« Monkey Peak » T1 par Koji Shinsaka et Akihiro Kumeta

À votre avis, quelle est la montagne la plus meurtrière au monde ? L’Everest ? Eh bien non, c’est le mont Tanigawa qui se trouve au Japon. On comptabilise 805 personnes qui y ont péri alors que « seulement » 637 sont mortes sur les pentes des hauteurs tibétaines. La deuxième la plus meurtrière se situe également au Japon. C’est le mont Gansai, aussi surnommé le pic du singe démoniaque, où 763 personnes ont péri. C’est précisément à cet endroit que se trouvent les protagonistes de ce récit. La montagne peut être fatale, mais pas toujours de la manière que l’on imagine.

Ça devait être un séjour motivant, une simple grimpette à même de souder l’équipe d’une compagnie pharmaceutique. Trente-neuf des employés avaient été conviés par leur patron pour une simple balade un peu sportive en montagne. Pourtant, c’est vite devenu un cauchemar quand, la première nuit, quatre des membres se sont faits massacrer par un énorme singe muni d’une machette.

Une légende ancestrale raconte qu’un signe maléfique hantait cette montagne et qu’un samouraï fut envoyé pour le tuer. Il le jeta du haut de la montagne Gansai, mais la légende ne précisait pas qu’il continuait pourtant de la hanter. Ce qui expliquerait pourquoi tant de personnes ont laissé leur vie sur ce bout de rocher. Jusqu’à ce qu’ils aperçoivent le monstre de leurs yeux, personne ne prenait ce mythe au sérieux. Il faut pourtant se rendre à l’évidence : une telle bête existe, elle est armée et n’hésite pas à tuer.

Cette histoire horrifique, même si elle traite de la montagne, est bien loin de récits comme « Le Sommet des dieux » de Jirō Taniguchi ou encore l’excellent « Ascension » de Shin’ichi Sakamoto. Cette escalade se fait sous la contrainte, guidé par un chef qui n’y voyait qu’un moyen de renforcer les liens entre les employés de son entreprise pharmaceutique, après le scandale qui l’a touchée. Et parmi ces salariés, il y a ceux qui se sont préparés pour cette excursion, il y a ceux qui ne sont pas sportifs et qui souffrent déjà le martyr ou encore ceux à qui on a joué un mauvais tour, en leur précisant de venir habillés en costume et cravate pour faire bonne impression. Une chose est certaine, personne n’était préparé à affronter un monstre légendaire qui apparaît soudainement, dans le seul but de massacrer les personnes qui ont le malheur de croiser son chemin.

Le dessin réaliste de Akihiro Kumeta marche extrêmement bien pour ce type de récit. Il montre sans détour les corps démembrés sans s’appesantir inutilement dessus. Les tueries sont courtes, mais violentes. Ce qui nous place dans le même état de stupéfaction que les protagonistes de cette chronique montagnarde. C’est dans les moments d’effort, longs et intenses, que la peur se lit sur les visages des grimpeurs qui voient leurs forces décliner au fur et à mesure que leur provision d’eau s’amenuise. Bien sûr, le sourire forcé de Saotome, un des héros, est lui aussi extrêmement bien rendu et participe à la gêne ressentie par le groupe envers lui. Il aurait apparemment des morts sur la conscience.

Publiée depuis juillet 2016 dans le magazine Manga Goraku des éditions Nihon Bungeisha, cette série, qui en est à son quatrième volume au Japon, n’est toujours pas terminée. Le carnage semble sans fin sur ces sommets abrupts où il ne fait décidément pas bon se rendre. Mais plus qu’une histoire de survie, c’est également le moyen de plonger dans le passé, souvent trouble, des acteurs de cette tragédie. Entre combats des chefs, secrets inavouables et lâcheté ordinaire, la cohabitation semble mal partie. Pourtant, il faut survivre et espérer redescendre vers la civilisation en un seul morceau.

Un thriller haletant qui démarre tranquillement, mais qui cache bien son jeu au fur et à mesure que l’histoire se dévoile pour devenir de plus en plus prenante. N’espérez pas une petite balade tranquille sur le pic du singe, le carnage s’annonce sanglant.

Gwenaël JACQUET

« Monkey Peak » T1 par Koji Shinsaka et Akihiro Kumeta
Éditions Komikku (8,50 €) – ISBN: 978-2372873086

© KOMIKKU ÉDITIONS / Akihiro Kumeta / Kôji Shinasaka

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