Akim : ne l’appelez surtout pas Tarzan…

Akim est né en 1950 dans un petit fascicule hebdomadaire de la presse transalpine. Ce clone italien de Tarzan vit sur presque 800 numéros des aventures à rebondissements avec ses amis les animaux de la jungle. Il rencontre un énorme succès en France à partir de 1958. Les éditions Robinson ont la bonne idée de compiler et rééditer en noir et blanc tous les épisodes à partir de cette date. De quoi satisfaire vieil aficionado et nouveaux lecteurs.

Le personnage de Tarzan apparait en 1912 dans le roman « Tarzan seigneur de la jungle » d’Edgar Rice Burroughs. Dès 1929, Harold Foster en fait un héros de bande dessinée. Les comics strips tirés de ses aventures connaissent leur apogée de 1937 à 1950 sous la plume de Burne Hogarth. Ce personnage d’enfant sauvage livré à lui-même, qui devient roi des animaux de la jungle, inspire de nombreux auteurs de bandes dessinées populaires. Le critique français Francis Lacassin crée le terme de tarzanides pour désigner ces personnages, hommes ou femmes, qui dominent la forêt ou la jungle, parlent à des animaux qu’ils dirigent et sont souvent confrontés à des civilisations oubliées. Il existe des dizaines de tarzanides : de Sandor ou Sheena (de Will Eisner et Jerry Igger) dès les années 1930 à Zembla, Rahan ou Jungla (la vierge africaine). Akim est parmi tous ses succédanés celui qui connait le plus de succès auprès d’un vaste lectorat, et ce sur plus de trois décennies.

Notre ami et collègue Henri Filippini (1) retrace dans la préface de l’album la genèse de la série : « C’est alors qu’il avait dix ans que Roberto Renzi imagine Akim avec son ami d’enfance Augusto Pedrazza. Bien que le dessinateur possède les ouvrages de Burroughs, qu’ils aient savouré ensemble les premiers films de Tarzan, c’est un héros totalement différent qu’ils souhaitent créer. Un héros bien plus humain que celui immortalisé par les dessins de Burne Hogarth.

Il leur faut attendre le 10 février 1950, après la publication de quelques travaux communs, pour que leur Akim voie enfin le jour dans un modeste strice portant le nom de leur héros. À cette époque proche de la Seconde Guerre mondiale, le papier est encore rare et cher d’où la publication de strices : petits fascicules hebdomadaires de format à l’italienne de 17 sur 8 cm aux couleurs chatoyantes et aux sous-titres prometteurs. »

Les aventures d’Akim connaissent une longévité exceptionnelle pour un fumetti : 509 numéros sont publiés jusqu’en 1968 avant une renaissance en 1976, en partie due à l’énorme succès remporté par la série en France à partir de 1958. Écoutons là encore l’ami Filippini : « Si les ventes des premières livraisons sont inquiétantes, dès son n° 22, Akim devient bimensuel après avoir été rejoint par le trimestriel Bengali où il est également présent avec des aventures inédites, preuves d’une envolée des ventes. 756 numéros sont publiés jusqu’en février 1991 : un record ! À ce rythme infernal, le matériel italien est rapidement épuisé. Dès 1963, Bernadette Ratier se voit contrainte de commander des épisodes inédits aux auteurs afin d’assouvir la soif d’évasion de ses petits lecteurs français. Plus populaire dans son pays d’adoption que dans celui qui l’a vu naitre, encore une particularité d’Akim. »

Le deuxième volume de la réédition chronologique de la série est disponible dans toutes bonnes librairies. Il réunit sur près de 400 pages les épisodes parus en 1959 et 1960. De quoi retrouver avec plaisir et une certaine nostalgie les aventures du fils du conte Rank, orphelin recueilli et élevé par des gorilles avant de prendre le nom d’Akim et de devenir le roi des animaux. Akim sauve Rita, une européenne qui devient sa compagne. Ensemble ils adoptent Jim, un jeune garçon qui grandit entouré d’animaux fidèles : le gorille Kar, Mol l’aigle ou le lion Rag. Et ce n’est que le début des aventures du roi des animaux qui contrairement à Tarzan sait leur parler et les protéger.

Laurent LESSOUS (l@bd)

(1) Voir aussi son article sur le tome 1 de cette intégrale : Akim : le fils de la jungle respire encore !.

« Akim, intégrale T2 : 1959 – 1960 » par Augusto Pedrazza et Roberto Renzi

Éditions Robinson (19,99 €) – EAN : 978-2-01629è106-1

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