« Rouletabille T1 : Le Mystère de la chambre jaune » par Sibin Slavković et Jean-Charles Gaudin

Les grands classiques de la littérature policière sont à l’honneur ces derniers temps : outre Arthur Conan Doyle ou Agatha Christie (nouvelle série aux éditions Paquet), c’est donc l’œuvre émérite de Gaston Leroux qui fait l’objet d’une nouvelle adaptation par Jean-Charles Gaudin. Parfaite énigme en chambre close, non dénuée de poésie ni de fantaisie absurde, « Le Mystère de la chambre jaune » met surtout en scène le personnage du jeune reporter-détective aussi aventurier que débrouillard. Un sympathique archétype dont la bande dessinée ne tardera pas à s’emparer au XXe siècle !

Un crime ingénieux (planches 1 et 2 - Soleil 2017)

Détail d'une publicité annonçant la parution du roman (Catalogue illustré, 2e édition, Paris, Moreau, 1908)

Raconté à la première personne par l’avocat Sainclair, ami du héros, le roman (édité en 1908 après avoir été prépublié en feuilleton dans L’Illustration l’année précédente) relate l’enquête policière et la recherche de la vérité liée à l’étrange affaire survenue dans le château du Glandier. Victime d’une tentative d’assassinat, la fille du professeur Stangeson a été retrouvée dans une chambre peinte en jaune, adjacente au laboratoire, dont la porte est fermée de l’intérieur et les volets clos. Comment l’agresseur s’y est-il pris pour commettre son forfait et ne pas être repéré ? Tels sont tous les enjeux d’une intrigue subtile où résonneront durablement les motifs du double, de l’apparence, du mensonge et des faux-fuyants. Pour Gaston Leroux (1868-1927), qui fut d’abord grand reporter en France, au Maroc ou en Russie, puis avocat et chroniqueur judiciaire, « Le Mystère de la chambre jaune » entame une nouvelle vie qui lui fera rencontrer un succès durable, comme en témoigneront « Le Fantôme de l’Opéra » en 1910, « La Poupée sanglante » en 1923 et la série des « Chéri-Bibi » à partir de 1913. Porté au cinéma une première fois par Maurice Tourneur (1913), « Le Mystère de la chambre jaune » fera l’objet de nombreuses adaptations, dont celle mettant Denis Podalydès dans la peau de Rouletabille en 2003. Côté bande dessinée, signalons une version scénarisée par André-Paul Duchâteau (éd. Claude Lefrancq, 1989), deuxième (après « Le Fantôme de l’Opéra ») d’une série de huit albums reprenant les enquêtes de Rouletabille, dont « Le Parfum de la dame en noir », suite directe de l’intrigue en jaune.

Une police d'écriture "hergéenne/jacobsienne" pour l'affiche de 2003 (B. Podalydès)

Rouletabille T02 chez Claude Lefrancq Éditeur (1990)

En couverture (dessin de Stéphane Perger ; voir son récent « Brûlez Moscou »), le mystère de ce whodunit s’installe dans un décor évidemment dominé par les tons jaunes. Cette couleur, faut-il le rappeler, reste l’une des plus associées (avec le noir, le bleu et le rouge) au genre du polar, comme en atteste dès 1927 le choix effectué pour la célèbre collection Le Masque. Sur le mur s’étale – en grand format ! – une empreinte de main masculine sanguinolente : ce symbole fort sera là encore souvent repris au sein des différents visuels (affiches, couvertures) déclinés jusqu’à nos jours : à la fois en tant qu’indice du crime et en tant que mystère visuel, tissant un trait suspensif entre l’élément déclencheur et sa résolution, comme autant de questions exposées à la sagacité du lecteur (à qui appartient cette empreinte et qui est coupable ?). Portant le costume, la casquette et le revolver, Rouletabille est quant à lui l’incarnation d’une Belle Époque autant que le portrait de l’auteur lui-même : bourreau de travail, attentif au détail comme à l’actualité, alternant entre secret et popularité, Gaston Leroux sera de plus en plus attiré par la spiritualité, le mystère, l’occultisme et le fantastique. Dans ce cadre, les nouvelles techniques d’observation médicale, les avancées scientifiques et les progrès de la police judiciaire seront des ingrédients romanesques précieux : une histoire de « recette » déclinée en teintes, parfums et pièces à conviction…

4 étapes de travail pour la planche 41 : storyboard, crayonné, encrage et mise en couleurs

Philippe TOMBLAINE

« Rouletabille T1 : Le Mystère de la chambre jaune » par Sibin Slavković et Jean-Charles Gaudin
Éditions Soleil (15,50 €) – ISBN : 978-2-302-06850-6

Galerie

Une réponse à « Rouletabille T1 : Le Mystère de la chambre jaune » par Sibin Slavković et Jean-Charles Gaudin

  1. Fab dit :

     » Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat. »
    J’espère qu’ils ne l’ont pas oubliée, celle là. Sinon cette adaptation aurait comme un manque.
    Superbe couverture en tout cas.

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