Claude-Henri Juillard : l’élégance du trait… (deuxième et dernière partie)

Suite et fin du dossier consacré à Claude-Henri Juillard : dessinateur ayant longtemps signé de ses seuls prénoms et qui a participé à tous les genres avec le même talent, de la bande dessinée d’aventure aux histoires pour fillettes. De Zorro à Vaillant, en passant par Lisette, des hebdomadaires de grand format aux fascicules de poche, il a réalisé des milliers de pages avec son trait élégant et dynamique. C’est ce créateur, aujourd’hui bien oublié, que nous vous invitons à (re)découvrir. Pour la première partie, cliquez ici : Claude-Henri Juillard : l’élégance du trait… (première partie).

« Miracle à Milan » Line n° 295 (02/11/1960).

Troisième étape : les magazines pour fillettes

C’est dans les pages de l’hebdomadaire Line— conjointement publié, depuis 1955, par les éditions du Lombard et Dargaud — que Claude-Henri se rend compte qu’il prend plaisir à dessiner pour les filles.

À partir de 1960, il met en images de classiques récits complets authentiques, aux côtés d’une solide équipe de dessinateurs français et belges : Édouard Aidans, Dino Attanasio, Raymond Reding, Janine Lay, André Gaudelette, René Novi… (1)

Entre 1960 et 1963, il signe une vingtaine d’histoires de quatre à six pages écrites par Yves Duval, André Fernez, Step… : « Miracle à Milan » (n° 295), « Mélusine » (n° 303), « Mississipi » (n° 402), « La Petite Fille au transistor » (n° 428)…

Son trait vivant, ses fillettes sympathiques et charmantes, séduisent rapidement les jeunes lectrices. Ce qui lui permet de lancer sa première héroïne : Valérie, dont les scénarios sont imaginés par son épouse Janine. Valérie, jolie mannequin blonde, travaille avec le photographe Gregory Adams entouré de ses collaborateurs Dany et Sonia.

« Valérie et la petite sauvageonne » Line n° 312 (01/03/1961).

Le quatuor voyage à travers le monde croisant la route de personnages parfois étranges. Elle est la protagoniste de trois longues histoires en 32 pages, publiées de 1961 à 1963 : « Valérie et la petite sauvageonne » à partir du n° 312 (01/03/1961), « Valérie gagne la partie » et « Valérie au Mexique » qui se termine dans le n° 418 (13/03/1963). Hélas, victime de la vague yé-yé, Line disparaît et laisse notre dessinateur sans travail, alors que sa collaboration à Vaillant prend fin, elle aussi.

« Valérie au Mexique » Line n° 409 (09/01/1963).

Il tente de rebondir à Mireille — bimensuel publié par Cino Del Duca —, où il collabore à la rubrique « Filles de France ».

Pour les mêmes raisons que Line, le journal cesse de paraître lui aussi, ce qui explique la limitant sa participation aux n° 398 (24/10/1963) à 403 (02/01/1964).

Autre tentative sans suite, « La Tunique rouge » : un récit en 42 pages ayant pour cadre le Canada au temps des trappeurs, écrit par Jacques François (Marijac) et publié par le format de poche Frimousse du n° 156 (29/09/1964) au n° 159 (10/11/1964).

Bien que contacté par Marijac afin de poursuivre cette collaboration, Claude-Henri préfère opter pour deux autres maisons d’édition visitées au même moment. Et une fois encore il a vu juste !

« La Tunique rouge » Frimousse n° 156 (29/09/1964).

Coup double chez Fleurus où les rédactions de deux journaux de l’éditeur catholique lui ouvrent leurs portes : J2 jeunes et J2 magazine.

« Cook » J2 jeunes n° 11 (17/03/1966).

Son passage dans le premier se limite à une vingtaine d’histoires complètes didactiques en cinq pages proposées du n° 10 (05/03/1964) au n° 20 (19/05/1966) et écrites par Louis Saurel, Guy Hempay, Monique Amiel, Georges Fronval… : « La Conjuration de Cinq Mars », « Rintintin », « La Palice, ne mentez plus ! », « La Guerre des Iroquois »…

« Une robe qui porte bonheur » J2 magazine n° 21 (21/05/1964).

Illustration J2 magazine n° 1 (07/01/1965).

À partir du n° 21 (21/05/1964) de J2 magazine descendant d’Âmes vaillantes, il réalise une quarantaine de récits historiques signés Louis Saurel, Guy Hempay, Monique Amiel, M. Caviale, Henriette Robitaillie, François Drall, Henri Cado… jusqu’au n° 49 (06/12/1972) : « Une robe qui porte bonheur », « Rose de mai », « Rudyard Kipling », « Brigitte Peinz », « Amelia Earhart », « Mahalia Jackson », « Les Trois Dames du Dauphiné »…

Une fois encore, son trait fait merveille auprès des jeunes lectrices : ce qui lui permet d’aborder les histoires à suivre et la création de personnages récurrents.

Il campe dans le n° 51 (22/12/66) « Anita la petite fée des glaces » imaginée par le prolifique François Drall.

Jolie blondinette issue d’une famille pauvre, Anita est une jeune patineuse particulièrement brillante qui parcourt le monde au grès des compétitions.

Bien entendu, chaque voyage lui permet de vivre des aventures à la fois mouvementées et dramatiques.

« Anita » J2 magazine n° 51 (27/12/1966).

Ses tribulations prennent fin au septième épisode : « Anita et le Patin club » proposé du n° 50 de 1971 au n° 4 (27/01/1972) de J2 magazine.

« Anita » J2 magazine n° 4 (27/01/1972).

C’est dans les grands espaces australiens qu’évolue Flower Jane : sa seconde héroïne destinée à J2 magazine. Fille du docteur Wandle, cette jolie brune aime chevaucher dans des régions encore sauvages, accompagnée par son amie Fanny.

« Flower Jane » J2 magazine n° 38 (17/09/1970).

Elle vit sa première aventure complète en huit pages écrite par Guy Hempay dans le n° 38 du 17/09/1970. La série prend fin avec le seizième épisode (20/02/1974), alors qu’elle s’envole pour l’Angleterre après avoir épousé le séduisant James Mahana.

« Flower Jane » J2 magazine n° 8 (20/02/1974).

À ces deux séries récurrentes, il faut ajouter quatre histoires à suivre indépendantes : « Josée contre le vent » écrite par Henriette Robitaillie en 1965,

« Josée contre le vent » J2 magazine n° 12 (26/03/1966).

« Le Secret du livre vert » de François Drall en 1966, « L’Étrange Boiteux » de Jacques Henry Denz en 1967,

Planche originale et film de coloriage de la page 2 de « L’Étrange Boiteux » J2 magazine n° 22 (01/06/1967),

enfin « Les Fiancés de vendémiaire » de Philippe Brochard en 1973.

« Les Fiancés de Vendémiaire » J2 magazine n° 7 (14/02/1973).

Sans oublier quelques illustrations proposées de 1964 à 1966.

En 1974, J2 magazine devient Djin et change de formule.

Claude-Henri, qui signe désormais Juillard, est remercié comme d’autres anciens collaborateurs de la presse Fleurus.

Une nouvelle génération d’auteurs entre en scène dont un certain André Juillard qui, ironie du sort, n’a pas le moindre lien familial avec lui.

Tout juste entré chez Fleurus, Claude-Henri démarre d’autres activités aux éditions de Montsouris : propriétaires de l’hebdomadaire Lisette couplé à Nade (Bernadette) de la maison de la Bonne Presse.

« Des roses qui viennent de loin » Lisette n° 24 (13/06/1965).

Avec « Boule de neige », publié dans le n° 3 (17/01/1965), il commence par livrer des récits complets. Une trentaine jusqu’en 1970, écrits par Henriette Robitaillie (alias Cécile Romancère, Édith Orny ou Clara), Hélène Leconte-Vigié, François Drall… : « Gandhi », « Alerte au radium », « Anne de Bretagne », « Amitiés polaires », « Le Professeur a volé la confiture »…

« Le Professeur a volé la confiture » Lisette n° 38 (20/09/1970).

On lui propose rapidement de passer aux histoires à suivre. Une vingtaine de paginations variées sont réalisées entre « La Nuit d’émeraude » de Cécile Romancère (pseudonyme d’Henriette Robitaillie) en 1965

« La Nuit d’émeraude » Lisette n° 41 (10/10/1965).

et « Paramaribo » de la même scénariste (qui prend fin dans le n° 39 du 26/09/1971).

« Paramaribo » Lisette n° 39 (26/09/1971).

Notons : « Un cousin d’Amérique » d’Édith Orny (autre pseudonyme d’Henriette Robitaillie) en 1966, « Fille de clown » de Fransard en 1967, « Les Aventures de Marco Polo » et « Le Tour de France par deux enfants » de Geneviève de Corbie en 1967,

« Le Tour de France par deux enfants » Lisette n° 48 (28/11/1967).

« L’Écorce du Quebracho » d’Édith Orny en 1969,

« L’Écorce du quebracho » Lisette n° 12 (23/03/1965).

« Sept Chiens et un secret » d’Édith Orny ou « Le Puits sans fond » de Colette Tournès en 1970…

« Sept Chiens et un secret » Lisette n° 3 (18/01/1970).

Il est régulièrement présent dans le trimestriel Lisette magazine, pour lequel il propose des récits complets le plus souvent inédits : « La Femme en gris » (n° 37 de novembre 1965),

« La Femme en gris » Lisette magazine n° 37 (11/1965).

« Le Mystère du lac » d’Henriette Robitaillie (n° 53 de décembre 1968)… Dans le n° 63 (1970), il crée, avec Anne Clairmarais, le personnage de Marion. Étudiante globe-trotter, Marion est l’héroïne de 11 aventures jusqu’au n° 78 (juin 1973) : le dernier du magazine.

« Marion » Lisette magazine n° 78 (10/1973).

Notons aussi trois épisodes de « Arnelde et Meyoti » écrits par Henriette Robitaillie (n° 72,73 et 75).

« Arnelde et Meyoti » Lisette magazine n° 75 (10/1972).

En 1972, Lisette rejoint Mademoiselle Caroline de la SFPI de Jean Chapelle : magazine qui semble ne plus se souvenir du jeune débutant de 1946.

Deuxième coup dur pour Claude-Henri qui, après J2 magazine, perd le deuxième journal qui le faisait vivre.

De petits boulots en petits boulots

Sans travail, Claude-Henri ne se tourne pas vers l’édition religieuse comme plusieurs de ses confrères dans sa situation, mais vers les formats de poche pour lesquels il a déjà beaucoup donné.

Dès 1973, il débute une longue collaboration avec les éditions Aventures et voyages dirigées par Bernadette Ratier.

Aux côtés de Rémy Bourlès, Jean Joly, Joré…, il illustre textes didactiques et nouvelles de 1973 à 1987. Ces travaux, deux ou trois par fascicule, permettent aux éditeurs de petits formats d’ajouter une note éducative aux bandes dessinées publiées par leurs magazines.

Illustrations Aventures et voyages.

Il livre des milliers de dessins, le plus souvent dans le registre historique, au cours de ses 15 années de participation, dans la majorité de la vingtaine de titres proposés par Aventures et voyages : Akim, Cap’tain Swing, Brik, Bengali, Atemi, La Route de l’Ouest, Mister No, Safari, Long Rifle, Lancelot, Ivanhoé, Carabina Slim, Pirates, Antares, En piste !, Marco Polo, Janus Stark… Ici encore, tout au long de ces modestes contributions maigrement rétribuées, son dessin est toujours parfait.  

Illustrations Aventures et voyages.

En 1975, la SEPP — petit éditeur lyonnais publiant des pockets proposant essentiellement des traductions de séries étrangères — décide de se renouveler en formant une équipe de dessinateurs français.

Il s’agit de Pierre Frisano, Daniel Massard, Robert Bressy, François Corteggiani, François Dimberton, Michel Motti… et Claude-Henri.

Il anime les enquêtes de Xavier Humbert, jeune et séduisant détective de l’agence X1, écrites par Serge Saint-Michel.

Il dessine, en 1975, deux épisodes dans Agent spécial n° 66 et 67 et quatre autres dans Rex super n° 1 à 4.

« Xavier Humbert » Agent spécial n° 66 (06/1975).

Il a encore le temps réaliser quelques couvertures et de livrer le premier épisode de « Camoing l’anti gang » (scénario Daniel Massard) dans Vautour, en 1976. Hélas, l’expérience jugée trop coûteuse prend fin au printemps 1976.

« Comoing » Vautour n° 50 (1976).

Une nouvelle fois sans travail, il se tourne vers Fleurus éditions qui, contrairement à leur département presse, connaissent le succès avec leur collection Vidi : laquelle propose des ouvrages didactiques en BD. Il met en images trois albums : « La Pèche » avec Daniel Maury,

« La Pèche » Chancerel/Fleurus (1977).

« Le Football » avec André Manguin en 1977, et enfin « La Bicyclette » avec Michel Coste en 1978.

« La Bicyclette » Chancerel/Fleurus (1978).

Pour le même label, en 1982, il réalise une cinquantaine de strips des « Pionniers de l’impossible », aux côtés de Roland Garel, Robert Bressy et Jacques Arbeau.

1986. »](1986). »]

« Pionniers de l’impossible » Le Nouvelliste de Trois-Rivières 1986.

Notons que « Le Foot » a été adapté en couleurs en 1984 au format album pour les œufs Mas d’Auge.

Autre collaboration fugitive : « Mayerling » pour la collection Les Grandes Énigmes de l’histoire des éditions du Lion de Lausanne.

En 1977, pour le mensuel Karaté, il crée « Sabre, le super samouraï » écrit par Thémis.

Cette éphémère série a eu au moins un épisode de 20 pages proposé dans le n° 32 (mars 1977).

« Sabre le super samouraï » Karaté n° 37 (03/1977).

Illustration Kouakou n° 86 (02/1981).

À la fin des années 1970, il commence une longue collaboration avec la Société d’édition générale et de documentation (SEGEDO).

Sise à Paris, cette société d’éditions est spécialisée dans la réalisation de revues et d’albums destinés aux pays de la francophonie au titre de la Coopération.

À partir de 1979, à la suite de Jean Trubert, il illustre des textes de contes africains dans le bimestriel Kouakou du n° 77 (juin 1979) au n° 146 (février 1991).

Pour Calao, bimestriel destiné aux adolescents, il met en images « La Règle du jeu » : bande dessinée didactique, en une page, consacrée aux divers sports.

Écrite par Serge Saint-Michel, cette rubrique est publiée du n° 37 (janvier 1981) au n° 48 (décembre 1982).

« La Règle du jeu » Calao n° 37 (01/1981).

À partir du n° 40 (février 1984) du trimestriel Carambole destiné aux jeunes Réunionnais, il anime les aventures de Darma : récits complets en huit pages. La série écrite par Serge Saint-Michel et J. J. Cartry prend fin dans le n° 66 (mars 1990), à la suite de son décès.

« Robotique en toc » Carambole n° 45 (12/1984).

Souffrant d’un cancer du poumon causé par la balle enkystée depuis la guerre, Claude-Henri Juillard est mort à 75 ans, le 27 avril 1990 à Montcuq dans le Lot où il s’était retiré.

« La Croisière » Carambole n° 64 (10/1989).

Planche originale à la gouache, sans précision de publication.

Quel que soit l’éditeur pour lequel il a travaillé, Claude-Henri a toujours fourni un travail soigné, incapable de bâcler la plus modeste des commandes.

Des grandes séries classiques, aux décors méticuleusement travaillés, au dynamisme des histoires destinées aux fillettes, son trait reconnaissable au premier regard a enchanté des générations de lectrices et de lecteurs.

Victime, comme beaucoup d’autres, de l’absence d’albums, son œuvre demeure aujourd’hui inaccessible : ce qui est fort regrettable.

Signalons que la revue Hop ! a publié une rétrospective Claude-Henri en quatre parties, dans ses n° 119, 121, 123 et 125 (septembre 2008 à mars 2010) et proposé un résumé de sa carrière avec de nombreux extraits de son œuvre au n° 109 du premier trimestre 2006.

Henri FILIPPINI

Relecture, corrections, rajouts, compléments d’informations et mise en pages : Gilles RATIER

(1) Voir : « Spaghetti »« Jari » de Raymond RedingJanine Lay : profession dessinatrice…« P’tit Joc » d’André Joy et Jean OllivierLe dessinateur André Gaudelette, qui signait aussi André Joy, est décédé ce week-end !Marc-René Novi : une carrière contrariée… (première partie) et Marc-René Novi : une carrière contrariée… (deuxième et dernière partie).

« Flower Jane » J2 magazine n° 45 (07/11/1973).

Galerie

5 réponses à Claude-Henri Juillard : l’élégance du trait… (deuxième et dernière partie)

  1. PATYDOC dit :

    Merci pour toute cette série d’articles réhabilitant les auteurs « sans domicile fixe  » ( = sans album) !

  2. Erik A dit :

    Décidément une découverte pour moi, qui de Juillard ne connaissait qu’André.. Un auteur prolifique et doué. Mais inconnu. Et on ne peut que regretter avec ce trait que dans la décennie 80 il n’ait travaillé pour Circus ou Vécu…

  3. BARRE dit :

    Juillard aurait pu s’appeler Prolifique!

  4. Mariano dit :

    Évidemment je le connaissais dans Vaillant dans lequel il oeuvrait avec comme le précise Henri, un trait reconnaissable, mais je n’avais jamais recherché d’autres participations. Juste lues dans les fameux Hop!
    C’est donc avec un grand plaisir que je les découvre dans ce très beau dossier.
    Merci Henri