Dernier voyage pour Charles Jarry

Bien qu’ayant collaboré aux deux journaux phares de la bande dessinée franco-belge, Spirou et Tintin, Charles Jarry n’a pas réussi à pérenniser ses diverses créations. Malgré les galères, les déceptions, il a réussi à exercer la profession dont il rêvait, dessinateur. Il s’en est allé en toute discrétion le 5 septembre.

Né à Bruxelles le 5 décembre 1942, Charles Jarry débute des études techniques à l’Athénée Royal de Lacken avant de s’inscrire à l’Académie Royale de Bruxelles où il étudie le dessin afin de réaliser son rêve, devenir dessinateur de bande dessinée.

En 1966, il travaille comme metteur en pages aux éditions Marabout avant de publier l’année suivante son premier récit authentique dans les pages de Tintin, », « L’Homme qui pouvait exploser ». En 1969, inspirée par son épouse, il crée « Élodie d’Avray », héroïne réaliste au bref destin. A la même époque, il collabore aussi aux pages d’actualité de l’édition belge de l’hebdomadaire Pilote. Assistant du dessinateur Raymond Reding (« Vincent Larcher », « Section R »), il effectue un premier déplacement en Afrique financé par l’Unicef. Ce voyage marque le début de sa passion pour l’aventure écologique et la création de « Boy » dans Spirou en 1979. Deux ans plus tard, il campe le duo « Costa et Ian Harlan », histoire d’aventures exotiques qui prend ensuite le titre des « Baroudeurs sans frontières ».

Publiée par Spirou, la série passe en 1988 dans Tintin où elle change une nouvelle fois de titre, « Costa » le temps de trois épisodes. Faute de succès, Jarry publie à partir de 1991 les trois ultimes épisodes de la série sous le label Synopsis qu’il a créé. En 1995, il propose « Simon Arkhane » sous le pseudonyme Shannon. C’est dans les pages de Baroud magazine autoédité à partir de 1986 qu’il campe de sages pin up, premier pas vers un lectorat adulte, avant de livrer des récits érotiques au magazine Bédé Adult’ à partir de 1997 sous la signature Vinicius.

Notons, « Julie Brûlante », puis la création de Lady Roberta de Villiers héroïne de « Madame Roberta »… puis « Wanda la She-Mâle », « Le Chalet des délices », « Eros Tanga »… Ses histoires teintées d’humour et de sadomasochisme font preuve d’originalité au sein du journal. Il auto édite son dernier ouvrage en 2009 sous le label CH.J, « Requiem pour Malwin », sur un scénario de Lara Ferkovic.
Travaillant beaucoup d’après photos, aussi bien pour les décors que pour les personnages, Charles Jarry était un dessinateur réaliste méticuleux au trait parfois un peu trop raide.

Tout au long de ses histoires classiques, il a dénoncé les trafics d’enfants, du sang, d’ivoire ou encore les conditions de vie des paysans du tiers monde. Autant de sujets peut-être trop sérieux, qui n’ont pas réussi à captiver un large lectorat.
Athlète de haut niveau il avait été trois fois de suite champion de Belgique du 400 mètres plat.

Victime d’un AVC voici quelques années, il est décédé le 5 septembre des suites d’une longue maladie. Il avait 76 ans.

Henri FILIPPINI

Galerie

10 réponses à Dernier voyage pour Charles Jarry

  1. Crissant Clavier dit :

    Jarry – un fort caractère parait-il et grand voyageur,qui parlait de ses voyages le long du fleuve l’Amazone le sac sur le dos – a eu tort d’avoir raison beaucoup trop tôt avec sa série humanitaire bien documentée .
    Aujourd’hui il serait pile dans les clous, avec un destin peut-être différent et une exposition médiatique plus importante.

  2. Crissant Clavier dit :

    Jarry était un auteur curieux,dans un entre-deux,disons « flottant »,chose particulièrement visible dans son sens de la composition des cases ,assez pittoresque .

    Un excellent sens du design (utilisation de logos etc…. personnages parfaitement définis,jusqu’à la conception et couleur des vêtements,belles couvertures qui se démarquent) du lettrage (gros travail à ce sujet ,souvent inventif,manuel ou « mécanique) une belle utilisation des références photos pour créer ses atmosphères typiques et crédibles…..mais,surtout….. dialogues saccadés,narration peu fluide,personnages de plus en plus schématiques,effets « virilisants »qui tombent à côté….. bref pas mal de maladresses derrière de belles intentions ,palpables ,une vision,mais mal encadrées éditorialement.

    Mal encadrées face à un fort caractère.

    J’ai le souvenir d’un entretien de Tibet qui racontait comment lors du passage de Jarry ,pourtant en grosse difficulté,au Lombard,ce dernier avait très mal pris les conseils bienveillants du scénariste expérimenté Duchâteau et du dessinateur Tibet qui cherchaient à le mettre sur de bon rails.

  3. Kroustiliyon dit :

    En dédicace, je l’appelais toujours « Doc Gynéco ». Ceux qui l’ont côtoyé savent…

  4. Henri Khanan dit :

    Que voulez vous dire? Je l’ai rencontré une fois en festival BD, où il dédicaçait les invendus d’un album paru chez BD Adult.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>