« Anent : nouvelles des Indiens Jivaros » par Alessandro Pignocchi

À l’heure où, à entendre les medias, le monde entier semble croyant et divisé en trois religions monothéistes, il est bon, même sans croire à rien de tout ça, de découvrir des peuples aux croyances animistes et qui, au passage, n’ont jamais cherché à les imposer aux autres. C’est le cas avec les Indiens Jivaros qui sont au cœur de « Anent »…

En fait, « Anent », c’est l’histoire de quelqu’un qui lit une histoire ; plus exactement, c’est le récit d’un jeune voyageur qui relit le récit d’un ethnologue, tous deux ayant approché, en Equateur, certaines tribus du peuple Jivaro. Philippe Descola fut en effet l’élève de Levi-Strauss et passa trois ans en Amazonie, chez les Achuar, séjour dont il tira « Les lances du crépuscule ». C’est le livre que relit et illustre Alessandro Pignocchi, qui, plus de 40 ans plus tard est allé voir de ses propres yeux ce qu’il était advenu de ces Jivaros. Son premier séjour est celui d’un jeune de 18 ans qui ne comprend pas tout et qui se contentera de vivre avec des Shuar, plus faciles d’accès que les Achuar. Mais conscient qu’il n’a pas tout vu et que d’aller dessiner des oiseaux en Equateur doit révéler d’autres choses au philosophe qu’il prétend être, il y retournera plusieurs fois, approfondissant ses connaissances et ses observations.

Si le propos est tout à fait intéressant puisqu’il confronte des expériences, il l’est aussi par le témoignage de celui qui constate que les traditions et les croyances ancestrales ont disparu au profit du bien-pensant catholique. Sous prétexte d’humaniser les Jivaros, un missionnaire a fini par faire table rase des anent et même construit une église. Comme Descola, l’auteur espérait récolter ces petites invocations chantés à voix basse – les « anent » – et qui permettent d’échanger avec les plantes, les animaux et les esprits. Trop tard ! Les Jivaros se sont peu à peu « intégrés », désintégrant du même coup leur propre culture. Outre leurs croyances qui donnent tant de vertus aux plantes et aux animaux, il y a pourtant chez eux l’idée qu’ils ne sont pas « proches » de la nature ; ils « sont » la nature au même titre que ce qui les entoure !

Graphiquement les pages illustrant les propos de Descola sont de toute beauté, Pignocchi réussissant des aquarelles lumineuses, sensibles, élégantes, qu’elles soient noir et blanc ou colorées. Le trait plus caricatural qu’il adopte dès qu’il traite de lui-même, avec sincérité, sans esbroufe, est non moins efficace.

Alors, bon  voyage !

Didier QUELLA-GUYOT : L@BD->http://9990045v.esidoc.fr/ et sur Facebook.

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« Anent : nouvelles des Indiens Jivaros » par Alessandro Pignocchi

Èditions Steinkis (20 €) – ISBN : 979-1-0900-9094-1

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