Dimanche Fillettes : un autre Vaillant pour les filles…

Treize mois après la disparition de Vaillante (1), les éditions Vaillant font une nouvelle tentative en direction de la jeunesse féminine en lançant Dimanche Fillettes, le 4 avril 1949. Ce nouvel hebdomadaire possède, contrairement au précédent, sensiblement le même format que Vaillant et, comme lui, paraît sur 8 pages, dont 4 en couleurs, avec un prix de vente identique : 15 francs. À noter que cet article où l’on parle de Rémy Bourlès, Cabrero Arnal, Eu. Gire, René Bastard, Jen Trubert, Jacques Souriau, Claude-Henri Juillard… a été publié, à l’origine (sans les illustrations), dans Le Collectionneur de bandes dessinées, au n° 99 daté de l’été 2003.

Un premier numéro fort semblable au n° 203 de Vaillant

« Pour vos sœurs qui réclamaient un Vaillant pour elles, voici, dès cette semaine, Dimanche Fillettes, édition de Vaillant pour les filles », lit-on dans un encadré en seconde page du premier numéro de la publication. Pour bien marquer la continuité avec Vaillante, la lettre et le courrier de Ficelle sont de retour. Celle-ci précise d’ailleurs en dernière page : « Ah ! que je suis contente de vous retrouver chaque semaine, amies de France ou des pays lointains ! Il n’a pas le même visage que l’an dernier, votre cher journal, mais je suis persuadée que vous le feuilletterez avec autant de plaisirs»

La publication présente un rédactionnel abondant, occupant la moitié du journal. En première page, pas de bande dessinée, mais une nouvelle illustrée par Jean Trubert : « La Mule du pape ». Puis suivent, dans « La Page de l’oncle Tom », un article très didactique sur les Terre-Neuvas, un autre sur la Chasse à l’ours, quelques entrefilets (« Les Potiers de l’Aurès », « Le Sucre de trèfle », « Calvi », « Barcelone »), le tout agrémenté de photographies. À noter que cette « Page de l’oncle Tom », qui paraît à l’identique la même semaine dans Vaillant 203, durera jusqu’à la fin de Dimanche Fillette.

Deux autres nouvelles occupent la page 6 : « Au temps des chandelles » et « La Première Chasse de Jaquotte ». Enfin, le journal se termine avec un article sur la mode : « Comment renouveler sa garde-robe avec les premiers beaux jours » (nous sommes début avril), le courrier et la lettre de Ficelle et une recette pour réaliser une délicieuse brioche dans la rubrique « Cordon bleu ».

Côté bandes dessinées, cinq séries publiées paraissent parallèlement dans Vaillant, à savoir « Bob Mallard », « Yves le Loup », « Placid et Muzo », « Hourrah Freddi ! » et « R. Hudi junior et ses aventures ». Une seule bande ne se trouve pas dans Vaillant et appartient à l’univers féminin : « Moïna » de M. Brunel, sur scénario de R. Thierry.

Bob Mallard cascadeur de cinéma

Créé en juillet 1946 dans Vaillant par Rémy Bourlès et Henri E. Bourdens, Bob Mallard est un pilote de l’aviation civile qui essaie parfois des prototypes, réalise à l’occasion de la voltige acrobatique, et démasque des aventuriers sans scrupules.

Les récits complets C'est un album Vaillant ont publiés quatre recueils « Bob Mallard » par Rémy Bourles et Henri Bourdens, entre 1947 et 1949.

Dans le premier épisode, « Ceux de la ligne », qui s’achève au n° 10 de Dimanche Fillette, il se retrouve sur le trajet Orly-Alger-Le Cap, affrontant des trafiquants de diamants hollandais, en compagnie de son copilote Bébé. Du n° 11 au n° 14, dans « L’Espion du Pacifique », il raconte à des jeunes d’un aéro-club ses souvenirs de la Seconde Guerre mondiale : quand, à la tête d’une escouade de fortune, il protégeait le porte-avions Oradour des attaques de la flotte japonaise.

Enfin, dans un dernier épisode non titré, notre héros est engagé dans un film sur la vie de Guynemer. Après un combat simulé, il plonge avec son appareil dans l’étang de Trappes, est sauvé par le premier rôle du film, et échappe ensuite de peu à un empoisonnement. À la fin de la planche du n° 18 (01/08/49), on lit : « La semaine prochaine : “Mystère”» Mais, il n’y aura plus Bob Mallard dans le n° 19, et les jeunes lectrices devront lire la suite dans Vaillant 221 (08/08/49). Ce ne sera malheureusement pas la seule fois que la maison d’édition se permettra ce genre de désinvolture avec ses lectrices.

« Bob Mallard » par Rémy Bourles et Henri Bourdens dans le n° 1 de Dimanche Fillettes.

Le dessinateur de la série, Rémy Bourlès (1905-1997), possède déjà un passé professionnel conséquent en ayant participé à de nombreux récits complets (Odyssée, Sélections Prouesses, Grandes Explorations, etc.).

En 1947-1948, il a réalisé « Les Coups d’épées de Monsieur de la Guerche » dans L’Astucieux et signe aussi, en cette année 1949, « L’Aigle des mers » dans L’Intrépide 1ère série (voir L’Intrépide, un hebdomadaire classique [première partie]et L’Intrépide, un hebdomadaire classique [deuxième partie]). Véritable bourreau de travail, il collaborera plus tard aux éditions Artima avec Ardan (1953-1954), Aventures Film (1953), Vigor (1954), Red Canyon (1955), etc. On le retrouvera aussi dans Mireille (1960-1963) et, à partir de 1961, dans de nombreux petits formats des éditions Aventures et Voyages : En garde, Rocambole, Pirates, etc.. Ajoutons que, parallèlement à sa profession de dessinateur réaliste reconnaissable par l’élégance et la finesse de son trait, Rémy Bourlès fut aussi un peintre breton expressionniste de talent.

L’intégrale des épisodes de « Bob Mallard » par Rémy Bourles et Henri Bourdens a été réédité en quatre albums par Le Taupinambour, en 2016.

Premier album d'« Yves le Loup » édité par Vaillant, en 1954.

Yves le Loup en pays d’Armor

Fortement inspiré de la bande américaine « Prince Valiant » d’Harold Foster, « Yves le Loup » a été créé dans Vaillant, en juillet 1947, par René Bastard (1900-1975) sur scénario de Jean Ollivier (1925-2005).

Il s’agit d’une sorte d’épopée mythologique (que l’on nomme aujourd’hui héroic-fantasy) où l’on retrouve Merlin l’enchanteur, la fée Viviane et la plupart des héros de la Table ronde.

Les planches, le plus souvent en couleurs et sur pleines pages, constituent de remarquables compositions graphiques où passe le souffle épique d’une chevauchée fantastique aux mille rebondissements.

Auparavant, les récits complets C'est un album Vaillant ont publié un recueil « Yves le Loup » par René Bastard et Jean Ollivier, entre 1948.

D’abord sculpteur sur bois, tailleur de pierre, compagnon du Tour de France et courtier en assurance, l’auteur, René Bastard (1900-1975), a débuté à quarante ans passés comme dessinateur de récits complets pendant la guerre, à l’agence Opera Mundi, puis à Hardi les garsoù il conçoit plusieurs westerns.

En 1999, le CNBDI a publié un album d'« Yves le Loup » dessiné par René Bastard.

En 1946, il crée successivement dans le journal Vaillant : « Tchapaïev », « Mandrin le justicier » et le célèbre « Nasdine Hodja »que nous évoquerons plus loin.

En 2004, les éditions Glénat en proposeront un autre, à l'initiative d'Henri Filippini.

Privilégiant la narration continue aux dialogues par phylactères, le scénariste Jean Ollivier deviendra par ailleurs le rédacteur en chef de Vaillant.

Outre « Yves le Loup », il y signera : « Capitaine Cormoran » pour Lucien Nortier (1947-1951) — puis Paul Gillon (1954-1959) —, « Hourrah Freddi ! » pour Claude-Henri (1948) — puis Pierre Le Guen (1951) —, « Sam Billie Bill » pour Lucien Nortier (1949), « Jean et Jeannette » pour Jacques Souriau (1950-1951), « P’tit Joc » pour André Joy (1952-1954), « Ragnar le Viking » pour Eduardo Coelho (1955-1969), « Jacques Flash » pour Pierre Le Guen (1956-1959), « Davy Crockett » pour Coelho (1957) – puis Kline (1960-1969) —, « Wango » pour Coelho (1957-1958), « Robin des Bois » pour Nortier secondé par Robert Gigi, Christian Gaty ou Charlie Kieffer (1965-1969), etc. Jean Ollivier devient, ainsi, l’un des meilleurs auteurs de récits d’aventures humanistes en bandes dessinées.

Buvard publicitaire avec un dessin d'Arnal.

Placid et Muzo en vers de mirliton, Freddi journaliste-détective et les loufoques R. Hudi junior

La bande « Placid et Muzo » a été créée dans Vaillant, en mai 1946, par José Cabrero Arnal (1909-1982) (2) et Pierre Olivier.

Il ne faut pas confondre avec Jean Ollivier :

Un autre buvard publicitaire avec un dessin d'Arnal.

ce scénariste occasionnel ayant, lui aussi, écrit de nombreux récits pour les magazines du groupe V.M.S. (Vaillant-Miroir Sprint).

Un album Vaillant de « Placid et Muzo » par Arnal et Olivier datant de 1953.

Muzo, le renard rusé et râleur, et son compère Placid, un ours à poil ras, gourmand et fainéant, s’expriment ici en vers de mirliton qui donnent un certain cachet poétique à leurs aventures.

Le dessin très inventif d’Arnal, tout en courbes et en rondeurs, possède une sorte de légèreté aérienne et frivole qui s’adapte parfaitement à l’extravagance des situations.

La série obtiendra un énorme succès (à l’égal de « Pif le chien » du même auteur) et se continuera dans Pif gadget à partir de 1969 (reprise par Jacques Nicolaou, ou par Michel Motti), puis dans Le Nouveau Pif,Placid et Muzo poche (en 1993) et Super Pif (dessins de Netch ou Mircea Arapu, scénarios dus, la plupart du temps, à François Corteggiani), à partir de 2015.

Album « R. Hudi junior et ses aventures » publié en 1946 par Vaillant.

Autre série d’humour, « R. Hudi junior », présent dans Vaillant depuis le n° 31 du 1er juin 1945, est l’œuvre d’Eugène Gire (1906-1979) (3). Il s’agit des aventures sportives et totalement loufoques, en général complètes sur un numéro, d’une bande de gamins et de leur chien. Sur trois strips à petites cases en bas de page et en noir blanc, les personnages sont tour à tour coureurs à pied, boxeurs, champions de cyclisme, pour finir footballeurs au n° 32 en éliminant « les magnats véreux du sport » (sic). « R. Hudi junior et ses aventures » présente, par ailleurs, la particularité de posséder des personnages en commun avec la célèbre « Pension Radicelle » du même auteur, série publiée dans Vaillant depuis juin 1947.

La bande s’arrête en même temps dans Vaillant (au n° 234) et sera remplacée la semaine suivante dans les deux publications par une nouvelle série d’Eu. Gire : « Les Avatars d’A. Bâbord »,que nous évoquerons plus loin.

Une planche originale de « R. Hudi junior et ses aventures ».

Les récits complets C'est un album Vaillant ont publié un recueil « Hourrah Freddi ! » dessiné par Claude-Henri Juillard, entre 1949.

« Hourrah Freddi ! » de Claude-Henri conte les aventures d’une sorte de journaliste-détective qui, grâce à ses dons sportifs (boxe, ski, natation, etc.), résout des énigmes avec intelligence et humour. La bande a été créée dans Vaillant en avril 1948 (scénarios non crédités de Roger Lécureux et Jean Ollivier), journal où elle se poursuivra jusqu’en décembre 1953. En général sur trois ou quatre strips en noir et blanc par numéro, elle débute dans le premier numéro de Dimanche Fillettes (donc n° 203 de Vaillant) par les tribulations d’une bande de gamins de Paris vivant dans une péniche du canal Saint-Martin. L’aventure a déjà commencé dans Vaillant depuis le n° 199, soit quatre numéros auparavant. Preuve, là encore, du dédain avec lequel l’éditeur s’occupait de son journal féminin. Mais, heureusement, au n° 32 de Dimanche Fillettes, « Hourrah Freddi ! » se terminera sur une fin d’épisode.

L’auteur, Claude-Henri Juillard (1915-1990), dessinateur prolifique doué d’un certain talent et qui signe souvent de son simple double prénom, a débuté avec des récits complets dans Sélection Pic et Nic en 1946.

Il s’est fait connaître dans Jeudi-Magazine avec « Olivier de Termont », puis « Terreur dans la brousse » et est l’un des principaux dessinateur de « Lynx blanc » dans Vaillant, entre 1950 et 1961.

L’année suivante, il signe « Capitaine Tornade » dans Zorro et collaborera, par la suite, à d’autres illustrés pour filles (J2 magazine, Lisette, Line), travaillera à Francs-Jeux, Spirou (avec des « Oncle Paul »), à Pistolin, Frimousse, etc.

Planche originale d'«Hourrah Freddi ! » de Claude-Henri Juillard, parue dans le n° 164 de Vaillant, en 1948.

Album « L’Insaisissable Nasdine Hodja » illustré par René Bastard, publié par Vaillant en 1953.

Le bondissant Nasdine Hodja et les avatars d’A. Bâbord

En octobre 1949, au n° 29, « Yves le loup » passe de la planche en couleurs à seulement trois strips en noir blanc en page 6. La place laissée est comblée par une bande, paraissant parallèlement dans Vaillant : « L’Insaisissable Nasdine Hodja », qui débute dans les deux publications par un nouvel épisode. La série est née en décembre 1946 sous le crayon de René Bastard, lequel la dessinera jusqu’en 1951 avant de la passer à Pierre Le Guen.

Album « L’Insaisissable Nasdine Hodja » illustré par René Bastard, publié par Le Taupinambour en 2011.

D’après un personnage du folklore russe, il s’agit d’une sorte de Zorro agile et bondissant qui combat les méchants sultans dans un Orient caricatural inspiré des contes des « Mille et Une Nuits ».

Doué d’une adresse redoutable, Nasdine Hodja fait par ailleurs preuve d’un courage à toute épreuve, tout en amusant le petit peuple par des facéties qui ridiculisent les puissants.

La bande colle donc parfaitement à l’idéologie progressiste du journal et aura un succès important en se prolongeant jusqu’en 1972 dans Pif gadget, sous les crayons successifs de René Violet, Pierre Le Goff, E.T. Coelho et, finalement, Angelo Di Marco (voir Angelo Di Marco : disparition du roi des reporters-dessinateurs !).

Album « A. Bâbord » publié par Vaillant en 1951.

Dernière bande du journal, « A. Bâbord » possède l’avantage d’être créé en même temps dans Vaillant et Dimanche Fillettes, le 14 novembre 1949. Cette série délirante est l’œuvre d’Eugène Gire qui, nous l’avons vu plus haut, vient de terminer « R. Hudi junior ». Elle met en scène un marin en jean et polo rayé qui parcourt les océans, son éternelle casquette vissée sur la tête, à bord de La Frétillante, en compagnie d’un oiseau parleur nommé Père O.K..

Inachevée dans Dimanche Fillettes, la bande se continuera dans Vaillant  247 et durera jusqu’en 1967 avec, malheureusement, un seul volume paru : « A. Bâbord et Père 0.K : Les Naufragés de l’Entrecôte »(1951), lequel possède l’insigne honneur d’avoir longtemps été souvent cité alphabétiquement en tête des albums recensés dans les encyclopédies de la bande dessinée.

Les bandes féminines de Dimanche Fillettes

Quatre séries, tout de même, ne doivent rien au journal Vaillant : « Moïna », « Dame Carcas », « Louison la Marseillaise », « Martine autour du monde ».

La première, « Moïna », démarre en couleurs au premier numéro et est médiocrement dessinée par un certain M. Brunel sur scénario de R. Thierry. Pas de bulles, mais un long récitatif sous les images content les aventures, il y a plus de dix mille années, d’une jeune adolescente vivant dans un petit village en bord de Seine qui deviendra un jour Paris. Le scénariste, R. Thierry, est l’auteur de plusieurs romans dans Vaillant : « Nuée rouge » (1947), « Le Vengeur du Parnasse » (1948), « Souvenirs d’un chef peau-rouge » (1950), etc.

À cette bande, de peu d’intérêt graphique, succède « Louison la Marseillaise », scénarisée elle aussi par R. Thierry, mais dessiné par le talentueux Jacques Souriau (1886-1957) (4) connu des bédéphiles pour sa longue saga « Robin des Bois » dans Tarzan, puis Hurrah !.

C’est encore une histoire en images avec texte fourni accompagnant les strips. Bien qu’il soit surtout un maître du noir et blanc, Souriau réalise élégamment en couleurs cette histoire : exemple type du récit républicain et progressiste qu’affectionnaient les éditions Vaillant.

Alors que « les grands tribuns Robespierre, Marat, le jeune et valeureux Saint-Just dénoncent les trahisons », Louison, une jeune et jolie orpheline de seize ans, participe à la marche des cinq cents volontaires Marseillais qui montent sur Paris en l’été 1792. Après diverses péripéties révolutionnaires, elle entraînera la foule à l’assaut des Tuileries en chantant la Marseillaise.

Parallèlement à « Louison », qui n’occupe que deux strips en bas de la dernière page, Jacques Souriau va aussi dessiner « Martine autour du monde », en pleine page couleurs cette fois, sur texte abondant de Silva qui court sur cinq à sept lignes en dessous des cases.

Il s’agit des exploits de la fille d’un pêcheur breton, lequel se noie dès le début du premier épisode : « La Terre verte ». En compagnie du vieux marin Loïc (qui ressemble fort au moine de « Robin des Bois »), elle se rend en Islande à bord de la Mouette, sur les traces des pêcheurs de morue.

À peine arrivée, elle démasque un capitaine criminel prêt à saboter son navire et son équipage pour toucher l’assurance. Puis, son bateau entraîné par un cachalot, Martine passe ensuite au Groenland (surnommé la Terre verte en été), découvre les Esquimaux et affronte un ours blanc.

« Martine autour du monde » par Jacques Souriau.

Dans un second épisode, « Le Chant de la forêt » qui débute au n° 37 (12/12/49), Martine et Loïc se retrouvent cette fois au Canada. De superbes planches en couleurs où dominent le vert et le rouge se succèdent, concoctées par Jacques Souriau au mieux de son talent, dépeignant avec brio les mœurs des trappeurs, des Indiens et des coupeurs de bois dans la forêt québécoise. Cette bande écologique avant l’heure, au didactisme de bon aloi, restera malheureusement inachevée au dernier numéro de Dimanche Fillettes, fin janvier 1950.

Pour être exhaustif, signalons enfin une troisième bande spécifique à Dimanche Fillettes : « Dame Carcas » complète en un seul numéro (n° 8). Elle est signée Jean Trubert, auteur que nous avons déjà abordé dans notre étude sur Vaillante (voir Vaillante : première petite sœur de Vaillant ou Des amis pour Trubert…). En pleine première page couleurs, l’histoire de cette femme ingénieuse, qui donna son nom à la cité de Carcassonne, confirme le talent d’un dessinateur à la poésie espiègle lequel signe par ailleurs quelques belles illustrations couleurs : « La Mule du pape » (n° 1), « Le Voyage de Luce » (n° 10).

Une publication superflue, sans grande originalité

Comme nous l’avons évoqué plus haut pour le premier numéro, le rédactionnel reste très fourni dans Dimanche Fillettes.

Une rubrique d’un quart de page signée Marie Louise évoque « Les Gais et Pimpants Tabliers » (n° 3), « Chemisiers sobres et pratiques » (n° 6), « Du point de croix » (n° 14), « Pointes et foulards » (n° 17), « Les Feuilles jaunissent » (n° 30), « Nid douillet » (n° 35), « Manteau confortable » (n° 37).

Marie Louise donne aussi des conseils sur la mode de l’époque, sur la façon de s’habiller selon les saisons, sur la couture, le tricot, l’aménagement de l’environnement à la ville comme à la campagne.

Des mots croisés, des jeux, des rébus, des concours de photos des lectrices où l’on peut gagner une bicyclette ou une montre, des recettes de cuisine parsèment également l’existence du journal.

On trouve aussi des biographies d’écrivains : Paul Vaillant-Couturier (n° 29), Pouchkine (n° 34) ; de savants : Denis Papin (n° 23), Lavoisier (n° 2 5), Blaise Pascal (n° 27), Ampère (n° 28) Pierre Curie (n° 32) ; la descriptions de « Grandes découvertes françaises » : la céramique avec Bernard Palissy (n° 21), la chirurgie avec Ambroise Paré (n° 22), la montgolfière (n° 24).

Ce rédactionnel didactique montre le souci louable de la rédaction d’instruire tout en cherchant à amuser, à une époque où la bande dessinée était soupçonnée, par nombre d’éducateurs et de censeurs, de crétiniser la jeunesse ou d’en faire une école du crime.

Encore un buvard publicitaire avec un dessin d'Arnal.

Malheureusement, contrairement à Vaillante qui avait fait preuve d’originalité, Dimanche Fillettes, à quelques exceptions près, se contenta de reproduire des séries de l’hebdomadaire Vaillant.

Alors que dans la précédente publication toutes les bandes étaient inédites et destinées aux filles, sur les onze de Dimanche Fillettes, sept proviennent de Vaillant et sont plutôt réservés aux garçons, tandis que quatre seulement s’adressent à un public féminin.

On ne voit pas, dès lors, une famille à revenus modestes, ayant fille et garçon, débourser 15 francs par journal, soit 30 francs (à peu près 5 euros) par semaine pour acheter des publications sensiblement équivalentes. Mais l’étude de marché n’était peut être pas, à l’époque, le souci premier de la presse communiste ou sympathisante.

Quoiqu’il en soit, devenue superflue, Dimanche Fillettes disparut au bout de dix mois sans affecter particulièrement ses dernières lectrices qui continuèrent sans doute à emprunter Vaillant à leurs frères ou à leurs petits camarades.

Michel DENNI

Mise en page et mise à jour du texte : Gilles Ratier

Encore merci à Mariano Alda qui nous a dépanné en réalisant les scans de quelques images qui nous manquaient pour illustrer dignement cet article.

(1) Voir Vaillante : première petite sœur de Vaillant ou Le Collectionneur de bandes dessinée 98.

(2) Pour une brève biographie d’Arnal, voir Pif le chien : histoire d’une tragédie éditoriale, notre Vaillante : première petite sœur de Vaillant ou Le Collectionneur de bandes dessinée 98.

(3) Voir Connaissez-vous Eu. Gire ?, Le Collectionneur de bandes dessinée 98 et Vaillante : première petite sœur de Vaillant.

(4) Pour une brève biographie de Souriau, voir Hop ! se souvient de Souriau, Vaillante : première petite sœur de Vaillant ou Le Collectionneur de bandes dessinée 98.

Galerie

2 réponses à Dimanche Fillettes : un autre Vaillant pour les filles…

  1. Bonjour. Merci pour cet excellent article. Effectuant des recherches sur la légende de Dame Carcas et ses représentations, je souhaite une image de la couverture du numéro consacré à cette légende. Serait-il possible de l’envoyer? Merci.

    • Gilles Ratier dit :

      Bonjour Gauthier !
      L’image présentée est celle de la couverture du n° de Dimanche Fillettes correspondant : hélas, quand Mariano Alda a voulu la scanner, son scanner est tombé en panne et il n’a pu récupérer que cette image en noir et blanc. Donc, nous, nous ne pouvons rien faire de plus pour vous.
      Bien cordialement
      La rédaction

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