« Les Mythes de Cthulhu » vont à nouveau hanter vos nuits !

Lovecraft, grand auteur fantastique américain, maître reconnu des mondes cauchemardesques les plus inimaginables, est un personnage adulé. 2017 a fêté les quatre-vingt ans de sa mort et l’homme comme son œuvre n’en finissent pas d’être célébrés. « Les Mythes de Chtulhu » offre une superbe occasion de (re)découvrir le talent du romancier de « Providence » et du dessinateur Uruguayen Alberto Breccia.

Cette adaptation dessinée d’histoires évoquant la figure du Chtulhu, abomination et monstre ancien venu des profondeurs imaginé par l’auteur original, a connu une première publication (incomplète) brochée en 1974 aux Humanoïdes associés. Elle a ensuite été rééditée en version cartonnée et bichromie aux deux tons de noir, avec bonus, en 2004, chez Rackham, qui en offre donc la troisième réédition en quarante-trois ans.

 Comme proposé dans le document interview très intéressant de la fin de ce volume (1), Alberto Breccia explique que c’est à la veille d’un long voyage de Madrid à Milan, en 1959, qu’il a découvert l’univers de l’écrivain, via l’achat de l’édition de poche de « L’Abomination de Dunwich » (ou du « Cauchemar d’Innsmouth »). 14 ans plus tard, en 1973, étant devenu professionnel et ayant un peu plus de temps pour lui, il s’est lancé dans un début d’adaptation de l’univers du romancier. Premier essai sur « Le Cérémonial », puis « Le Cauchemar d’Innsmouth» et « Le Monstre sur le seuil ».

D’autres auteurs se sont lancés dans l’adaptation de Lovecraft depuis. On retiendra surtout les charbonneuses interprétations noir et blanc de l’Argentin Horacio Lalia, avec trois gros albums publiés en français chez Albin Michel entre 1998 et 2003, ou celles, plus classiques, de Ian Culbard depuis 2011 chez Akiléos (4 albums de 2011 à 2015 et un recueil en 2016). Ce qui caractérise l’œuvre d’Alberto Breccia, que l’on pourra considérer comme la plus personnelle et respectueuse, ou en tous cas la plus en phase avec les atmosphères hallucinées de l’auteur fantastique, réside dans le traitement multi techniques et abstrait de ce dessinateur.

Le Cérémonial ©Alberto Breccia/Rackham

Tâches d’encre de chine soufflées, collages… Alberto Breccia rivalise d’imagination pour traduire ou décrire les cauchemars de l’auteur de « Providence ». Et même (ou si surtout), les textes sont simplement des citations intégrales des récits de Lovecraft (on l’appréciera), c’est bien le traitement artistique qui donne à l’ouvrage « Les Mythes de Chtulhu », premier du nom en BD, le statut de chef d’œuvre de narration graphique. Cette édition propose une nouvelle couverture, cartonnée avec toile du marais, du plus bel effet.

Un indispensable !

Le Monstre sur le seuil ©Alberto Breccia/Rackham

 L’album recueille les histoires suivantes :

« Le Cérémonial », « Le Cauchemar d’Innsmouth », « L’Abomination de Dunwich », « Le Monstre sur le seuil », « La Cité sans peur », « Chtulhu », « La Couleur tombée du ciel », « Celui qui hantait les ténèbres », « Celui qui chuchotait dans les ténèbres ».

Franck GUIGUE

(1) Entretiens datés de 1987 avec Juan Sasturain et publiés dans « Breccia, el Viejo » (Buenos Aires, Colihue 2013)

Pour en savoir plus sur Alberto Breccia, voir « Le Coin du patrimoine » que lui a consacré Gilles Ratier : Alberto Breccia.

« Les Mythes de Cthulhu » par Alberto Breccia [d'après Howard Phillips Lovecraft]
Éditions Rackham (22 €) – ISBN : 9782878272208

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