Lambil : 70 ans de vie de Spirou !

Pour la plupart des lecteurs des « Tuniques bleues », le duo que forment Raoul Cauvin et Willy Lambil ne peut être que chaleureux. L’ouvrage d’entretiens que consacrent Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault au dessinateur permet de lever le voile sur une collaboration pas toujours idyllique. Gros plan sur un homme discret, modeste, en proie au doute, et au sentiment d’une éternelle insatisfaction.

Willy Lambil © L’Avenir, 2017.

Né le 14 mai 1936 à Tamines dans la province de Namur, Willy Lambillotte n’a jamais quitté la région, située à quelques encablures de Charleroi : fief de la famille Dupuis et du journal Spirou.

Grâce à Henri Gillain, frère du grand Jijé dont le « Valhardi » est son idole absolue, le jeune homme entre aux éditions Dupuis le 22 novembre 1952, employé comme simple lettreur.

Il a 16 ans et rêve de devenir dessinateur de BD. Il lui faudra attendre 1959 et bien des déconvenues pour publier sa première histoire : « Sandy ». (1)

En janvier 1973, il succède à Louis Salvérius dont il termine l’épisode des « Tuniques bleues » demeuré inachevé après son décès.

Un parcours qu’auraient envié bien des débutants de l’époque qui, pourtant, le laisse éternellement insatisfait.

Le succès grandissant des « Tuniques bleues », la sympathie autour de « Pauvre Lampil » dont il est le « héros » involontaire auprès de Cauvin… rien ne parvient à dissiper ce sentiment d’échec qui l’obsède.

Sans oublier des rapports pas toujours faciles avec son scénariste. Des relations bien éloignées de l’image des deux chouettes copains que veut en donner leur éditeur.

Raoul Cauvin et Willy Lambil vus par Lambil !

Willy Lambil s’est toujours senti considéré comme un raté par Charles Dupuis, lequel s’est rendu compte de sa présence seulement après le succès du duo Blutch et Chesterfield : « … il me prenait de haut. Quand j’allais le voir pour lui demander une augmentation, il me faisait systématiquement poireauter. Au bout d’une heure, il me demandait : “Vous en avez pour longtemps ? J’ai vécu des moments très désagréables…” ».

Lambil a également évolué à l’ombre des grands anciens dont il ne pense pas que du bien : « Leur niveau de vie était très haut, lorsque le nôtre était très bas. Quand ils se déplaçaient en train par exemple, Mme Franquin achetait une pile importante de revues, ce que nous ne pouvions pas faire. Ils se réunissaient régulièrement entre eux… Vous savez, ils étaient gentils avec nous, comme on peut l’être avec un clochard. »

Heureusement, la présence d’autres débutants pas mieux considérés par leurs illustres aînés met un peu de baume au cœur : Marcel Denis, Arthur Piroton, Marcel Remacle, Jamic, Louis Salvérius… mais aussi les bienveillants Yvan Delporte, Maurice Rosy et leur successeur Thierry Martens.

Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault.

Avec leur érudition concernant l’histoire du journal Spirou, Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault proposent un long entretien passionnant et riche en découvertes sur Willy Lambil, mais aussi sur les coulisses de la maison d’édition belge. Contrairement à beaucoup d’autres auteurs qui profitent de ce genre d’ouvrages pour soigner leur image, Willy Lambil se met à nu, n’hésitant pas à entacher la sienne. Beaucoup trop à mon avis, tant sa brillante carrière prouve le contraire. Mon cher Willy, tu es un grand bonhomme qui, aujourd’hui encore, conduit une série qui a fait rêver des générations de lecteurs et de jeunes auteurs et pas des moindres. Et nous t’aimons !

Un ouvrage passionnant de plus de 200 pages riche en documents, même si quelques photos de sa vie d’aujourd’hui auraient été bienvenues. Un témoignage important pour qui s’intéresse à l’histoire du journal Spirou dont Willy Lambil a été le témoin actif de l’évolution pendant près de 70 ans.

Henri FILIPPINI

(1) Voir aussi notre « Coin du patrimoine » consacré à  Willy Lambil.

« Lambil, une vie avec les Tuniques bleues » par Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault

Éditions Dupuis (39 €) – EAN : 979 1 0347 4758 0

 

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3 réponses à Lambil : 70 ans de vie de Spirou !

  1. BARRE dit :

    Entretien qui me conforte dans l’idée que ce passage direct du 65ème album des Tuniques Bleues avant le dernier réalisé par Lambil aurait pu être évité, par respect pour ce dessinateur humble qui nous a accompagné depuis tant d’années!

    • PATYDOC dit :

      En effet, comme le dit Filippini, nous l’aimons tous ! En revanche, son travail s’est un peu dégradé (dessins trop gros en raison sans doute de problèmes de vue ; lettrage incertain, lui qui fut un très grand lettreur) : mais au lieu de le mettre sur la touche, l’éditeur n’aurait-il pas plutôt dû lui adjoindre un assistant pour le lettrage et l’encrage ?

  2. Mariano dit :

    Sandy était pratiquement la première histoire que je lisais dans Spirou.
    :o )