« One-Punch Man » T1 par Yusuke Murata et One

Voici enfin, en France, le manga du moment au Japon : «  One-Punch Man ». Digne héritier des œuvres d’Akira Toriyama pour l’humour et les combats, ce titre loufoque sort vraiment de l’ordinaire. On est loin du guerrier qui doit lutter pour défendre la veuve et l’orphelin. Le principal souci du héros, c’est justement qu’il terrasse ses ennemis avec un seul coup de poing. Du coup, les bagarres sont, à son goût, trop courtes.

Le design général de "One-Punch Man" est une parodie de Anpanman, le héros des enfants, créé en 1969 par Takashi Yanase, à la tête en forme de petit pain fourré d’une pâte de haricots rouges sucrée appelé anpan. Les couleur du costume ont juste été inversées.

L’histoire débute par l’apparition sur terre d’une créature humanoïde gigantesque : mélange d’un Namekien tout droit sorti de « DragonBall » et de Baikinman (l’éternel méchant d’« Anpanman », qui est une série pour les très jeunes enfants, extrêmement populaire au Japon). Cet être détruit tout sur son passage, il se dit né de la pollution des hommes et doit donc les exterminer jusqu’au dernier. One-Punch Man intervient à ce moment-là et lui assene le coup fatidique, puis se lamente comme un gamin : « J’ai encore rétamé mon adversaire d’un seul coupe de poing ! C’est nuuuul !! »

Vaccine-Man, l'ennemi apparaissant dans le premier chapitre est un croisement entre le design des Namekiens à gauche, affublé des antennes terminées d'une boule caractéristique de Baikinman, le méchant ridicule de la série « Anpanman ».

Le chapitre suivant se concentre sur les origines du héros. Trois ans en arrière, alors qu’il n’est qu’un simple chômeur bien habillé pour un entretien d’embauche, Saitama se fait arrêter par un monstre ressemblant à un crabe sorti d’un mauvais film de série B. Ce dernier veut tuer un gamin, car il lui a dessiné des tétons au feutre indélébile sur sa carapace. Dans un élan de courage stupide, Saitama se jette à son secours. Il se souvient alors que sa vocation n’est pas de finir dans un bureau, mais de devenir un superhéros. Une fois le méchant terrassé, il décide de s’entraîner intensément durant ces trois années pour devenir le plus grand défenseur des opprimés que la Terre ait connu. On n’en sait pas plus sur son entraînement drastique, à part que cela lui a engendré une calvitie précoce.

La suite n’est qu’une succession de monstres plus loufoques et stupides les uns que les autres. Néanmoins, ce qui fait le succès de ce manga ne sont pas les combats expéditifs, mais justement cet humour omniprésent, tournant en ridicule à la fois les ennemis, le héros ou les humains alentour. Les références à la pop culture sont bien évidemment légion. À commencer par les séries mythiques de Shueisha : « DragonBall », «  St Seiya », « Hokuto no Ken », etc. Mais également appartenant à d’autres éditeurs comme, dans le troisième chapitre, l’apparition d’un géant créé grâce à une potion magique (non, en revanche, il n’y a pas de parodie d’« Asterix »), tout droit sorti de « L’Attaque des Titans » (Kodansha). Je ne vais pas tout vous dévoiler, car il y a des parodies toutes les deux pages et même si le lecteur ne les comprend pas toujours, notamment à cause du manque de recul par rapport à la culture populaire japonaise de ces 50 dernières années, il comprend immédiatement que les enchaînements ridicules doivent faire référence à une série plus ou moins connue.

L’origine de ce manga est aussi atypique que les aventures de son héros. La série est diffusée depuis 2009 sur le site web de son créateur : l’énigmatique One. Remarquée en 2012 par la prestigieuse maison d’édition Suheisha, elle lui propose de publier sa création dans une version remaniée et illustrée par l’un de leur auteur talentueux : Yusuke Murata, le créateur de « Eyeshield 21 ». Le succès est au rendez-vous, il faut dire qu’avec 10 millions de visites sur son site personnel, «  One Punch Man » avait déjà une base bien acquise de fans. Si son scénario est indéniablement à l’origine de son succès, la reprise graphique finit de lui apporter une touche professionnelle. Ce héros débonnaire et nonchalant est particulièrement bien mis en valeur. Comme son seul but dans la vie est de ne pas travailler, il ne considère pas sa prestation de superhéros comme valorisante. C’est un passe-temps comme un autre et, au fil des épisodes, il va devoir prendre cette activité un peu plus au sérieux. Aujourd’hui, personne ne le connaît, et cela le rend triste, il doit monter en grade et devenir un véritable héros officiel. Dans ses phases de combat, son visage est expressif et semble tout droit sorti d’un manga de baston type « Dragon-Ball », mais dans la vie de tous les jours, ses yeux deviennent inexpressifs, son visage s’arrondit et il est représenté avec seulement quelques traits bien choisis au milieu d’un monde ultra détaillé. Le lecteur le voit même régulièrement faire ses courses, un sac plastique à la main, habillé en superhéros, sans que quiconque ne se pose de questions. On alterne, ainsi, de la bande dessinée d’humour à celle d’action en quelques coups de pinceau. Ce qui renforce encore plus le côté burlesque omniprésent, même dans les phases de combat.

Saitama reste un humain comme les autres sous son costume de superhéros. Il a donc les mêmes préoccupations que nous et cela permet de nombreux effets comiques.

Très attendue par les fans, cette série est l’une des bonnes surprises de cette rentrée 2016. Elle a l’avantage de ratisser large, en allant chercher les amateurs d’humour et de combat : un mélange ayant déjà fait le succès de beaucoup de séries du magazine Jump, à l’instar de « One Piece ». S’il n’y a qu’un seul manga à suivre cette année, c’est « One-Punch Man », un POING c’est tout !

Gwenaël JACQUET

« One-Punch Man » T1 par Yusuke Murata et One
Éditions Kurokawa (6,80 €) – ISBN : 9782368522257

ONE-PUNCH MAN © 2012 by ONE, Yusuke Murata/SHUEISHA Inc.

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