Bd BOUM 2016 : Un excellent cru !

Le festival blésois Bd Boum a 33 ans, maintenant. C’est depuis longtemps déjà un rendez-vous incontournable. On y vient comme on rend visite à un ami de longue date, qu’on a toujours énormément de plaisir à retrouver. On se connaît bien et, pourtant, on se découvre perpétuellement. Ses organisateurs ont l’art de toujours nous surprendre, d’entretenir la diversité sans jamais négliger la qualité. Leur savoir-faire pour attirer les publics a encore fait merveille…

Ainsi, à l’entrée de la Halle aux grains, le guerrier Thorgal invitait petits et grands à entrer dans son univers bien particulier : « un univers qui secrète sa propre mythologie », car cette série n’est pas une simple BD d’aventure, c’est un monde en mouvement perpétuel, dans lequel les personnages principaux évoluent et vieillissent. D’où la série mère « Thorgal », qui compte déjà 35 tomes et les séries parallèles « Les Mondes de Thorgal », qui continuent de se mettre au service du récit de ce personnage. Thorgal, enfant perdu et recueilli par des Vikings, devient un excellent guerrier qui croise des personnages récurrents, allant et venant au fil de ses aventures. De ce fait, des liens discrets (un tressage) existent entre les différents albums, sans en altérer la lecture indépendante. L’ensemble des planches présentées confirme combien l’univers thorgalien est riche, concret et plein d’émotion. L’exposition a permis de retrouver la plupart des personnages de caractère créés par le scénariste Jean Van Hamme et le dessinateur Grzegorz Rosiński, et qui sont aujourd’hui repris par de nouveaux scénaristes : tels Yves Sente, puis Xavier Dorison, et de nouveaux dessinateurs, tels Giulio De Vita et Roman Surzhenko. Présentant des morceaux d’anthologie, la mise bout à bout des planches a montré comment le travail du dessin a permis de conserver l’ambiance initiale de l’œuvre.

Plus loin dans les allées, vous trouviez une expo vente surprenante organisée par « Les Amis du Coyote » dans le but de racheter la moto de l’auteur décédé en 2015. La vente de dessins originaux par bon nombre de dessinateurs devrait financer ce projet. Dans la même allée, sous le logo « Je suis l’actu », on tombait sur un mur de dessins aux thématiques très variées, proposés par de jeunes participants sur des sujets d’actualité.

À l’étage, était exposé le travail remarquable de Patrick Prugne sur « Iroquois » : saga indienne retraçant une partie de l’histoire du Canada. Cette présentation de planches originales — parmi lesquelles dominaient les aquarelles très soignées, caractérisées par une palette chromatique dense et contrastée — a révélé la maîtrise technique d’un auteur qui privilégie un traitement quasi picturaliste. Le mérite de la scénographie, à la teneur ethnographique, étant de parfaitement mettre le visiteur dans l’ambiance des albums.

Autre exposition voisine : celle de Philippe Xavier, avec son crayonné très léger et malgré tout très dense. Les planches permettaient de retrouver les principales étapes de la carrière de l’auteur. Originaire du pays bordelais, il part très vite travailler à l’étranger : Argentine, Chili, États-Unis. Puis, en 2003, il revient en France et commence une série de fantasy. Dès lors, il enchaîne les séries. En 2006, il part s’installer à Bruxelles où il crée avec Jean Dufaux la série « Croisade », devenue incontournable : quelques planches originales, sur la traversée du désert, nous sont présentées. Travailleur acharné et passionné, il crée (toujours avec Jean Dufaux) une seconde série d’aventure sur fond de mythologie sud-américaine, avec tous les dangers de la jungle : « Conquistador ». Puis, avec « Hyver 1709 » (une série élaborée avec Nathalie Sergeef), il nous transporte au début du XVIIIe siècle. Dans cet opus, marqué par l’évocation omniprésente d’une rudesse climatique exceptionnelle, Rohan, le personnage principal, traverse la France durant l’hiver glacial de 1709, suite à l’assassinat de son compagnon et à la disparition de la cargaison de blé qu’il transportait. Le tout sur fond de rivalités entre Louis XIV et le reste de l’Europe coalisée. Là encore une très belle présentation et la chance d’admirer de magnifiques originaux.

Poursuivons notre visite sans oublier la jeunesse, car cette année, il est manifeste qu’elle a obtenu une large place dans la programmation. En dehors de tous les ateliers qui se sont tenus à la Maison de la BD, un tiers des expositions du festival s’adressait en effet au jeune public, d’ailleurs venu en grand nombre. À la bibliothèque Abbé Grégoire, ils pouvaient retrouver l’« Histoire de poireaux, de vélos, d’amour et autres phénomènes » qui était mise en scène pour évoquer l’œuvre de Marzena Sowa et Aude Soleilhac. On pouvait alors se prendre pour cet enfant de maraîchers et ses copains au milieu des étals conçus avec soin et force détails. Un petit retour en enfance et l’on pourrait « jouer à la marchande ».

 Dans l’entrée de la bibliothèque, nous nous retrouvons au Louvre avec les dessins tirés de l’album de Olivier Supiot : « Le Cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art ». Les planches, présentées sans les bulles, montraient combien le scénario original repose sur une forte dimension visuelle, capable d’accrocher d’emblée le lecteur. Au fond, dans l’espace dédié au Prix Château Cheverny de la BD historique, une belle scénographie met en scène « Ulysse, les chants du retour » de Jean Harambat (déjà présenté sur notre site par Joël Dubos : Lire Exposition « Ulysse les chants du retour » à Blois…). Incontournable !

Il fallait aussi assister au spectacle présenté dans l’hémicycle de la Halle aux grains. Le Barocco Théatre et Dawid, dessinateur, proposaient une interprétation de l’album « Supers ». Durant 45 mn, la salle comble est restée très attentive, réactive et participative. Les enfants ont pris un réel plaisir à assister à la mise en scène de ces 3 héros extra — terrestres qui découvrent sur Terre la réalité de la différence : entrée à l’école, communication, rivalités… En parallèle avec l’action scénique des acteurs, le dessinateur illustrait en temps réel chaque scène théâtrale et son travail était projeté sur grand écran. Une très belle réussite !

Quant à la rétrospective du travail de Nicolas de Crécy, elle se trouvait en centre-ville, dans la Maison de la BD, le quartier général de l’association bdBOUM. De nombreux dessins de Piem y étaient également exposés, retraçant une œuvre riche à l’humour subtilement et aimablement caustique.

Ce festival de l’année 2016 fut une fois de plus un excellent cru qui a su concilier qualité, sérieux et renouvellement, en mettant en avant la dimension culturelle, l’ouverture au plus grand nombre et le plaisir du public. Force est de reconnaître que les organisateurs de l’événement constituent plus que jamais, malgré toutes les embûches de l’actualité et les difficultés que cela peut entraîner, une équipe de grands professionnels responsables dont nous avons besoin pour leur engagement sans faille et leur motivation communicative. Merci à eux !

Josy HERMELINE

 

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2 réponses à Bd BOUM 2016 : Un excellent cru !

  1. BRETAUD Gilbert dit :

    Encore un festival très réussi avec de superbes expositions comme toujours, longue vie à BD Boum et à l’année prochaine.