« Tarzan » : les bandes quotidiennes et sunday pages en intégrale chez Graph Zeppelin !

Les amateurs de dailies et de pages du dimanche de l’âge d’or de la bande dessinée américaine sont vraiment comblés en cette fin d’année ! Après le tome 1 de l’intégrale « Steve Canyon » de Milton Caniff chez Robinson et le volume 3 de celle de « Mickey » par Floyd Gottfredson chez Glénat, c’est au tour de « Tarzan » (1) d’avoir l’honneur d’une intégrale francophone de ses newpaper strips : un somptueux premier volume, d’une série de quatre qui vont couvrir l’intégralité des pages de Russ Manning sur l’homme-singe, qui contient 286 pages (soit pas moins de 650 strips) à l’italienne, en noir et en couleurs, publiées à l’origine entre décembre 1967 et octobre 1969…

Graph Zeppelin (label, à l’instar de Tabou, des éditions de l’Éveil) a pour objectif de proposer des comics à l’intention du plus grand nombre d’amateurs de récits fantastiques, humoristiques, policiers, historiques…, sans aucune limite de format, de pagination ou de thématique. Ainsi, retrouve-t-on, au sein de leur catalogue, des séries comme « Vampirella », « Red Sonja », « Wonderland », « Danger Girl », « Legenderry », « War Godess », etc.

Donc, rien d’étonnant d’y voir apparaître aussi, dans le cadre de leur collection Vintage, cette judicieuse traduction des ouvrages proposés aux USA par IDW Publihing : un matériel, fourni par l’entreprise qui gère le fonds du créateur de Tarzan (la Edgard Rice Burroughs Inc), d’une qualité irréprochable ; cette édition fut d’ailleurs consacrée par l’Eisner Award 2014, dans la catégorie Best Archival Collection : Comic Strips.C’est en effet en 1967 que la Edgard Rice Burroughs Inc. a fait appel à l’artiste Russ Manning, afin qu’il prenne en charge la production des comic-strips de « Tarzan » qui vont paraître quotidiennement dans la presse à partir du 11 décembre, à la suite de John Celardo, avec comme condition sine qua non que celles-ci soient en harmonie avec la vision du créateur.Assisté alors de futures gloires de la bande dessinée américaine comme William Stout, Mike Royer, Dave Stevens, Rick Hoberg ou Danny Bulanadi, Manning illustre neuf histoires complètes en noir et blanc, découpées en bandes quotidiennes et 22 histoires en couleurs destinées aux parutions hebdomadaires en planches.

Il arrêtera les dailies le 29 juillet 1972 – le syndicate United Features Syndicate ayant décidé de ne plus publier d’inédits, en se contentant de reprendre les bandes de Burne Hogarth —, mais il continuera les dominicales jusqu’au 24 juin 1979, date où il cédera la place à Gil Kane et Archie Goodwin ; sans oublier la réalisation de quatre titres initialement destinés au marché européen (compilés en français en deux albums titrés « L’Île hors du temps » et « Le Lac du temps » aux éditions Williams France, en 1974 et 1975), comme nous le rappelle la préface de Bill Stout, ainsi qu’un long article très documenté et illustré dû à Henry G. Franke III.En fait, depuis 1962, la récente marque éditoriale Gold Key Comics de la Western Publishing avait récupéré la licence d’exploitation de Tarzan, possédée précédemment par Dell Publishing.

« Korak, Son of Tarzan » par Russ Manning et Gaylord DuBois.

Dès l’année suivante (et ceci jusqu’en 1965), la Gold Key met un nouveau titre à son catalogue : « Korak, Son of Tarzan », dont le protagoniste, le fils du roi de la jungle, était jusqu’à lors appelé Boy au cinéma, comme dans les comics alors scénarisés par Gaylord DuBois et dessinés par Jesse Marsh.

L’artiste choisi est Russ Manning, un élève de Jesse Marsh.

Manning aura aussi l’occasion de dessiner 18 épisodes du comic-book Tarzan entre 1965 et 1968 (basés sur « Tarzan of the Apes », les romans originels d’Edgar Rice Burroughs, toujours adaptés par Gaylord DuBois), pour remplacer son mentor Jesse Marsh qui doit alors faire face à quelques ennuis de santé.

Ces récits complets seront traduits en France, par la Sagédition, dans le mensuel Tarzan (de 1968 à 1972) et dans le bimestriel Super Tarzan (en 1977).

Plus récemment, après avoir inclus l’un de ces épisodes dans le tome 11 de l’intégrale des « Tarzan » de Burne Hogarth (en 1996), les éditions Soleil ont repris une grande partie de ces comics, proposant une version restaurée, en quatre albums publiés en 2010 et 2011 (2).

Autoportrait de Russ Manning.

Né aux États-Unis, à Van Nuys (un quartier de la ville de Los Angeles en Californie), le 5 janvier 1929, Manning étudie au Los Angeles County Art Institute et publie ses premiers dessins en 1948, collaborant aux revues Science Fantasy ou Science Fiction. Il fait la connaissance de Jesse Marsh, lequel illustrait les histoires complètes publiées dans les comics mettant en scène Tarzan pour la Dell, depuis 1947.

Marsh lui fait faire quelques essais, mais pendant son service militaire, son unité est mobilisée et envoyée au Japon en 1950 : il aura alors pour mission de dessiner des cartes topographiques et en profitera pour illustrer le journal de sa base militaire. Ce n’est qu’à son retour aux USA, à la fin de 1952, que Manning va être officiellement engagé par la Western Publishing. Il va mettre en images la suite de la série d’appoint « Brothers of the Spear » (entre 1952 et 1965), laquelle paraissait dans Tarzan of the Apes : quelques-unes de ces histoires — tout comme les récits complets de Tarzan de Manning pour la Gold Key — ont été traduites en France par la Sagédition en 1968, dans le mensuel Tarzan, sous le titre « Les Frères de la lance ».

« Brothers of the Spear ».

Toujours pour la Gold Key, Russ Manning a également dessiné, entre divers récits parus en comics-books à cette époque (notamment des adaptations de films ou de séries télés dans Four Color, à l’instar de « Ben Hur » — traduit en français dans les Classiques illustrésde la M. C. L. en 1960 —,

« Ben Hur », version Russ Manning.

« Wyatt Earp »,

Wyatt Earp vu par Russ Manning.

« The Adventures of Rob Roy », etc.),

« The Adventures of Rob Roy » par Russ Manning.

quelques épisodes du western « The World West Adventures of Dale Evans » qui met en scène la femme du cow-boy Roy Rogers : une version française sera publiée dans le bimensuel, puis mensuel, Roy Rogers de la Sagédition, en 1962 et 1963.

« The World West Adventures of Dale Evans » par Russ Manning, dans Roy Rogers.

On lui doit, surtout, la série de bandes dessinées de science-fiction « Magnus, Robot Fighter 4000 AD » (1963-1968), sur des scénarii de Paul Newman,

« Magnus, Robot Fighter 4000 AD » par Russ Manning et Paul Newman.

et son complément « The Aliens » (1963-1970), traduit en français par « Les Étrangers » aux éditions des Remparts, entre 1972 et 1975. « Magnus », qui sera repris ensuite par Dan Spiegle, puis par Paul Norris — et dont le héros était une sorte de Tarzan du futur —, fait certainement partie de ses plus remarquables travaux en bandes dessinées.

Il sera publié en France dans Les Héros de l’aventure en 1972, dans un mensuel à son nom aux éditions des Remparts (1972-1977), et sera, en partie, réédité à la Sagédition (1977-1980).

« The Aliens » par Russ Manning : bande complémentaire de « Magnus, Robot Fighter 4000 AD ».

Un strip de « Star Wars » par Russ Manning.

Entre 1978 et 1980, donc quelques années avant son décès (le 1er décembre 1981, à la suite d’un cancer dont il souffrait depuis de nombreuses années), Manning travaillait, à la demande du Los Angeles Time Syndicate, sur la bande quotidienne et la page du dimanche de l’adaptation en BD du célèbre film « Star Wars », avant Archie Goodwin.

Si l’on excepte une version proposée en réseau presse par les éditions Atlas en 2010, ces histoires ne seront disponibles en langue française qu’en juin 2018, au sein d’une luxueuse édition, présentée dans un format à l’italienne, aux éditions Delcourt.

« Star Wars » par Russ Manning.

Malgré l’immense production réalisée par Russ Manning, c’est cependant son élégante et tout en finesse version de « Tarzan », dynamisant la représentation du mouvement et rendant au mieux la luxuriance de la jungle ou de ses animaux, tout en restant fidèle aux romans, qui restera dans les annales du 9e art ! Depuis 1982, un prix remis à un auteur débutant, lors de la cérémonie des prix Eisner, porte son nom.

Pour finir, sachez que ce très bel ouvrage est cependant loin d’être la première traduction française de ces newpaper strips. En effet, ils furent d’abord proposés par les éditions Mondiales de Cino Del Duca, dans le quotidien Paris-Jour, dans le magazine de programme de télévision hebdomadaire Télé poche à raison d’une page par numéro (à partir de 1968, et ceci jusqu’en 1980), ainsi que dans dix albums brochés de la collection Tarzan : récit complet, en 1975 et 1976. Parallèlement, la Sagédition les publiera aussi dans le mensuel Tarzan (en 1972), dans le bimestriel Super Tarzan (en 1977 et 1978), et dans le trimestriel Tarzan géant (entre 1972 et 1978). Pour plus de détails, voir les nos 41 et 42 (1987) de l’excellent magazine spécialisé Hop ! de Louis Cance.

 Gilles RATIER

 (1) Voir « Steve Canyon » : un classique inusable de la bande dessinée américaine à nouveau disponible ! et Un superbe écrin pour le « Mickey Mouse » de Gottfredson !… Et sachez aussi que le personnage de Tarzan est également à l’honneur, cette année, par le biais de la belle réédition du comics réalisé par Joe Kubert chez Delirium, voir : « Tarzan : intégrale Joe Kubert » T1 par Joe Kubert et « Tarzan : Intégrale Joe Kubert » T2 par Joe Kubert.

 (2) Voir : Les grands classiques d’un certain « âge d’or » de la bande dessinée américaine….

Une page du dossier de l'édition proposée par Graph Zeppelin.

Galerie

10 réponses à « Tarzan » : les bandes quotidiennes et sunday pages en intégrale chez Graph Zeppelin !

  1. JC Lebourdais dit :

    Excellent article qui donne bien une vue d’ensemble de l’oeuvre de Manning. Suivre Tarzan dans les publications françaises a toujours été une sinécure donc il serait bienvenu de voir une intégrale qui ne cesse pas sa publication après quelques volumes et reste incomplète comme toutes celles qui l’ont précédé.
    Dark Horse avait commencé une intégrale de Jesse Marsh il y a quelques années mais il me semble qu’elle s’est interrompue elle aussi, c’est vraiment dommage, car les comics originaux de Gold Key coûtent maintenant une petite fortune.

  2. Henri Khanan dit :

    Au vu des pages présentées je constate seulement que Russ Manning n’a pas été gaté par les coloristes.

  3. Henri Khanan dit :

    Je vois que Graph Zeppelin a le même propriétaire que les éditions Tabou, spécialisées dans le porno-érotique.!!

  4. Michaël PALARD dit :

    Article très intéressant, mais… les histoires sont bien ou pas ? Ca a vieilli ou ça reste intemporel ?

    L’inconvénient de toutes ces rééditions, c’est qu’on ne peut pas tout acheter et qu’il faut donc faire une sélection.

    Sans plus d’infos, les 2 intégrales chez Delirium semblent plus « modernes » et me tentent davantage…

    • Gilles Ratier dit :

      Bonsoir Michaël !
      Sur BDzoom.com, nous ne parlons que des ouvrages qui nous semblent avoir un intérêt : en clair, on ne se donne pas la peine d’écrire (surtout quand cela demande autant de documentation que dans ce cas-là) sur des bouquins qui ne nous plaisent pas (rires) !
      Par ailleurs, il s’agit d’un article écrit dans le cadre de la rubrique « Le Coin du patrimoine » ; donc, qui privilégie avant tout le côté historique et encyclopédique : l’une des caractéristiques de ce site !
      Après, que cela reste intemporel ou pas, c’est une question de point de vue.
      Ce que je peux te repréciser, c’est que ce sont des strips quotidiens et des pages du dimanche publiées à l’origine dans des quotidiens. Donc, il s’agit, ici, d’un mode de narration bien particulier, lequel n’a rien à voir avec celui des comics, par exemple : on ne pourra donc pas comparer qualitativement l’excellente version de Joe Kubert avec celle, non moins exceptionnelle, de Russ Manning. Elles n’ont rien à voir l’une avec l’autre, si ce n’est qu’elles utilisent, toutes les deux, le même personnage, en s’inspirant des univers créés par Edgar Rice Burroughs.
      Personnellement, j’ai lu ça avec plaisir, mais il faut savoir que j’aime beaucoup le style de narration utilisé pour les dailies et sunday pages !
      Bien cordialement et en espérant avoir répondu à tes interrogations…
      Gilles Ratier

    • JC LEBOURDAIS dit :

      Manning (et les autres artistes qui ont dessiné tarzan) ont produit deux types d’histoires : Les adaptations de romans de Burroughs et les scénarios originaux (aussi bien en strips/sundays qu’en comics). Les deux types sont intéressants, mais pour des raisons différentes. P

  5. SERIAL dit :

    Bsr, y a t’il de l’inédit en VF? Car c’est vrai que l’on achète depuis des années des intégrales qui n’en sont pas.

    • Gilles Ratier dit :

      Bonsoir Serial !
      Si vous lisez mon article jusqu’au bout vous aurez la réponse à votre question !
      Je vous remets ce que j’ai écrit à la fin : « Pour finir, sachez que ce très bel ouvrage est cependant loin d’être la première traduction française de ces newpaper strips. En effet, ils furent d’abord proposés par les éditions Mondiales de Cino Del Duca, dans le quotidien Paris-Jour, dans le magazine de programme de télévision hebdomadaire Télé poche à raison d’une page par numéro (à partir de 1968, et ceci jusqu’en 1980), ainsi que dans dix albums brochés de la collection Tarzan : récit complet, en 1975 et 1976. Parallèlement, la Sagédition les publiera aussi dans le mensuel Tarzan (en 1972), dans le bimestriel Super Tarzan (en 1977 et 1978), et dans le trimestriel Tarzan géant (entre 1972 et 1978). »
      Donc, si vous avez déjà ces différentes publications, vous n’aurez pas plus d’inédits, si ce n’est la préface de Bill Stout et le long article très documenté et illustré dû à Henry G. Franke III.
      Bien cordialement
      Gilles Ratier

  6. Thierry Marcaille dit :

    Bonjour Gilles

    Grand amateur de Russ Manning,j’aimerai apporter quelques précisions à votre très bon article.

    Soleil n’a pas réédité l’intégralité des comics. Il n’a fait que reprendre le travail fait par Dark Horse aux Etats Unis. Il manque 3 adaptations de romans et le premier numéro dessiné par Manning. De plus les couleurs refaites gâchent totalement le plaisir sur certains numéros.

    Vous avez raison lorsque vous écrivez que la plupart des strips ont été traduit en Français. Par contre il faut savoir que ceux ci ont été souvent censurés ou retouchés.Seul cette édition de Graph Zeppelin qui n’est autre que la version Française de chez IDW sortie outre atlantique comprend les bandes quotidienne en noir et blanc (les couleurs sont dues aussi aux éditions Française) et les pages du dimanche sont en format horizontales contrairement à Télé poche qui a édité les planches verticales avec un dessin en moins. Pas d’inédits, certes mais le première vrai intégrale.
    Amicalement
    Thierry

    • Gilles Ratier dit :

      Merci Thierry pour toutes ces précisions.
      C’est le principal intérêt de ce forum : faire profiter des connaissance des internautes à tout et un chacun, apporter sa pierre pour améliorer le matériau de base.
      Merci encore et tous mes vœux pour la nouvelle année.
      Gilles

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