vas-tu Vanessa ? » publié, en 1993, par l’office du Tourisme de Château d’Oex, en Suisse (pays où il réside depuis quelques années), et « Opération sauvetage » : quarante-huit pages en couleurs illustrant un texte de Jean-François Luy écrit pour les sauvetages suisses en hélicoptères REGA, en mai 1995.
Enfin, sa véritable dernière création originale sera « Agent spécial : Le Roumain » : série d’espionnage créée en 1993, pour les éditions genevoises Agorma (8), et dont seul le tome 1 est paru, faute de succès suffisant.

À la vue de cette longue carrière bien remplie et de tous ces coups de main qu’il a pu donner, nul doute que ses copains Hergé, Jacobs, Cuvelier, Hubinon, Charlier, Goscinny, Will, Tibet et consorts se serreront bien un petit peu pour lui laisser une petite place…, le moment venu, au panthéon de la bande dessinée franco-belge (9) !

Gilles RATIER

(1) Voir : http://bdzoom.com/spip.php?article4724

(2) Extraits d’une interview réalisée par Jean-Claude Faur, le 20 décembre 1985, et publiée dans le fanzine Bédésup n°35 en 1978.

(3) Voir « Dossier Tarawa », le long article de Thierry Martens publié dans le n°56 de la revue Hop !, au premier trimestre 1993.

(4) Merci à Gaëtan Laloy pour nous avoir retrouvé une planche du « Vicomte » ! Profitons-en pour signaler que le libraire belge Danny De Laet aurait également repris certaines de ces pages de gags dans son fanzine Detective Story.

(5) Pour les éditions Dupuis, Albert Weinberg illustrera même les couvertures des albums n°5 à 7 de « Red Ryder », le western de l’américain Fred Harman, entre 1952 et 1955 !

(6) En revanche, d’après un article de Jean-Yves Brouard paru dans la revue Info-Pilote de janvier 1989, Victor Hubinon n’a guère apprécié l’apparition de « Dan Cooper » dans Tintin : « C’est moi qui ai appris à dessiner à Albert et tout ce qu’il a trouvé de mieux à faire pour me remercier, c’est de créer un concurrent… Mais aujourd’hui, c’est oublié et je lui serre la main… » avait-il déclaré par écrit au journaliste, en 1978.

(7) Toutes les aventures d’« Alain Landier », de « Giovanni di Celli » et de « Vicky » sont disponibles aux éditions Hibou, sous la forme de quatre albums en noir et blanc publiés en 2000, 2001, 2002 et 2003.


(8) Pour ce même éditeur, Albert Weinberg participera aussi à l’album collectif « Ex-Yougoslavie, pour un monde meilleur », en 1993, avec quelques belles illustrations.

(9) Pour en savoir plus sur Albert Weinberg, on peut également consulter, à bon escient : Hop ! n°22, n° 44 et n° 56, Bédésup n° 35, Phénix n° 6, La Lettre de Dargaud n° 67, dBD n° 24, Zoo n° 27 et « En marge des bulles », recueil d’anecdotes autour de la réalisation de planches de « Dan Cooper », préfacé par le journaliste Ariel Herbez et publié par le BD-Club de Genève, en 2002.

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3 réponses à Les coups de main d’Albert Weinberg

  1. renaud045 dit :

    Et bien voici encore une fois, un article de qualité !!

  2. j.etienne dit :

    j’ai parcouru l’article un peu vite et je ne vois pas de date de décès .Monsieur Weinberg est-il toujours parmi nous?Je l’ai rencontré à St Louis (Alsace) et malgré ses 80 ans et le coup de crayon un peu tremblotant,il n’arrêtait pas de dessiner;Il emportait une pile de « Dan Cooper » dans sa chambre d’hôtel et continuait de dédicacer le soir.Un vrai stakanoviste !

    • Bdzoom dit :

      Bonjour Étienne
      Albert Weinberg est encore bien vivant ; même si, aux dernières nouvelles, il serait très diminué… Pour info, l’anecdote que tu nous rapportes se renouvelait à chaque fois qu’il se déplaçait… Et c’était encore le cas à Chambéry, il y a deux ans…

      La bise et l’amitié

      Gilles Ratier

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