« La Ballade du soldat Odawaa » : des snipers amérindiens acteurs d’un western en pleine Guerre 14-18…

Christian Rossi ne se contente pas d’être l’un de nos meilleurs dessinateurs réalistes, il se remet continuellement en question graphiquement, et ceci album après album. C’est encore le cas avec cette étonnante histoire d’Indien Cree, tireur d’élite d’un contingent canadien sur le front de l’Ouest pendant la Première Guerre mondiale : un scénario décapant du réalisateur Cédric Apikian, lequel a réussi à mêler habilement western et guerre des tranchées…

En février 1915, les troupes canadiennes débarquent en France pour participer à l’horreur des combats contre l’armée allemande : parmi eux, un groupe de snipers issus de différentes nations indiennes. Très vite, le soldat Joseph Odawaa, matricule Tomahawk,  se fait remarquer par son efficacité, sa détermination et sa précision. L’homme devient presque un mythe, d’autant plus que la rumeur se propage qu’il récupérerait systématiquement les plaques de ses très nombreuses victimes qu’il n’a pas hésité à scalper.La nouvelle mission d’Odawaa et de son commando : stopper des pillards teutons qui mettent à sac les églises du sol français. S’en suit, alors, une traque impitoyable jonchée de cadavres…Si vous croyez avoir tout lu sur la Guerre de 14-18, vous vous trompez ! Bien loin des incontournables travaux de Jacques Tardi sur le sujet, Christian Rossi nous plonge, en utilisant un puissant lyrisme graphique, dans une atmosphère de champs de ruine quasi fantasmagorique : ambiance Hugo Pratt (« Les Celtiques ») ou Sergio Leone (« Le Bon, la brute et le truand »), réalisant des images, des couleurs – en collaboration avec Walter -, et une narration qui rappellent celles de certains comics : à l’instar de ceux signés par Mike Mignola.La force de son découpage et de son encrage transcende donc, vraiment, ce récit romanesque basé sur des faits historiques et qui ont, donc, bien existé : ce dessinateur reconnu (« Jim Cutlass », « La Gloire d’Héra », « Deadline », « W.E.S.T. », « XIII Mystery »…) (1) ayant pris le risque, une fois de plus — après sa récente collaboration avec Géraldine Bindi —, de travailler avec quelqu’un dont c’est le premier scénario de bande dessinée ; Cédric Apikian étant à l’origine de cette étonnante aventure humaine très bien documentée, qu’il avait écrite au départ pour un éventuel long-métrage.

 Gilles RATIER

 « La Ballade du soldat Odawaa » par Christian Rossi et Cédric Apikian

Éditions Casterman (19 €) — ISBN : 9 782 203 172 227

 (1) Voir, sur BDzoom.com : Les westerns de Christian Rossi (première partie), Les Westerns de Christian Rossi (deuxième partie), « La Gloire d’Héra — Tirésias : édition complète » par Christian Rossi et Serge Le Tendre, « Deadline » par Christian Rossi et Laurent-Frédéric Bollée, « XIII Mystery T9 : Felicity Brown » par Christian Rossi et Matz ou « Le Cœur des Amazones » par Christian Rossi et Géraldine Bindi.

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5 réponses à « La Ballade du soldat Odawaa » : des snipers amérindiens acteurs d’un western en pleine Guerre 14-18…

  1. FranckG dit :

    Je dose avec précaution mes achats de bande dessinée, mais là, j’avoue que je suis sur le c…
    De toute façon, Christian Rosi fait partie de mes dessinateurs préférés.
    Quel album ! la chronique fait envie en tous cas. Je réserve en librairie !

  2. PATYDOC dit :

    Superbe BD qui me fait penser à la manière de Didier Comès. Il y a une petite erreur dans la BD que vous reprenez dans l’article ci-dessus : en fait, les Canadiens sont présents sur le territoire français dès le 4 août 1914 en tant que forces du Commonwealth !

  3. Crissant Clavier dit :

    Rossi se concentre maintenant sur les effets photoréalistes dans son noir et blanc ,sans être froid dans le rendu -il le faisait déjà dans son épisode de XIII – et sur le tout narration. C’est peut-être là qu’il va enfin tutoyer les sommets aux côté des meilleurs. Il y avait un palier qu’il ne parvenait pas à franchir malgré des capacités hors-normes.

    Trop doué pour le dessin? C’est en en faisant moins,plus spontané, qu’il est meilleur….. dans l’art pur de la BD ! Le fameux « less is more « , le moins c’est plus cher à un géant comme Alex Toth,mais aussi Joe Kubert ou John Buscema,des maîtres du 9 ème art que Rossi tarde à rejoindre.