« Anus beauté » T1 par Takeshi Ohmi

Hémorroïdes, voilà, le mot est lâché. Cette maladie honteuse touche aussi bien les Français que les Japonais, comme nous le démontre ce nouveau titre de Kurokawa. Quand on dit qu’il existe un manga sur tous les sujets, même les plus étranges, « Anus beauté » en est la preuve flagrante. Plonger dans l’intimité du postérieur avec ce titre décalé qui aborde, pourtant, la maladie de manière sérieuse tout en sachant garder un ton divertissant, plein d’humour.

Yakushiji est un garçon en apparence parfaitement banale. Pourtant, chaque jour, il vit un enfer. Sujet aux hémorroïdes, il ne connaît pas bien cette maladie et n’ose en parler à personne. Mais elles se rappellent à lui tout au long de la journée. S’asseoir, marcher, être ballotté dans les transports en commun, sont des calvaires pour lui. Voulant rester discret sur sa maladie, il n’a même pas consulté un spécialiste et continue à vivre tant bien que mal avec. Mais ses gestes quotidiens l’ont trahi et Miura, l’une de ses camarades de classe, a tout de suite compris de quoi il souffrait. Elle-même étant concernée. Elle va donc plonger dans l’intimité du jeune homme et lui expliquer en détail tout ce qu’il faut faire et ne pas faire.

Parler d’une maladie touchant la région anale sans tomber dans quelque chose de sordide ou de graveleux était un challenge qui est, ici, parfaitement relevé. Tout est expliqué de manière détaillée avec un luxe de croquis, notamment des coupes très bien documentées. Une débauche d’humour graphique, représentant les hémorroïdes sous forme de démons voulant absolument s’extirper du postérieur de la jeune victime, sert à rendre le ton plus léger. Si le héros, Yakushiji est totalement inculte, Miura, de son côté, est une spécialiste. Elle se destine à devenir proctologue et voit dans ce jeune homme souffrant un excellent sujet d’étude. Comme elle a immédiatement compris qu’il est honteux de souffrir de cette maladie, elle arrive à le manipuler pour l’obliger à faire des choses qu’il n’aurait jamais acceptées en temps normal. Par exemple, s’introduire chez lui discrètement et lui photographier quotidiennement les fesses afin de documenter l’évolution de son prolapsus. Mais sous couvert d’humour, ce manga distille de vrais conseils pour lutter contre la maladie, ne pas manger trop épicé, avoir des toilettes à bonne hauteur, etc.

Le lecteur découvre même qu’au Japon il existe un temple dédié à la prière contre les hémorroïdes : un moment cocasse ou Miura joue sur la crédulité de son jeune camarade. C’est aussi une scène clé, où va se révéler le triangle amoureux tissé depuis le début de l’histoire.

Inspiré par les déboires de son éditeur, le dessinateur Takeshi Ohmi a choisi ce sujet afin de parler au tiers de la population vivant avec ce souci. Celui-ci pouvant s’avérer très grave et nécessiter une opération s’il n’est pas pris au sérieux. Et, les conseils et informations développés tout au long du livre sont bien évidemment validés par des médecins. Sous sa légèreté apparente, ce manga peut renseigner de manière correcte un malade qui ignore le degré d’avancement de son cas. Avec seulement deux volumes prévus, c’est une histoire assez courte, mais qui dit ce qu’elle a dire de manière directe et concise. Peut-être qu’elle permettra au lecteur touché d’aller consulter son médecin ou, du moins, il pourra appliquer, sans être gêné, les conseils développés tout au long du récit.

Voilà un ouvrage qui devrait intéresser pas mal de monde et qui serait important de placer dans toutes les salles d’attente des généralistes, voir également les Centres de documentation et d’Information en milieux scolaires. Suite et fin prévue pour la rentrée de septembre, de quoi se cultiver en se reposant cet été en attendant la conclusion des malheurs du pauvre Yakushiji et de la belle Miura.

Gwenaël Jacquet

« Anus beauté » T1 par Takeshi Ohmi
Édition Kurokawa (8,90 €) – ISBN : 978-2-36852-206-

Galerie

Les commentaires sont fermés.