« Les Chevaux du vent » T2 par Jean-Claude Fournier et Lax

On avait découvert, dans la première partie des « Chevaux du vent », cette famille népalaise meurtrie par la naissance d’un enfant muet, devenu le souffre-douleur du village. Pour le protéger, ses parents avaient préféré en faire un moinillon. 15 ans plus tard, Calay, le père, qui ne s’est jamais remis du départ du petit Kazi, décide de retrouver l’enfant et de rejoindre le monastère de Garphu, au Mustang. Pour ce faire, il rejoint d’abord Calcutta et s’associe aux Anglais, devenant un de leurs espions, un espion cartographe ! Tel Kim dans le célèbre roman de Kipling, le héros pactise avec l’ennemi mais la cause est noble, intime, passionnée : retrouver son enfant. Une mission le guide ainsi vers Katmandou puis plus loin, vers le Mustang…

Au début de ce second volume, situé cinq ans plus tard, le père n’est toujours pas rentré au village et sa femme se meurt. Alors son fils ainé, Resham, de retour de l’armée, choisit de déserter pour tenter à son tour de retrouver son père, voire son frère… Le voyage du fils, après celui du père, est semé d’embûches : les inondations, les bandits, les marches longues, lentes, périlleuses quelquefois… Tout complique son périple vers le Mustang. Heureusement Resham a rencontré Tashi, un vieux médecin bouddhiste dont il se fait l’ami. Avec eux, nous traversons les villages accrochés au flanc de l’Himalaya et des cités perdues dans des déserts caillouteux, nous partageons les modes de vie simples, rustiques, emprunts de rituels et de méditations, jusqu’à ce village fortifié et improbable : Tethang, qui existe bel et bien, comme le monastère de Garphu. 

Lax connait la région. Il a déjà mis le Népal en scène dans un épisode des « Tribulations du Choucas » : « Trekking payant ». Parti là-bas enquêter au titre d’une société d’assurance, son Choucas découvre modes et paysages grandioses, fait des rencontres de touristes randonneurs pittoresques sans négliger d’enquêter sur sa victime. Et c’est Lax qui dessinait. Avec « Les Chevaux du vent », c’est Fournier, autant dire un tout autre graphisme. Que Fournier ait décidé de rejoindre Lax dans une telle aventure est d’ailleurs du genre « totale surprise ». Après le dessine rond et rassurant des « Bizu » ou le trait aiguisé de ses « Crannibales », Fournier adopte ici un style plus lâche, plus spontané, plus sensible. On ne manquera pas de voir dans les pages où il dessine une procession de moines musiciens ceux qu’Hergé avait convoqués pour accueillir les héros à la fin de « Tintin au Tibet ».

Voilà donc une histoire familiale émouvante où claquent ces « chevaux du vent » que sont les drapeaux de prière multicolores reliés par un même fil flottant au vent, un vent censé envoyer aux dieux prières et dessins imprimés sur les banderoles pour protéger les habitants des mauvais esprits.

Alors, bon voyage…

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Les Chevaux du vent » T2 par Jean-Claude Fournier et Lax

Éditions Dupuis (16, 50€) – ISBN : 978-2-8001-5581-

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