William Vance : disparition d’un maître de la BD réaliste…

Souffrant depuis de nombreuses années de la maladie de Parkinson, le dessinateur de « XIII » nous a quittés lundi soir, le 14 mai 2018. Il avait 82 ans. Cette triste nouvelle devrait faire la Une des journaux et ce n’est que justice. Il ne faudrait pourtant pas réduire sa carrière à un personnage devenu culte et oublier qu’il a été un fabuleux dessinateur dans la plupart des domaines de la bande dessinée réaliste : les épopées maritimes, le western, l’aventure et même le fantastique. Retour sur une carrière hors norme.

Né le 8 septembre 1935 à Anderlecht, dans la banlieue de Bruxelles, William Van Cutsem suit pendant quatre ans les cours de l’Académie royale des Beaux-arts de Bruxelles avant de se diriger vers la publicité. Il aborde la bande dessinée sous la signature William Vance en 1962 dans les pages de l’hebdomadaire Tintin où il publie une cinquantaine de récits authentiques de « Desaix, le sultan juste » (n° 722) au « Talisman de Charlemagne » (n° 994). Passionné par la marine, il crée en 1964, avec le scénariste Yves Duval, « Howard Flynn » (jeune lieutenant de la marine royale britannique), puis l’année suivante « Ringo » : un western particulièrement documenté écrit par Jacques Acar. Repéré par Greg, le nouveau rédacteur en chef de Tintin, il dessine, à partir de 1967, les premiers récits complets de « Bruno Brazil » : série d’espionnage imaginée par Louis-Albert, alias Greg. Alors que Bruno Brazil et son Commando Caïman se lancent dans de longues histoires, Vance reprend au pied levé, dans Femmes d’aujourd’hui,les aventures de Bob Morane, le fameux héros de Henri Vernes, abandonnées en cours d’épisode par Gérald Forton. Il animera « Bob Morane » dans Pilote, puis surtout Tintin, avant d’en confier la destinée graphique à son beau frère et assistant Francisco Coria. William Vance multiplie les personnages éphémères dans l’hebdomadaire féminin : « S.O.S. nature » en 1969, « Mongwy » en 1972, un western écrit par Lucien Meys et dessiné avec le concours de Coria, « Rodric » en 1973, héros moyenâgeux imaginé par Lucien Meys. L’année suivante, il campe « Ramiro » avec Jacques Stoquart, somptueuse série de chevalerie ayant pour cadre la Castille de la Reconquête qu’il poursuivra seul jusqu’en 1983. Ultime série proposée dans Femmes d’aujourd’hui, « XHG-C3 » (en 1983) lui permet d’aborder la science-fiction avec la technique de la couleur directe. Il revient en 1984 à la marine britannique dans les pages de Femmes d’aujourd’hui,puis de Tintin,avec « Bruce J. Hawker » qu’il anime seul, puis avec le concours d’André-Paul Duchateau au scénario. Cette série lui permet de dessiner des pages superbes où hommes et navires luttent contre les éléments déchaînés.

Greg, parti aux États-Unis pour y diriger le bureau américain des éditions Dargaud, William Vance se trouve en manque de scénario de « Bruno Brazil ». De guerre lasse, il accepte avec enthousiasme, en 1984, d’illustrer pour les éditions Dargaud un scénario de Jean Van Hamme : « XIII ». Jusqu’en 2007, il dessinera 18 épisodes des aventures du héros amnésique à la recherche de son identité.

Un succès éditorial colossal qui lui permet de séduire un lectorat qui dépasse rapidement le milieu des amateurs de bandes dessinées. Malade, il renonce à son projet de se lancer dans un nouveau cycle, abandonnant son personnage à Iouri Jigounov qui poursuit la saga de « XIII » sur scénarios d’Yves Sente. William Vance, qui habitait Santander en Espagne depuis de longues années, était un bourreau de travail, discret et d’une rare gentillesse.

Son trait précis, ses décors soignés et sa maîtrise des ambiances ont permis à William Vance de porter la bande dessinée réaliste classique à des niveaux rarement atteints. Outre la série « XIII » dont tous les albums sont disponibles, ont peut savourer une grande partie de son œuvre (plus de 3000 pages !) dans la série de 13 volumes « Tout Vance », publiée par les éditions Dargaud de 2001 à 2013.

Henri FILIPPINI

Pour en savoir plus sur William Vance, lire les deux très complets « Coins du patrimoine » que notre collègue Gilles Ratier lui avait consacrés : William Vance dans Femmes d’aujourd’hui (1re partie) et William Vance dans Femmes d’aujourd’hui (2e partie).

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6 réponses à William Vance : disparition d’un maître de la BD réaliste…

  1. Plume au poil dit :

    Un dessinateur moqué par la nouvelle génération pour ses tics,mais pourtant un artiste remarquable au noir et blanc somptueux et à la palette de couleurs pleine d’à-propos avec laquelle il a brossé de remarquables illustrations.
    Voilà un belge flamand que l’on aurait pu prendre pour un dessinateur de la Fleetway,l’ éditeur britannique,tant il avait tout saisi -l’encrage surtout,mais aussi la productivité quelque part et les solutions graphiques et narratives pour y parvenir- des grands artistes « latins » et anglais qui s’y sont illustrés.Influence enrichie logiquement d’une conception franco-belge du genre.Plus que tout,chez Vance il faut savourer tout ce qui est textures,effets de matières:bois,métal,enrochements,pluie ,humidité ect…. Du grand art.

  2. PATYDOC dit :

    La nouvelle n’a pas fait la une des journaux; il y a eu une annonce sur les radios d’Etat, quelques entre-filets dans les journaux, et c’est tout. Il est vrai que Tom Wolfe lui a volé la vedette. Quoiqu’il en soit, la BD est vraiment snobée par les médias…

  3. jjean dit :

    Je suis très triste de sa disparition que j’apprends ici. Un très grand dessinateur avec des séries qui m’ont fait rêver. Enfant, je l’avais découvert dans « Femmes d’aujourd’hui ».. J’ai toujours été fasciné par son dessin et les scénarios bétons de ses scénaristes… Il laisse une oeuvre formidable à redécouvrir par la jeune génération…

  4. Box office Story dit :

    C’est sur le site que je viens d’apprendre la triste nouvelle.
    J’ai découvert William Vance en lisant l’album « La prisonnière de l’Ombre jaune » où son trait précis et ses décors ultra soignés m’ont fait découvrir Bob Morane et j’ai lu tous les livres à l’époque… J’ai ensuite découvert Bruno Brazil, Ramiro… Bien sûr j’avais acheté le premier XIII à sa sortie où j’ai trouvé qu’il s’était surpassé dans le sens du détail, manière de dessiner largement reprise pour tous les héros Made in Van Hamme. William Vance était un grand de la bande dessinée.

  5. Fabio Fiorello dit :

    Bonjour, je savais qu’il y avait une monographie sur Vance en route par P. Gaumier (je ne connais pas l’editeur).
    Est-ce que mon info est correcte? Quelle serais la date de publication?
    Merci
    Fabio

    • GAUMER dit :

      Bonjour,
      La monographie est en cours de rédaction et devrait sortir en 2019 chez Dargaud Benelux,
      J’aurais aimé que William puisse être là pour la voir. Mes pensées vont à Petra, Patricia et Éric, sa femme et ses enfants.
      Cordialement,
      Patrick Gaumer

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