Une journée avec Wallace Wood…

C’est en 1977, l’année de ces 50 ans, que Wallace Wood reçoit le Prix du meilleur dessinateur étranger au festival d’Angoulême. 43 ans plus tard, Wally Wood revient en France avec une double actualité : une exposition encore visible à Angoulême et la sortie, chez Komics Initiative, de l’intégralité de sa série « Cannon ».

Avec une ouverture en semaine, dès 10 heures, le musée d’Angoulême vous permet, pour quelque temps encore, de visiter tranquillement les deux expositions qu’il héberge jusqu’au 15 mars : « Yoshiharu Tsuge : être sans exister » et « Les Mondes de Wallace Wood ». 10 000 visiteurs pendant les quatre jours du festival sont venus voir les 160 planches et dessins de Wallace Wood.

De ses débuts comme encreur avec Eisner sur l’aventure sidérale « The Outer Space Spirit » à son projet de trilogie d’heroic-fantasy qu’il ne put achever (« The Wizard King »), en passant par ses collaborations pour EC Comics, Marvel et, bien entendu, la revue Mad, nous pouvons aussi appréhender ses talents d’illustrateurs de couvertures pour des revues S-F et quelques travaux publicitaires. Outre les compétences d’encreur, de dessinateur et de scénariste de Wallace Wood, cette exposition nous dresse le portrait d’un artiste minutieux, indépendant et extrêmement touchant. Assez curieusement, le catalogue de l’exposition ne sera disponible que courant mars sur le site du festival.

Si vous avez vu l’exposition en une matinée, il ne vous faudra pas trop d’un après-midi pour lire les aventures de Cannon : super-espion américain inventé au début des années 1970. Tout comme son personnage de Sally Forth, Wallace Wood créa Cannon pour le magazine Overseas Weekly destiné aux forces armées américaines. La publication dura de 1970 à 1973.

Comme dans celles d’agents secrets comme James Bond, Harry Palmer ou Derek Flint, action et érotisme règnent en maître dans les aventures de Cannon. Agent américain soumis à plusieurs lavages de cerveau, Cannon ne peut plus éprouver de sentiments. Il sera missionné pour combattre les forces communistes aussi bien à l’étranger qu’infiltrées aux États-Unis, combattra le crime organisé, des nostalgiques du IIIe Reich, des extrémistes américains d’extrême gauche et d’extrême droite, ainsi qu’un milliardaire mégalo.

Feuilleton oblige, Cannon rencontrera régulièrement son ennemie attitrée (Madame Toy, laquelle est à l’origine de son premier reconditionnement psychologique), mais aussi Sue Smith : espionne russe éduquée pour être une parfaite Américaine. Nous rencontrons également des personnages récurrents du même bord que Cannon : ses collègues Warren et Simms, son oncle Fred, son chef et sa secrétaire Nadia.

C’est par cette dernière que Cannon s’inscrit aussi dans son époque, car au milieu des histoires typiques de la Guerre froide, la série aborde la question du divorce, de l’engagement amoureux et même de l’avortement. Ce sont ces discrets questionnements qui rendront, petit à petit, son humanité à Cannon.

L’édition américaine de cette intégrale, parue en 2014 chez Fantagraphics, possédait déjà des témoignages autour de l’œuvre de Wallace Wood : une introduction d’Howard Chaykin et l’incroyable histoire de la résurrection de la série par Roger Hill (spécialiste américain de Wallace Wood). (1)

En plus de cet appareil critique, Mickaël Géreaume, responsable éditorial de Komics Initiative, invite pour l’édition française plusieurs spécialistes des comics : Marc Duveau nous présente l’œuvre et la vie de Wallace Wood, Jean-Marc Lainé analyse la série « Cannon », Phil Cordier explique le travail, les techniques de Wood et Hilary Barta (encreur américain) témoigne de l’importance de Wallace Wood dans le monde des comics.

Ces interventions font de l’intégrale « Cannon » une belle et riche réussite éditoriale qui, nous l’espérerons, se continuera avec le prochain projet de Komics Initiative : la publication de « Sky Masters », série de science-fiction de Jack Kirby à laquelle collabora Dick Ayers et… Wallace Wood.

Dernière case de l’histoire « My World » parue dans Weird Science #22, en novembre 1953.

Brigh BARBER

(1) Cette même année paraissait en France chez P.L.G, « Wallace Wood, si c’était à refaire » : biographie de Guillaume Laborie, chroniquée sur BDzoom.com par Jean Depelley.

« Cannon : l’intégrale » par Wallace Wood

Éditions Komics Initiative (40,00 €) — ISBN : 9 782 491 374 037

 L’image de l’exposition est une photo appartenant à 9eArt+ et Mathias Benguigui.

Galerie

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