« Freaks of the Heartland » : le comics oublié de chez Semic !

Lors d’une visite à la boutique « Evil One Comics » de Clermont-Ferrand, une discussion avec le gérant sur les comics de sorcellerie et de terreur m’a fait découvrir, dix ans après sa parution originale, un album dont je n’avais jamais entendu parler. Peut-être aurais-je mieux du alors lire BDzoom.com, car Cecil McKinley avait rédigé une belle chronique à l’époque. Comme quoi, il est des histoires qui passent bien le temps et qui mériteraient d’être rééditées.

« Freaks of the Heartland », paru fin 2007 aux éditions Semic, alors que ces dernières venaient de perdre (en 2005) les droits du catalogue DC (racheté par la société Panini) et n’avait normalement rien publié depuis, est ce que l’on pourrait appeler un oublié, un OVNI de l’édition. Un truc qui ne devrait pas être là, mais qui l’est quand même. Sans doute un bouquin dont le contrat était signé et qui a, malheureusement, paru à un moment totalement inopportun pour une diffusion adaptée et sa réussite en librairie.

Ce « Monstres de la cambrousse » (traduction toute personnelle) raconte l’histoire d’un gamin : Trevor, fils de paysans du Middle West américain. Celui-ci doit survivre à un quotidien difficile, entre la dureté de son père alcoolique, l’effacement de sa mère, le terrible secret engendré par l’isolement et la captivité d’un frère monstrueux qu’il doit nourrir chaque soir dans la grange familiale. Mais ce frère est-il le seul de son genre, dans la communauté environnante ?

Un album magnifique… à plusieurs égards.

En 2007, Steve Niles n’était pas encore, en France, l’auteur hyper reconnu qu’il est devenu depuis. Il avait déjà été remarqué des amateurs avec sa série « 30 Jours de nuits », magistralement mise en images par Ben Templesmith chez Delcourt, et le même éditeur avait aussi publié « Sam & Twitch », série associée à l’univers « Spawn ».

C’est lors de son acoquinement avec Richard Corben et Rob Zombie, sur « Big Foot » (publié en 2006 en France, chez Toth), que l’expression d’un destin particulièrement glorieux s’était attachée à son profil. « 28 Jours plus tard », adapté du célèbre film de zombies de Danny Boyle (version française publiée chez Panini en novembre 2007), le positionnait alors comme l’un des meilleurs scénaristes d’horreur de cette décennie.

Affiche promotionnelle pour "Alive Alive"

La suite de sa bibliographie parle d’elle même, mais il ne faudrait surtout pas négliger les histoires écrites aux USA pour des dessinateurs non moins talentueux, sous prétexte qu’elles n’ont pas été traduites par chez nous. Je pense bien évidemment aux séries « City of Others » (Dark horse, 2008) avec l’incontournable Bernie Wrightson, à qui il offrit ici un retour fracassant, tout comme celle de « Doc Macabre » (IDW 2010-2011), avec le même dessinateur. Puis, toujours aux côtés de ce grand artiste, le retour impensable, 29 ans après, du monstre de Frankenstein chez IDW (« Frankenstein Alive Alive », trois numéros en 2012-2014).

Une association qui, non contente d’avoir regroupé deux des plus grands artistes de cette décennie, a donné lieu à des réussites artistiques incroyables.

Mais revenons à ce « Freaks of the Heartland », perdu dans cette zone que l’on peut définir comme entre deux temps.

Si le scénario, très réussi, peut rappeler, dans une certaine mesure, le « Big Man » de David Mazzucchelli, paru dix ans plus tôt, et qui abordait déjà un peu le thème de la différence monstrueuse dans une ferme des États-Unis, on pensera aussi à la « Foire aux monstres » de Bruce Jones et Bernie Wrightson, et plus encore, pour ses errances dans des paysages désolés et sa poésie inhérente, à la saga « Swamp Thing » qu’il créa avec Len Wein dans les années soixante-dix. Mais la série actuelle « Harrow County » (de Cullen Bunn et Tyler Crook) rassemble des éléments que l’on peut aussi rattacher à l’ambiance ressentie. Et même si les passages, montrant la relation entre les enfants et leurs proches monstrueux, cherchant un havre de paix improbable, pourront rappeler le propos de certains films hollywoodiens pour la jeunesse, ce ton naïf laisse inexorablement la place à un autre, beaucoup plus corrosif et réaliste. Quant au dessin majestueux et superbement angoissant de Greg Ruth, il est égal à celui découvert a posteriori dans son autre album français de la série « Conan » : « Born on the Battlefield », petit bijou qui a eu l’avantage d’être davantage exposé (2010, chez Panini pour la version française)…

Alors que Greg Ruth fait l’actualité ce mois d’avril avec la parution d’un très bel album consacré au peuple apache (« Indeh » chez Hachette comics, avec Ethan Hawke au scénario), il était opportun de remettre en lumière ce roman graphique si particulier, à la couverture en relief bien sentie.

Chers éditeurs… à vous de jouer ! ;-)

Frank GUIGUE

« Freaks of the Heartland » par Greg Ruth et Steve Niles

Éditions Semic, parution d’octobre 2007

> Lire La chronique originale de Cecil McKinley.

 

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