« World’s End Harem » T1 par Kotaro Shouno et Link

Alors que le troisième tome de « World’s End Harem » est disponible en version papier, la version numérique du premier débarque seulement maintenant dans les librairies virtuelles, mais aussi dans une version augmentée. Cette série représente tout ce que les détracteurs du manga détestent, pourtant le public est là, friand de ce titre controversé.

L’histoire débute en 2040. Reito, un jeune étudiant en médecine annonce à son amie d’enfance qu’il est amoureux d’elle depuis toujours. Elle le sait bien, mais ce qu’elle ne soupçonne pas, c’est qu’il est atteint d’une sclérose des cellules inguérissable. Il a pourtant de l’espoir et décide de se faire cryogéniser pour être réveillé dans cinq années lorsqu’un remède sera développé. Bien sûr, sa petite amie lui promet de l’attendre. Ce qu’il n’imaginait pas, c’est que pendant son sommeil forcé, la totalité des hommes de la planète va être infectée par un virus mortel. Le monde est maintenant exclusivement composé de femmes, à l’exception de cinq hommes qui ont survécu grâce à la cryogénisation. Reito fait bien évidemment partie de ces chanceux et sa nouvelle destinée sera de copuler avec le plus de femmes possible afin d’assurer la pérennité de la race humaine. Or, contre toute attente, il va refuser, souhaitant avant tout retrouver sa copine qui a mystérieusement disparu alors qu’elle travaillait sur un vaccin pouvant mettre fin à cette hécatombe.

Comme vous avez pu le remarquer, le pitch de la série est digne de celui d’un mauvais porno. La série exploite à fond l’image des femmes nues afin de satisfaire son public foncièrement masculin. Avec « World’s End Harem », le fan service est clairement à son paroxysme. Néanmoins, rien n’est montré en dessous de la ceinture. Si le manga est pudibond sur les représentations anatomiques, c’est pour rester accessible à un public adolescent sans tomber dans la vulgarité pornographique. Mais même avec cette censure visuelle du dessinateur, les scènes montrées sont particulièrement explicites. Les cadrages sont faits de telle sorte qu’aucun organe reproducteur ne soit visible, mais l’imagination fait le reste et vient combler les manques flagrants. En plus, la plupart des protagonistes féminins sont siliconés à outrance ce qui rend le propos peu crédible et limite risible. On est clairement dans la science-fiction.

Le plus surprenant reste l’attitude chaste du héros. Qui peut rester de marbre face à une horde de jeunes filles prêtes à copuler jusqu’à l’épuisement pour repeupler la terre ? Il est inconcevable qu’un jeune garçon s’en tienne à une morale judéo-chrétienne qui voudrait qu’il reste vierge pour sa copine d’enfance alors qu’il semble impératif pour la survie de l’humanité de voir arriver rapidement une nouvelle génération d’hommes pour ne pas voir disparaître l’humanité toute entière à court terme. Heureusement, Reito n’est pas le dernier homme sur terre et à Tokyo, lieux d’action de cette histoire, un autre homme est lui aussi sorti de cryogénisation et il s’en donne à cœur joie. Il n’hésite pas à offrir à ces femmes ce qu’elles souhaitent, devenir mère. Il est considéré comme un roi et tous ses caprices lui sont accessibles. C’est pour ça que lorsque les femmes qui s’occupent de lui découvrent qu’il adore les films de l’actrice Rena Kitayama, elles n’hésitent pas à la contacter pour la faire venir dans sa chambre. Rien n’est trop beau pour le sauveur de l’humanité en fin de compte.

Derrière cette débauche de corps libidineux se cache pourtant un vrai scénario avec une intrigue distillée entre deux scènes olé olé. Si l’éradication des hommes est due a un virus, nous ne savons pas d’où celui-ci vient. Et bien évidemment, la disparition d’Élisa, la copine de Reito a un lien avec ce qui, au fil des épisodes, ressemble de plus en plus à une machination diabolique. Alors est-ce que le lecteur va suivre cette histoire pour l’intrigue policière qui semble intéressante ou simplement pour les dessins léchés de Kotaro Shouno ? Les deux à mon avis puisque justement le genre harem est pleinement revendiqué ici, même dans son titre. Habituellement, ce genre est plutôt bon enfant et il y a rarement plus de 3 ou 4 filles qui courent après un garçon qui ne sait plus où donner de la tête.

Si le premier tome de la série est déjà sorti depuis six mois et que nous en sommes au troisième volume en librairie, la version numérique vient à peine d’arriver chez les libraires virtuels tels Kindle, iBook, Kobo, Isneo ou Sequencity. Et cette version ne manque pas d’atouts puisque ce n’est pas moins d’une trentaine de pages qui sont en couleur alors qu’elles ne sont qu’en noir et blanc dans la version papier. Bien sûr, ce sont les pages les plus explicites qui bénéficient de ce traitement avant tout. Pure opération marketing, elle montre néanmoins que les éditeurs commencent à s’intéresser de plus en plus au marché de la lecture sur tablette. Certains éditeurs proposent déjà des traductions simultanées avec la publication japonaise. Ils espèrent ainsi enrayer la prolifération des traductions réalisées illégalement par les fans. Mises à disposition sur le web, elles sont souvent médiocres et réalisées depuis l’anglais à partir des scans des magazines de prépublication.

Comparaison de la version couleur et de l'édition originale monochrome.

Parmi ces sorties, il y en a deux qui cartonnent en France, ce sont sont les chapitres de « Platinum End » de Oba et Obata qui sortent à un rythme régulier vers le 5 de chaque mois et « Edens Zero » , la nouvelle série de Hiro Mashima qui est elle disponible semaine après semaine au même rythme que dans le Jump. Ces séries n’ont pourtant pas droit, malgré leur popularité, aux pages en couleur de la prépublication, que l’on trouve pourtant en version illégale et malheureusement assez facilement sur le web. Les éditions Delcourt, qui se calquent sur l’exemple de Shueisha au Japon, offrent donc une version augmentée de « World’s End Harem » avec des pages qui à l’origine n’étaient même pas colorisées lors de la prépublication. Et même si cette version est mise à disposition assez tardivement avec plus de six mois de décalage avec l’édition classique et non simultanée comme les autres titres cités auparavant, elle reste intéressante pour les fans puisqu’elle exploite la possibilité offerte par les écrans haute résolution et couleur des tablettes. Et « World’s End Harem » est une série qui mérite d’avoir certaines pages en couleur, surtout quand celle-ci est plutôt très bien réalisée et met en valeur le travail du dessinateur. De plus, contre toute attente, le prix n’est pas augmenté pour l’occasion, il reste à 4,99 € comme la plupart des manga numériques.

Si en France ce titre, un peu limite, ne figure pas encore dans le top des ventes de mangas, c’est un phénomène exceptionnel au Japon. Une nouvelle série sur le même principe a même été lancée en avril 2018  : « World’s End Harem Fantasia ». L’histoire n’est pas exactement pareille puisque dans ce monde médiéval ou règnent les elfes et la magie, les hommes sont toujours présents. Néanmoins, l’aventure se focalise sur un jeune chevalier chétif du nom d’Ark. Celui-ci est amoureux d’une jeune fille qui ne lui est malheureusement pas promise. De fils en aiguille, il finit par décupler son pouvoir en fusionnant avec le puissant Dragon noir. Toujours scénarisée par l’écrivain se cachant sous le pseudonyme de Link, la série est cette fois-ci illustrée par un dénommé Savan.

Manga événement des éditions Delcourt/Tonkam, « World’s End Harem » ne brille pas spécialement par son originalité, mais le scénario à peu près crédible et le dessin très plaisant en plus d’avoir de nombreuses pages travaillées en couleur dans son édition numérique est indéniablement divertissant.

Gwenaël JACQUET

« World’s end harem » T1 par Kotaro Shouno et Link
Éditions Delcourt/Tonkam (7,99 €) – ISBN : 978-2-7560-9895-1

SHUMATSU NO HAREM © 2016 by Kotaro Shono, Link / SHUEISHA Inc.

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