Après le livre à succès de Giuliano da Empoli qui a résonné de façon saisissante avec l’actualité géopolitique (puisqu’achevé en janvier 2021, soit un an avant l’invasion de l’Ukraine), puis le film réalisé par Olivier Assayas sorti l’an passé — où le célèbre acteur britannique Jude Law interprétait le rôle de Vladimir Poutine —, voici donc la BD ! Et force est de constater qu’elle est réussie : Luc Jacamon (le dessinateur de la série « Le Tueur », sur scénarios de Matz) ayant, notamment, accompli un remarquable travail graphique et d’adaptation… Son Vadim Baranov, ancien théâtreux et producteur de télévision devenu l’éminence grise du controversé président de la Fédération de Russie — d’où son surnom de Mage du Kremlin —, est aussi envoûtant qu’intrigant…
Lire la suite...L’art dit premier et les migrants comme fil rouge d’une exceptionnelle odyssée signée Lax !
Pour sa collaboration à la collection Louvre cogérée par Futuropolis et Louvre édition, Christian Lax nous amène au Mali, bien loin du site du célèbre musée… Un récit aussi engagé qu’émouvant, au graphisme éblouissant, pour nous faire partager les aléas de celles et ceux qui subissent la violence, la misère ou la guerre, et tentent de rejoindre nos côtes dans l’espoir d’une vie meilleure…
En voulant aborder le sujet très actuel et délicat des migrants, l’auteur d’une remarquable trilogie consacrée au vélo (« L’Aigle sans orteils », « Pain d’alouette » et « L’Écureuil du Vel’d’Hiv » ») ou d’un hommage décalé et piquant à « Un certain Cervantès » — sans parler de son superbe travail avec le regretté scénariste Frank Giroud (« Les Oubliés d’Annam » et « Azrayen » ») (1) — propose un vibrant voyage en pays dogon et salue la mémoire de tout un peuple.
Un jeune Malien chasseur de miel veut sauver, de la folie destructrice des islamistes, une sculpture datant du XIVe siècle qu’il a découverte lors de l’explosion d’un arbre sacré. Partageant le parcours d’autres migrants, sœurs et frères d’infortune, il va alors se mettre en danger pour confier la précieuse statuette, symbole et mémoire de sa culture, au Musée du Louvre.
« Prendre des risques pour mettre hors de portée de l’obscurantisme un patrimoine artistique peut paraître dérisoire par rapport à celles et ceux qui se jettent sur les mêmes chemins mortifères pour sauver leur peau, et arracher leurs enfants à l’enfer. Mais préserver nos patrimoines culturels, sociaux, artistiques, c’est conserver les traces des générations précédentes… Savoir d’où l’on vient et de qui l’on vient…, permettent d’envisager où l’on va. », ajoute, dans le dossier de presse, notre dessinateur-cycliste qui a été retardé pendant un an sur ce travail, à cause d’un chauffard en voiture qui l’a renversé alors qu’il était en vélo : les multiples fractures occasionnées ont nécessité une très longue rééducation.
Cela ne l’a heureusement pas empêché de nous livrer cette touchante ode à la transmission – laquelle devrait pousser les autorités responsables à la réflexion — joliment et sobrement aquarellée, et dont une sélection de planches sera exposée dans la Gallery : le musée du Centre belge de la bande dessinée (CBBD : 20, rue des Sables, 1000 Bruxelles), du 29 janvier au 10 mars 2019.
Gilles RATIER
(1) Sur Christian Lax, voir nos articles les plus récents sur BDzoom.com : Deux actus autour de « La Grande Boucle », « Un certain Cervantès » par Christian Lax, « L’Écureuil du Vel » d’Hiv » par Christian Lax, « Les Chevaux du vent » T2 par Jean-Claude Fournier et Lax ou « Pain d’alouette » T2 par Lax.
« Une maternité rouge » par Christian Lax
Éditions Futuropolis (22 €) — ISBN : 978-2-7548-1660-1












