Quand Velázquez se met au nu !

Passionné de peinture, le scénariste Jean-Luc Cornette (qui commença en tant que dessinateur de bandes dessinées pour enfants à Tintin reporter, puis à Spirou ou chez Casterman) nous avait déjà gratifiés de deux beaux albums sur la vie d’artistes peintres : « Frida Kahlo » (dessins de Flore Balthazar, chez Delcourt, en 2015) et « Klimt » (avec Marc-Renier, chez Glénat, en 2017). Il récidive aujourd’hui chez Futuropolis en nous contant l’étonnant voyage en Italie de Diego Velázquez. Périple dont ce maître de la peinture universelle ramène une toile personnelle : le seul nu de toute sa carrière… Un récit certes historique, mais rempli d’humour et de second degré, sublimé par l’illustration en couleurs directes du signor Matteo Alemanno !

Diego Velázquez a été nommé peintre de la chambre du roi par Philippe IV d’Espagne (Felipe IV), avant de devenir surintendant des travaux royaux.

C’est d’ailleurs à ce titre que ce souverain grand amateur d’art, dont il est au service depuis plus de 25 ans (cumulant les fonctions de grand huissier de la cour, mais aussi de valet de la garde-robe et de chambre du roi), le missionne en Italie : ceci afin qu’il rapporte de nouvelles œuvres pour compléter la collection de l’Alcazar royal de Madrid, en février 1649.

Velázquez a alors 50 ans et c’est son second séjour dans le pays de Dante, après 20 ans d’absence.

Il part accompagné de son esclave Juan de Pareja, dont il réalisera le portrait en Italie : aujourd’hui, tous les historiens s’accordent pour confirmer que l’artiste demandait toujours à des proches de poser pour lui…

Arrivé à Rome, le peintre obtient l’appui bienveillant du pape Innocent X pour pouvoir parcourir les principales galeries de la ville éternelle. En revanche, ce dernier lui demande en échange de peindre son portrait. « Que le seigneur me pardonne ce péché d’orgueil, mais je veux être le pape qui traversera les siècles, car il aura été peint par le grand Velázquez », confiera-t-il au peintre qui, très honoré, a toutefois besoin de quelques semaines afin d’apprivoiser son pinceau : car il n’a plus couvert de toile de couleurs depuis plusieurs mois, à cause de ses lourdes charges envers son vassal.

Tout en profitant de l’ambiance italienne (bien plus légère et décontractée que celle qui règne en Espagne où sévit encore l’Inquisition), c’est ainsi qu’il visite les collections Borghese, Farnese, Mattei ou encore la Villa Médicis, accompagné de son collègue et ami Antonio Domenico Trivia, lequel a aussi une sœur qui se revendique peintre : Flaminia.

Velázquez remarque ainsi que les peintres italiens sont beaucoup plus audacieux que les Espagnols, car ils n’hésitent pas produire de nombreuses toiles de nu. Alors, pourquoi pas lui ? Ici, personne ne s’offusquerait de cette audace ! Il ne lui reste donc plus qu’à trouver un modèle…

C’est ainsi que Jean-Luc Cornette (1) et Matteo — le talentueux dessinateur des séries « Mèche rebelle/proTECTO » ou « Marina » avec Zidrou — (2) imaginent les romantiques et drolatiques circonstances de la création de la « Vénus à son miroir » : le seul nu que ce célèbre artiste spécialisé dans le portrait réalisera !

Gilles RATIER 

(1)  Voir aussi sur BDzoom.com : Jean-Luc Cornette nous avoue tout de sa passion pour Mickey et Pat Hibulaire…Un paresseux pas si paresseux qui veut voir le monde : entretien avec Jean-Luc Cornette…Hélène Jégado, dite Fleur de tonnerre : arsenic et vieilles dentelles bretonnes….

(2)  Voir sur BDzoom.com : « Marina T1 et T2 : Les Enfants du doge – La Prophétie de Dante Alighieri » par Matteo et Zidrou« Marina T1 : Les Enfants du doge » par Matteo et ZidrouPlus de lectures

« Vénus à son miroir » par Matteo et Jean-Luc Cornette

Éditions Futuropolis (17 €) — EAN : 978-7548-2938-0

Parution 9 novembre 2022

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