James Bond, opération comics (seconde partie)

Après avoir évoqué précédemment la chronologie des premières adaptations du mythique James Bond, entre 1957 et 1984 (strips dessinés par John McLusky et Yaroslav Horak), la seconde partie de ce dossier détaille cette semaine les divers autres albums et reprises liées au héros d’Ian Fleming. Soit pas moins d’une vingtaine d’albums ou de séries – inspirés ou non par les romans et les films – voyant 007 affronter les pires ennemis, dinosaures compris ! Ces titres, nombreux mais curieusement peu traduits en français, ne demeurent majoritairement trouvables jusqu’à ce jour que chez les revendeurs ou les bouquinistes spécialisés…

Affiche anglo-saxonne pour Dr.No en 1962 (design de David Chasman et illustration par Mitchell Hooks)

Les deux versions de l'adaptation de "James Bond contre Docteur No" en 1962 et 1963

Un cahier de photos fut rajouté dans la version US du comic book.

Réalisé par le britannique Terence Young et produit modestement pour 1,2 million de dollars, « James Bond contre Dr. No » (sorti en salles en Angleterre le 10 octobre 1962 et en France le 27 janvier 1963) en rapportera 60. Succès médiatique oblige, c’est dès le mois de décembre 1962 que paraît une adaptation comic dans la série britannique des « Classiques Illustrés » (n°158 A), dessinée par Norman J. Nodel. Tandis que l’album est diffusé sous le label Dell Publishing dans certains pays d’Europe (Danemark, Allemagne, Grèce, Norvège et Suède.. mais pas la France !), il arrive en parallèle aux États-Unis (où le film ne sort que le 8 mai 1963), dès janvier 1963. À ce léger détail près que la tonalité de l’ouvrage est profondément modifiée : les remarques racistes sur les couleurs de peaux ou les dialogues jugés humiliants sont censurés, des photos issues du film et une biographie de Fleming sont rajoutées. Enfin, Bob Brown redessine une couverture plus science-fictionnelle, ce qui permettra au titre d’intégrer l’anthologie « Showcase » (n° 43) éditée par DC Comics.

On comprendra que cette première tentative américaine hasardeuse ait eu du mal à trouver son public ; et de fait, DC Comics ne publiera (jamais plus…) aucun autre titre bondien, tentant seulement de se questionner sur l’éventualité d’une publication à l’occasion de l’échéance du mandat de 10 ans pris sur la série, en 1972. Contactés, les prestigieux auteurs Alex Toth et Jack Kirby seront donc simplement remerciés, à une époque où Sean Connery abandonnait lui-aussi la saga 007, après « Les Diamants sont éternels » (film sorti le 20 décembre 1971 en France).

James Bond version manga, par Takao Saitō (1964 à 1967)

Lorsque Bond débarque au Japon en 1967 dans « On ne vit que deux fois » (film par Lewis Gilbert), il y est en vérité devancé par une série de mangas dessinée par Takao Saitō (universellement connu pour son « Golgo 13 ») qui adapte dès 1964 « Opération Tonnerre », « Vivre et laisser mourir », « Au service secret de sa Majesté » et « L’Homme au pistolet d’or ». Sous licence, la série sera néanmoins rapidement stoppée en 1967 par Glidrose Publications, la compagnie chargée depuis 1952 de la gestion des droits littéraires du personnage de James Bond (rebaptisée « Ian Fleming Publications » depuis 2002).

Les albums Semic en 1982

Dans la première partie de ce dossier avait déjà été rapidement évoquée la collection « James Bond, l’agent 007 », proposée pendant 42 numéros par l’éditeur scandinave Semic entre 1968 et 1985. Dès juillet 1982, pour relayer la dynamique des adaptations initiales désormais épuisées, Semic propose des récits inédits : commençons par citer le tout premier d’entre eux, « The Golden Triangle » (26 pages écrites par les Norvégiens Terje Nordberg et Eirik Ildahl et dessinées par Ramon Escolano), dans lequel l’agent britannique est envoyé en Thaïlande afin d’enquêter sur le trafic d’héroïne. Suivrons notamment « Jungle Devils » en décembre 1982, « The White Death » en novembre 1983 (histoires par Sverre Årne et dessins par R. Escolano puis par Pablo Sarompas) et « The Living Dead » (par Jack Sutter et Sarompas) en décembre 1988. Cette 38ème histoire inédite sera la dernière produite par Semic qui stoppera son comic dédié à 007 en 1996, après avoir reproposé pendant plusieurs années l’ensemble des histoires déjà parues.

Après avoir déserté le paysage des comics sur le sol américain, « Bond is Back » en 1981 via l’adaptation du film de John Glen « Rien que pour vos yeux », avec Roger Moore. Pour marquer ce retour, Marvel Comics fait même les choses en grand avec une triple édition : un album en deux parties (écrites par Larry Hama et dessinées par Howard Chaykin et Vincent Colletta ; publiées en octobre et novembre 1981), un magazine et un épais ouvrage illustré, véritable précurseur des romans graphiques actuels. Un album de 66 pages sera publié en France par Dynamite Presse Edition. Marvel Comics réitérera l’opération à moindres frais en 1983 avec le film suivant, « Octopussy » (réalisé par John Glen), décliné en version illustrée (par Frederico Maidagan) uniquement dans un magazine.

Rien que pour vos yeux : couvertures US et française, et page 2 originale (Marvel Comics, 1981)

Octopussy (Marvel Comics, 1983)

Entre 1984 et 1989 fleurissent diverses adaptations ou nouveautés plus ou moins valables, dont une déclinaison de « Jamais plus jamais » (remake d’ « Opération Tonnerre » réalisé par Irvin Kershner en 1984 en dehors de la saga officielle, de nouveau avec Sean Connery) en Argentine, une de « Dangereusement Vôtre » (film de John Glen, 1985) en Suède et Allemagne, et, enfin, une de « Tuer n’est pas jouer » (J. Glen 1987, où Timothy Dalton incarne 007 pour la première fois) en Suède.

Permis de tuer (1989)

En 1989, c’est au tour du spectaculaire « Permis de tuer » (et sa poursuite en camions d’anthologie, coordonnée par le cascadeur Rémy Julienne) de faire enfin l’objet d’un album officiel dédié : le scénariste Richard Asford et le dessinateur Mike Grell y reprenne la trame du film de John Glen, dans lequel 007, en Floride, décide de venger son ami Felix Leiter, agent de la CIA sauvagement mutilé par le trafiquant de drogues Franz Sanchez. Publié par Eclipse Comics en Angleterre, l’album présente un James Bond dessiné selon un physique différent de celui de Timothy Dalton (qui avait refusé toute ressemblance). Or, l’album connaît miraculeusement une adaptation française en janvier 1989 (édition Himalaya) et sera bel et bien commercialisé comme « la bande dessinée du film » dès sa présentation de couverture…

Dans la foulée de « Permis de tuer (« Licence to Kill » en VO), Eclipse Comics et Mike Grell remettent le couvert de 1989 à 1991 avec « Permission to Die » (titre pouvant donc prêter à confusion), où Bond doit exfiltrer de Budapest la nièce d’un savant spécialisé dans les systèmes de lancements satellitaires. Après une assez longue interruption de deux ans, la troisième et dernière partie de cette histoire paraît en mars 1991 : Bond s’oppose aux plans du savant fou (le Dr. Wiziadio) qui cherche à détruire une ville de Colombie-Britannique pour illustrer la nécessité du désarmement mondial.

James Bond Jr. n°1 (Marvel, 1er janvier 1992) par Colin Fawcett et Mario Capaldi

En 1991, MGM Animation produit 65 épisodes d’un dessin animé intitulé « James Bond Junior » (ce héros étant en fait le neveu de l’autre !), qui sera diffusé en France dès avril 1992 sur Canal Plus puis sur France 2. Marvel Comics tente alors d’exploiter ce filon avec une adaptation comics éponyme jusqu’en décembre 1992 (12 numéros dont 7 histoires inédites).

En 1992 et 1993, Dark Horse Comics propose – y compris en France ! – « La Dent du serpent », soit 3 albums scénarisés par Doug Moench et illustrés par Paul Gulacy. Lancé sur la piste de jeunes femmes disparues dans la jungle péruvienne, Bond l’inquiétant Indigo, un homme hybride à la peau de serpent dont les activités biogénétiques servent de couverture à un projet amplement plus inquiétant : réduire les ¾ de l’humanité à néant et rendre la Terre aux espèces dinosaures ressuscitées pour l’occasion ! Inutile de préciser que ce scénario (où Bond lutte donc contre des Velociraptors féroces) anticipe le succès phénoménal du « Jurassic Park » de Spielberg (film sorti en juin 1993 aux USA), lui-même adapté du best-seller de Michael Crichton (1990).

Les 3 couvertures françaises de « La Dent du serpent » (Dark Horse, 1992 - 1993)

« La Dent du serpent » T3, planche 16 originale par Paul Gulacy

De 1993 à 1995, Dark Horse Comics édite successivement 5 autres aventures inédites… qui ne seront de nouveau jamais traduites en version française : « A Silent Armageddon » (2 albums – réalisés par Simon Jowett et John Burns – seront publiés sur les 4 prévus ; Bond y protège un adolescent infirme tout en cherchant à contrer un programme informatique destructeur), « Light of my Death » (4 albums par Das Petrou et John Watkiss ; Bond, envoyé au Caire, tente d’empêcher le vil Amos d’utiliser son arme laser pour assassiner des dirigeants mondiaux ), « Shattered Helix » (2 albums par Simon Jowett et David Jackson ; où l’organisation criminelle Cerbère tente de propager un virus mortel), « Minute of Midnight » (1 album par Doug Moench et Russ Heath ; où le méchant Lexus tente de faire exploser simultanément plusieurs réacteurs nucléaires) et « The Quasimodo Gambit » (3 albums par Don McGregor et Gary Caldwell), où Maximilien « Quasimodo » Steele complote à son tour pour faire exploser plusieurs bombes au napalm à Times Square le jour de Noël.

007 par Dark Horse Comics

Shattered Helix T1

The Quasimodo Gambit T1 (janvier 1995)

Le 13 novembre 1995 marque l’arrivée de Pierce Brosnan dans « GoldenEye », un film de Martin Campbell qui fera l’objet d’une novélisation par John Gardner, l’un des continuateurs de l’œuvre romanesque de Fleming. L’éditeur américain Topps Comics fait paraître de son côté dès janvier 1996 le premier album d’une adaptation scénarisée par Don McGregor et dessinée par Rick Magyar. Alors que deux autres tomes sont prévus, l’histoire restera inachevée après la décision surprise de l‘éditeur de tout arrêter. Il est probable que le désaccord obtenu sur la validation de la couverture du tome 2 en ait été la cause principale. Topps essaiera alors, mais sans plus de succès, d’obtenir les droits de lancer une nouvelle série d’aventures originales de 007.

GoldenEye T1 (1996)

La couverture proposée par Brian Stelfreeze pour le tome 2 ? Censurée !

Cette notable série d’occasions ratées explique l’absence totale de comics « James Bond » jusqu’en octobre 2008, collections Titan Book’s mises à part (voir première partie du dossier). À cette date, Ian Fleming Publications et Puffin Books ont réussi (depuis 2005) à recréer un certain engouement pour 007 en librairie grâce à une nouvelle série romanesque s’intéressant aux exploits de jeunesse de James. En 2008, donc, paraît en album l’adaptation de « SilverFin », le premier des cinq titres écrits par Charlie Highson. Edité en France par Gallimard dans sa célèbre collection Folio Junior sous le titre « La Jeunesse de James Bond T1 : Opération SilverFin », ce récit conduit le héros (âgé de 13 ans) à démanteler les plans de Lord Hellebore, un Écossais occupé à créer de supers-soldats. Illustrée par Kevin Walker sur 160 pages, la version comic s’en sort avec les honneurs et sera traduite dans l’hexagone chez Casterman en novembre 2009.

Publicités anglaises pour SilverFin et couverture de l'édition Casterman

Octobre 2014 : porté par l’immense triomphe des récents « Skyfall » (film de Sam Mendès, 2012) et « Spectre » (Mendès, 2015), l’éditeur anglo-saxon Dynamite Entertainment décide de relancer la licence dans l’univers des comics sous deux angles complémentaires. Une première série racontera les événements antérieurs à la première grande aventure de Bond selon Fleming (« Casino Royale ») tandis qu’une seconde se préoccupera de déployer des aventures contemporaines inédites au sein de titres mensuels. En juillet 2015 furent annoncés les noms des repreneurs : rien moins que le prestigieux scénariste britannique Warren Ellis (lequel a déjà travaillé sur les licences « Batman », « Fantastic Four », « Wolverine » ou « Iron Man ») et le dessinateur Jason Masters. Depuis novembre 2015 a donc débuté outre-manche la publication de « James Bond 007 : VARGR », une série de 6 titres (le dernier étant prévu début avril 2016) qui voient 007 retourner d’Helsinski à Londres pour y reprendre les affaires laissées en suspend par un collègue de la section 00 subitement disparu. Voici par conséquent un héros à priori durablement relancé du côté des comic books, puisque l’éditeur Dynamite a également annoncé pour 2016 la mise en œuvre d’au moins deux autres chantiers : une nouvelle adaptation de « Casino Royale » ainsi que celles des autres romans de la « Jeunesse de James Bond ».

Variantes des couvertures proposées pour la collection 007 VARGR (Dynamite, 2015 - 2016)

Des nouveautés en nombre, mais ces dernières arriveront-elles jusqu’en France ? Gageons comme le veut la tradition que « James Bond will return »…

Extrait du générique de fin de GoldenEye en 1995

Philippe TOMBLAINE

Galerie

3 réponses à James Bond, opération comics (seconde partie)

  1. JC Lebourdais dit :

    L’idee d’un Bond Junior semble ridicule, elle signifie pas d’erotisme, qui est pourtant une bonne partie de l’attrait du personnage.

  2. Monsieur Lebourdais: Je vais vous offrir mon point de vue, c »est sans doute pour décliner le personnage en plusieurs séries à destination de plusieurs publics, un peu comme avec le jeune Indiana Jones, Sherlock Holmes, le petit Spirou, Superboy. Les hommes distingués et cultivés pourront se régaler des bagarres violentes et des voluptés des James Bond Girls (à part Lea Seydoux, comme de bien entendu…), des reprises améliorées d’automobiles de luxe existantes, de la consommation d’alcool et du permis de tuer. Pendant que les teenagers en culotte courte, une casquette de base-ballsur le crâne pourront s’initier à cet univers d’agent secret avec un personnage peu expérimenté, qui boit du jus d’orange de Floride ou du lait du Middle-West, rougit quand il voit un porte-jaretelle.

  3. Icecool dit :

    C’est à peu près ça, mais il faut distinguer le « Bond junior » initié chez Marvel en 1991 (pour le coup très anim’ ados-tv) et la série ‘La Jeunesse de James Bond’, plus moderne et qui n’exclut ni le sadisme ni le meurtre ni l’attirance du héros pour les belles demoiselles (en détresse ou non !).

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