« Un homme de goût T2 : Deuxième Service » par Cha et Eldiablo

Manger est une incontestable façon de voyager, mais il y a manière et manière de le faire. Le héros d’ « Un homme de goût » est un cannibale fin gourmet obligé par les faits et sa longévité exceptionnelle de fuir de par le vaste monde. Rien à voir avec les « errances » culinaires des « Frères de terroirs », encore moins avec le restaurant lyonnais « La Mère Brazier » installé « 12 rue Royale »…

Après  « Mise en bouche », premier volume d’ « Un homme de goût », le second tome vient clore l’incroyable cavale d’un individu dont l’histoire a commencé pour le lecteur au Guatemala. Une femme étrange et déterminée fait alors irruption dans la propriété du patron de la Baby Boom Inc., Pablo Nekros. Elle n’a pas froid aux yeux, l’immobilise et finit par le ligoter. L’homme est pourtant d’une corpulence exceptionnelle. Mais, face à lui, s’agite un petit bout de femme, une policière quinquagénaire, qui ne s’en laisse pas conter. Jamie Colgate tient et ne lâchera pas cet homme qu’elle qualifie de cannibale ! Leur première rencontre, sanglante, c’était des années et des années auparavant, aux États-Unis et elle a failli ne jamais s’en remettre ! Quand elle retrouve sa trace, elle décide de lui mettre le grappin dessus et de lui faire payer ses déboires d’autant qu’elle a des preuves, notamment celle de son passage à Cuba comme guérillero. Le plus extravagant, c’est que Jamie Colgate assure qu’il était également, à Paris, bien des années avant… en 1847 ! Alors foldingue, la Jamie ? Pas du tout ! Mais celle-ci n’a plus le dessus et ligotée par l’ogre Nekros, l’inspecteur Colgate n’a plus qu’à l’écouter raconter comment il a survécu jusqu’ici, sachant le triste sort qui l’attend.

C’est un récit tonique et efficace que nous propose un duo d’auteurs peu conventionnel déjà repéré pour leur « Pizza Roadtrip ». Alors que les flashbacks s’enchaînent, dévoilant peu à peu la véritable nature de cette créature,  leur réalisation graphique est différente à chaque fois et s’adapte aux périodes historiques évoquées façon miniatures persanes, gravures du XIXe, dessins aborigènes, à chaque retour en arrière, le dessin s’adapte à l’époque et à la géographie. Joli tour de main, au service d’une histoire est à la fois astucieuse et délicieuse !

Comme nous le disions pour le premier volume de « Frères de terroirs »,  loin désormais de se cantonner à mettre en scène des gourmands obèses ou des héros qui ne mangent presque jamais, la bande dessinée ne se lasse plus d’évoquer de grands chefs, le marché des vins ou l’art culinaire sous toutes ses formes, multipliant histoires et recettes, les mêlant pour le plus grand bonheur des lecteurs gourmets. Avec « Frères de terroirs », le lecteur gastronome est comblé, car au-delà des contenus alimentaires l’art du récit et celui du dessin satisfont également le bédéphile… Tout a commencé pour Ferrandez par une rencontre, celle du cuisinier Yves Camdeborde avec lequel il va faire un tour de France gourmand à la rencontre de « frères de terroirs » désignant là des amoureux d’une cuisine de caractère, de vins goûteux et naturels, de produits rares, bref l’art culinaire dans ce qu’il a d’artisanal au sens noble du mot. Yves Camdeborde ayant expliqué qu’il n’y a de bon cuisinier qu’entouré de bons producteurs et fournisseurs, et d’une chaîne alimentaire de qualité d’éleveurs, maraîchers, pêcheurs, bouchers, vignerons… S’ensuivait dans le premier tome découverte et la présentation de produits tels que la truffe (Gramenon), le Côte-Rôtie (vallée du Rhône), le homard de Chausey, le brochet de la Loire, les chevriers de la Vallée d’Aspe, sans oublier l’importance d’une bonne coutellerie (les couteaux Perceval) ou le rôle de la criée (ici, Saint-Jean de Luz). Dans ce nouveau volet « Eté – Automne », c’est au tour du miel corse, du lait, du pain et du sel béarnais, sans oublier les cochons Noir de Bigorre, les huitres d’Arcachon ou celles Finistère.

 

De tous ces défis gourmands que recèlent mets et recettes, Hervé Richez en a écrit le scénario astucieux de « 12 Rue Royale », sous-tendu par cette idée : les pouvoirs de la gastronomie sont-ils assez puissants pour convaincre tout convive au-delà du raisonnable ? Voilà sept « travaux » qui en persuadent très vite le lecteur en compagnie du chef propriétaire d’un restaurant étoilé Michelin, « La Mère Brazier » situé à Lyon. L’album est qui plus est dessiné vivement et chaleureusement par un Efix en pleine forme et complété d’un dossier consacré au restaurant et de quelques recettes à l’évidence savoureuses…

Alors, bon  voyage !

Didier QUELLA-GUYOT : L@BD->http://9990045v.esidoc.fr/ et sur Facebook.

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« Un homme de goût T2 : Deuxième service » par Cha et Eldiablo

Éditions Ankama (14, 90 €) – ISBN : 978-2-3591-0818-7

« Frères de terroirs » T2 par Jacques Ferrandez et Yves Camdeborde

Éditions Rue de Sèvres (22 €) – ISBN : 978-2-36981-136-7

 « 12 Rue Royale » par Efix et Hervé Richez

Éditions Grand Angle (18, 90 €) – 978-2-81893-452-4

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